Théogonie, vers 678 et suiv
Quelque convulsion du globe a violemment séparé les deux montagnes. Leurs flancs déchirés se correspondent, et Neptune « qui ébranle la terre » pourrait, en les rapprochant, les unir. Des roches énormes pendent encore à demi déracinées; mais dorées par les rayons du soleil, elles offrent ces vives couleurs qui tranchent sur la sombre verdure des bois , et donnent aux paysages de la Grèce un éclat incomparable. Entre le pied des deux monts , le Pénée s'est frayé une route jusqu'à la mer. Il coule lentement, entre des rives gazonnées qu'abritent d'énormes platanes , l'arbre des fleuves grecs. Sur un espace de cinq mille pas son bassin n'a plus que quelques mètres de largeur : c'est la vallée de Tempe , célèbre dans l'antiquité par le charme et l'imposante beauté des sites qui la décorent. Cette vallée sauvage, où un petit nombre d'hommes arrêterait une armée, était le seul passage fréquenté qui menât de Grèce en Macédoine.
Comme les monts Cambunicns ferment la Thessalie par le nord, le mont QEtu la ferme par le sud et se ter- , mine aussi , sur le golfe Maliaque , par un défilé fameux, celui des Thvrmopylesx.
Entre les monts Cambunicns et t'OEta s'étend YOt/ir/s, qui sépare le bassin du Pénée de celui du Sperchios , et que va rejoindre sur la côte le Pé!îont prolongement de l'Ossa; de sorte que tout le nord de la Thessalie est vrai ment ce que l'appelait Xcrxès, un vallon facile à noyer sous les eaux, si on leur fermait la seule issue par où elles s'échappent, la vallée de Tempe. Les Muses avaient trouvé dans cette région quelques-unes des plus gracieuses ou des plus terribles légendes, et la moitié de la poésie homérique en était sortie. Cette vallée de Tempe, c'était le bras du fils d'Alcmène ou le trident de Neptune qui l'avait ouverte. Sur la cime de l'Olympe et ses neiges