‹ Histoire de la Grèce ancienneChapitre 14 sur 90 · Voy. la description de ce passage au chap. xv · texte numérisé non relu

Voy. la description de ce passage au chap. xv

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presque éternelles , au milieu des nues qui l'enveloppent et que déchire la foudre, s'élevaient les troncs des douze grandsdieux. C'est dans laThessalie que les géants avaient combattu les maîtres de l'Olympe; là qu'ils avaient voulu mettre Pélion sur Ossa pour escalader le ciel ; là que les Muses vinrent aux noces deThétis et de Pélce prédire la naissance d'Achille et la ruine de Troie. Le laurier d'Apollon croissait d'abord à Tempé*; et sur le Pélion furent coupés les arbres dont on fit le navire Argo, auquel Minerve donna pour mât un des chênes fatidiques de Dodone.

Au sud de la Thessalie et de l'Épire, un inextricable réseau de montagnes couvre la Grèce centrale, line chaîne qu'on peut regarder comme la continuation du Pinde, descend jusqu'au golfe de Corinlhe entre l'Étolie et la Locride. Une autre, qui se détache de celle-ci dans la Doride, court à l'est et comprend les monts célèbres du Parnasse, où Delphes s'élevait, de THélicon, le séjour des Muses, et qui, disait-on , n'avait jamais produit une plante vénéneuse, du Cithéron ou OEdipe tua Laïos, du Parnès, du Pentélique qui passe derrière Athènes et porte son acropole, de l'Hymctte enfin dont on peut regarder le Laurion et le cap Sunion comme les dernières terrasses.

Cette chaîne souvent brisée envoie vers le sud , entre les golfes Saronique et Corinthien, un puissant rameau qui forme une seconde péninsule à l'extrémité de la première et s'y étale ci reniai rement, de sorte que le Péloponnèse a presque la figure d'un cône tronqué, dont le sommet est à cinq ou six mille pieds au-dessus de la mer".

1. Tous les huit ans Delphes chargeait une théorie solennelle d'aller, en suivant la voie sacrée par où le dieu s'était rendu dans la Phocîde , couper à Tempé, hereean de son culte, une branche «le laurier. Otf. Muller, Die Dorier, 2U édit., t. I, p. 204. Le* Grecs regardaient Delphes comme le centre de la Grèce et du monde, tyupoXbv -fti -j^;, Pausau. Phoc. 16.

2. C'est la hauteur des montagnes autour de l'Arcadie ; au nord , l'Érymanthe et le Krathis ont 2239 et 1904 mètres; à Test, le Cvllènc

Par cette disposition de ses montagnes , la Grèce est , si j'ose le dire, un pié^e à trois fonds. Les monts Cambuniens et l'Olympe s'élèvent au nord , comme une première barrière. Si ce difficile obstacle est franchi ou tourné1, l'assaillant sera arrêté par l'OEta aux Thermopyles et enfermé dans la Thessalie. Ce passage encore forcé, la Grèce centrale n'est plus défendue, parce que les hauteurs n'y forment point une chaîne continue ; mais la résistance peut reculer jusqu'à l'isthme de Corinthe, où elle trouve de nouveau une formidable position , des montagnes inaccessibles ne laissant , entre leurs flancs abrupts et la mer, que deux routes dangereuses suspendues au-dessus des flots.

Les eaux intérieures de la Grèce pouvaient être également fermées aux navires des peuples anciens sur trois points : au nord de l'Eubée , pour couvrir les Thermopyles; près de l'Europe', pour défendre les approches de l'Attique; dans le détroit de Salamine, pour protéger l'istbme de Corinthe \

La mer se trouvant partout à une faible distance des montagnes , la Grèce n'a que des cours d'eau peu éten-

tu a 2412, les haute ur* a l'orient d'Orchomène 1821, le Kreion 1623; au sud, le Parnon 1989, le Bon-ion 1103; à l'ouest le mout Eira (Ira) 1417 et le Lampeia 1823.

1. On pourrait le tourner par les cols nombreux que présentent les monts Camhuniens plus à l'ouest. Boué, Voyage en Turquie, t. I, p. 199.

2. L'Euripe est le détroit qui sépare l'Eubée de la Béotie, et où les marées ont des variations qui sont encore inexpliquées. Un rocher, qui porte un petit fort, sépare le canal en deux parties. Le grand bras du côté de la Béotie est aujourd'hui couvert par un pont d'une cinquantaine de pieds; au-dessus du petit bras , qui est le plus profond, a été jeté un pont de bois de 10 maires. C'est de la 21e année de la guerre du Péloponnèse que date le premier pont sur l'Euripe.

3. Je relève sur les cartes de Riepert quelques cotes de hauteur que je réduis en mètres. Dans l'isthme de Corinthe les montagnes s'élèvent jusqu'à 1392 mètres; dans l'Attique le Parnès en a 1433, le Penlélique 1 128, l'Hy mette 1042 , le Laurion 363 ; en Béotie, l'Hélicon 1531, le Cithéron 1 433 ; en Phocide, le mont Lvcorée 2498 ; près des Thermopyles, le Callidrome 1405; dans l'OEta on a mesuré au mont Tvmphrestos, nœud du Piude et de l'OEta, jusqu'à 23 «G, dans le Pindc de 1G50 à 2000; l'Olvmpe a 2972, l'Ossa 1985 , le Pélion 1545; les monts Cambuuiens 160*0.

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dus. Les plus considérables sont le Pende et VAchéhùs (130 et 175 kilomètres de longueur). Plusieurs de ces fleuves, l'Eurotas, l'Alphée, le Styx et le Stymphale , poursuivent sous terre une partie de leur cours; presque tous ont le caractère capricieux des torrents. Les pluies d'automne et d hiver tombant sur des montagnes décharnées, descendent rapidement vers les vallées qu'elles inondent. Avec l'été arrive la sécheresse, car le schiste et le calcaire siliceux des montagnes ayant peu absorbé, ne rendent rien, les sources s'épuisent, et le torrent, naguère furieux, coule à sec.

A voir le grand nombre de divisions politiques faites en ce petit pays , on les croirait arbitraires ; presque toutes ont été dessinées sur le sol par la nature même. Des montagnes courant en sens contraire se sont soudées les unes aux autres , et en se réunissant ont enfermé , comme entre de hautes murailles généralement stériles , parfois inexpugnables, les plaines de la Phocide, de la Béotie, de TAttique, de la Mégaride , de la Corinthie, de l'Argolide, de la Laconie et de Mantinée. De là la division du peuple grec en tant de petits États, Tardent patriotisme dont chaque cité était animée et la haine contre la cité voisine qui, placée dans une autre vallée, semblait être dans un autre monde. La géologie a fait la constitution politique de l'ancienne Grèce.

Parcourons quelques-unes de ces régions naturelles.

La Thessalie a formé parfois un seul État , malgré TOthrys qui la coupe en deux , parce que cette montagne, assez haute pour être la ligne de partage des eaux, ne l'est pas assez pour être la ligne de démarca- * tion des hommes. Seulement la vie a été bien autrement active aux bords des golfes Maliaque et Pagaséen, qui s'ouvrent sur la Grèce , que dans le bassin solitaire du Pénée. Les villes s'y pressent comme les légendes.

Les deux Locrides opuntienne et épienémidienne couvrent les pentes qui descendent à la mer eubéenne ,

la Bc'otie celles qui s'inclinent à l'intérieur vers le lac Copaïs. Mais la Boétie a deux jours sur deux mers : par le pays d'Aulis sur l'Euripe, par les vallées de Creûsis et d'Aphormion sur le golfe de Corinthe.

La Phocide% plus haut dans la montagne, enveloppait la Béotie et , comme elle , touchait aux deux mers. La Doride haute et froide vallée entre l'OEta et le Parnasse, aurait pu n'être que le commencement de la Phocide. Le canton montagneux des Ijovviens Orales offrait à ce peuple d'inexpugnables retraites. Pausanias tire leur nom de l'odeur de leurs vêtements en peaux de bêtes non préparées; un de leurs poètes, des fleurs qui embaumaient l'air de leurs montagnes. J'ai peur que le poète n'ait tort; leur vie grossière donne raison à Pausanias.

Leurs voisins à l'ouest , les Etolicns, habitaient un pays sauvage, où les villages bâtis sur la pente des rocs restaient, l'hiver, sans communications entre eux. Ces hauteurs sont les dernières ramifications du Pinde et de l'OEta qui viennent mourir d'une part sur les bords du fleuve Achéloûs, de l'autre sur ceux du golfe de Corinthe, au point le plus étroit de cette mer, là où la côte du Péloponnèse n'est qu'à 1G00 mètres de distance. C'est par là que les Etoliens iront, dans les derniers temps , ravager si souvent la presqu'île, comme ils passeront entre le Pinde et l'OEta pour piller la Th essai ie. Ils n'ont que ces deux portes ouvertes sur la Grèce.

L' Achéloûs, dont le delta grandit sans cesse par les alluvions que le fleuve apporte, les séparait de X Acarnanie, autre région montagneuse, mais composée d'un calcaire poreux qui ne tient pas l'eau. Aussi l'appelle-ton aujourd'hui le pays sec, Xéroméros. Pas une rivière ne circule à sa surface. La mer a beau lui envoyer de trois côtés des nuées pluvieuses, les torrents à peine formés par un orage disparaissent dans des gouffres profonds. Le sol prend tout et ne rend rien, si ce n'est au

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bas des collines où les nappes intérieures reviennent au jour et s'étendent en quelques lacs et marais. Un autre trait de la géologie de cette région est une chaîne de montagnes haute de 1600 mètres qui horde la mer Ionienne et n'y laisse point de place aux populations pour y vivre et s'y étendre, aux cités pour s'y élever ; de sorte que le coté par où l'Acarnanie pouvait le plus aisément recevoir l'influence de la Grèce s'est trouvé hermétiquement fermé. Comment s'étonner qu'elle ait vécu à l'écart et qu'au temps de Périclès on y trouvait les mœurs de lage héroïque. Il n'y avait qu'à regarder un Acarnane pour savoir comment un héros d'Homère était fait. Jusqu'à ce jour ils n'ont guère changé : quelques-uns se nourrissent encore du gland amer des chênaies

Le nord-est de l'Acarnanie, d'accès fort difficile, fut cependant envahi par les tribus de l'Épire. Les Amphilochiens, qui l'habitaient, étaient à demi grecs et à demi barbares. A l'ouest s'établirent les colons de Corinthe. De ce côté s'étend l'île de Leucade (Sainte- Maure), qui d'abord tenait au continent par un isthme de trois stades. Les colons, pour se mettre en sûreté contre les brigandages des Acarnanes, creusèrent un canal, le Diorjvtos. La mer fit le reste; mais c'est le plus modeste et le plus calme des détroits : on le traverse en quelques minutes, dans un bac et à la perche, comme un obscur ruisseau. Il faut plus de façons pour TEuripe.

A l'extrémité opposée de la Grèce centrale s'étend une presqu'île bien mieux dessinée, l'Attique, que le Cithéron et le Parnès séparent de la Béotie, que le Pentélique et l'Hymette partagent en deux versants, et qui s'incline vers trois mers. Malgré ces directions divergentes, c'est une des contrées les mieux faites de

t . Heusey, CAcarnanic, p. 239

la Grèce et où l'unité était le plus facile. Elle eut beaucoup de villages, mais une seule ville, l'asile commun, le marché et la forteresse du pays : Athènes, entre rilissos et le Céphise , au pied de rocs escarpés qui portaient sa citadelle, à huit kilomètres du Pirée, qui, dans ses trois ports, pouvait abriter quatre cents vaisseaux. Toute la vie de l'Attique devait se porter en ce point; elle s'y concentra. Tous les échos de l'Asie vinrent y retentir, toutes les affaires du monde s'y traiter, toutes les doctrines , tous les arts s'y épurer et y grandir. Le genre humain salue encore avec reconnaissance la patrie de Socrate, de Phidias et de Sophocle.

En suivant la côte qui regarde Salamine, on trouve dans un fertile vallon , séjour favori de Cérès, Eleusis, qu'Athènes attira et retint sous son influence , et entre deux rochers Mégare qui , protégée par ses montagnes , échappa à cette attraction. Mégare est la porte de l'isthme. Pindare compare cet isthme à un pont jeté par la nature au milieu des mers pour lier ensemble les deux principales parties de la Grèce. Mais ce pont est si hérissé de montagnes, que le passage en est difficile; en mille endroits , quelques hommes résolus y tiendraient tête à une armée. Cette position de Mégare et ses deux ports sur les golfes Saronique et Corinthien, faisaient toute son importance. Mais dans l'une de ces mers elle trouvait la marine rivale de Corinthe, dans l'autre celle d'Athènes ; cette redoutable concurrence devait la tuer.

Entre Schœnous et Léchéon, sur le territoire corinthien, l'isthme n'a guère plus de quatre à cinq kilomètres de largeur. Aussi on transportait souvent par terre les vaisseaux d'un de ces ports à l'autre, afin d'éviter les longueurs et les périls d'une navigation autour du Péloponnèse. Démétrius Poliorcète, César et Néron songèrent à creuser en cet endroit un canal, le Diolkos.

Le Péloponnèse a trois régions bien caractérisées : le

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bassin central, ou l'Arcadie; la Laconie, ou le bassin de l'Eurotas; la Messénie, ou le bassin du Pamisos. Je parlerai plus loin des deux dernières que le Taygète sépare , et que la mer enveloppe de trois côtés ; quant à l'Arcadie, entourée d'un cercle de bautes montagnes qui ne s'ouvre qu'à l'ouest , du côté d'Olympie, en un étroit défilé par où l'Alphée s'échappe , elle présentait l'aspect d'un chaos de monts verdoyants et de fraîches vallées couvertes de bourgades , avec quelques rares plaines où s'élevaient les villes. C'était le pays le plus divisé de la Grèce. Aussi ses habitants n'arrivèrent à l'union politique que fort tard et pour un moment. C'était aussi le mieux arrosé ; il avait des lacs à des hauteurs de 600 à 800 mètres au-dessus de la mer; et il en résultait un singulier phénomène géologique. Ces lacs servaient de réservoirs aux eaux du Péloponnèse ; alimentés par les ruisseaux descendus des hautes cimes, ils se déchargeaient par des conduits souterrains ou katavothra qui existaient naturellement à travers les montagnes, et formaient au delà les rivières de la zone maritime. L'Eurotas, l'Alphée, le Styx et le Stymphale ont ainsi sous terre une partie de leur cours; on compte dans l'Arcadie plus de trente de ces katavothra *.

Le reste du Péloponnèse, c'est-à-dire le littoral du nord , n'est qu'une suite de courtes vallées descendant à la mer, chacune avec une ville qui formait un État à part.. Les anciens y distinguaient cependant trois régions plus grandes : l'Elide, la plus fertile contrée de la péninsule*, l'Achaïe et TArgolide. Ils ne faisaient habituellement, sur cette côte, d'exception que pour Sicyone et Corinthe, en donnant le nom de chacune de ces villes au pays environnant.

1. Le lac Soudhéna eat à 800 mètres d'altitude; le lac Phénéos à 754; le* marais d'Orchomène et de Caphve» à 643 ; les gouffre» de Mantinée et de Tégée à 630; le lac Stymphale à 620.

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