LES ËOLIENS ET LES ACHÉENS
Lorsqu'on demandait aux Grecs d'où ils venaient , leur réponse était bien simple : Prométhée, disaient-ils, était fils de la Terre et fut père de Deucalion. Celui-ci régnait sur la Thessalie, quand Jupiter, irrité des crimes des hommes, envoya un déluge qui fit périr toute la population. Deucalion échappa seul au fléau, avec sa femme Pyrrha , dans un navire qu'il avait construit d'après les conseils de Prométhée. Au bout de neuf jours, l'arche s'arrêta sur la cime du Parnasse. Lorsque les eaux se furent retirées, Deucalion et Pyrrha consultèrent l'oracle de Thémis, qui leur commanda de jeter derrière eux les os de leur grand'mère en se voilant le visage ; Deucalion comprit le sens de l'oracle : ils ramassèrent les pierres de la terre et les lancèrent par-dessus leurs épaules* Celles de Pyrrha se changèrent en femmes, celles de Deucalion devinrent des hommes, et la Grèce put se repeupler*. Ce Deu-
i . Homère ne fait aucune allusion à cette tradition , et ne nomme même ni Deucalion , ni Ogygès. Mais la légende de Deucalion, que Pin dare rapporte (Otymp., IX, 64), était bien vieille en Grèce, et sain doute
calion fut l'auteur de la race hellénique, car il eut pour fils Hellen, lequel engendra Doros, qui eut la Grèce centrale; Eolos, qui eut la Thessalie; et Xuthos, le père d'Ion et d'Achéos, qui eut le Péloponnèse.
Les tribus nouvelles qui prirent possession de la Grèce pélasgique étaient animées d'un esprit plus libre, plus héroïque, accordant moins aux dieux, davantage à l'homme. Le prêtre allait céder la place au guerrier. C'est donc avec justice que les Hellènes mettaient à la tête de leur race, comme père de Deucalion, ce Titan qui avait ravi le feu du ciel pour le donner aux hommes et faire, par l'invention des arts, d'une race dégradée la rivale des dieux. Aussi Jupiter foudroie Prométhée, il l'enchaîne au sommet du Caucase, et un aigle lui déchire le foie incessamment; mais le Titan vaincu espère encore et prédit la victoire. « Jupiter tombera, dit-il, du vieux trône des cieux, précipité par uu géant indomptable qui trouvera un feu plus puissant que le feu de la foudre, des éclats plus retentissants que les éclats du tonnerre, et qui brisera dans la main de Neptune le trident qui soulève l'Océan et fait bondir la terre1. »
Mais si le mythe est d'accord avec le génie national, il l'est peu avec les faits.
Malgré cette généalogie si bien dressée, qui partage
la race hellénique en quatre branches et qui la moutre
submergeant en une seule génération la Grèce entière,
nous ne trouvons dans la société grecque de l'âge histo-
faisait partie de la tradition générale que conservèrent tous les peuples de souche arienne, sur un grand cataclysme, et qu'ont pu raviver en Grèce quelques faits particuliers, comme un débordement du lac Copaïs pour Ogygè«, et pour Deucalion un mouvement des eaux qui, selon Hérodote . couvraient primitivement toute la Thessalie. Plus tard, la tradition hihliquc se mêla à la légende grecque, comme on peut le voir dans Plutarque et Lucien. Sur l'ensemble des traditions relatives au grand cataclysme, dont le souvenir se retrouve dans le Nouveau Monde comme dans l'Ancien, et jusque dans l'Océauie. Voyez le savant ouvrage de M. Renan, Histoire générale et système des langues scmititjuesy t. 1, p. 458 et suivantes..