‹ Histoire de la Grèce ancienneChapitre 21 sur 90 · LES DORIENS (1IU · texte numérisé non relu

LES DORIENS (1IU

La guerre de Troie qui avait, pendant dix années, tenu les Grecs loin de leur patrie, eut pour dernière conséquence de changer encore une fois les demeures des tribus helléniques. Avant cette guerre, les Achéens, et parmi eux la famille (les Pélopides, dominaient dans la Grèce. Mais les tragiques aventures des chefs, la dispersion ou la ruine de leur grande armée, permirent à de nouvelles tribus de saisir la prééminence. Les bouleversements intérieurs recommencèrent ; la plupart des anciennes maisons royales disparurent, et une partie de la population émigra vers d'autres pays.

Ce qu'on appelle l'invasion des Doriens marque donc une période nouvelle dans l'histoire de la Grèce. La prépondérance, jusqu'alors exercée par les tribus maritimes

i . C'est l'époque où Éphore et Callisthène plaçaient le commencement de l'histoire certaine fie la Grèce. Mais que d'incertitudes encore du douzième au sixième siècle! Les Grecs comptaient ainsi les événements de cette époque : Invasion des Thessaliens, 50 ans après la prise de Troie ; établissement des Arnéens en Béotie, 60 ; retour des Héniclides, 80; colonies éoliennes, 130; ioniennes, 140. — Principaux ouvrages à consulter : la Description de la Grèce, de Pausanias, la Bibliothèque d'Apollodore, les Dorient d'Ott. Millier et les histoires générales.

de la côte orientale, qui étaient demeurées en rapport constant avec les populations asiatiques, passa aux tribus de l'intérieur et du nord. La vie grecque, si brillante et déjà si expansive dans Homère, se resserre et s'efface. Les ténèbres, que la poésie avait à demi dissipées, redescendent sur le monde hellénique et l'enveloppent pour six siècles. Au travers de cette nuit de l'histoire, on ne voit passer que des lueurs vacillantes projetées par un petit nombre d'événements. Trop faibles pour lout éclairer, elles suffisent cependant à nous montrer les peuples qui se lèvent et marchent, et une grande révolution qui s'accomplit.

Le mouvement partit de l'ouest, de la région où les noms de Grecs et d'Hellènes étaient indigènes1, et où s'élevait le sanctuaire antique de Dodone. Bien des fois, les hommes de ce pays, gravissant les cimes du Pinde, avaient jeté des regards d'envie sur les riantes et fertiles plaines que de là ils voyaient s'étendre à leurs pieds aux bords du Sperchios et du Pénée. Le défilé de Gomphi leur ouvrait une route facile vers celte terre de promission, et beaucoup y avaient passé. Ces migrations, qu'atteste l'autorité du dieu de Dodone dans la contrée, qu'on appelait alors l'Hœmonie, n'ont pas laissé de trace dans la mémoire des hommes. La légende, fidèle à ses habitudes de faire dériver chaque peuple d'un héros, ne nous parle que d'un descendant d'Hercule, ïhessalos, dont les fi's jetés par la tempête, au retour de la guerre de Troie, sur les côtes de l'Épire, s'y étaient établis et avaient donné à leurs sujets le nom de Thessaliens. Ce qui veut dire, sans doute , qu'une de ces bandes héracléennes qui avaient suivi le héros mythique, prit la prépondérance dans l'Épire.

Tandis que les habitants de l'Hœmonie s'amollissaient au milieu de l'abondance, les Thessaliens, dans les sau-

Page 1