‹ Histoire de la Grèce ancienneChapitre 22 sur 90 · Voy. ci-desau», p · texte numérisé non relu

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vages vallées de l'Épire, vivaient de chasse et de guerre, avec les mœurs violentes que leurs voisins de l'Étolie gardèrent jusqu'aux derniers jours de la Grèce. A une époque impossible à déterminer, mais qu'on place vers 1134, ces Thessaliens franchirent en grand nombre le Pinde et se jetèrent sur les Éoliens d'Ame1, qui se donnaient pour chef éponyme le héros Boiotos, et se nommaient eux-mêmes Béotiens. Les Thessaliens les vainquirent sans peine, puis se partagèrent le pays et les captifs, comme leur butin. Ceux-ci tombèrent, sous le nom de pénestes ou pauvres, à la condition d'esclaves et de tributaires.

Mais une partie du peuple vaincu préféra l'exil à la servitude sous des maîtres impérieux; ils descendirent au sud, emportant leurs dieux, Neptune et Minerve Itonienne, avec ce qu'ils purent sauver de leurs richesses et de leurs troupeaux. L'OEta franchi, ils trouvèrent dans la vallée du Copaïs un site qui leur rappelait celui d'Arné : de fertiles campagnes et des eaux abondantes. Deux peuples y dominaient, les Cadmécns de Thèbes et les Minyens d'Orchomène, mais affaiblis par la guerre récente des Épigones. Les Béotiens, de gré ou de force, s'établirent entre ces deux villes, sur la rive méridionale du lac Copaïs, où ils élevèrent une nouvelle Arné qui, en peu de temps, prévalut sur ses voisines. Une inondation du Copaïs détruisit leur ville, mais celles du pays leur étaient maintenant ouvertes et soumises, à l'exception de Thespies et de Platées; et cette région, qui avait été jusqu'alors sans nom commun, s'appela, de ses nouveaux maîtres, la Béotie.

D'autres exilés sortirent de l'rlœmonie. Les Doriens, qui habitaient au pied de l'Olympe, plutôt que de se soumettre, traversèrent vaillamment tout le pays, et de

1. Kiepcrt place Arné à Kiérion, sur un affluent du Pénée, au S. O. de Cran non, dans la région nommée plus tard Tliewaliotide.

fugitifs se faisant conquérants, enlevèrent aux Dryopes les hautes vallées qui s'étendent de l'OEta au Parnasse, et qu'ils gardèrent à jamais. Ils avaient aussi apporté de la vallée de Tempe leur dieu national, Apollon, qu'ils regardaient comme le père du chef de leur race, Doros, et dont ils furent toujours les plus zélés adorateurs. La route sainte qui conduisit plus tard de Delphes à Tempe passa par leur territoire.

Ainsi, la Grèce du nord changea d'habitants et de constitution politique : elle perdit, à cette révolution, l'importance qu'elle avait eue dans l'âge héroïque. L'Hœmonie avait été un des principaux foyers de la vie hellénique, la patrie des dieux, des héros et des plus anciennes légendes ; presque toute la poésie d'Homère en sort. Sous ses nouveaux maîtres, elle se sépara de la vie commune. La Hellade se resserra. Les Thermopyles devinrent, au lieu de la vallée de Tempe, la porte de la Grèce, et le Parnasse, au lieu de l'Olympe, le centre religieux de la société nouvelle.

Un mouvement de peuples plus considérable, à cause de ses conséquences , fut ce qu'on appela le retour des Héraclides. Les poètes contaient qu'Eurysthée, persécuteur des fils d'Hercule, après l'avoir été de leur père, les avait privés de leur héritage et chassés du Péloponnèse. Thésée, le fidèle^ compagnon du héros, vivait encore ; les Héraclides se retirèrent près de lui , dans l'hospitalière Attique, et habitèrent la plaine de Marathon, qu'à cause de ce souvenir les troupes de Lacédémone, durant la guerre du Péloponnèse, eurent ordre de respecter. Eurysthée somma le roi d'Athènes de lui livrer les fugitifs, et, sur son refus, envahit l'Attique; mais son armée fut détruite; atteint lui-même au milieu de l'isthme de Corinthe par Hyllos, fils aîné d'Hercule1, il périt avec

t. Une de leur» tribus, les Hylléens, se disait la postérité d'Hyllos. fils d'Hercule.

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tous ses enfants (1208 ?), et de la race divine de Persée 1 il ne resta qu'Hyllos et les siens.

Le passage de l'isthme forcé, les Héraclides se répandirent, victorieux, dans la péninsule; mais une peste terrible les décima, et l'oracle consulté répondit qu'ils étaient revenus avant l'époque fixée par les destins. Suivant une autre tradition, une nombreuse armée d'Ioniens, d'Achéenset d'Arcadiens leur aurait barré le passage. Hyllos proposa de décider la querelle par un combat singulier, à condition que les Héraclides s'éloigneraient pendant trois générations s'il était vaincu. Il fut tué par Echémos-, roi des Tégéates (1204?); ses compagnons retournèrent dans l'Attique, tandis que le Pélopide Atrée, gendre d'Eurysthée, succédait à son beau-père sur le trône de Mycènes. De nouveaux efforts tentés par eux ne firent qu'accroître la puissance des Pélopides, autour desquels plusieurs peuples du Péloponnèse vinrent se ranger, pour défendre l'entrée de la presqu'île contre ceux qui s'y présentaient en conquérants. Aux royaumes de Mycènes et de Tirynthe, les Pélopides joignirent celui de Sparte, quand Ménélas épousa la fille et l'héritière de Tyndare, la belle Hélène. Corihthe aussi reconnut leurs lois, de même que Sicyone et sept villes des environs de Pylos. Les Héraclides, désespérant alors de réussir, quittèrent l'Attique où, d'ailleurs, Thésée ne régnait plus, et se retirèrent parmi les Doriens qui, en souvenir de services qu'Hercule leur avait jadis rendus, les accueillirent avec honneur, épousèrent leur querelle, et quatre-vingts ans après la guerre de Troie les mirent à leur tête pour la faire triompher.

Oreste, après avoir vengé sur Egisthe et Clytemnestre le meurtre de son père Agamemnon et ressaisi la couronne de Mycènes (1 176), avait encore réuni les royau-

1. Dans les mvthographes, Persée, fils de Jupiter et fie Danaë, a pour fils Sthënélo*. père d'Eurvsthée et Éleetrvon, père d'AIcmène, qui fut mère d'Hercule.

mes de Sparte et d'Argos et soumis une portion de l'Arcadie. Après un long règne, il avait laissé à son (ils Tisaménès une domination qui s'étendait sur plus de la moitié du Péloponnèse. C'est contre ce Tisaménèsque les Doriens marchèrent, guidés par l'Étolien Oxylos, et sous la conduite de trois chefs Héraclides, Téménos, Cresphontès et Aristodêmps.

Au lieu d'attaquer par les montagnes de l'isthme de Corinthe, si faciles à défendre, ils ne firent, de ce côté, qu'une simple démonstration, qui trompa pourtant les Pélopides, tandis que le gros de leurs forces se portait à Naupacte, point où le golfe n'a plus que huit à dix stades de largeur. Ils y construisirent une flotille de radeaux, sur laquelle montèrent vingt mille guerriers. Ils traversèrent rapidement l'Egialéc et l'Arcadie, prirent possession, sans combat, de la Laconie et de PArgolide, d'où s'exila Tisaménès, chassèrent de ' la Messénie Mélanlhos, descendant de Nestor, puis firent, au sort, le partage de leur conquête. Téménos obtint la royale Argos et ses descendants dominèrent à Trézène, Epidaure, Egine et Phlionte. Cresphontès obtint par ruse la belle Messénie et se fixa à Stényclaros; Eurysthénès et Proclès, les deux fils d'Aristodêmos mort durant l'expédition, eurent la Laconie. Un quatrième descendant d'Hercule, Alétas, régna plus tard à Corinthe (1075). Sicyône fut le patrimoine d'un autre Héraclide. Enfin l'Elide reçut, sans opposition, Oxylos et ses Étoliens, qui avaient même origine que les anciens habitants du pays. L'Arcadie conserva son indépendance, mais fit un pacte avec les nouveaux maîtres du Péloponnèse.

Quant à Tisaménès, après avoir abandonné aux conquérants ses fortes places de l'Argolide, il se jeta sur l'Egralée, en chassa les Ioniens et s'y établit avec ses Achéens, qui donnèrent leur nom au pays. Les Ioniens dépouillés se retirèrent dans l'Attique, où les avait déjà précédés Mélanthos, avec les Éoliens expulsés de la Mes-

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sénie et une partie des habitants de Phlionte, de Corinthe et d'Épidaure (H04).

Ainsi Ja Thessalie, la Grèce centrale et le Péloponnèse changeaient d'habitants ou du moins de nft£tres. Deux pays seulement ne furent pas atteints par ce bouleversement, les deux presqu'îles par où se termine la Grèce à l'ouest et à l'est, l'Acarnanie qui garda si longtemps les mœurs de l'âge héroïque et l'Attique qui les perdit si tôt. C'est que l'Attique, si elle ne vit l'invasion la menacer qu'au dernier jour, en reçut dès le principe le contre-coup. Les Minyens , les Tyrrhènes et les Géphyréens de Béotie y cherchèrent un refuge, après l'invasion éolienne ; les fugitifs de Trézène y peuplèrent les dêmes de Sphettos et d'Anaphlystos. D'Egine vinrent les Eacides, dont Miltiade et Cimon descendaient ; de Messénie les Néléïdes, qui formèrent les puissantes familles des Alcméonides, des Pisistratides et des Péonides. L'Attique fut comme l'asile des fugitifs du Péloponnèse et de la Grèce centrale. LesDoriens, après quelques années, voulurent les y poursuivre ; sur leur route ils s'emparèrent de Mégare, mais, arrêtés par le dévouement de Codrus, ils rentrèrent dans leur presqu'île (1045). Au milieu de l'isthme qui la séparait de la Grèce centrale, une colonne fut plus tard élevée, qui sur la face regardant le Péloponnèse portait ces mots gravés : « Ici sont les Doriens, » et sur l'autre regardant l'Attique : « Là est l'Ionic. » Une longue et désastreuse rivalité devait prouver cette différence.

Voilà la tradition généralement suivie sur ce qu'on appelle le retour des Héraclides. Ce récit circonstancié peut sans doute se ramener à des faits plus simples : les compagnons d'Hercule, ou les bandes armées qui se glorifiaient de ce grand nom et , comme le chef qui l'avait porté, vivaient d'aventures, rallièrent, dans la Dryopide, les Doriens qui s'étaient fait jour jusque-là. Les Etoliens se réunirent à eux et tous ensemble résolurent

de quitter leurs vallées sauvages et leurs montagnes désolées pour aller chercher fortune dans la grande et riche presqu'île où , à en croire les terribles légendes qui cou^iffcnt sur les Pélopides , cette maison royale avait perdu l'affection des peuples. La conquête ne fut pas non plus si aisée que les traditions le disent, et plusieurs peuples ne quittèrent les inexpugnables remparts de leurs cités qu'après une longue résistance. Il n'y eut point de combats pour Syciône, Epidaure, Cléone, Phlionte et Trézène; mais Argos et Corinthe ne cédèrent qu'à des attaques répétées; Mycènes même et Tirynthe jamais. Ces deux villes gardèrent, avec leur indépendance, leurs souvenirs : chaque année, durant des siècles, elles célébrèrent une fête funèbre en l'honneur d'Agamemnon, et à l'époque de l'invasion des Perses elles supplièrent les anciens héros du pays de les aider dans la grande guerre de l'indépendance.

Dans la Messénie, les descendants de Nestor restèrent également libres à Pylos ; et si Lacédémone, ville ouverte, tomba au pouvoir des conquérants, il semble qu'ils restèrent longtemps à sortir de la vallée supérieure de l'Eurotas. Incapables d'enlever une place entourée de bonnes murailles, les Doriens s'arrêtaient dans quelque forte position du voisinage, comme au Temr'nion, près d'Argos, au Solrgion% près de Corinthe, et de là tenaient la cité dans de perpétuelles alarmes, attendant que la famine, une surprise ou une trahison leur en ouvrissent les portes.

Une des plus graves conséquences de tous ces bouleversements fut la fondation de colonies dans les îles de la mer Egée et sur les côtes de l'Asie Mineure. On verra plus loin l'histoire de ces établissements; dans le Péloponnèse même la conquête dorienne eut des effets qui se firent sentir pendant toute la durée de la vie historique de la nation. Une partie seulement des vaincus émigra, les familles royales ou aristocratiques; et prés-

que partout, à l'exception de l'Elide où la fusion fut complète, les deux peuples restèrent en présence, l'un dominateur, l'autre dominé. Cette superposition d'un peuple conquérant à un peuple conquis donna naissance, partout où elle eut lieu, à des gouvernements aristocratiques ; et cette organisation sociale, sortie d'une nécessité politique, entra si avant dans les mœurs de la race dorienne, qu'elle en forma le principal caractère. On la retrouve dans la Thessalie, chez les Béotiens, et même à Athènes, car ce fut à cette époque unfait général, comme les commotions qui l'avaient produit, bien qu'on ne l'étudié d'ordinaire qu'à Sparte, parce que la séparation des deux races et l'asservissement de l'une à l'autre devint, dans la cité de Lycurgue, le principe même de la constitution.

Une aristocratie puissante et un peupie asservi, tel est le point de dépnrt de l'histoire des Grecs au xie siècle avant notre ère, et la cause de tous leurs déchirements intérieurs, jusqu'à leur dernier jour. Cette histoire a deux grands représentants, le peuple Spartiate et le peuple athénien : l'un qui monte jusqu'à l'aristocratie la plus étroite, l'autre qui descend jusqu'à la démocratie la plus large, tous deux qui conçoivent autrement la vie, l'art, la science, et qui parlent des dialectes différents.

Mais avant d'étudier ces deux imposantes figures de la race hellénique, arrêtons-nous encore aux temps héroïques pour en voir les mœurs, la religion et l'organisation sociale.

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