‹ Histoire de la Grèce ancienneChapitre 28 sur 90 · Vers8o8-o · texte numérisé non relu

Vers8o8-o

2. Iolas dit, dans les l/t'racfiJes d'Euripide (347 et sqq.): « Les dieux qui combattaient pour nous ne le cédaient pas à ceux des Ar^iens. Si Junon lts protège, Athénée est notre déesse, une dhinité plus vaillante, plus vertueuse garantît sûrement ta victoire. »

Cependant cette mythologie qui personnifiait tous les phénomènes du monde matériel et qui personnifia plus tard tous ceux du monde moral, garda toujours la trace des théologies orientales et du naturalisme d'où elle était sortie; ses dieux restèrent, jusqu'à un certain point, identifiés avec les puissances de la nature. Jupiter ne fut pas seulement le maître de l'Olympe, l'époux de Junon, le héros de mainte aventure où le père des dieux daignait s'abaisser jusqu'aux filles de la terre, il fut aussi l'air qui enveloppe toute la création. Apollon, le dieu de fa poésie et des arts, était encore le soleil même, et Neptune l'océan. De nombreuses divinités tour à tour confondues avec l'élément auquel elles présidaient, et séparées de lui pour prendre une forme et des passions tout humaines, peuplaient les fleuves, les bois et les montagnes. Ainsi la Naïade était à la fois la source même et la déesse chaste et craintive qui se cachait au fond des grottes obscures

Les divinités qui comptaient le plus d'adorateurs étaient les douze grands dieux de l'Olympe dont la théodicée des derniers temps restreignit l'empire et précisa les fonctions; Jupiter, le dieu suprême* à qui les autres obéissent, et le protecteur de toute la race des Hellènes, Ztùç Ilave^Yi'vio;8; Junon ou Héra, la maîtresse du ciel; Neptune, le dieu des eaux; Apollon, le soleil qui

1. Les nymphes, qu déesses des eaux et de» lieux humides, ont peutélre eu, dans les époques reculées, un rôle important, comme représentation de l'élément humide si nécessaire à la reproduction ; mais, plus tard, elle* n'occupèrent qu'un rang intermédiaire entre les hommes et les dieux, jouissant d'une longue vie et non de I immortalité, hien que se nourrissant d'amhroisie. (Pausanias, X, 31). Plutarque savait au juste leur âge. Kllcs devaient mourir à 9020 ans. De. la cessation des orailcs.)

2. Cette liste des douze grands dieux est celle que donne le seholiaste d'Apollonius de Rhodes, nd Argon. , ir, 533. Elle ne fut, InVn entendu, arrêtée ainsi, qu'à une époque récente,

3. Lrstrois^Vliades ou prêtresses de Dodnne l'invoquaient ainsi : ÇrJ; 7(v, È77,..Ï^'jî , «* sîi. Pausanias, />W., XII. Dan* l'A tti<{iie, clans le Péloponnèse, on lui donnait sonvt nt les surnoms d'û-rroî, >i-.;ro;. Ihid., Atik , XXVI, Corinth., II, Anail., XIV.

éclaire et l'intelligence qui inspire ; Minerve, la sagesse et la science, qui donne aux hommes les prudentes pensées, qui enseigne aux femmes les beaux ouvrages et les sages résolutions1 ; Vénus, la beauté ; Mars, la guerre ; Vulcain, les arts utiles; la chaste Yesta, qui présidait aux vertus domestiques; Cérès, qui faisait mûrir les moissons; Diane ou la Lune, et Mercure, le messager des dieux, qui protégeait le commerce et donnait l'éloquence.

Mais il y avait bien d'autres dieux: Pluton, le souverain des enfers, et comme Jupiter et Neptune, comme Cérès et Vesta, né de Saturne; Bacchus et Esculape, divinités d'origine récente'; et tous les dieux secondaires des campagnes, des forêts et des eaux : Pan, les Faunes, les Satyres, les Dryades, les Naïades; et les Océanides, les Néréides, les Triions qui suivaient, en jouant sur les flots, le char de Nérée et d'Amphitrite; Éole et les Vents; les Muses et les Parques, etc. Le polythéisme grec, divinisant tous les phénomènes de la nature et toutes les passions des hommes, était conduit.à multiplier les dieux à l'infini.

Cependant l'idée de l'unité divine, entrevue dès les plus anciens temps, se conserva. Jupiter, le maître de l'univers qu'il ébranlait d'un froncement de ses sourcils3, réunissait autour de lui sur l'Olympe les grands dieux,

1. OJvss., vu, 110. Pour Homère, Minerve n'est pas encore la protectrice d'Athènes, mais celle d'Alalcomène. (7/iW., iv, 8.) Avant d'être la divinité poliade d'Athènes, rlle fut la divinité protectrice des Ktéobutades, qui fournirent toujours la prêtresse de la déesse. (Cf. Jlsehiu , La fausse ambassade).

2. Dans Homère, Ksculape n'est encore qu'un homme on du moins n'est pas tout à fait un dieu. A Kpidaure on l'adora sous la forme d'on serpent qu'on nourrissait dans son temple. Cet étrange svmhole révèle évidemment une importation étrangère, probablement phénicienne : le dieu Sémitique AschmoUD était ainsi représenté. Sur les cures merveilleuses oi>érées dans ses temples, comme dans 1" moyen âge aux tombeaux des saints, voyez Maury, 11, 4'iîi et suiv. On ne se faisait pas faute, bien entendu, de parler aussi de morts rappelés à la vie.

igitized by Vj

sa famille et son conseil'. Ils obéissaient à ses ordres, mais lui-même était soumis au Destin, divinité aveugle et implacable créée pour expliquer l'inexplicable, pour faire comprendre l'incompréhensible. De ces notions obscures d'un pouvoir suprême, les philosophes tireront un jour l'idée d'un dieu unique, à qui les peuples refuseront longtemps de sacrifier leurs divinités locales.

Une religion qui soumettait les êtres divins à toutes les faiblesses humaines aurait eu peu d'influence morale, si ces dieux de l'Olympe, tant occupés de leurs plaisirs, de leurs colères et de leurs vengeances, n'avaient été aussi, dans la pensée populaire, les gardiens vigilants de la justice. Ils n'inspiraient pas l'amour, sentiment chrétien que le paganisme n'a pas connu, mais une crainte salutaire : ils passaient pour veiller à la sainteté des serments, et leurs autels étaient l'asile inviolable des suppliants. Sombres et inexorables ministres des vengeances célestes, les Furies s'attachaient aux coupables, vivants ou morts. Les cheveux entrelacés de serpents, une main année d'un fouet de couleuvres, une torche dans l'autre, elles jetaient l'épouvante dans son âme et la torture dans son cœur. L'impie qui pénétrait dans leur temple était aussitôt saisi d'une frénésie furieuse.

Les Furies, déifications terribles des remords, étaient d'autant plus nécessaires, comme sanction morale, à cette religion, que celle-ci était bien peu explicite sur la vie à venir. Sans doute des supplices attendaient aux enfers les coupables, et les justes y étaient récompensés. Mais combien la brillante imagination des Grecs est stérile, lorsqu'il faut décrire ces joies du sombre empire ! Aux Champs-Elysées, au milieu de bosquets de fruits et de fleurs, dans un printemps perpétuel, les Ames des bienheureux continuaient à goûter les plaisirs qu'ils avaient aimés sur la terre. Minos jugeait encore comme dans

I. Mars, Mercure, Vulcain, Apollon, Vcsia, Junon, Cérès, Diane.

son île de Crète, Nestor racontait ses exploits, Tirésias rendait des oracles, même aux vivants qui osaient descendre aux enfers, et Orion chassait les bêtes fauves qu'il avait tuées jadis sur la montagne, mais tous avec le regret de la vie. a Ne me consolez pas de la mort, dit l'ombre d'Achille à Ulysse, j'aimerais mieux cultiver la terre au service de quelque pauvre laboureur que de régner ici sur toutes les ombres des morts1. »

Hésiode, qui connaît si bien la généalogie des dieux, n'en sait pas sur ce point plus long qu'Homère. Ses héros immortels « jouissent en paix du bonheur dans les îles Fortunées, sur les bords du profond Océan. Ils cueillent trois fois par an des fruits doux comme le miel sur des arbres toujours en Heur. » Encore cette immortalité n'est-elle promise qu'aux héros ; pour la foule, elle ne doit guère compter que sur les biens et les maux d'ici-bas que les dieux lui dispensent. Seulement, il y a solidarité pour tous les membres d'une même cité, d'une même famille. Les fils seront punis ou récompensés jusqu'à la troisième génération pour les fautes ou les vertus des pères, les peuples pour les rois, les rois pour les peuples. Un crime individuel attire la famine ou la peste, la piété les éloigne ; croyance précieuse, à défaut d'un mobile plus énergique, et lien puissant de la famille et de la cité.

a Quand les hommes, dit Homère, au mépris des lois de Jupiter et de sa présence, violent la justice dans les places publiques et la font esclave de leurs passions, le dieu irrité déchaîne les tempêtes sous lesquelles la terre gémit. Les fleuves, ministres de sa colère, débordent ; les torrents entraînent des montagnes arbres et rochers, et les champs du laboureur ne sont plus que misère et désolation*. » Hésiode dit mieux encore: « O Perses,

Page 1