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3. Ils faisaient profession d'ignorer les sciences, et en général ne savaient ni lire ni écrire et rarement compter (isoemie, Vanath.\ Platon ,
le premier Hippim).
SPARTE ET LYCURGUE
de l'homme libre. On raconte qu'un Spartiate, se trouvant à Athènes, apprit qu'un citoyen de cette ville venait d'être condamné à l'amende pour cause d'oisiveté. Il s'étonna fort et demanda h voir celui qu'on punissait pour s'être conduit en homme, en méprisant, disait-il, les arts mécaniques et les travaux serviles qui , s'ils donnent la richesse, avilissent!
Mais il faut bien convenir que cette oisiveté et cette uniformité de vie ne donnaient pas aux Spartiates l'esprit souple, in énieux, hardi, plein de ressources et familier avec l'ir connu, qui est le partage des Athéniens. Ils sont superstitieux à l'excès et s'embarrassent pour peu de choses, cela se remarque même à la guerre : un siège , la mer, tout ce dont ils n'ont pas l'habitude, les déroute. A Platées, il leur faut attendre les Athéniens pour forcer les retranchements de Mardonius; les sièges qu'ils entreprennent ont une durée homérique, Ira, Ithome.
L'organisation militaire des Spartiates a fait l'admiration , dans l'antiquité, d'hommes très-compétents tels que Thucydide et Xénophon. Une discipline rigoureuse, une hiérarchie parfaite depuis le roi jusqu'au simple chef de file, une belle et sévère ordonnance, une régularité de mouvements irréprochable, l'aspect imposant et terrible de ces beaux hommes aux traits graves et immobiles, de ces piques hérissées, de ces vêtements ('cariâtes que portent les guerriers, de leurs casques et de leurs boucliers d'airain au sombre éclat, de leurs bataillons qui s'avancent au son des flûtes, d'un pas lent ou pressé, toujours irrésistible , tout cela arrache à Xénophon ce cri d'admiration : « Vous croiriez que la seule république de Sparte a produit de vrais guerriers, tandis que l'art militaire est resté dans l'enfance chez la plupart des nations. »
Cependant on prétend que Lycurgue chercha à modérer l'esprit belliqueux des Spartiates, qu'il leur défen-
dit de faire la guerre pendant certaines fêtes, et qu'il établit des trêves sacrées. Il leur donna du moins pour la guerre quelques maximes fort sages; en voici plusieurs : <f Ne pas faire longtemps la guerre au même peuple, » pour ne pas lui apprendre à la bien faire. — « Ne pas poursuivre trop loin l'ennemi vaincu : » c'est lâche et quelquefois dangereux. — «< Ne pas dépouiller les morts avant la fin du combat : » c'est imprudent.
La constitution de Lvcurgue était surtout propre à faire des héros et elle en fit. Servir la p itrie et mourir pour elle, voilà la pkis grande ambition des Spartiates. J icloire ou mort] c'était leur cri de guerre; l'honneur était leur loi suprême. « Ce qui mérite d'être admiré dans Lycurgue, dit Xénophon, c'est d'avoir su faire préférer une belle mort à une vie déshonorée. Ce grand législateur a pourvu au bonheur de l'homme brave et a dévoué le Lâche à l'infamie. Dans les autres républiques, quand un homme est lâche, on se contente de lui en donner le nom; du reste, il délibère sur la place publique avec l'homme brave, il s'assied près de lui, il lutte avec lui. A Lacédémone, on rougirait de manger avec un lâche ou de s'exercer avec lui. Au jeu de paume, les deux camps le repoussent. La dernière place dans les salles de danse et dans les spectacles est la sienne. Dans les rues, il cède le haut du pavé à de plus jeunes que lui. Ses filles partagent sa flétrissure; elles sont exclues des repas publics et ne peuvent trouver d'époux. On lui fait mille outrages. Vêtu de haillons, la barbe rasée d'un côté, il est frappé impunément par ceux qui ne l'évitent pas avec horreur. D'après cela faut-il s'étonner qu'à Sparte on préfère la mort à une vie condamnée à l'opprobre et à l'infamie? »
Je n'ai pas encore parlé d'une autre singularité : Sparte n'avait pas de murs. Pleins de confiance dans leur courage, pleins de mépris pour leurs sujets, ils n'avaient pas cru nécessaire d'ajouter à la force des collines où ils avaient établi leur principale demeure. Des fortifications
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qui d'ailleurs n'auraient enveloppe qu'un petit espaee auraient sépare un partie du peuple de l'autre et peutêtre porté atteinte à la commune égalité. Ils estimèrent que les remparts de Sparte étaient le Taygète, les monts d'Arcadie, la mer et surtout ce que le poète préfère aux plus solides murailles, de vaillantes poitrines. L'événement montra qu'ils avaient raison.
Ce ne fut pas sins orages que Lycurgue parvint à établir sa constitution. Quand il voulut introduire la frugalité avec les repas en commun, les riches, habitués déjà au luxe et à la débauche, firent une sédition et voulurent le lapider ; ils le poursuivirent jusque dans un temple et le blessèrent : il eut un œil crevé. Le patriotisme pourtant et le sentiment des dangers que courait la cité avec ces divisions l'emportèrent : les lois furent acceptées.
On raconte qu'après les avoir vu adopter, il fit jurer aux rois, aux sénateurs, à tous les citoyens, de n'y rien changer jusqu'à son retour. Puis, s'éloignant, il alla consulter l'oracle d'Apollon. Le dieu répondit que Sparte effacerait la gloire de toute autre cité tant qu'elle conserverait ses lois. Lycurgue envoya cet oracle à Lacédémone, fit un nouveau sacrifice, embrassa ses amis et son fils, et, pour ne pas dégager ses concitoyens de leur serment, se laissa mourir de faim.
Le meilleur commentaire des lois de Lycurgue est l'histoire de Sparte; qu'on la lise, l'arbre sera jugé par ses fruits.
Lycurgue, et je réunis sous son nom toutes les lois dont il vient d'être parlé, sans examiner si toutes lui appartiennent; Lycurgue avait tout combiné avec une rare sagacité pour rendre Sparte immuable et sa constitution immortelle. Mais il y a un grand ennemi des choses de ce monde qui veulent être éternelles, ce vieillard à tête chauve et à barbe blanche que l'antiquité armait d'un.faux. Les législateurs n'aiment pas plus que les poêles à
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compter avec lui, ils disent volontiers qu'ils ont bâti un édifice plus solide que l'airain; le Temps marche, tout s'écroule1. Sparte le brava pendant des siècles, mais parce qu'elle sacrifia davantage la liberté de ses concitoyens qu'elle tint sous la plus rude discipline. Elle a longtemps duré; elle n'a pas vécu. Dès, en effet, que cette constitution inflexible et immorale, qui mettait en commun les enfants, les femmes et les biens, et qui, par conséquent, était établie en dehors des conditions de l'humanité, fut ébranlée, sa décadence fut rapide, irrévocable.
Lycurgue avait voulu immobiliser l'homme et la terre, la condition, le nombre et la fortune des citoyens, et à .la fin, il n'y eut pas de cité où l'inégalité des rangs et des richesses fût plus grande.
11 avait comme détruit la propriété individuelle pour donner tout à l'État; et Aristote dit : « A Sparte, l'État est pauvre, le particulier riche et cupide. >»
11 avait violé les lois de la nature dans le sort et l'éducation des femmes, pour que Sparte les eût saines et fortes; et Aristote, accusant leurs mœurs, leur avidité, même leur courage, voit dans leur licence une des causes de la chute de Lacédémone.
II mit les hilotes sous la terreur; ils la renvoyèrent à leurs maîtres.
II défendit les longues guerres, mais il avait rendu la guerre attrayante en délivrant le soldat des règles sévères imposées au citoyen; et ce fut par la guerre, par la victoire que sa république périt.
II ôta toute liberté d'action à ses concitoyens ; il assigna à chaque instant de leur vie son emploi; et Sparte finit par être une cité révolutionnaire.
Il avait proscrit l'or et l'argent pour proscrire la cor-
I. Eschyle «lit admirablement bien : « I^c Temps marche; c'est un grand maître. » ■{Promet liée enchante, y, 081.)
SPARTE ET LYCLRGUE
ruption; et nulle part, depuis les guerres médiques, la vénalité ne fut si ordinaire, si éhontée.
Il bannit les arts1, excepté la musique, la danse et une poésie sévère; en cela il réussit. Sparte resta une cité barbare au milieu de la Grèce, un point sombre dans la lumière. Elle ne sut même pas bien le seul art qu'elle pratiquât, la guerre. A Platées, devant Ilbome, il lui faut appeler les Athéniens pour forcer des retranchements.
Aristote la dit : Faite pour la guerre, Lacédémone se rouilla dans la paix, comme une épée dans le fourreau. Toutes ses institutions lui apprenaient à se battre, aucune à vivre dans le repos. Paix ou guerre, tout fut fatal à ce peuple, dès qu'il sortit de sa creuse Lacédémone, pour se mêler à la vie commune des nations. Il ne pouvait durer qu'à la condition de rester une exception, un fait anormal, une monstruosité, belle si vous regardez à certains aspects, hideuse sous d'autres. Sparte, vertu égoïste et farouche, a bien pu contenter l'orgueil de ses enfants et gagner les éloges de ceux qui admirent la force et le succès; mais qu'a-t-elle fait pour le monde? Machine de guerre bonne pour détruire, incapable de produire, qu'a-t-elle laissé? Pas un artiste, pas un homme de génie, pas même une ruine, une pierre qui porte son nom, tant elle est bien morte tout entière", comme Thucydide lavait prédit, tandis qu'Athènes, si calomniée par les rhéteurs de tous les âges, montre encore fièrement sur la cime et au pied de son acropole les ruines majestueuses de ses temples où l'art moderne des deux mondes vient chercher l'inspiration.
11 faut pourtant avouer que cette législation sévère
1. Il les interdit aux Spartiates, mais ceux-ci appelèrent souvent des artistes étrangers pour hâtir leurs temples ou sculpter les statues de leurs dieux. Ainsi, dès le huitième siècle, plusieurs artistes, venus de Magnésie, du Méandre, çculplèrcnt le trône colossal d'Apollon à Amvelées. Relativement à la question des arts à Sparte, voir l'ouvrage tic M. Bculé sur le Péloponnèse.