‹ Histoire de la Grèce ancienneChapitre 45 sur 90 · Thespis était du bourg dlkaria · texte numérisé non relu

Thespis était du bourg dlkaria

scène dramatique, d'où sortit plus tard la tragédie d'Eschyle, et il voulut que ces poëmes fussent récites à la fête des grandes Panathénées, qu'il fonda.

Pisistrate n'avait point aboli la dernière constitution, seulement rien ne se faisait, élection, loi ou entreprise quelconque, que par son influence et sous sa direction. A voir les apparences, Athènes était une république; en réalité elle avait un maître, mais un maître populaire. Cependant il maintint sévèrement les lois qui regardaient la police et obligeaient au travail. Il rendit générale une disposition de Soion en faveur des soldats mutilés à la guerre : tout citoyen estropié ou infirme reçut une obole par jour (15 centimes). Pour conserver sa popularité, il fit des distributions aux pauvres et ouvrit ses jardins au peuple. Ses libéralités étaient intelligentes : il renvoyait les indigents de la ville aux travaux des champs, et les mettait à même de se tirer d'embarras, en leur donnant du bétail et de la semence.

11 était difficile d'exécuter tant de travaux sans que le poids des dépenses publiques ne s'aggravât : Pisistrate fut obligé d'établir une dîme sur les produits de la terre; on raconte que se promenant un jour il vit un campagnard qui labourait péniblement les flancs de l'Hymette, et lui demanda ce que lui rapportait son champ : « Bien du mal, répondit le laboureur; mais Pisistrate s'en moque, pourvu qu'il ait sa part de nos revenus. » Le tyran se mit à rire et fit dégrever le pauvre homme. Il mourut en 527, assez maître du pouvoir pour le transmettre sans obstacle à ses fils.

Ainsi la tyrànnie devenait héréditaire. Athènes avait déjà parcouru toute la série des transformations politiques dont Aristote expose la théorie et qu'il montre suivie régulièrement dans presque tous les États de l'antiquité : royauté héroïque, aristocratie, oligarchie, démocratie, tyrannie. Tandis que la lente et cauteleuse Lacédémone + s'arrêtait au premier pas, entre la royauté héroïque et

l'aristocratie, l'impatiente et mobile Athènes courait d'une extrémité à l'autre, essayait toutes les formes de gouvernement et arrivait, au dernier période de cette longue révolution, à la tyrannie. Elle allait bientôt en sortir glor ieusement pour pratiquer le vrai gouvernement républicain et démocratique.

Prsistrate avait laissé trois fils, Hippias. Ilipparque et Thessalos, tous trois amis des lettres, mais, comme ils avaient été élevés au sein de la puissance, moins prudents et moins réservés que leur père. Il semble qu'ils aient gouverné de concert; Hippias seulement en sa qualité d'aîné, était regardé comme le souverain. Thucydide, qui peut-être les ménage parce qu'il était de leur maison dit : « Ces tyrans affectèrent longtemps la sagesse et la vertu ; contents de lever sur les Athéniens le vingtième des revenus, ils embellissaient la ville, soutenaient la guerre, et faisaient dans les fêtes les frais des sacrifices. La république, dans tout le reste, jouissait de ses droits, et la famille de Pisistrate avait seulement attention de placer quelques-uns des siens dans les charges. »

Ilipparque s'était fait l'ami d'Anacréon, de Simonide et d'Onomacritos, moitié poète, moitié devin, qu'il chassa, quand il l'eut surpris interpolant les prophéties de Musée. On lui attribue l'établissement de ces hennés qui ornaient les places et les carrefours, dans les rues . d'Athènes, les bourgs de l'Attique et le long des routes. Il y avait fait graver en vers les plus beaux préceptes de morale, tels que celui-ci : « Prenez toujours la justice pour guide, » et cet autre : « Ne violez jamais les droits de l'amitié. » De sorte que l'étranger, à son entrée dans l'Altique, reconnaissait qu'il allait fouler une terre où la société civile était bien ordonnée et la culture de l'esprit en honneur.

Un jour que les Pisistratides descendaient avec tout le peuple au Céramique pour offrir un sacrifice aux douze grands dieux, ils virent des suppliants assis sur les mar-

LES PISISTRAT1DES ET CLISTHÉNES. 211

ches de l'autel, c'étaient des Platéens. Ils venaient implorer leur assistance contre Thèbes, qui aurait voulu accomplir en fiéotie la révolution faite dans l'Attique au profit d'Athènes, et devenir, comme elle, la métropole et le centre politique du pays. Les Pisislratides oublièrent leurs vieilles relations avec Thèbes pour saisir l'occasion d'étendre leur influence au delà du Parnès et d'assurer leur frontière de terre. L'armée qu'ils envoyèrent vainquit les Thébains et scella entre Athènes et Platées une alliance qui dura autant que ces deux villes (519).

Cependant, de temps à autre la tyrannie se montrait. Cimon, le père de Miltiado, fut tué par leurs ordres, et Harmodios ayant rejeté l'amitié d'Hipparque pour celle d'Aristogiton, citoyen d'une condition médiocre, le tyran s'en vengea lâchement. « Harmodios avait une jeune sœur : elle fut invitée à venir porter la corbeille sacrée à une fête, et, quand elle se présenta, on la chassa honteusement, en soutenant qu'on ne l'avait pas mandée et qu'elle n'était pas digne de remplir une fonction réservée aux filles des premières maisons. Harmodios fut violemment irrité de cette insulte, et Aristogiton partagea son indignation. Ils firent avec d'autres ennemis des Pisistratides le complot de les assassiner, et attendirent, pour l'exécution de leur dessein, la fête des grandes Panathénées, le seul jour où les citoyens se réunissaient en armes. Ce jour arrivé, Hippias, avec ses gardes, rangeait le cortège dans le Céramique, hors de la ville; déjà s'avançaient pour le frapper Harmodios et Aristogiton, armés de poignards qu'ils tenaient cachés sous des branches de myrte, quand ils virent un des conjurés s'entretenir familièrement avec lui, car il se laissait aborder de tout le monde. Tls se crurent dénoncés et voulurent du moins, avant de mourir, se venger, s'ils le pouvaient, de celui qui était la cause de leurs malheurs. Ils franchirent les portes, se jetèrent dans la ville et rencontrèrent Hipparque dans l'endroit nommé Léochorion. Ils se précipi-

tèrent aussitôt sur lui et le frappèrent à mort. Aristogiton parvint d'abord à se soustraire aux gardes, mais bientôt fut pris; ïlarmodios avait été tué sur-lechamp. Cette nouvelle fut annoncée à Hippias dans le Céramique. Au lieu de courir à l'endroit où le meurtre venait d'être commis, comme les citoyens armés qui accompagnaient la pompe étaient à quelque distance, il s'approcha d'eux avant qu'ils eussent rien appris, composa son visage pour ne rien laisser paraître, et leur ordonna de gagner, sans armes, un endroit qu'il leur montra. Ils s'y rendirent, dans l'idée qu'il avait quelque chose à leur communiquer. Alors, donnant ordre à ses gardes de soustraire les armes, il choisit et fit arrêter ceux qu'il soupçonnait et tous ceux sur qui l'on trouva des poignards. » (Thucydide.)

Aristogiton, suivant des récits postérieurs, avant d'être mis à mort, fut appliqué à la torture : il dénonça les plus chers amis du tyran, qui les fit égorger aussitôt. « Et qui encore?» demandait-il. « Il n'y a plus que toi, reprit l'Athénien, dont je voudrais la mort; au moins je t'aurai fait tuer ceux que tu aimais le plus. » Les Athéniens, pour ennoblir ce premier jour de leur liberté, racontaient encore que Lééna, une amie d'Aristogiton, avait été comme lui torturée, que de crainte de céder à la douleur et de trahir involontairement un de ses complices, elle s'était coupé la langue avec les dents et l'avait crachée au visage du tyran. Après la chute des Pisistratides les Athéniens représentèrent l^ééua sous la forme d'une lionne, sans langue; ils élevèrent aussi des statues aux deux amis, et dans les fêtes, dans les festins, ils chantaient :

« Je porterai l'épée dans le rameau de myrte, comme firent ïlarmodios et Aristogiton, quand ils tuèrent le tyran et qu'ils établirent dans Athènes l'égalité.

« Très -cher ïlarmodios, tu n'es point mort; sans doute, tu vis dans les îles des bienheureux, là où se trou-

vent, dit-on, Achille aux pieds rapides, et Diomède, fils de Tydée.

« Dans le rameau de myrte, je porterai i'épée, comme Harmodios et Aristogiton, lorsqu'aux fêtes d'Athénée ils tuèmit le tyran Hipparque.

« Toujours votre renom vivra sur la terre, très-cher Harmodios, et toi, Aristogiton, parce que vous avez tué le tyran et établi dans Athènes l'égalité. »

Depuis le meurtre de son frère (514), le caractère d'Hippias sembla changé. Devenu sombre et soupçonneux, il fit périr beaucoup de citoyens, accabla les autres d'impôts et resserra ses alliances au dehors. Son frère possédait Sigée, le second Miltiade tenait pour lui la Chersonèse, il s'attacha encore le tyran de Lampsaque, qui jouissait d'un grand crédit auprès du roi de Perse, en lui donnant sa fille. « Lui Athénien s'unir à un homme de Lampsaquc! » s'écrie Thucydide dans son orgueil attique. La prudence faisait taire l'orgueil. Hippias avait cependant bien d'autres amis, Lacédémone, et le roi de Macédoine Amynthas et les Thessaliens ; que pouvail-il craindre?

Les Alcméonides bannis par Pisistrate avaient fait pour rentrer de force dans l'Attique, une première tentative qui était restée infructueuse. Ils cherchèrent des alliés. Le temple de Delphes avait été incendié cp 548 : on ramassa de l'argent dans toute la Grèce pour le rebâtir, et les Delphicns furent taxés pour leur part à un quart de toute la dépense, évaluée à 300 talents d'Eginc (près de 2 millions de francs). Les Alcméonides firent marché avec les amphictyons pour la reconstruction du temple, et dépassèrent de beaucoup dans l'exécution ce qui avait été convenu. Au lieu de construire le fronton de pierre, ils le bâtirent de marbre de Paros. Les Delphiens furent gagnés par cette générosité, et la Pythie ajouta à ses réponses, lorsque les Lacédémoniens venaient la consulter, soit au nom de l'État , soit dans leur intérêt particulier,

l'injonction de rendre la liberté à Athènes. Les Spartiates étaient naturellement portés en faveur du parti aristocratique d'Athènes, représenté par les Alcméonides, et hostiles, au contraire, à cet esprit démocratique qui avait élevé les Pisistratides au pouvoir. En outre ils ne voyaient pas sans une secrète jalousie les progrès rapides des Athéniens sous Pisistrate et ses fds. Ils avaient, il est vrai, fait avec ceux-ci une alliance. Mais le dieu lui-même semblait les en dégager; ils se décidèrent à envoyer une expédition qui rendit Athènes à la liberté' c'est-à-dire à l'aristocratie des grandes familles. L'expédition, sous les ordres d Vnchimolios, fut dirigée par mer et débarqua au port de Phalère. Ilippias avait reçu un secours de mille * cavaliers thessaliens, et il avait eu la précaution de dégarnir d'arbres et de haies les environs de Phalère. Dès que les Laeédémoniens voulurent sortir dans la plaine, assaillis se tous côtés par les Thessaliens, ils furent rejetés sur leurs vaisseaux avec perte de leur chef et d'une partie de leurs soldats.

Cet échec «accrut leur zèle, ils avaient maintenant une défaite à venger. D'ailleurs, à leur tête se trouvait un chef hardi, le roi Cléomène, à qui pesaient, tant qu'il restait à Lacédémone, la surveillance des Kphores et le rôle subalterne de la royauté. 11 aimait la guerre qui lui rendait le commandement; il venait d'humilier Argos1, et souhaitait d'humilier encore une domination qui, depuis quelques années, faisait trop parler d'elle. Au bout de ces entreprises et de ces succès, il entrevoyait certainement une dernière victoire, celle qui abattrait devant lui les Ephores et la constitution de son pays. 11 mena donc une nouvelle armée contre Athènes. Cette fois, l'attaque, dirigée par terre, eut un meilleur succès; les Thessaliens furent battus et Athènes assiégée, c Les tyrans, dit Hérodote, s'étaient réfugiés derrière le mur

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