I. Voy. ci-dessus, p
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pélasgique, et les Lacédémoniens , n'étant pas en état de les y forcer, n'avaient nulle intention d'entreprendre un siège contre des ennemis pourvus de provisions de toute sorte. Ils songeaient même à se retirer, après un blocus de quelques jours, lorsqu'un événement imprévu amena la ruine des Pisistratides. llippias, pour mettre ses enfants à l'abri de tout événement, voulut les faire embarquer; ils tombèrent aux mains de l'ennemi, qui ne consentira les rendre qu'à condition que leur père sortirait de l'Attique dans cinq jours. Pour ravoir ses enfants il s'y décida (510), et se retira à Sigée avec ses principaux partisans. »
Avec les Alcméonides l'influence des Spartiates et l'esprit de leurs institutions semblaient devoir rentrer dans Àlhèoet. Mais à la tête des émigrés revenus était un homme qui, dans l'exil, avait beaucoup appris, Clistbénès. Hérodote en fait un ambitieux, qui trouvant un rival dans Isagoras, un des plus ricbes et des plus nobles citoyens d'Atbènes, résolut de s'appuyer, comme Pisistrate, sur le petit peuple, et de briser l'influence des nobles en brisant les liens de clientèle qui retenaient dans leur dépendance une partie de la population Peut-être ne fit-il qu'accomplir la patriotique reforme commencée un peu plus tôt à Rome par le roi Servius, la fusion des anciens et des nouveaux citoyens. Solon,' en effet, avait conservé les quatre anciennes tribus qui, étroitement fermées par des liens religieux, refusaient, malgré les facilités données par le législateur, de s'ouvrir pour recevoir les étrangers établis en grand nombre dans l'Attique, et
i. Thucydide, après avoir raconté (lîv. II, 13-18) la destruction des divers lùats de l'Attique par Thèse* ■ (voy. ci-dessus, p. 107., ajoute : «t Mais même après celte concentration du gouvernement, la plupart de* ancienin-s familles et de celles qui se formèrent ensuite, continuèrent à hahiter au sein de leurs domaines et à vivre entourées de tous leurs serviteurs dans les lieux où elles avaient toujours vécu, et où se trouvaient leurs sanctuaires particuliers, et pour ainsi dire leurs pénales domestiques. Quitter ces demeures héréditaires et changer de canton c'eut été pour eux quitter la patrie. »
quelques-uns peut- être depuis plusieurs générations, même les gens de métier et les marchands. L'oppression qui avait pesé sur chacun rapprocha tous les rangs, confondit les origines, et la révolution était sinon faite, préparée du moins dans les esprits, quand Clisthénès l'accomplit.
Nommé archonte éponyme, Clisthénès abolit les quatre anciennes tribus et les remplaça par dix tribus nouvelles. Chacune comprit dix dèmes, plus tard davantage, car on en compta jusqu'à cent soixante-quatorze. Les dèmes d'une même tribu n'étaient pas nécessairement dans le même canton. De quatre dèmes par exemple qui entouraient le Pirée, trois appartenaient à autant de tribus différentes. Il en résulta cet avantage que la tribu ne représentant pas un seul intérêt territorial ne devint jamais le foyer d'une faction politique. Chaque dème était administré par un démarque et avait son registre de citoyens, ses assemblées municipales et ses fêtes1.
Les phratries, subdivisions des tribus anciennes, ne furent plus reconnues que pour les affaires civiles. Les droits politiques dérivèrent de l'organisation nouvelle; nul ne put avoir les privilèges du citoyen sans être inscrit dans un dème. Par ce simple changement Clisthénès introduisait dans la cité beaucoup de gens qui jusqu'alors en avaient été exclus, et transformait le peuple athénien. Désormais, en effet, un esprit nouveau l'animera, car Clisthénès Ta soustrait à l'influence traditionnelle que les nobles se transmettaient comme un héritage dans leurs phratries ou dans leurs yevr,, et qui restait de génération en génération dans les mêmes maisons. Auparavant l'unité politique était le genos, composé de citoyens liés les uns aux autres par les traditions et la religion, et placés sous l'influence de chefs héréditaires ; depuis Clis-
1. C'était une mrsnre analogue à la création tle nos départements vu remplacement des provinces.
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thénès ce fut le dème, composé d'hommes réunis seulement parla communauté des intérêts, la proximité des domaines et sous la seule influence du patriotisme. Pour prendre le langage politique moderne, ce n'était rien moins que l'établissement du suffrage universel.
L'augmentation du nombre des tribus fit augmenter le nombre des sénateurs. De 400 on les porta à 500, de manière que 50 membres ou un dixième sortissent de chaque tribu, peut-être dès ce moment par la voie du sort. Ce sénat dut siéger tous les jours, les fêtes exceptées. Chaque section, à son tour, était en permanence durant un dixième de l'année, et ses membres, nourris pendant ce temps aux frais de l'Etat, portaient le nom de prytanes. La section se subdivisait elle-même en cinq commissions qui, chacune durant sept jours, présidaient le sénat sous la direction d'un de leurs membres, appelé r'pistate, dont elles tiraient le nom au sort. L'épistate gardait les clefs de l'Acropole et du trésor, ainsi que le sceau de l'État. Mais ses fonctions ne duraient qu'un jour. Les autres sénateurs pouvaient siéger avec les prytanes, et il n'y avait de décision valable qu'autant qu'un sénateur au moins de chacune des neuf autres tribus avait pris part a la délibération des prytanes. Ainsi, les représentants de chaque tribu avaient à tour de rôle la direction du gouvernement.
L'assemblée du peuple fut désormais réunie quatre fois par prytanie (espace de 35 et 30 jours), davantage s'il était nécessaire, sur la convocation du sénat ou des généraux, et sous la présidence des prytanes dont le chef ou épistate indiquait les questions sur lesquelles l'assemblée votait.
Ix»s quarante-huit naucraries furent portées à cinquante, de sorte que l'Attiquc fut divisée en autant de districts de perception financière. Les héliastes formèrent dix tribunaux, et la même division prévalut dans la plupart des corps publics, sauf dans le collège des archon-
tes qui restèrent au nombre de neuf, nommes à l'élection, et non pas désignés par le sort, comme ils le furent plus tard, quand ils eurent perdu les plus importantes de leurs prérogatives que Clisthénès leur avait laissées.
La nouvelle organisation fut aussi une organisation militaire; chacune des dix tribus avait ses hoplites, ses cavaliers et son général ; chaque naucrarie fournissait une galère et deux cavaliers pour la garde du pays. Le troisième archonte ou polémarque conserva voix et autorité prépondérantes dans le conseil de guerre. Les généraux ne restaient qu'une année en charge; mais leurs fonctions grandirent avec la démocratie et 1 Etat. Au temps de Périclès, les archontes seront réduits à faire la police de la cité et à préparer le jugement des procès, tandis que les généraux dirigeront non-seulement les affaires de la guerre, mais toute la politique étrangère.
On attribue aussi à Clisthénès l'établissement de l'ostracisme. Chaque année, durant le sixième mois, la question suivante pouvait être débattue dans le sénat et pardevant l'assemblée : « La sûreté de l'État exige-t-elle qu'il y ait un vote d'ostracisme?» Si celte nécessité était reconnue, le peuple était appelé à voter. On ne lui désignait aucun nom; il écrivait lui-même sur une coquille enduite de cire (ôVrpxxov) le nom du citoyen qu'il jugeait utde d'éloigner de la ville, pour maintenir la commune égalité et prévenir toute tentative d'usurpation. Le vote était secret. Les archontes faisaient le recensement des suffrages qui devaient s'élever au moins à 6000. \je citoyen désigné par la majorité était banni pour dix ans. Sa considération n'en souffrait pas; ses biens n'étaient point confisqués; il en gardait même la jouissance. Depuis Clisthénès, dix citoyens furent soumis à cette mesure de haute police : Hipparchos, un parent des Pisistratides; Alcibiade, Mégiclès et Callias, trois chefs de puissantes et ambitieuses maisons; Aristide, Thémistocle et Cimon, trois grands citoyens, Thucydide l'An-
cien, un chef de faction; Damon, un des maîtres de Périclès; et Hyperbolos, dont la condamnation déshonora l'ostracisme qui après lui fut aboli.
Cette institution a servi de texte à bien des déclamations contre la démocratie athénienne. Plutarque la condamne, mais Aristote est bien près de l'absoudre1. Elle lui paraît être ce qu'elle fut, un moyen de maintenir l'État dans ces rigoureuses proportions qui ne permettent à personne de s'élever outre mesure dans la cité. « Le peintre, dit-il, ne laissera pas dans son tableau un pied disproportionné, fût-il admirable, et le chef du chœur forcera la plus belle voix à se tenir à I unisson des autres. » On oublie qu'Athènes sortait, quand elle l'établit, d'une tyrannie odieuse; que le nouveau gouvernement n'avait pour se défendre aucune force armée : qu'enfin la liberté tant de fois violée, depuis Solon, était justement devenue soupçonneuse Tout citoyen qui grandissait trop lui semblait à craindre; mais ses craintes mêmes étaient un hommage : elle honorait alors qu'elle frappait. L'ostracisme étaitcommelesceaudesgrandt s renommées. Au jugement d'Aristote ajoutons celui d'Aristide : «Il n'y a, disait-il, qu'un moyen de rendre la paix à la ville, c'est de nous jeter, Thémislocleet moi, dans \ebarathron.* Athènes fut plus sage, elle se contenta d'éloigner 1 un des deux rivaux. Thémistocle, délivré de cette lutte de chaque jour, fut plus libre de servir sa patrie. Il sauva Athènes. Aristide, revenu plus tard, l'honora par ses vertus.
Montesquieu a dit : Il y a dans les Etats où l'on fait le plus de cas de la liberté, des lois qui la violent contre un seul pour la garder à tous — Cicéron veut qu'on les abolisse.... J'avoue pourtant que l'usage des peuples les plus libres qui aient jamais été sur la terre, méfait croire qu'il y a des cas où il faut mettre pour un moment un voile
I. Politique, liv. III, ch. ix. L'ostracisme exista aussi a Syracuse ou il fit d u mal, parce qu'il ne fut pas réglé (le pétal'ume), Diotlorc, 1. XIt et à Argos, Aristote, Politique, 1. V, ch. in.
sur la liberté, comme l'on cachait les statues des dieux h Je serais de l'avis de Cicéron ; mais avons-nous bien le droit d'être si sévères pour Athènes, nous autres modernes qui, même contre des enfants, avons tant de fois établi des lois d'ostracisme?
L'aristocratique Lacédémone, en ramenant les Alcméonides à Athènes, avait cru renverser un tyran et fonder une oligarchie. Trompée dans son attente, elle accueillit les plaintes d'Isagoras, et un héraut vint réclamer le bannissement de Clisthénès, comme membre d une famille souillée. Clisthénès ne se sentit pas assez fort pour résister et sortit d'Athènes. Cléomène y arriva , chassa sept cents familles que lui désigna Isagoras, supprima le conseil des Cinq -Cents et voulut donner tout le gouvernement à trois cents citoyens de la faction oligarchique. Mais le sénat refusa de céder à la violence et appela le peuple à sauver les lois. Les conspirateurs se jetèrent dans la citadelle, et, au bout de deux jours, Cléomène demanda qu'on le laissât se retirer. Isagoras s'échappa avec lui. Mais ceux qui l'avaient soutenu furent condamnés comme traîtres et exécutés. Pour la seconde fois Athènes chassait la tyrannie et se retrempait dans la liberté. Elle y trouva une force nouvelle, indomptable.
Elle en avait besoin, car le péril était grand. Cléomène furieux amassait une armée et allait entraîner Sparte à une guerre ouverte. Chalcis, Egine, jalouses de la marine naissante des Athéniens, voyaient avec joie l'occasion de la détruire; Thèbes, celle de se venger*; Ilippias se croyait déjà rétabli; Clisthénès n'hésita pas à tenter une démarche hardie. Son père avait dû une partie de ses richesses à Crésus, il tourna comme lui les
1 . Esprit des lois, liv. XII, ch. xi\. Il dit ailleurs, xxvi, 17 : « L'ostracisme prouve la douceur du gouvernement populaire qui l'employait,» et xxix : Il fut à Athènes une chose admirahle.s — Les Anglais ont pire que l'ostracisme, c'est le bill of attainder qui envoya Strafford et tant d'autres à l'échafaud.