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A partir de ce moment il disparaît de l'histoire

ment par deux importantes victoires gagnées en deux jours. Les Athéniens n'en avaient pas tant fait durant les 70 années qu'avait duré la tyrannie. Aussi, ils en conçurent un juste sentiment d'orgueil. Ils avaient fait bon nombre de prisonniers et les gardèrent quelque temps enchaînés. Avec la dîme de la rançon qu'ils en tirèrent, ils firent exécuter un quadrige d'airain qui fut placé dans les Propylées et consacré à Minerve. Il portait cette inscription qui par sa fierté annonçait les héros de Marathon : « Les enfants d'Athènes ont dompté les peuples de Béotie et de Chalcis; ils ont humilié, dans la prison et les fers, l'insolence de leurs ennemis. » On conserva les chaînes des captifs dans l'Acropole; Hérodote, qui les y vit, ajoute : « Depuis cet événement, Athènes ne cessa de s'accroître, et sa prospérité a prouvé chez elle, comme partout ailleurs, les avantages d'un État où chacun jouit des mêmes droits. En effet, tant que les Athéniens furent sous le joug des tyrans, on ne les vit pas supérieurs dans la guerre aux peuples qui les environnaient ; mais, du moment qu'ils surent se soustraire à la tyrannie, ils les surpassèrent de beaucoup. On voit aussi que, pour un maître, ils n'eurent jamais la volonté de s'illustrer; mais que du moment où ils devinrent libres, ils le voulurent et y réussirent, parce qu'alors chacun travailla pour soi-même. »

Cependant les Béotiens, pour venger leur défaite, demandèrent le secours des Eginètes, insistant sur cette raison que Thèbes et Egine, filles du fleuve Asopos, qui avaient donné leur nom aux deux cités, étaient sœurs. A d'aussi sérieux arguments, les Éginètes répondirent d'une façon tout aussi mythologique : ils envoyèrent lés statues des héros Éacides au camp des Béotiens. Ceux-ci n'en furent pas moins battus et sollicitèrent un secours plus humain. Comme il y avait entre Athènes et Égine une vieille querelle dont nous parlerons bientôt, les Eginètes se décidèrent à profiter des nouveaux embarras

d'Athènes ; pendant que Jes Thébains attaquaient par le nord, ils armèrent une escadre et pillèrent les côtes, avant même d'avoir déclaré la guerre. Athènes prépara aussitôt uue grande expédition contre Egine; mais les nouvelles qui lui vinrent du Péloponnèse l'empêchèrent de s'engager plus avant.

Lacédémone, toujours attachée bien plus à des intérêts qu'à des principes, venait de se décider à défaire ce qu'elle avait fait, à rétatlir Hippias qu'elle avait renversé. Elle avait découvert la ruse dont s'étaient servis les Àlcméonides pour suborner l'oracle de Delphes et provoquer l'expédition de Cléomène. Il lui fâchait d'avoir été prise pour dupe, <c et de plus, dit crûment Hérodote, elle pensait que l'Attique, libre, deviendrait capable de balancer sa puissance, tandis que, courbée sous le joug, elle resterait nécessairement faible. » îlippias fut appelé de Sigée à Sparte, et les magistrats proposèrent aux alliés une grande expédition pour le ramener dans l'Attique. L'assemblée se tenait à Sparte même. Tous ces députés d'États libres écoulèrent d'abord en silence l'étrange proposition de secourir un tyran. A la fin un d'eux se leva, le Corinthien Sosiclès. Il rappela les maux que la tyrannie avait infligés à sa patrie et aux autres cités, reprocha aux Spartiates d'aller contre leur propre histoire et déclara énergiquement que jamais les Corinthiens ne contribueraient à rétablir un gouvernement dont ils avaient eux-mêmes tant souffert. La plupart des alliés se rangèrent à cet avis. La ligue qui se formait fut tout à coup dissoute, et Hippias retourna tristement à Sigée. Nous l'y verrons justifier Sosiclès, en ne cessant de solliciter des Perses une armée qui lui permît de remettre sa patrie sous le joug et la Grèce aux pieds du grand roi.

Nous venons de voir Athènes, après bien des troubles et des révolutions, entrer rapidement dans les voies démocratiques et devenir ce que Solon avait voulu qu'elle

fût, une réunion de citoyens au milieu (lesquels ni familles, ni corporations, ni castes n'avaient de droits particuliers et héréditaires. L'égalité devant la loi, la sécurité des biens et des personnes, le libre accès aux charges, aux tribunaux, à l'assemblée générale; des lois écrites qui empêchaient l'arbitraire, un domaine public qui appartenait vraiment au public, puisque le produit des mines, par exemple, était partagé entre les citoyens, quand la cité ne le réclamait pas pour ses nécessités; mais la direction des affaires réservée aux riches, parce qu'ils avaient plus de loisir, et qu'ils pouvaient, au besoin^ faire de plus grands sacrifices; et, avec toutes ces nouveautés, le respect des grands noms, des vieilles familles et de l'ancienne religion du pays, de sorte que tout lien avec le passé n'étant point brisé, l'État ne pouvait se précipiter ^témérairement vers un avenir inconnu et que la noblesse athénienne, comme celle d'Angleterre, restait l'ornement et la force de la cité, sans plus être jamais pour elle une menace et un péril; voilà quelle était l'Athènes de Solon et de Clislhénès,' un gouvernement qui poussait à la libre expansion des facultés de chacun et au dévouement absolu de tous pour la grandeur commune.

Et cette grandeur commençait : l'ordre une fois établi au dedans, la république avait bien vite grandi au dehors et était devenue en peu de temps assez redoutable pour effrayer l'aristocratique et toute-puissante Lacédémone. Plusieurs peuples, plusieurs aristocraties se sont ligués contre elle; dans le but d'arrêter ses accroissements, Sparte essaye des moyens les plus contraires : tantôt elle chasse les tyrans, tantôt elle les ramène,; rien ne réussit. Athènes triomphe de tous les efforts : semblable à un arbre vigoureux dont on tâche vainement de comprimer la séve pour arrêter son essor, et d'énerver les rameaux qui, comme sous les climats bénis, vont porter ensemble les fruits et les fleurs.

Sparte n'aurait pas sans doute renoncé à sa haine jalouse, si un grand événement n'avait tout à coup commandé aux Grecs l'oubli de leurs injures et l'union ; nous touchons aux guerres médiques. Avant de les raconter, il faut que le monde hellénique s'offre à nos veux dans son ensemble. Nous allons parler des petits Etats de la Grèce et de ces nombreuses colonies qui furent la première cause de ce grand conflit où l'Asie et l'Europe se heurtèrent, et depuis lors n'ont plus cessé de se mêler.

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