Thucyd., I
asiatiques, ce qui semble prouver qu'à l'époque où cellesci se fondèrent, l'institution amphictyonique était dans toute sa vigueur, et qu'elle perdit* plus tard de son influence, puisque les colonies nouvelles n'en emportèrent pas le souvenir. Les onze villes éoliennes avaient probablement un temple commun, celui d'Apollon Grynéen. Les douze cités ioniennes envoyaient des députés, à des époques périodiques, pour des jeux et des fêtes, mais aussi pour discuter les intérêts de la nation au puniônion, autour du temple de Neptune qui s'élevait sur le mont Mycale, en face de la mer de Samos. Toutefois, même cbez les Ioniens, le lien fut toujours plus religieux que politique; et ce ne fut qu'aux rares moments où toute l'Ionie se trouva menacée, que ses villes opposèrent à un péril commun une commune défense. Les Doriens avaient une confédération analogue plus religieuse aussi que politique, dont le centre était le temple d'Apollon Triopios; mais ils n'y admettaient que six villes: Lin dos, Jalysos, Camiros dans l'île de Rhodes, Halicarnasse et Cnide sur la côte, Cos dans l'île du même nom. C'est l'hexapole dorienne qui ne fut plus qu'une pentapole, quand Halicarnasse en eut été exclue pour avoir violé les lois de l'association.
C'est une chose digne de remarque, que les colonies asiatiques précédèrent leurs métropoles dans les voies de la civilisation. On trouverait à ce phénomène plusieurs raisons : la première, c'est que les colons ne tombèrent pas au milieu de barbares qu'il fallut vaincre, puis exterminer ou contenir par une législation sévère, mais qu'ils arrivèrent parmi des peuples de même sang et de même langue qui couvraient toute cette cote, et y avaient développé déjà la vie sociale. Organisés militairement, comme il faut l'être quand on va chercher fortune au loin, les nouveaux venus amenèrent de gré ou de force les indigènes à partager avec eux. Il y eut, somme. toute, peu de combats, et par suite, ce prompt et pacifique mé-
lange des races qui est si favorable aux progrès de la civilisation. Ensuite, tandis que la Grèce s'agitait en convulsions intestines, conséquences de l'invasion dorienne, ou restait immobile sous les soupçonneuses oligarchies, héritières, de la royauté héroïque, les colonies trouvaient sur de nouveaux rivages l'indépendance que le génie demande, avec ce qui le développe, la paix au sein d'une activité féconde, et des honneurs qu'une société intellîgenteet libre prodiguait aux arts qui savaient la charmer.
Une autre cause d'émancipation intellectuelle fut le voisinage et le contact de civilisations qui allaient périr, mais qui étaient alors les plus avancées du monde, dans la Lydie, à Tyr, en Égypte, même à Babylone, et dans cette Ninive où la France vient de retrouver un art dont nul ne soupçonnait la grandeur. Ajoutons l'influence d'un sol admirablement disposé et celle d'un climat enchanteur qui semble fait pour féconder et mûrir les esprits, si des institutions mauvaises ne répandent pas la torpeur et la mort de l'âme là où la nature a si richement semé la vie.
L'Asie Mineure est un massif montagneux, aride au centre, mais bordé à son pourtour de terres d'une extrême fécondité qu'arrosent les cours d'eau descendus des hauteurs voisines et qui s'ouvre par mille ports sur une mer semée d'îles innombrables. Assises au pied de tous les promontoires, au débouché de toutes les vallées, au fond de tous les golfes, les colonies grecques étaient, par leur position même, invitées à porter d'un pays à l'autre les produits propres à chacun d'eux. Elles ne négligèrent pas l'agriculture qui fait vivre, mais elles se livrèrent surtout au commerce qui enrichit, à la navigation qui ouvre l'esprit à de nouvelles idées, comme elle montre aux yeux de nouveaux aspects. Rivaux des Phéniciens, ils les chassèrent de la mer Égée et de l'Euxin, et leurs nombreux vaisseaux allèrent échanger partout la laine de la IMirygie, artistement tissée dans Milet et dans toute l'Ionie, l'huile récoltée le long de la côte d'Asie, les
innombrables objets si habilement travaillés par leurs artistes, le papyrus de l'Egypte, les fruits et les vins de la Grèce dont s'approvisionne encore aujourd'hui la Russie méridionale , les bois de construction de la Thrace, les blés, les peaux, la résine, la cire, le lin de la Chersonèse Taurique et des régions voisines, les salaisons de l'Euxin, la poudre d'or de la Colchide, les métaux de l'Arménie et de l'Oural, l'encens et les parfums de l'Arabie, l'ivoire de l'Afrique, entreposé à Tyr et à Sidon, les pierres précieuses, les perles, la soie de l'Inde et de la Sérique venues par caravanes jusqu'à Dioscurias au fond de l'Euxin ou par navires jusqu'aux villes assyriennes du golfe Persique, l'ambre que Corcyre allait acheter au fond de l'Adriatique, le silphium (laser) de Cyrène, la poterie d'Athènes, les mille produits enfin de l'industrie des Lydiens, de la Phénicie et de Babylone. N'oublions pas la denrée alors la plus recherchée, l'homme, l'esclave. Celle-là provenait de tout pays.
Deux villes marchèrent à la tête des autres dans cette voie, Pïiocée et Milet. Tandis que la première s'étendait vers l'occident, explorait les côtes de l'Italie, de la Corse, de la Gaule, de l'Espagne, et passait les colonnes d'Hercule, la seconde prenait pour elle, à l'orient, une autre mer qu'elle appela, malgré sa navigation périlleuse, la mer hospitalière (Pont-Euxin ) , comme les Portugais donnèrent au cap des Tempêtes le nom de Bonne-Espérance. Sur les rivages septentrionaux de cette mer s'étendaient les terres les plus riches de l'Europe pour les céréales, d'immenses prairies pour l'élève du bétail, des bois de toutes sortes pour la construction des navires, et des eaux poissonneuses. Chaque printemps , le thon sort de l'Euxin pour se rendre dans la Méditerranée. Cette pêche, une des plus vieilles et des plus grandes industries des anciens, comme Strabon l'atteste, fournissait l'aliment principal du peuple dans les villes maritimes, et fut peut-être ce qui conduisit de proche en
proche les Phéniciens, puis les Grecs, dans cette sombre et orageuse nier, qui n'a point d'îles et si peu de ports. Sur les rivages du sud arrivaient par l'Arménie les denrées de l'Inde et de l'Assyrie, et les eaux du Phase, en ravinant les montagnes, entraînaient des paillettes d'or, qu'on arrêtait avec des toisons étendues au fond de son lit. Ce commerce avait été d'abord aux mains des Phéniciens, Milet le leur enleva et borda ces côtes de plus de quatre-vingts comptoirs : au sud , Sinope , vieille cité assyrienne, Trapezonte et Amisos, sur l'Euxin ; Cyzique et Proconèse, dans la mer à laquelle des îles de marbre ont valu son nom de Marmara; Abydos et Lampsaque, sur l'Hellespont, pour donner un refuge aux navires que la violence du courant des Dardanelles entraîne ; au nord, Istros et Tyras, dans le delta du Danube (Ister) et le liman du Dniester (Tyras); Odcssos; Olbia, près des embouchures de Y Hrpanis (le Boug) et du Borysthène (le Dnieper), que les anciens comparaient au Nil pour la pureté de ses eaux et la richesse de ses rives; sur les côtes de Crimée , Théodosie (Caffa) et Panticapéc (Kertsch) , qui , avec Phanagorie , située en face , à la pointe de la presqu'île de Taman , fermait le détroit du Bosphore cimmérien. Enfin , au fond de la mer d'Azof , dans le delta du Tanaïs, qui avait alors deux embouchures, une ville du même nom; et, au fond de l'Euxin, Phasis et Dioscurias, qui, placées à la limite extrême du monde hellénique, étaient comme deux roins que la civilisation enfonçait dans la barbarie orientale pour l'entr'ouvrir.
La prospérité commerciale des Grecs d'Asie atteint son apogée aux septième et sixième siècles. Eu 704, les Sa miens ne possédaient pas une seule trirème; en 630, pas un vaisseau grec n'avait vu la Lydie. En 550, les Ioniens dominent sur la mer Egée; Corcyre et Corinthe sur la mer d'Ionie; l'Italie est devenue la Grande Grèce; la Sicile est hellénisée; Marseille supplante les Phéniciens en Gaule ; enfin, en Afrique, Cyrène et Barca sont
florissantes, et Naucratis est le marché de toute la Grèce et de la vallée du Nil. C'est que ces villes sont arrivées alors a leur plus haut degré de population et de richesse, et qu'en même temps deux grands événements ont eu lieu : l'ouverture de l'Égypte au commerce grec, vers G30, la décadence de la Phénicie, asservie à cette époque par les Assyriens. Ainsi, par une heureuse coïncidence, au même moment où un riche pays se livrait de lui-même à l'exploitation étrangère, les immenses embarras où tombaient les éternels rivaux des Grecs laissaient à ceux-ci le champ libre. C'est encore dans le même temps que se place la grandeur des Grecs italiotes; de sorte que de l'une à l'autre rive de la Méditerranée se nouaient des relations actives, et que la prospérité de Sybaris répondait à celle de Milet, la fortune de Crotone à celle de Phocée.
L'asservissement de l'Ionie par les Perses, les attaques incessantes des Sabelliens contre les Grecs italiotes, enfin, les dangersde la mère patrie, menacée elle-même dans sa liberté, arrêtèrent ce brillant essor. Mais les heureux fruits que cette prospérité devait mûrir avaient été déjà cueillis.
La civilisation des peuples commerçants est plus rapide que celle des peuples agriculteurs ou pasteurs, surtout si leurs navires et leurs marchands touchent à des pays civilisés. Comme ils visitent un grand nombre de contrées, ils recueillent partout ce qui leur semble propre à procurer les jouissances d'une vie plus douce. En même temps qu'ils acquièrent la richesse nécessaire pour encourager les arts, leur esprit s'ouvre et s'excite par le spectacle de tant de choses, et leur avide curiosité se plaît aux nouveautés plus qu'elle ne les repousse. Or, la jeune civilisation de la Grèce avait beaucoup à prendre aux Égyptiens et aux Assyriens, ces premiers-nés du monde occidental , et elle leur prit beaucoup, non-seulement par ses marchands, mais par ses voyageurs et ses bannis. Plus d'un Grec, avant Hérodote, fut curieux des
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choses de l'Asie ; plus d'un soldat , avant Xénophon , alla offrir son courage à ces rois cjui avaient assez d'or pour récompenser les services. Alcée célèbre les exploits de son frère « revenu des extrémités de la terre avec un glaive à la poignée d'ivoire enrichi d'or. » Chacune de ces villes était donc un point de contact du monde grec avec les vieilles sociétés de l'Orient, et tirait, des pays placés derrière elle, leurs denrées d'abord, puis quelques-unes de leurs idées, de leurs coutumes et de leurs croyances
Hérodote, Diodore et Pausanias veulent que tout, art et religion s, soit venu de l'Égypte à la Grèce. Ce que nous avons récemment découvert de l'art assyrien , ce que nous savons de la science, de l'industrie et de la religion de Babylone , de la Phénicie et des Lydiens, porte à donner un bien plus grand rôle à l'influence asiatique dans la formation de la civilisation grecque.
Les lettres grecques sont des caractères phéniciens, comme l'alphabet latin et celui des Étrusques, non-seulement pour la forme, l'ordre de succession et la valeur, mais quelquefois pour le nom même, comme bcta pour bctfi, thêta pour tet. Le plus ancien système métrique qu'on ait suivi dans la Hellade, celui d'Égine, avec ses divisions en talents, mines et oboles, est identique au
1 . L'orge et le froment cultivés en Grèce sont les mêmes qu'on retrouve dans les tombeaux des rois d'Egypte. Ces deux céréales sont originaires d'Orient. Les deux autres, le seigle et l'avoine, originaires du Nord, n'étaient pas cultivées en Grèce. Moreau de Jonnès, Statistique des peuples de r<wtiquite\\. I., p. 441 . Il y avait même mélange entre les populations. Un Grec, tyran d'Ephèse, était beau- frère de Crésus, et Crésus lui-même lîls d'une Ionienne ; Amasis épousa une Grecque de Cyrène (Hérod., 1,11, cb. clxxxi). Tant de Grecs habitaient l'Egypte qu'il fallut créer une caste d'interprètes (IbiJ., ch. cuv). Mais ces relation» entre les deux pavs ne datent que de l'époque des rois saïtiques, c'est-à-dire, de la seconde moitié du septième siècle et surtout du sixième. Homère ne sait à peu près rien de l'Egypte.
2. Nous connaissons maintenant les noms des divinités égyptiennes. Ils n'ont rien de commun avec ceux îles divinités helléniques, qui tous tiennent par leurs racines aux langues indo-européennis. Guigniaut, Ih ligiont de l antiquité, t. II, partie III . p. iOoG, et A.Maury, t. III, p. 363.
système babylonien et phénicien. Le mot mine (nina\ unité du système, est même d'origine chaldéenne \
De là vinrent encore la division duodécimale du jour, l'usage de la sphère céleste et du gnomon qui sert à mesurer les heures par l'ombre que projette un corps solide sur une surface plane.
L'Egypte donna la géométrie, la Chaldée l'astronomiela Phénicie l'exemple contagieux d'un peuple actif, industrieux et navigateur, tous ces pays enfin, principalement l'Asie Mineure et la ïhrace , des croyances qui furent, dans une haute antiquité, le premier fond de la religion grecque.
Des trois modes de la musique grecque un est lydien, un autre phrygien. La flûte est de Phrygie , comme Hyagnis, qui l'inventa, et Marsyas, qui osa lutter, disaient les Grecs, avec Apollon. Olympos était Mysien.
Des trois ordres d'architecture, deux existaient aux bords du Tigre et de l'Euphrate avant de se montrer en Grèce. Champollion a trouvé des triglyphes et des colonnes de dorique pur décorant l'entrée des tombeaux de Beni-Hassen, qui sont antérieurs de plusieurs siècles à l'usage des colonnes doriques en Grèce. MM. Layard et Botte ont reconnu la volute ionienne à Ninive ; Rer- Porter l'a vue à Persépolis.
Il n'est donc pas possible de nier l'influence exercée
!. Bœckh., Métrologie, ch. vr, v, Ti. Hérodote dit (1. I, ch. xciv) que les Lydiens inventèrent l'art de frapper la monnaie. Cf. Yasquez Queipo, Essai sur les systèmes métrique et monétaire des anciens (3 vol. Paris, 1859).
2. Ptolémée cite treize observations astronomiques des Chaldéens. Eux et les Égyptiens avaient déterminé avec une exactitude suffisante la durée de l'année solaire. Dans un mémoire de feu Grotefend, lu le 10 janvier 1854 à la société Syro- Égyptienne de Londres sur l'astronomie des Assyriens et des Babyloniens, l'auteur a montré que le Zodiaque est d'origine assvrienue et non égyptienne, car il ne contient pas d'animaux égyptiens. Les Grecs, selon lui, auraient tiré leur astronomie de l'Assyrie par'le canal de l'Asie Mineure, ainsi qne l'attestent les poèmes d'Hésiode et d'Homère, dans lesquels les constellations d'Hercule et autres sont exactement décrites comme les représentent les marbre* de Nimroud.
sur les artistes helléniques par le spectacle des chefsd'œuvre de la Perse et de l'Assyrie. En voyant dans les produits de la Grèce qui nous restent les traces nombreuses encore de l'imitation orientales, nous avons le droit d'affirmer que si les Grecs n'ont pas été les serviles copistes des artistes inconnus de l'Orient, ils ont au moins reçu d'eux f initiation première1. Mais leur heureux génie travailla sur ces données étrangères. Avec une religion qui pesait d'un poids si léger sur les âmes, les Grecs n'avaient pas ce puissant idéal qui emporte l'esprit vers les régions de l'infini ou qui l'abîme au pied de grossières idoles. Ils n'eurent ni la forme monstrueuse de l'art indien ou égyptien qui montre surtout la force, ni la forme naïve et transparente de l'art chrétien qui
1. On reconnaît l'influence qu'a eue sur la Grèce le voisinage des grands peuples de l'Orient « dans ces représentations d'animaux fabuleux, de chasses, de combats fantastiques, ces ornement* bizarres formés de plantes et accompagnés de s\ mholcs évidemment asiatiques que l'on remarque sur une classe entière de vases peints les plus aneiens et sur beaucoup d'autres objets d'art ciselés et gravés, que l'on a découvert! dans les tombeaux dcl'Kti urie.... 1*1 Chimère, b s ( iorgones, les centaures et les gril fous, le sphinx femme et lion, le cheval aile Pégase, que l'on vient de retrouver tous deux parmi les sculpture! assyriennes de Nimroud, sont des emprunts de ce genre, passés des traditions sur les monuments, quelquefois aussi des monuments dans les traditions. Les plus vieilles monnaies grecques, «elles d'Égine, de Corinthe, d'Athènes, remontant aux premières olympiades, offrent dans leurs types symboliques la trace de ci s emprunts laits à l'Asie Mineure, à la I'hénieie, à l'Assyrie, comme pins tard dans les seènes héroïques seidptées en style ancien sur les temples d'Kgine et de Sélinonte, dans les proportions massives des figures, leur, muscles si fortement accusés, leurs ornements. h ur coiffure et leur costume, on est tenté de soupçonner encore la même source d'imitation d'où découlèrent tant de pierres gra\ ées et de scarabét s dont les sujets et l'exécution rappellent d'une manière si frappante les cylindres babylonien! Cl persépolitains. s M. Guigniaut, notes à Creu/er, t. II, p. 1003-4. Li figure gravée en relief sur le sarcophage phénicien, récemment dépose au Louvre, rappelle à la fois les têtes de khorsahad et les plus anciennes sculptures grecques, surtout certaines figures de terre cuite représentant Géa et que l'on trouve dans les anciens tombeaux helléniques. C'est du moins l'opinion de M. de Longpérier (voy. sa Notice des andt/uitrs du musée du Louvr*x 2e édition). Euripide avait déjà dit que les murs de Mycènes avaient été bâtis avec la règle phénicienne [Hercule en courroux, v. 948). La portedu Trésor d'Atrée à Mycènes, de forme pyramidale, rappelle, en effet, celle d'une ville cvclopéenue de la Phénieie, Omm-ei-Aaniid [la mire des Ct.lunnes), â -4 lieues au sud de Sour; de Vogué, dans XAiUcnccum du .10 dée. 1854.
montre surtout l'âme. Sous l'inspiration d'une nature adoucie et suave, ils achevèrent, dans d'harmonieuses proportions, ce que les artistes de Persépolis, de INinive et de Memphis avaient commencé dans des proportions grandioses mais forcées. Ils eurent l'art libre et laïque, l'art humain par excellence, le plus parfait équilibre de la forme et de la pensée.
Sans doute les Ioniens, vite enrichis, s'abandonnèrent aussi à une vie délicate et molle qui devint proverbiale, mais elle ne nuisit pas, au moins dans les commencements, au développement de leur brillant génie. « Jamais, dans un si court espace, la nature n'a produit un si grand nombre de talents distingués et de génies sublimes. Hérodote naquit à Tlalicarnasse, Hippocrate à Cos, Thaïes à Milct, Pythagore à Samos, Parrhasios à Éphèse, Xénophane à Colophon , Anacréon à Téos, Anaxagore à Clazomène, Homère partout1. »
L'architecture a conservé le souvenir des progrès qu'elle dut aux Grecs d'Asie : aujourd'hui encore les mots dorique et ionique servent à désigner deux ordres différents, l'un sévère, l'autre plus élégant, quoique grave encore. Dès le septième siècle, Samos élevait à Junon le plus vaste temple qu'Hérodote ait vu. Le temple de Diane à Éphèse était, après celui-là, le plus considérable. Il avait été construit aux frais de toutes les villes grecques d'Asie et passait pour une des merveilles du monde. On y travailla deux cent vingt ans. Le peuple n'en finit pas moins par croire que le temple et la statue, comme notre Santa Casa di Loretto, étaient tombés du ciel1. Ceux de Posidonia en Italie et de Sélinonte en Sicile sont du même temps, et en ce temps