Plut., Du génU de Socrate, 21. Paus. IX
alors on était entraîné avec une rapidité extrême jusqu'au fond du gouffre, au bord d'un abîme. Là, pris de vertige par la rapidité du mouvement, la peur et l'influence des gaz, on entendait des sons effrayants, des mugissements confus et des voix qui, du milieu de ces bruits, répondaient aux questions; ou bien l'on voyait des apparitions étranges, des lueurs traversant les ténèbres, des images qui, elles aussi, étaient une réponse. C'était, l'imagination troublée par ces prestiges, qu'on remontait, relancé la tête en bas, avec la même force et la même vitesse qu'en descendant. Il fallait tenir dans chaque main des gâteaux de miel qui avaient la vertu, disaient les prêtres, de garantir de la morsure des serpents dont l'antre était rempli; en réalité pour empêcher le consultant de reconnaître avec ses mains les ressorts de toutes ces machines. Un serviteur de Démétrius, envoyé pour pénétrer ce mystère, entra dans la caverne, mais n'en sortit pas. On retrouva, quelques jours après, son corps rejeté par une issue secrète. Les prêtres l'avaient deviné et immolé. L'impression produite par ces apparitions ou par l'effet de narcotiques puissants1 était telle parfois qu'on ne revenait jamais bien de la terreur qu'on avait éprouvée et qu'on fit ce proverbe sur les gens atteints d'une mélancolie incurable : Il a consulté l'oracle deTrophonios.
Apollon était moins terrible. Pour le dieu de la lumière tout se passait au grand jour : la prêtresse seule souffrait de la présence du dieu. L'autorité de ses oracles s'étendait au delà des bornes du monde hellénique jusqu'en Lydie, jusque chez les Étrusques et les Romains. Ciccron l'appelait l'oracle de la terre, et Delphes fut vraiment le centre de la religion hellénique, non-seulement par le concours des pèlerins qui s'y rendaient, mais par l'importance des consultations qui y étaient demandées.