Pouqueville, Forage de la Grèce, t. IV, p
2. Il n'y a plus à Delphes aucune trace d'exhalaison de vapeurs; mais la Grèce est sujette aux tremblements de terre et ces phénomènes sont fréquemment accompagnés de dégagement de gaz. Ce que l'un fait, l'autre peut le défaire. Pour mieux préparer la Pythie au délire on l'obli-
Seait de jeûner, ce qui porte aux hallucinations, et on lui faisait mâcher es feuilles de laurier, à raison de leur vertu narcotique. Au temple de Cérès, à Patras, on soumettait le consultant à des fumigations de plantes narcotiques, le datura stramonium, la jusquiame, la belladone, la mandragore, \o pavot, etc. Cf. Maury, t. II, p. 494.
dieux pour complices. Ils furent aussi fréquemment les instruments volontaires ou intéressés des chefs des États. Si Demosthène put accuser la Pythie de philippiser, bien plus souvent elle hellénisa. Dans les grands dangers de la Grèce, ses réponses furent toujours patriotiques malgré leur ambiguïté, et plus propres à porter l'espoir que le découragement dans l'âme des Grecs. À Olympie, les devins n'avaient pas la liberté de prononcer une prophétie contraire aux Hellènes.
Les oracles furent encore, bien souvent, les gardiens de la morale privée. Glaucos veut conserver un dépôt qui lui a été confié, la Pythie lui montre tous les malheurs réservés au parjure. Les Sybarites tuent un joueur de flûte réfugié au pied des autels, elle leur annonce la vengeance des dieux, qui arrive et va détruire leur cité. Un homme abandonne lâchement son compagnon aux attaques des bandits, elle refuse de lui répondre. On lui demande : « Quel est le plus heureux des hommes ?» — « Phédios, qui vient de mourir pour sa patrie. » A Gygès, maître d'un puissant royaume, elle préfère un pauvre vieillard qui cultive en paix un petit champ au fond de i'Arcadie, et elle fait graver au fronton du temple ces mots, source de toute morale et de toute philosophie : Tvwôi çeauTov.
Les Grecs aimaient les oracles. Peuple curieux et impatient, il voulait tout savoir, même l'avenir. L'énigme leur plaisait, elle exerçait la subtilité de leur esprit; mais ils aimaient aussi la pompe et l'éclat des fêtes, si brillantes sous leur beau ciel, et ils marquaient par des solennités religieuses les grandes phases de leur existence nationale, comme les phénomènes de la vie naturelle et morale qui leursemblaicnt un bienfait, un conseil ou une menace des dieux.
Platon trouvait pour ces solennités, à côté de la raison religieuse, un motif social. « Les dieux, dit-il, touchés de compassion pour le genre humain, que la nature
condamne au travail, lui ont ménagé des intervalles de rëpos, par la succession régulière des fêtes instituées en leur honneur1.» Les Grecs goûtaient si bien cette raison, qu'ils multiplièrent les intervalles au point d'égaler presque le repos au labeur. On a compté qu'à Athènes plus de quatre-vingts jours de Tannée étaient remplis par des fêtes et des spectacles.
Mais ces spectacles et ces jeux n'étaient pas l'inutile délassement d'une foule paresseuse comme la plèbe de Rome sous les Césars; ils faisaient partie de la religion et du culte national1; ils étaient la grande école du patriotisme et de l'art, même de la morale, au moins de celle que les anciens connaissaient: « car, ajoute Platon, les Muses et Apollon, leur chef, y président et les célèbrent avec nous. » Le coupable en était banni ; mais le pauvre, même l'esclave y assistaient. Aux grandes Dionysies d'Athènes les fers des prisonniers tombaient pour qu'ils pussent, eux aussi, célébrer la fête joyeuse du dieu qui chasse les chagrins rongeurs et rend l'esprit libre comme la parole. Tant qu'elle durait, l'esclave n'avait pas de maître, ni le captif de gardiens. En Crète, le jour des Hermées, c'étaient les maîtres qui servaient à table leurs serviteurs.
Chaque ville avait ses fêtes et réservait, pour ces jours, des places aux habitants d'une ville alliée, d'une colonie ou de la métropole. Dès que le service du dieu commentait, les affaires de la cité étaient suspeiidues : les tribunaux se fermaient ; on ajournait les payements, les exécutions des débiteurs ou des coupables ; à Sparte, les décisions mêmes qui importaient le plus à la sûreté de