XII PRÉFACE
table. La belle parole qu'on lit dans Marc Aurèle : « Je suis citoyen du monde, » est de Socrate 1 .
La poésie elle-même vint en aide aux déductions atbées de Leucippe. Aristophane, par ses sarcasmes, Eschyle, par la tilanique audace de son Promêthèc, firent entendre ce cri recueilli à Rome par Lucrèce : « Les dieux mourront ! » Aussi, dans l'effroi que causent aux peuples le vide, le silence des deux, et ces épaisses ténèbres que les sophistes amoncellent sur des questions jadis si simples, ils frappent même ceux qui tenaient le flambeau de l'avenir. Athènes chasse Anaxagore et fait boire la ciguë à Socrate. Cruelle et stérile victoire de l'intolérance! C'en est fait : les dieux s'en vont ; et, par malheur, le dieu nouveau n'est pas venu encore. Cependant un grand esprit semble l'entrevoir. Platon annonce quelques-unes des vérités de la foi de l'avenir. Mais un petit nombre seulement le comprennent; la foule n'écoute et n'entend que ceux qui lui crient de douter de tout, du ciel, de la patrie, de la vertu, et de ne croire qu'à la fortune, au plaisir. Alors le patriotisme tombe ; la moralité se perd ; les cités s'affaissent sous le poids de la corruption ; et la Grèce épuisée, mourante, s'éteint sans bruit, sous la domination étrangère.
Mais quels furent les instruments de cette grande ruine ? Sparte et la Macédoine. Pour Rome, quand elle vint, il n'y avait déjà plus qu'un cadavre.
Le dix-huitième siècle n'a eu d'admiration que pour Lacédémolie. C'était le paradoxe de Rousseau, touchant l'homme de la nature, appliqué à la société. Sans doute il y a de grandes choses à Sparte. Elle nous a laissé un immortel exemple de sobriété, de discipline et de mépris pour les passions, la douleur et la mort. Les Spartiates savaient obéir et mourir. La loi était pour eux, suivant la magnifique expression de Pindare, qu'il faudrait graver au front de tous nos mouu-
\. '0 Swxpdbrjç.... oùx 'A0i)va?o<, oicè wEXXr(v, &\& x6î|iio< eïvai sp^oaç.... Plutarque, De Texil, 5; Cicéron, Tutculanes, V, 37.
DE LA PREMIÈRE ÉDITION. xill
nu ut s : « la reine et impératrice du monde. » Keconnaissons-leur encore une vertu des anciens temps que je voudrais voir plus forte parmi nous, le respect pour ceux à qui les années ont mis sur la téte la couronne de cheveux blancs. Si un peuple n'a d'autre devoir que de vivre au jour le jour, sans souci du lendemain ni du monde, dans l'adoration de lui-même et la pratique de certaines vertus, Sparte a rempli sa tache. Mais, si tout peuple est comptable devant l'histoire, comme tout homme devant Dieu, de ses efforts pour apporter sa pierre dans l'immense édifice que l'humanité se construit, Sparte, simple machine de guerre, instrument de destruction qui a fini par se détruire lui-même, que répondra-t-clle, quand il lui sera demandé quelle a été sa part dans le labeur commun?
La Grèce florissait, calme et prospère, sous une domination que nulle violence n'avait encore souillée, quand Lacédémone commença" la guerre fatale du Péloponnèse. Victorieuse, grâce à la folle expédition de Sicile, grâce à l'or médique et au hasard d'un jour, elle ruine la cité qui avait été pendant un siècle l'honneur de la Helladc, son épée et son bouclier. Et alors, comme elle porte mal la fortune! que de violences, de sang répandu; et, au bout, que de honte, ce traité d'Antalcidas, qui montre les descendants de Léonidas recevant à genoux les ordres du descendant de Darius et de Xerxès 1 !
Ce n'est pas Athènes seule qui tombe à la fin de cette lutte fratricide : la Grèce tout entière chancelle; Sparte elle-
t. Voyez dan» Y Àntiromaaue d'Euripide, r, 445-453, les violentes imprécations du poète eontre la politique tortueuse et perfide de Lacédémone :
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c O hs plus odieux dts moitels.... princes du mensonge, artisans de fraudes, c'est sans justice que vous prospérez dans la Grèce. Chez vous, que de meurtres, que de gains honteux I s II «st vrai qu'Euripide écrivait cette pièce au milieu de la guerre du Péloponnèse.