De là, la course aux flambeaux et le jeûne
fontaine dans des vases d'airain, voient et interrogent l'inconnue, dont la tête est voilée en signe de deuil. u Mon nom est Deo1, répond la déesse. Des pirates m'ont enlevée en Crète; je leur ai échappé pendant que, débarqués non loin de ces rivages, ils préparaient leur repas du soir. J'ignore où je suis. Prenez pitié de moi, chers enfants, et trouvez pour moi quelque charge à remplir dans le palais de votre père. » Callidice, la plus belle, lui répond avec bonté et lui montre la demeure des héros du pays, du sage Triptolème, du juste Eumolpos et de Kéléos, son père. « Les épouses de ces héros, lui dit-elle, veillent avec diligence Mir leur demeure; aucune ne vous repoussera avec mépris. Notre mère, Métanire, vous donnera sûrement asile dans son palais, et vous garderez notre jeune frère , que nos parents ont eu dans leurs vieux jours. » Métanire y consent.
Quand, au seuil du palais, Cérès laisse enfin tomber son voile, un rayon divin brille à travers les traits que la vieillesse et la misère semblent avoir flétris. Métanire se lève instinctivement de son siège royal et veut y faire asseoir l'inconnue. Elle refuse et demeure triste, silencieuse, jusqu'à ce que Iambé lui ait présenté un siège couvert d'une blanche toison et ait amené par de joyeux propos un sourire sur ses lèvres. Métanire lui offre alors une coupe de vin ; elle ne veut accepter que le breuvage sacré : de l'eau mélangée d'un peu de farine et parfumée avec de la menthe.
La reine lui confie son fils Démophoon. Elle ne le nourrit d'aucun des aliments que prend une bouche mortelle, ni lait, ni pain; mais elle oint son corps d'ambroisie, repaud dans sa poitrine un souffle divin et le berce sur le sein d une immortelle. La nuit, elle le plaçait au milieu d'un foyer ardent, pour détruire ce qui restait en lui de corruptible.
t . \rtw probablement de orjétv chercher.
Cependant Démophon grandissait en force et en beauté. Sa mère veut surprendre le secret de cette éducation merveilleuse. Une nuit, elle voit son fils au milieu des flammes et jette un grand cri. La déesse aussitôt se révèle et punit le doute qu'elle inspire : « Iusenscs et aveugles, qui ne connaissez ni les biens ni lés m.iux que le destin vous réserve ! Je voulais affranchir Démophoon de la mort; maintenant il mourra, et, parce que vous n'avez pas eu confiance, la discorde et la guerre désoleront Eleusis. Je suis la glorieuse Déméter, la joie des dieux et des hommes. Qu'un temple s'élève ici pour moi, et j'y enseignerai les mystères qui permettront aux hommes de se racheter de la faute qui vient d'être accomplie. »
Le temple s'éleva, et la déesse y fixa sa demeure; mais, toujours inconsolable et irritée, elle refusa sa bénédiction à la terre. Les germes restaient sans vie, les plaines sans moisson. Le genre humain allait périr. Zeus envoya, pour fléchir la déesse, Iris aux ailes d'or, sa messagère, puis tous les dieux. Elle demeura implacable. Alors Hermès descendit aux enfers, et, au nom de Jupiter, demanda au sombre monarque de laisser sa jeune épousée revenir au ciel embrasser sa mère. Pluton y consent, et Proserpine s'élance avjec joie sur le charétincelant de son époux. Arrivée au temple d'Eleusis, elle se jette dans les bras de sa mère qui, de bonheur, pleure et ne peut parler. Cérès craint que sa fille retrouvée ne lui soit encore ravie , car elle sait le secret terrible, inviolable. Si Proserpine n'a pris aucune nourriture auprès de son époux, elle ne lui reviendra jamais, mais si elle a goûté, aux enfers, à quelque aliment, elle appartiendra à Pluton un tiers de Tannée, et ne pourra passer que les deux autres sur la terre et aux cieux. Symbole charmant du germe qui doit s'unir à la terre durant les sombres mois, pour reparaître et s'épanouir à la douce lumière de la saison chaude et féconde, sa première mère.
Cérès interroge sa fille avec anxiété. « Chère enfant,
as-tu goûté à aucune nourriture ? » Mais Proserpine a mangé un pépin de grenade. Il faut donc que les destins s'accomplissent. Rhéa, Panlique déesse, descend, par Tordre de Jupiter, à Rharios, champ autrefois fertile, où, par la colère de Cérès, le grain reste inerte dans les sillons, et elle annonce la volonté du dieu inexorable. La déesse se résigne. Elle rend aux campagnes leur fertilité; elle enseigne à Triptolème et à Eumolpos les secrets de l'agriculture1 et les rites sacrés par lesquels elle veut être honorée, puis remonte sur l'Olympe. Mais elle et sa fille veillent désormais sur la terre , et accordent une vie heureuse à ceux qui les invoquent après s'être fait initier à leurs mystères.
Les fêtes d'Éleusis étaient la mise en action de cette légende sous la direction des Eumolpides, à qui, dit le poète, était remise la clef d'or des mystères.
Le 1 5 du mois boédromion, le premier pontife d'Éleusis, l'hiérophante, toujours choisi dans cette famille, et
1. Voir, à l'école des Beaux-Arts, le bas-relief trouvé à Éleusis par M. Ch. Lenormant et qui représeute Cérès conûanl à Triptolème le grain de blé.
Data semina j assit
Spargcrc liumo. Ovid., Mit,, V, 19.
Ou y reconnaît, comme dans les statue* d'Égine, à côté d'un modelé admirable des corps, des traces étrange d'arclnûsme, qui du moins n'enlaidirent pas les têtes comme dans les statues Kginétiqnes. On a trouvé, en I8ti8, une curî« use inscription contenant le programme des cérémonies qui accompagnaient la célébration des mystères d'Eleusis a OEchalie, en Messénie. Elle commence par la formule du serment que devaient prêter les prêtres et le» prétresses, celles-ci devant jurer qu'elles avaient vécu honnêtement avec leurs maris. Klle règle ensuite la transmission des objets sacrés : la couronne et le costume que les initiés devaient porter, le serment de la directrice des femmes (gynéconome), l'ordre de la procession, la manière de dresser les tentes; elle établit des peines sévères contie ceux qui troubleraient la cérémonie, et nomme à cet effet vingt officiers de police dont elle trace 1rs devoirs; «lie règle la nomination des receveur» pour l< s offrandes, confère à Mnesistrate, qui parait être l'hiérophante, le soin de la fontaine sacrée; elle pourvoit a tout ce qui se rapporte aux bains, et ordonne a tous les officiers qui auraient quelque part dans la direction de la cérémonie, de faire le rapport de leur gestion aux prvtanées. Cf. le mémoire sur cette inscription lu par M. Brunet de Presle à l'Académie des inscriptions au moi» d'août 1 8b9.
dont le sacerdoce était à vie, à condition qu'il gardât le célibat, se rendait au pœcile, la tête couverte d'un diadème, et y proclamait l'ouverture de la solennité, ainsi que les obligations imposées aux initiés et aux myrtes: ceux-ci étaient les novices qui s'étaient longuement préparés, sous la direction d'un eumolpide, à recevoir l'initiation1. Les Barbares et les meurtriers, même involontaires, étaient exclus; mais tout homme de sang hellénique pouvait être admis. Le lendemain , les mystes allaient faire à la mer des purifications qui étaient renouvelées plus tard sur la route d Éleusis. Le 17, le 18 et le 19, ils préludaient à l'initiation par des sacrifices publics et privés, des cérémonies expiatoires et des prières, selon un rituel soigneusement caché aux profanes, et un jeûne d'un jour, qui n'était rompu que le soir.
La plus touchante de ces cérémonies était celle où soit un jeune garçon, soit une jeune fille de pur sang athénien, et qu'on appelait « l'enfant du foyer, » parce qu'il se tenait le plus près de l'autel et de la flamme du sacrifice, accomplissait certains rites d'expiation au nom de ceux qui demandaient à être admis aux mystères. Il semblait que ces supplications passant par des lèvres innocentes en seraient plus agréables aux dieux : le rachat de tous par la prière d'un enfant.
Le 20, la partie de la fête qui se passait à Athènes était finie, et par la voie sacrée partait la grande procession qui portait à Eleusis l'image d'iaechos, qu on donnait pour fils à Cércs , et dout le nom était le en d'allégresse des initiés. La route n'était que de cent cinquante stades environ mais on y faisait de nombreuses stations pour les sacrifices, les ablutions et les chants. Au pont du Céphise, de gais propos, échangés entre les
J. Sophocle, OE<Hf>* à Colone, ÎO'il . Le* deux familles des Kmnolpidc* el «les (iérvces se partageaient le .sacerdoce «les grandes déesse».
2. Uu cheval «le voyage marchant au pas fait cette ronte en quatre heuren.
pèlerins allant au temple et la foule courant aux fêtes, rappelaient ceux d'Iambée qui avaient un moment distrait la déesse de ses tristes pensées1. On n'arrivait à Éleusis que le soir aux flambeaux, et on y demeurait plusieurs jours : la foule livrée aux divertissements qu'elle cherche dans ces solennités, les initiés tout entiers aux actes religieux qui s'accompliî>saient pour eux seuls. Le héraut, avant de leur ouvrir les portes saintes, s'écriait : « Loin d'ici les profanes, les impies, les magiciens et les homicides'. » Un d'eux trouvé dans le sanctuaire, au milieu des initiés et des mystes, eût été puni de mort. La même peine, avec la confiscation dt-s biens, frappait ceux qui révélaient les mystères.
Le temple s'élevait au-dessus d'Éleusis, sur le penchant d'une colline. C'était un des plus vastes de la Grèce. Un mur, qui renfermait un espace long de cent trente mètres et large de cent', interdisait aux profanes l'approche et la vue de l'enceinte sacrée. Les initiés s'y rendaient vêtus de longues robes de lin, les cheveux relevés par des cigales d'or et ceints d'une couronne de myrthe. Ils rappelaient, par des cérémonies symboliques, le rapt de Proserpiue et son séjour aux enfers, la douleur de Cérès et ses courses errantes. Les rites les plus saints se célébraient la nuit, temps propice aux choses mystérieuses et à cette ivresse de l'esprit qui naît de l'imagination surexcitée. Un des plus fameux était la course aux flambeaux. Ils sortaient la nuit de l'enceinte, marchant deux à deux sans bruit, avec une torche allumée, puis, rentrés dans le parvis sacré, couraient en tous sens, secouaient leurs torches pour en faire jaillir les étincelles qui puri-
1. Au nombre des profanes étaient les esclaves, les bâtards. Cf. Démotth. ou l'auteur du plaidoyer contre AVVWi, J 73-75.
2. C'était ce qu'on appelait les géphyrixinea ou farces du pont.
3. Ce «ont les mesures données par Barthélémy. Ou. Huiler les réduit de beaucoup. Des fouilles pourront seult s fournir des données certaines. M. Yr. Lenormant a entrepris cette tâcbe et a déjà mis au jour nombre de choses précieuses, bas-reliefs, statues et débris des temple*.
fiaient les âmes, et se les transmettaient de main en main, en signe de la lumière et de la science divine qui se communiquent et qui vivifient. Peu à peu les torches s'éteignaient; alors du sein des ténèbres sortaient des voix mystérieuses et des images effrayantes, que montraient de rapides éclairs. La terre mugissait; on entendait des bruits de chaînes et des hurlements de douleur. L'effroi descendait dans les cœurs.
Après ces épreuves, qui constataient et affermissaient la foi des fidèles, le poème sacré continuait à se dérouler: Proserpine était retrouvée, et aux scènes de deuil succédaient les scènes d'allégresse , aux terreurs du Tartare les joies de l'Empyrée : les ténèbres s'illuminaient de mille feux; le sanctuaire s'emplissait de lumière et d'harmonie. Des apparitions merveilleuses, des chants sacrés, des danses rhyihmiques, annonçaient l'accomplissemeut des mystères. Enfin les voiles tombaient, et Cérès apparaissait dans sa majestueuse beauté.
Nous n'avons malheureusement que des révélations fort incomplètes, et nous ne pouvons suivre l'ordre des cérémonies, dont quelques-unes étaient comme des sacrements. Les purifications préliminaires, qui lavaient toute souillure, rappellent le baptême, et, en buvant le cycéon ou breuvage sacré, l'initié communiait avec la nature et la vie. D'autres étaient l'adoration de reliques et d'objets mystérieux qu'on prenait, en les baisant, et qu'on se passait de main en main ou que l'on replaçait dans la corbeille sacrée. « J'ai jeûné, disait la formule des mystères ; j'ai bu le cycéon ; j'ai pris de la ciste et, après avoir goûté, j'ai déposé dans la corbeille; j'ai reprjs de la corbeille et j'ai mis dans la ciste. »
II y avait trois degrés d'initiation, et comme trois ordres de cléricature, car les initiés formaient bien, dans le sens primitif du mot, un clergé1 : d'abord l'admission
! . KXijpoç, la part choisie.
aui petits mystères qui se célébraient au printemps, puis aux grandes solennités en automne; enfin, au bout d'une année, la dernière initiation, Xépopsie ou contemplation suprême.
Ce dernier mot montre que les mystères parlaient surtout aux yeux , qu'ils étaient un drame religieux bien plus qu'un enseignement philosophique ou moral1. Mais l'esprit ne pouvait demeurer inerte en face de ces cérémonies émouvantes. Les uns n'allaient pas au delà de ce qu'ils avaient vu et s'arrêtaient pieusement à la légende; d'autres, en petit nombre, s'élevaient du sentiment à l'idée, de l'imagination à la raison, et, grâce à l'élasticité du symbole, y firent entrer peu à peu des doctrines qui n'y étaient certainement pas à l'origine ou ne s'y trouvaient que d'une manière bien confuse. Démophoon au milieu des flammes fut l'âme qui se purifie au milieu des épreuves; Proserpine aux enfers, la mort apparente d* la moisson humaine ; son retour sur l'Olympe, la résurrection de la vie et l'immortalité. Plus tard encore ces idées se précisèrent davantage et il s'élabora, au sein des mystères, un polythéisme épuré qui se rapprocha, par certaines de ses tendances, du spiritualisme chrétien.
L/homme a toujours fait cette offense au juge suprême de supposer qu'il réglerait sa sentence non sur les actes de la vie, mais sur les dévotions du temple, et l'on s'est dit l'élu des dieux pour avoir rempli de certaines pratiques que d'autres n'accomplissaient pas. Les initiés d'Eleusis comptaient résolument sur les béatitudes éternelles. Pindare n'en doute pas : « Celui qui n'a pu être initié, dit-il, croupit dans le bourbier d'Hadès, tandis que l'homme purifié par l'initiation habite, après sa mort, avec les dieux. » Et Sophocle : « Seuls ils ont la vie
1 . c Aristote, dit Synésius, est d'avis que les initiés n'apprenaient rien précisément, mais qu'ils ivcevaient des impressions, qu'ils étaient mis dans une certaine disposition d'Ame. » Je crois que ces mots renferment toute la vérité sur les mystères.
éternelle. » On croyait même que, durant la célébration des mystères, l'âme des initiés participait à l'état des bienheureux1.
Quelques-unes de ces solennités avaient un caractère moins local : celles, par exemple, qu'avaient instituées les trois confédérations des Grecs asiatiques, ou la fête de Diane et d'Apollon à Délos, qui réunissait les Ioniens d'Europe et d'Asie; enfin et surtout les quatre grands jeux nationaux et sacrés, ou jeux isthmiques, près de Corinthe, en l'honneur de Neptune, jeux de Némée, dans l'Argolide, qui avaient lieu tous les deux ans, ceux de Delphes et ceux d'Olympie qui éclipsaient tous les autres.
C'est dans la riante plaine de Cirrha que se célébraient les jeux pythiques en l'honneur d'Apollon, vainqueur du serpent Python. De là on embrassait du regard la ville de Delphes, qui se déroulait en amphithéâtre et que dominait le Parnasse, avec ce double sommet que tant de poètes ont chanté; on découvrait aussi le temple environné d'un peuple de statues de bronze et de marbre, répandues dans la vaste enceinte qui contenait les offrandes des nations, des rois et des particuliers. Statues, trépieds, bassins, vases magnifiques, métaux précieux formaient une richesse considérable qui dépassait de beaucoup la somme de dix mille talents (plus de 52 000 000 de francs) que les Phocéens enlevèrent lorsqu'ils s'emparèrent du sanctuaire au quatrième siècle. Divers édifices appelés trésors recevaient ces richesses; dans le trésor de Corinthe, on voyait les présents de Gygès et de Crésus, rois de Lydie.
Les jeux pythiques, organisés en 586, revenaient tous les quatre ans, la troisième année de chaque olympiade. Cette période semble avoir été consacrée chez les
i. Sophocle, fragm. 348 del'édit. de Didot; Pindare, /ra^w. 102 de l'cdit. de Bœckh.
Grecs : car elle était la même pour les fêtes de Délos et d'Olympie.
Les jeux olympiques eurent cela de particulier qu'ils servirent de règle à la chronologie des Grecs. A partir de l'année 776 avant J. C., on inscrivit sur le registre public des Éléens le nom de celui qui remportait le prix à la course du stade. Cet usage continua jusqu'aux derniers temps, et les noms de tous ers vainqueurs indiquèrent les différentes olympiades. Ils avaient aussi le privilège de suspendre les guerres et d'être pour la Grèce une sorte de trêve de Dieu pendant tout le temps nécessaire pour aller aux jeux et en revenir*. Cette trêve était bien courte, puisque les jeux ne duraient que cinq jours; elle introduisait cependant des sentiments de paix et d'humanité. Des hérauts couronnés de fleurs et de feuillage allaient proclamer à l'avance l'ouverture du mois sacré, et une lourde amende frappait le peuple qui l'osait violer. Une armée lacédémonienne , pour avoir envahi, en 420, le territoire de l'Élide, après la proclamation de la paix publique, fut condamnée à une amende de deux mines (174 francs) par soldat. Les autres jeux nationaux avaient aussi leur trêve sacrée. Plus d'une fois les Argiens repoussèrent une invasion en déclarant l'ouverture des jeux néméens. A Sparte, pendant les fê.tes d'Apollon Carnéeu, aucune expédition ne pouvait être entreprise.
Ces jeux consistaient en exercices de toutes sortes, également estimés des Grecs, quoiqu'ils nous semblent, à nous modernes, de mérite fort divers, et également sanctifiés par la religion qui faisait présider à chacun d'eux une divinité ou un héros. Les courses à pied, les courses de chevaux et de chars, le disque, le saut, la lutte, le pugilat, le pancrace, ou bien la musique et la poésie, exci-
' 1. Du temps de Pausanias (v. 20, i), on montrait à Olympie le disque d'Iphîtos sur le bord duquel était inscrite la loi qui établUsait la trêve.
taient également leur enthousiasme1. Ni l'or, ni l'argent, ni l'airain ne formaient le prix si vivement disputé ; une couronne de laurier ou d'olivier sauvage était la récompense du vainqueur. Mais à quelque jeu que ce fût, c'était un insigne honneur de vaincre, et pour le vainqueur lui-même, et pour la cité qui lui avait donné le jour. A son retour, il y rentrait porté sur un char magnifique; on abattait des pans de murailles pour lui livrer passage; son nom était dans toutes les bouches ; les poètes le chantaient; les peintres, les sculpteurs reproduisaient son image pour orner les places publiques, les avenues ou les portiques des temples. On vit des pères mourir de joie en embrassant leur fils victorieux. À Athènes, Solon avait établi qu'une somme de cinq cents drachmes serait donnée au vainqueur. Mais de toutes les récompenses, il n en était pas de plus héroïque que celle de Sparte : à la première bataille, on réservait au vainqueur d'Olympie le poste le plus périlleux, l'honneur de braver le plus de dangers pour la patrie.
Rendons toutefois cette justice aux Grecs, qu'ils accordaient encore quelque chose de plus aux poètes qu'aux athlètes. Aux jeux pythiques, on vit Pindare, forcé par l'assemblée de s'asseoir sur un siège élevé, la couronne sur la tcie, la lyre à la main, soulever par ses chants d'enthousiastes acclamations; une part lui était réservée par le magistrat dans les prémices offertes aux immortels ; et après sa mort, le trône où le poêle s'était assis fut placé parmi les statues des dieux, dans le temple d'Olympie. Archiloque, Simonide, reçurent des hommages semblables. Quelquefois aussi un illustre spectateur
I. Ijfs Dorions, fondateur» (Je* jeux olympiques, n'y admirent pas les combats de musique et d«* poésie qui avaient lieu à la fête ionienne de Délos et surtout aux jeux pythiques avec un grand éclat. Les Athénien», au contraire dédaignaient ies luties corps à corps, et leurs hupatridei ne consentaient à concourir que pour la course des chevaux et des chars. Ou. Mûller, Mfgin, p. 141. I*e* féte» d'Olympie ne furent abolies qu'en l'année 394 de notre ère par Théodo»e.
INSTITl TIONS GÉNÉRALES. 34Q
détournait de l'arène les yeux du public et devenait luimême l'objet du spectacle. Thémistocle, Pythagore, Hérodote et Platon eurent cet honneur; le premier avouait qu'il avait goûté là les plus douces jouissances de sa vie1.
A ces jeux on n'accourait pas seulement de la Grèce, mais des colonies et des pays étrangers. Toutefois les Grecs seuls étaient admis à concourir; Alexandre de Macédoine n'en acquit le droit qu'en prouvant son origine hellénique. Ce ne fut pas le seul roi qui ambitionna la gloire d'une victoire olympique : sur la liste des vainqueurs on lisait les noms de Gelon et d'HiérOD, rois de Syracuse; de Théron, roi d'Agrigente; d'Archélaos, roi de Macédoine; de Pausanias, roi de Lacédémone*. L'égalité la plus entière régnait dans ces jeux; la fortune, là naissance n'y avaient point de plaee à part. Tous, pauvres ou riches, nobles ou obscurs, pouvaient y être admis, mais il fallait être Grec, de naissance libre, et n'avoir point commis d'action déshonorante; le héraut s'assurait publiquement de ces conditions avant le combat. C'était l'égalité, mais à la condition de la vertu et de l'honneur. Plus l'afHuence était nombreuse, plus on s'en réjouissait, par la pensée que la patrie avait un plus grand nombre de citoyens vertueux3.
Si quelque désordre était causé, les hellanodices le réprimaient aussitôt; le bâton des serviteurs des jeux tombait sur les épaules du noble comme sur celles du pauvre. Lichas,un des principaux personnages de Sparte, fut ainsi frappé. Les femmes étaient rigoureusement exclues sous peine d'être précipitées du haut d'un rocher voisin, le mont Typaeon.
1. Gorgias, Prodicus, Anaximène, Polus d'Agrigente, Lysias, Isocrate, Dion Chrysostome, y lurent quelques-unes de leurs œuvre»; Aelion y exposa un tableau, QEnopide de Chios ses tables astronomiques.
2. Pour les courses de char ou de chevaux, il n'était pas nécessaire de payer de sa personne. Alcibiade fit courir à la fois sept chars en son nom.