UNION ET VICTOIRE
CHAPITRK XVI.
PREMIÈRE GUERRE AlEOIQUE (492-400).
Hérodote, qui naquit au milieu des guerres médiques, en 484, étonné de ce grand choc du inonde grec et barbare, alla en chercher les causes par delà la guerre de Troie, jusqu'aux temps mythologiques. 11 n'est pas nécessaire de remonter si haut , ni de rappeler Io et Hélène ravies par des Asiatiques, Europe et Médée enlevées par des Grecs, pour expliquer la haine de deux mondes. La fuite du médecin Dêmocédès, qui trompa Darius afin de revoir Crotone sa patrie, et le désir de la reine Atossa d'avoir parmi ses esclaves des femmes de Sparte et d'Athènes ne sont que de puérils incidents. Les instances d'Hippias pour être rétabli dans Athènes, celles des Aleuades deThessalie pour être délivrés d'adversaires qui les gênaient, eurent une influence plus sérieuse. Mais la
î. Hérodote, liv. IV-IX; Plutarque, Fies de Tke'mistocU, £ Aristide, et
de Ci mon.
vraie cause fut la puissance même de la Perse. Cet empire avait alorsatteiut ses limites naturelles. Partout il était enveloppé par des déserts, la mer, de grands fleuves ou de hautes montagnes. 11 ne pouvait plus s'étendre que d'un seul côté, au nord-ouest, et de ce côté était un pays renommé, la Grèce, dont l'indépendance irritait l'orgueil du grand roi. Cyrus avait conquis l'Asie, Cambyse une partie de l'Afrique ; Darius , pour ne pas rester au-dessous de ses prédécesseurs, attaqua l'Europe. Déjà le satrape de Sardes Artaphernès avait répondu aux ouvertures de Clisthénès en demandant qu'Athènes se soumît au grand roi. Darius avait réorganisé son empire et rétabli dans ses provinces l'ordre si profondément ébranlé par l'usurpation du mage et les efforts des nations soumises pour recouvrer leur liberté; il fallait de plus occuper l'ardeur belliqueuse que les Perses conservaient encore : il prépara donc une grande expédition. Les Scythes avaient autrefois envahi l'Asie ; le souvenir de cette injure, et le désir de soumettre la Thrace qui touchait à son empire, décidèrent Darius sur la route à suivre. Il frauchit le Bosphore traînant à sa suite sept ou huit cent mille hommes ; et parmi eux les Grecs asiatiques commandés par les tyrans de chaque ville. 11 traversa la Thrace, passa le Danube ou Ister sur un pont de bateaux construit et gardé par les Grecs, et s'enfonça dans la Scythie sur les traces d'un ennemi insaisissable. Darius avait dit aux Grecs qu'après soixaute jours ils ne l'attendissent plus ; ce temps passé et aucuue nouvelle de lui n'arrivant, l'Athénien Miltiade, tyran de la Chersonèse, proposa de rompre le pont pour ne point laisser la Thrace ouverte aux Scythes sans doute victorieux, ou pour leur livrer l'armée persique si elle existait encore. Histiée de Milet s'y opposa; il représenta aux chefs, tous tyrans de villes grecques, qu'ils seraient renversés le jour où ils auraient perdu l'appui de l'étranger. Cet avis sauva Darius qui, de retour de sa vaine poursuite, laissa quatre-vingt mille