PREMIÈRE GUERRE MÉDIQUE
hommes à Mégabazes, pour achever la conquête de la Th race et faire celle de la Macédoine (508?).
Mégabazes soumit Périnthe, les I h races qui résistaient encore, la Péonie, et demanda au roi de Macédoine l'hommage de la terre et de l'eau. Amyntas l'accorda. Mégabazes pouvait dire maintenant à son maître que son empire touchait à la Grèce d'Europe. Pourtant l'expédition s'arrêta là. Les services d'Histiée furent récompensés par le don d'un vaste territoire aux bords du Strymon. Le site avait été choisi d'un œil intelligent; Myrcine, qu'Histiée y fonda, devint en peu de temps florissante. Mégabazes s'en alarma ; il avertit le roi qu'il était urgent d'enlever ce Grec aux vastes entreprises qu'il méditait, et Darius manda à Histiée qu'il avait à le consulter sur un projet important ; quand il fut arrivé à Sardes, le grand roi lui déclara ne pouvoir se passer de son amitié ni de ses avis. 11 lui fallut accepter ces chaînes dorées.
Quelques années s'étaient écoulées dans une paix profonde quand une petite affaire et un homme obscur mirent tout en feu (501). Naxos , la plus grande des Cyclades, était alors puissante ; elle commandait à plusieurs îles, possédait une marine considérable et pouvait mettre sur pied huit mille hoplites. Malheureusement Naxos avait, comme tout État grec, deux partis, celui du peuple et celui des riches. Les derniers, chassés de l'île, proposèrent à Aristagoras, gendre d'Histiée, et en son absence tyran de Milet, de les y ramener. Il embrassa avec ardeur ce projet au bout duquel il entrevoyait les Cyclades et peut-être l'Eubée elle-même soumises à son autorité. Il ne pouvait accomplir seul une telle entreprise; il sut y intéresser le satrape de Sardes, Artaphernès, qui mit à sa disposition une flotte de deux cents voiles. Le Perse Mégabazes en était le chef. 11 s'indigna de se trouver sous les ordres d'un Grec; une querelle s'éleva entre eux, et Mégabazes, pour se venger d'une humiliation, avertit les Naxiens. Lesuccès de l'expédition dépen-
3fi« CHAPITRE XVI.
dait du secret : une fois éventée, elle échouait. Aristagoras s'y opiniâtra quatre mois, y dépensa tous ses trésors et ceux que le roi avait donnés pour l'entreprise. II craignit d'être obligé d'en rembourser les frais. Les chances d une révolte lui parurent meilleures; de secrets encouragements d'Histiée le décidèrent. L'armée qu'il avait conduite devant Naxos était encore réunie, tous les tyrans des villes y étaient présents ; il se saisit d'eux , les rendit aux cités qu'ils gouvernaient et qui les bannirent" ou les tuèrent, et rétablit partout la démocratie. Mais, après ce coup, il fallait trouver quelque allié puissant. Aristagoras se rendit à Lacédémone. Le roi Cléomène lui demanda combien il y avait de chemin entre la mer et la capitale des Perses : « Trois mois de marche, réponditil. — Alors, répliqua le Spartiate, vous sortirez dès demain de cette ville. Il est insensé de proposer aux Lacédémoniens de s'éloigner à trois qiois de marche de la mer. » ArLtagoras essaya d'acheter son consentement. Cette fois la vertu Spartiate fut incorruptible et l'Ionien passa à Athènes. Introduit dans l'assemblée, il parla des richesses de la Perse, de l'avantage qu'auraient les Grecs sur des hommes qui ne connaissaient ni la pique ni le bouclier, enfin il rappela que Milet était une colonie d'Athènes. Les Athéniens avaient plus d'un grief contre les Perses. La demande de la terre et de 1 eau faite naguère à leurs ambassadeurs, l'asile donné à Hippias, et, quand leurs députés s'en plaignirent, l'ordre qu'ils reçurent de rappeler le tyran, avaient profondément blessé leur orgueil. Aristagoras eut peu de peine à leur persuader d'éloigner une guerre dont ils étaient menacés en la portant chez l'ennemi. Sans doute aussi ils ne croyaient qu'à une querelle privée entre le satrape et Aristagoras. Ils décrétèrent l'envoi de vingt vaisseaux, auxquels se joignirent cinq trirèmes d'Érétrie, qui jadis aidée par Milet dans une guerre contre Chalcis, lui rendait le secours qu'elle en avait reçu. Les alliés gagnèrent
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Éphèse et de là Sardes qu'ils prirent et pillèrent. Les toits des maisons étaient couverts de roseaux, un soldat y mit le feu par hasard ; toute la ville, moins la citadelle où Artapherne s'était retiré, fut consumée avec un temple de Cybèle vénéré des Perses autant que des Lydiens. Cependant Artaphernès avait rappelé l'armée qui assiégeait Milet etles troupes de la province se rassemblaient de toutes parts; les Athéniens songèrent à la retraite. Une défaite qu'ils éprouvèrent sur le territoire d'Epbèse et peut-être quelque trahison achevèrent de les dégoûter de cette guerre. Ils remontèrent sur leurs vaisseaux et retournèrent à Athènes, laissant leurs alliés se tirer comme ils pourraient du mauvais pas où ils s'étaient mis.
Les Ioniens continuèrent la lutte ; ils entraînèrent dans leur mouvement toutes les villes de l'IIellespont et de la Propontide avec Chalcédoine et Byzance, les Cariens et «l'île de Cypre. Les Perses réunirent plusieurs armées; l'une, dirigée d'abord vers le nord contre les villes de l'Hellespont , y prit plusieurs places, puis se rabattit au sud contre les Cariens, qui perdirent deux batailles et se soumirent. Une autre attaqua Cypre avec la flotte phénicienne que les Ioniens battirent, mais la trahison d'un chef cypriote livra l'île à l'ennemi. Au centre ^opéraient Artaphernès et Otanès qui enlevèrent Clazomène et Cyme, et s'avancèrent avec des forces considérables contre Milet, le dernier boulevard de l'Ionie. Elle n'avait plus pour chef Aristagoras ; il avait fui lâchement pour se retirer à Myrcine, et peu de temps après il périt dans une attaque contre une ville de la Thrace. Quant à Histiée, Darius, trompé par ses promesses, venait de lui rendre sa liberté ; mais les M ilésiens ne voulaient plus de tyran et refusèrent de le recevoir. Il parvint à rassembler quelques Mityléniens, fit avec eux le métier de pirate, et périt dans une descente sur la côte d'Asie. Les Ioniens, rassemblés au Paniônion, délibérèrent sur les moyens de sauver Milet. On se décida à
risquer une bataille navale ; Chios fournit cent vaisseaux, Lesbos soixante-dix, Samos soixante, Milet elle-même quatre-vingts; la flotte monta à trois cent cinquante-trois trirèmes. Les Perses en avaient six cents.
11 y avait sur la flotte grecque un homme habile, qui eût sauvé l'Ionie si elle eût voulu l'être. C'était un Phocéen nommé Dionysios : il fit comprendre aux alliés qu'une discipline rigoureuse et une grande habitude des manœuvres leur assureraient le succès, et pendant sept jours il exerça les équipages à tous les mouvements d'un combat naval ; mais au bout de ce temps les Ioniens efféminés se lassèrent : ils descendirent à terre, y dressèrent des tentes et oublièrent l'ennemi. Comme, à ce régime, les unies se relâchent, la trahison bientôt se glissa parmi eux. Quand le jour de la bataille arriva, les Samiens au fort de l'action quittèrent leur poste et firent route pour leur île. Les Ioniens furent vaincus, malgré le. courage héroïque des marins de Chios, malgré celui de Dionysios, qui prit trois galères ennemies. Quand il vit la bataille perdue, il se porta audacieusement jusqu'en face de Tyr et coula à fond plusieurs vaisseaux marchands. Il se retira avec son butin en Sicile et passa le resle de sa vie à poursuivre sur les mers les navires phéniciens, carthaginois et tyrrhéniens.
Tout espoir était perdu pour Milet ; elle fut prise et sps habitants transportés à Ampée, à l'embouchure du Tigre (494). Chios, Lesbos, Ténédos eurent le sort de Milet. Plusieurs villes de l'Hellespont périrent dans les flammes. Les habitants de Chalcédoine et de Byzance quittèrent leur cité pour chercher un asile sur la côte nord-ouest du Pônt-Euxin à Mésembrîe. Miltiade jugea aussi prudent de quitter la Cliersonèse; il retourna à Athènes. 11 allait bientôt s'y retrouver en face de ces Perses qu'il fuyait. Ta ruine de l'Ionie retentit douloureusement dans la Crète. Athènes surtout la pleura. Phrynichos ayant fait représenter au théâtre la Prise de
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Milet, toute l'assemblée éclata en sanglots, et le poète fut condamné à une amende de mille drachmes, « pour avoir ravivé ce triste souvenir des malheurs domestiques. » Ces larmes expient bien des fautes.
Cependant, Darius n'avait pas oublié qu'après l'incendie de Sardes il# avait juré de se venger des Athéniens. Il donna à son gendre Mardonius le commandement d'une nouvelle armée, qui devait pénétrer en Europe par la Thrace, tandis que la flotte suivrait les rivages. Mardonius, pour se concilier les Grecs d'Asie, leur rendit le gouvernement démocratique. Il se souvenait aussi que les auteurs de la récente révolte avaient été deux de ces tyrans que la Perse soutenait
Déjà toutes le3 nations comprises entre l'Hellespont et la Macédoine avaient été soumises par Mégabazes. Mardonius passa le Strymon et donna rendez-vous à sa flotte sur le golfe Thermaïque. Celle-ci s'empara de Thasos, et longeait la Chalcidique, lorsqu'en doublant le promontoire du mont Athos, qui s'élève comme un roc gigantesque à 1950 mètres au-dessus de la mer, elle fut assaillie par un vent furieux, qui jeta à la côte et brisa 300 vaisseaux. '20 000 hommes périrent. Dans le même temps, Mardonius, attaqué de nuit par les Thraces Bryges, perdit beaucoup de monde et fut lui-même blessé. Il n'en continua pas moins l'expédition, mais, lorsqu'il eut subjugué les Bryges, il se trouva si affaibli qu'il dut retourner en Asie (492).
Un armement plus formidable fut aussitôt préparé. Avant de le faire partir, Darius envoya en Grèce des hérauts qui demandèrent en son nom l'hommage de la ferre et de l'eau, et, de plus, aux villes maritimes, un continrent de galères. ï,a plupart des îles et plusieurs
1. La domination des Perse» était fort douce : ils laissèrent aux ville» grerques leur administration intérieure, u 'exigèrent pas de plus lourd* tributs qu'auparavant ; seulement ils le* obligèrent à soumettre leurs différend! * de» juges au lieu de recourir a la force. Hérodote, VI, 43.
cites du continent firent cet hommage. Égine alla audevant des désirs du grand roi. Pour Athènes et Sparte, leur indignation fut telle qu'elles en oublièrent le droit des gens : v Vous demandez la terre et l'eau ? dirent les Spartiates aux envoyés; vous aurez l'une et l'autre; » et ils If s jetèrent dans un puits. Les Athéniens les précipitèrent dans le Itarathre, et, s'il faut en croire un douteux récit, condamnèrent à mort l'interprète qui avait souillé la langue grecque, en traduisant les ordres d'un barbare.
Athènes était toujours en guerre avec les Éginètes. Elle profita de leur conduite pour les accuser à Lacédémone de trahir la cause commune. Cet appel aux Spartiates équivalait à une reconnaissance de leurs prétentions à la suprématie, mais la difficulté des circonstances fit taire l'orgueil. Les Licédémoniens étaient donc décidément les chefs avoués de la Hellade. Cléomène partageait les ressentiments des Athéniens, il accourut à Égine pour saisir les coupables. Mais son collègue Déniante, qui l'avait déji trahi dans une expédition en Attique, avertit les Éginètes, et l'entreprise échoua.
Cléomène résolut de mettre un terme à cette opposition tracassière de son collègue. Il gagna la Pythie, fit déclarer par l'oracle que Démarate n'était pas de race royale, et obtint qu'il fût déposé. Léotychidas, le plus proche héritier du trône, qui s'était concerté dans toute cette intrigue avec Cléomène, succéda au roi déchu, et par ses outrages le força à quitter Sparte. Démarate alla rejoindre Hippias dans l'exil, et mendier comme lui l'hospitalité du protecteur des rois.
Cléomène et Léotychidas marchèrent aussitôt contre Égine et la forcèrent de livrer dix otages qu'ils déposèrent à Athènes. Cet acte fut le dernier de la vie publique de Cléomène : ce turbulent roi devenu fou périt misérablement de ses propres mains, et Léotychidas, convaincu plus tard d'avoir reçu de l'argent d'un ennemi qu'il de-
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vait combattre, alla mourir en exil, a Les dieux, dît Hérodote, punirent ainsi le parjure des deux princes. » Cependant les Éginètcs réclamèrent leurs otages ; et les Athéniens refusant de les rendre, ils surprirent la galère sacrée qui portait au cap Sunion plusieurs des principaux citoyens. La guerre éclata aussitôt. Un Eginète s'offrit à renverser le gouvernement oligarchique; il se saisit de la citadelle, mais ne put être secouru à temps, et laissa aux mains de l'ennemi 700 des siens qui furent froidement égorgés. Un de ces malheureux s'était échappé en passant devant le temp'e de Cérès. La porte était fermée, il eu saisit fortement le marteau; tous les efforts pour lui faire lâcher prise furent inutiles. Les bourreaux, alors, lui coupèrent les mains qui, crispées par la mort, restèrent attachées à la poignée de la porte. Hérodote, lnbitué à ces guerres civiles, n'a pas un mot d'horreur pour cette bou herie de 700 citoyens; il ne remarque que le sacrilège commis au sujet d'un d'entre-eux. « Aucun sacrifice, dit-il, ne put apaiser la colère de la déesse, et les nobles furent chassés de l'île avant d'avoir expié le sacrilège ». Cette guerre ne se termina qu'en 481, neuf ans après la seconde expédition des Perses.
La nouvelle armée s'avançait sous les ordres du Mède Datis et d'Artaphernès, neveu du roi. Darius leur avait commandé de se rendre maîtres d'Érétrie et d'Athènes, d'en faire les habitants captifs, et de lui envoyer ses esclaves: Il voulait voir de ses yeux ces hommes assez audacieux pour le braver. Cette fois la flotte, pour éviter le mont Athos, prit route à travers la mer Égée. Elle soumit en chemin Naxos, dont la capitale fut brûlée avec tous ses temples, respecta le sanctuaire de Délos qu'on leur disait consacré aux dieux qu'ils adoraient eux-mêmes, le soleil et la lune, et arriva eufiu en Eubée oîi elle prit Carystos et assiégea Krétrie. Cette ville songea d'abord à se défendre, et les Athéniens offraient leurs 4000 citoyens établis dans l'île; mais les grands ouvri-
rent les portes à l'ennemi qui saccagea la ville et la brûla avec ses temples, en représailles de l'incendie de Sardes. Tous les habitants, amis ou ennemis, furent réduits en esclavage el conduits à Darius, qui leur assigna pour demeure un de ses domaines non loin du golfe Persique. Cent soixante ans après, Alexandre les y retrouva fidèles à la langue et aux mœurs de leur première patrie. Platon composa plus tard une épitaphe pour ces enfants que la Grèce avait perdus : « Nés en Eubée et fils d'Érétrie, nous reposons près de Suses; à quelle distance, hélas! de notre patrie 1 »
D'Érétrie, les Perses vinrent jeter l'ancre dans la baie de Marathon. La plaine de ce nom, bordée par la mer, des marais et les dernières collines du Pentélique et du Parnès, avait un peu plus de 19 kilomètres de long sur 3 de large; c'était de toute TAtlique le terrain le plus favorable aux évolutions de la cavalerie; Hippias, le roi banni, ne l'avait que trop habilement choisi. Les Athéniens coururent au-devant des barbares. Chaque tribu fournit mille soldats. A cette armée de 10 000 hommes se joignirent 1000 Platéens, qui vinrent volontairement secourir ceux qui les avaient secourus jadis et braver un péril dont le reste des Grecs s'épouvanta. Ce fut le seul secours qu'Athènes reçut du dehors ; elle avait cependant envoyé le coureur Phidippide avertir Sparte du débarquement des Perses, et, en moins de deux jours, il avait franchi les 240 kilomètres qui séparaient Athènes de Lacédémone. Les Spartiates, quoique unanimes pour porter l'assistance demandée, avaient été retenus par une loi religieuse qui leur défendait de se mettre en marche avant que la lune fût dans son plein ; elle n'était encore qu'à son neuvième jour. Mais en traversant les montagnes d'Arradie , Phidippide avait entendu le dieu Pan promettre son secours aux Athéniens.
Une armée de 11 000 hommes s'avança donc contre
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i 10 000 ennemi»1. Elle était sous les ordres de dix généraux qui devaient commander pendant un jour chacun à leur tour. Un d'eux était Miltiade, fils de Cimon. Il s'était rendu célèbre comme tyran de la Chersonèse, principauté dont il avait hérité de son oncle ; et les Athéniens lui devaient la conquête de Lemnos, où il avait vengé sur les habitants de longs ressentiments1. C'était lui qui, dans l'expédition de Darius en Scythie, avait proposé de rompre le pont jeté sur le Danube. Lorsque, après la prise de Milet, les Perses s'étaient répandus sur les côtes de l'HelIespont, il avait quitté précipitamment la Chersonèse, et, traversant avec les plus grands dangers la flotte ennemie, il avait amené à sa patrie quatre trirèmes chargées de richesses. Une accusation de tyrannie l'y attendait; mais il avait été honorablement acquitté, et peu après élu un des dix généraux.
Les avis étaient partagés en nombre égal : cinq généraux voulaient qu'on attendît des renforts, les cinq autres qu'on livrât bataille sur-le-champ, parce qu'ils redoutaient les intrigues d'Hippias et l'or des Perses plus encore que leur nombre Le sort d'Érétrie montrait le danger de donner le temps à la trahison de se glisser dans le camp ou dans la ville : tel était l'avis de Miltiade. Il réussit à mettre de son opinion le polémarque Callimaque, dont la voix était prépondérante, et il fut résolu que l'on combattrait sans tarder. Aristide, un des géné-
1. Hérodote ne donne aucun chiffre. Il y a donc sur ceux-ci incertitude. •
2. Les Pélasge* de Lemnos avaient enlevé, dans une de leurs coursps, des femmes de l'Attique réunir* pour une féte religieuse ; puis, sur un soupçon de trahison, ils avaient tué ee>. femmes et les enfants qu'ils en avaient eus. Sommés par Athènes de donner satisfaction, ils avaient répondu qu'ils se sounu tiraient quand une flotte, partie de la terre athénienne, viendrait en un jour, poussée par le vent du nord, ahorder à leur île. Ces conditions étaient impossibles à remplir; mais de la Chersonèse, devenue la propriété d'un Athénien, Miltiade avait pu, en quelques heures, arriver par un vent du nord à Lemnos, et il était assez fort pour contraindre les habitants à reconnaître que les conditions étaient accomplie».
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raux, reconnaissant la supériorité de Miltiade, engagea ses collègues à lui céder le tour de leur commandement ; il n'accepta pas et attendit que son jour fût venu, a Callimaque commanda, selon l'usage, l'aile droite; les Platéens formaient la gauche. Les Athéniens, afin de n'être pas tournés, dégarnirent leur centre et étendirent leur ligne jusqu'à ce qu'elle présentât un front égal à celui des Perses; ils mirent leurs principales forces aux ailes, qu'un abatis d'arbres protégea encore contre la cavalerie ennemie.
« Dès que le signal fut donné, ils descendirent en courant de la hauteur sur laquelle ils étaient postés, au grand étonnement des Perses qui ne comprenaient pas cette folie d'une attaque faite à la course par un si petit nombre d'hommes, sans cavalerie ni archers.
« 1^ bataille dura longtemps; les barbares furent vainqueurs au centre; les Perses et les Saces qui s'y trouvaient percèrent la ligne des Grecs, et les poursuivirent dans les terres : les Athéniens furent, au contraire, vainqueurs aux deux ailes; mais, laissant fuir l'ennemi, ils se replièrent des deux côtés sur ceux qui avaient forcé le centre, les défirent complètement et les suivirent de si près l'épée dans les reins, qu'arrivés en même temps qu'eux sur le rivage, ils attaquèrent les vaisseaux eu demandant du feu à grands cris pour les incendier.
« Le polémarque fut tué, ainsi qu'un des dix généraux, Stêsileôs ; Cynégyros, frère d'Eschyle, se jeta à la mer pour arrêter un vaisseau qui fuyait; il le saisit à la poupe, mais un coup de hache lui trancha la main. Sept vaisseaux seulement furent pris, le reste se sauva en forçant de rames, sans même prendre le temps de virer de bord; ils s'empressèrent de doub'er le cap Sunion, avertis, dit-on, par un bouclier élevé en l'air, que la ville était sans défense. Mais les vainqueurs revinrent à marche forcée; ils étaient déjà campés dans le Cynosarge, quand les vaisseaux des barbares se montrèrent en face
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de Phalère. Le coup élait manqué, la flotte retourna en Asie. » (Hérodoie.)
A cette bataille, « la première, dit Hérodote, où des Grecs osèrent regarder en face ces Mèdes dont le nom seul était un objet de terreur, » les barbares perdirent environ 6400 hommes, les Athéniens seulement 192. Hippias était probablement resté parmi les morts. Hérodote ne parle pas de ce soldat qui vola d'un trait de Marathon à Athènes, et expira en annonçant aux magistrats la victoire. Mais il ignorait bien d'autres choses que le peuple savait sur cette étonnante victoire ; les uns avaient vu Thésée, d'autres le héros Échétos, combattre dans les rangs des Athéniens.
Pour tout honneur, Miltiade se vit représenter, ainsi que Callimaque, sur les murs du Pœcile, au milieu d'un groupe de demi-dieux et de héros. Quelle héroïque simplicité ! Après tout c'était bien le peuple d'Athènes qui avait voulu combattre et qui avait vaincu, et l'histoire répondra aux accusations de jalousie populaire, comme ce citoyen d'Athènes qui disait à Miltiade : a Quand vous vaincrez seul les barbares, Miltiade, vous aurez seul l'honneur de la victoire1. » Plus tard, on éleva à Miltiade un tombeau à part dans la plaine de Marathon, à côté de celui qui renfermait les restes des citoyens. Près de celui-ci étaient dix colonnes, une pour chaque tribu, et sur chacune furent gravés le» noms des 192 héros. Les Perses avaient, disait-on, apporté à Marathon un
1. Cîmon, Aristide, Thémistocle, n'eurent pas de plus grands honneurs, et n'en demandèrent pas. Les Grecs n'aimaient point que la persounalité des chef:» s'accusât trop. Pausanias, Périclès et Phidias l'éprouvèrent diversement. < Eh quoi, dit Pelée dans YAndromaque d'Euripide, le trophée que l'armée élève des dépouilles ennemies ne serait pas l'ouvrage de Tannée tout entière? Un seul voudrait ravir la gloire que tous ont gagnée? Il n'a pourtant, comme mille autres, lancé qu'un javelot ; il n'a fait rien de plus qu'un chacun. » Les dieux curent aussi à se plaindre. Les Athéniens avaient promis à Diane de lui sacrifier autant de chèvres qu'ils tueraient d'ennemis : c'eût été le massacre de toutes les chèvres de i'Attique. Diane capitula : elle se contenta de 500. Xénoph., A nabote, m; Plutarq., de nudïgmtate Herodoli.
bloc de marbre de Paros pour en faire un trophée Un élève de Phidias en fit sortir Némésis^ la déesse des justes vengeances1. Les Platéens furent associés aux honneurs comme ils s'étaient d'eux-mêmes associés au péril; ils eurent un tombeau particulier pour leurs morts, et depuis, chaque fois que le héraut dans les sacrifices implora les dieux pour Athènes, il pria aussi pour les Platéens.
Deux jours après le combat les Spartiates arrivèrent ; ils n'avaient mis que trois jours à faire le chemin. Ils félicitèrent les Athéniens de leur triomphe, et se rendirent sur le champ de bataille encore jonché de morts. Mais en voyant les trophées et l'enthousiasme des vainqueurs, ils durent comprendre que le jour où l'immense empire des Perses av;ùt reçu ce sanglant affront, un grand peuple était né à la Grèce.
La guerre était repoussée de l'Attique ; il fallait l'éloigner davantage encore, et former autour de la Grèce un rempart qui arrêtât une nouvelle invasion. Si on pouvait fermer la mer Egée aux Perses en s' emparant des Cyclades, il ne leur resterait plus que la longue et dangereuse route de la Thrace. Ce fut le plan de Miltiade. Il demanda aux Athéniens soixante-dix vaisseaux, promettant de les mener en un pays d'où ils rapporteraient sans peine une quantité prodigieuse d'or. 11 n'en disait pas davantage ; et sur la foi de son nom les pauvres accoururent en foule autour de lui. Il alla mettre le siège devant Paros, « où il avait une injure personnelle à venger. » Les Pariens résistèrent avec vigueur ; Miltiade fut blessé grièvement, et le vingt-sixième jour leva le siège. Les Athéniens n'avaient jamais eu une entière confiance dans l'ancien tyran de la Chersonèse; cette
i. On voit encore dans la plaine de Marathon un tumulus, qu'un croit être celui de» héros athéniens, lia 9 mètres de hauteur et 183 de circonférence. Les esclaves tué» dans le coinhat eurent aussi un tumulus. Mais le hloc de marbre apporté par les Perses nVst qu'une légende, et la Némésis de Rhnmtionte fut l'œuvre non de Phidias, mais de son élève Agoracrite. Beulé, la Jeunesse de Phidias.
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expédition, entreprise à sa demande et sans qu'il en eût précisé le but, réveilla les soupçons. Le père de Périclès, Xanthippe, un des premiers personnages de la ville, lui reprocha d'avoir ruiné le trésor public et causé la mort de beaucoup de citoyens.
Diodore, Cornélius Népos et Plutarque ont accumulé ici les circonstances les plus défavorables aux Athéniens. Hérodote, qui put converser avec des hommes témoins de l'événement, le raconte plus simplement, a Xanthippe, dit-il, intenta au général une affaire capitale et l'accusa d'avoir trompé le peuple. Miltiade ne comparut pas. La gangrène, qui s'était mise à sa cuisse, le retenait au lit, mais ses amis présentèrent sa défense, et, en rappelant la gloire dont il s'était couvert à Marathon et à la prise de Lemnos, ils mirent le peuple dans ses intérêts. Il fut déchargé de la peine de mort, mais condamné pour sa faute à une amende de cinquante talents (275 000 francs). La gangrène ayant fait des progrès, il mourut quelques temps après; Cimon, son (ils, paya les cinquante talents. » On ne voit là ni la prison où gémit le libérateur d'Athènes, ni le corps du héros pieusement racheté par son fils au bourreau qui garde le cadavre encore chargé de ses liens, ni la belle Elpinice, donnée au riche Callias par Cimon son frère en échange des cinquante talents que le fisc impitoyable exige. L'intérêt dramatique y perd ; mais la vérité y gagne, et aussi l'honneur de ce peuple athénien tant calomnié par les rhéteurs de tous les âges. Toutefois, si dans ce procès la loi avait été rigoureusement suivie, la justice , suivant nos idées modernes qui veulent que le crime non l'erreur, la trahison non la défaite, soient punis, avait été violée, et cette
J, Nos idées, omis non pas nos lois. Le général Raraorino a été fusillé en 1849, par jugement d'un conseil de guerre, pour un ordre mal compris ou mal exécuté. Dupont fut emprisonné pour sa capitulation de Bay- - len ; l'amiral Bing exécuté pour une défaite. Tout capitaiue de vaisseau qui perd son navire passe devant un conseil de guerre, et est condamné a il y a eu de sa part seulement négligence.
fin du vainqueur de Marathon est restée une tache pour Athènes. Du moins, quand il eut expiré, ni les éloges, ni les honneurs éternels ne manquèrent à sa mémoire. Quand les Athéniens envoyèrent à Delphes, en souvenir de Marathon treize statues de dieux et de héros sculptées par Phidias, le seul Miltiade fut admis dans la troupe divine.
Trois hommes le remplacèrent, Xanthippe, qui n'est célèbre que par sa victoire de Mycale et par son fils Périclès ; Aristide, et Thémislocle.
Thémistocle était né vers l'an 535. Son père était un homme obscur mais riche, et sa mère une femme étrangère. Dans la ccmmerçante Athènes , les préjugés de naissance étaient bien faibles, il les diminua encore. Les enfants de race mêlée ne pouvaient se livrer aux exercices du gymnase que dans le cynosarge; Thémistocle parvint à y attirer les enfauts des eupatrides, et fit tomber par là cette distinction injurieuse. Pour lui , au jeu il préférait le travail ; mais il négligeait les études de spéculation ou de plaisir, auxquels les Grecs attachaient tant d'importance , pour suivre les leçons d'un de ces hommes qu'on appelait sages, et qui s'occupaient surtout de l'art de gouverner les Etals. On le raillait un jour de ce qu'il ne savait pas jouer de la lyre. « Chants ni jeux ne me conviennent, répondit- il ; mais qu'on me donne une ville petite et faible, et je la rendrai bientôt grande et forte. » En voyant cette ambition et cette ardeur, un de ses maîtres prédit qu'il ferait beaucoup de bien ou beaucoup de mal. S'il lâcha de briller aux jeux olympiques, c'était pour le bruit qui se faisait autour des vainqueurs. 11 voulait qu'Athènes crût que son nom était dans toutes les bouches. Aussi attirait-il dans sa maison les artistes étrangers et les personnages de distinction qui venaient dans la ville. Son père cherchait à le détourner des affaires publiques. Un jour il lui montra de vieilles galères brisées qu'on laissait pourrir sur la grève.