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dont la vie entière avait été vouée, disaient-ils, à la défense des malheureux A cette occasion eut lieu un concours, de poésie , dans lequel Sophocle, encore jeune , Temporta sur Eschyle.
Ainsi Athènes poursuivait glorieusement la lutte contre les Perses et assurait la sécurité de la mer. I^a conscience de ces services la rendit dure vis-à-vis des alliés, qui tardaient à livrer leur contribution ou leur contingent de guerre. Deux villes furent rudement châtiées : Carystos en Eubée, et la riche Naxos fureut toutes deux prises après un long siège et restèrent les sujets d'Athènes (466).
Cet événement était grave : il annonçait qu'Athènes, usant d'un droit légitime, ne permettrait pas à une ville alliée de se retirer de la confédération , ni à un membre de la ligue de se soustraire aux obligations communes, en profitant de la sécurité acquise aux dépens de tous. C'était justice. Les alliés eux-mêmes l'avaient compris, et Athènes n'avait fait dans cette guerre qu'exécuter les ordres de la diète de Délos. La seule réclamation que les alliés fissent entendre alors, c'était qu'on leur permît de remplacer par une augmentation du tribut les secours d'hommes et de vaisseaux qu'ils avaient fournis jusque là. Cimon s'empressa d'accepter un changement qui, en désarmant les alliés, devait donner à Athènes une suprématie maritime sans limites , et transformer infailliblement les confé lérés en sujets.
Au reste , ce n'était pas une royauté fainéante que celle d'Athènes. L'année même de la prise de Naxos, et comme pour effacer le souvenir de ce triste succès, Cimon arma deux cents galères athéniennes; les alliés en don-
!. Ce temple, le plus au< icuncmciit achevé «I le mieux conservé des monument* d'Athènes, était bâti au milieu de la ville, près de l'endroit consacré aux exercices £\ muastiques de la jeunesse athénienne. Il ressemble beaucoup au Parthénon; il est eoinmr lui d'ordre dorique et d'une forme très-éleg;intc, mais plus petit ; il est loin de produire le môme effet à cause du site, et n'était point décoré des chefs-d'œuvre dont l'autre était orné. H y avait cependautde belles peinture».
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nèrent cent, et avec cette flotte il fit voile vers la Carie et la Lycie, souleva toutes les villes grecques de ces deux provinces , et chassa les Perses de celles où ils tenaient garnison. II y avait deux cents vaisseaux ennemis aux bouches de l'Eurymédon, attendant un renfort de quatrevingts trirèmes phéniciennes. Cimou prévient leur jonction et prend ou coule toute la flotte. Il débarque aussitôt sur le rivage voisin où campait une nombreuse armée, fait revêtira quelques-uns de ses soldats les vêtements de ses prisonniers, surprend l'ennemi par cette ruse, le tue ou le disperse, et a le temps de courir encore au-devant de quatre-vingts vaisseaux phéniciens qu'il détruit jusqu'au dernier (46G).
Ce grand succès l'enhardit à reprendre ses projets sur la Thrace. Les Perses y occupaient une foule de postes; il les en chassa, à l'exception de Doriscos, qu'il ne put prendre. Une affaire importante attira alors d'un autre côté son attention. Athènes avait bien vite reconnu l'importance de ses acquisitions aux bouches du Strymon. Là se trouvaient des terres fertiles et d'immenses forêts donnant des bois de construction, le goudron et les choses nécessaires à la marine. Par le fleuve on pénétrait au cœur de la xMacédoine, et l'on pouvait nouer d'utiles relations avec les barbares; enfin dans le voisinage étaient les célèbres mines d'or du montPangée. Aussi de nombreux colons y accoururent d'Athènes. En une seule fois dix mille hommes furent établis aux Neuf-Voies, au-dessus d'Eion. Les Athéniens auraient voulu surtout mettre la main sur les mines. Elles appartenaient aux habitants de Thasos. Athènes les réclama comme faisant partie du territoire qu'elle avait enlevé aux Perses, et, sur le refus des Thasiens, fit attaquer leur île par (limon, qui après une victoire sur mer assiégea leur capitale. Ce siège dura trois années. Quand 'es Thasiens imploivrent le secours des Spartiates, qui voyaient avec MM* jalousie croissante l'éclatante renommée il 'Athènes et sa puissance, ils pro-
mirent leur appui ; mais une affreuse calamité les empêcha de tenir parole. Un tremblement de terre qui ébranla toute la Laeoniè fit périr vingt mille personnes; à Sparte il ne resta debout que six maisons.
A la nouvelle de ce désastre, les hilotes et les Messcuicns soulevés marchèrent sur Lacédémone. Le roi Ar- . chidamos avait prévu ce mouvement et réuni en toute hâte les citoyens en armes. Sa ferme attitude sauva la fortune de l'Etat sur les ruines mêmes de la ville. Les hilotes, tremblants d'avoir un jour regardé leurs maîtres en face, se dispersèrent. Les plus braves d'entre eux suivirent les Messéniens sur le mont Ithôme, où ils se retranchèrent , et une troisième guerre de Messénie commença (464). Elle dura dix années, non sans gloire pour les rebelles, car plus d'un lieu illustré jadis par Aristomène reçut une houvelle consécration. Un jour ils défirent aux champs de Stényclaros un corps de Spartiates qui laissa trois cents morts sur la place, et parmi eux cet Alimnestos qui avait tué Mardonius à Platées.
Les Thasiens étaient donc abandonnés à eux-mêmes ; il fallut se rendre et accepter de dures conditions : démanteler leur ville, livrer leurs vaisseaux , leurs mines d'or de Seaptc-Hylé, leurs possessions sur le continent, payer une forte amende et un tribut annuel (463). Durant cette guerre , les colons athéniens des Neuf- Voies, surpris par les Th races dans une expédition à l'intérieur du pays, avaient été exterminés. Cimon reçut commission de les venger ; les moyens sans doute lui manquèrent, car il ne donna pas satisfaction à l'honneur national. Le peuple en montra un si vif mécontentement, que Cimon fut accusé de s'être laissé acheter par le roi de Macédoine. II fut acquitté selon les uns, condamné selon les autres à une amende de 50 talents.
Cimon ne s'était cependant pas reposé sur ses victoires du soin de sa popularité. Son patrimoine et les immenses richesses qu'il avait si glorieusement conquises sur l'en-
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nemi , semblaient rtre moins à lui qu'à ses concitoyens. Il les employait à orner d'arbres et de statues les plaees de la ville, à construire un des remparts de la citadelle et une partie des longs murs projetés par Thémistocle. Il fit abattre la clôture de ses jardins pour les livrer au public; chaque jour il tenait table ouverte pour les citoyens de son dème, et jamais il ne sortait sans être suivi d'un esclave, qui distribuait aux pauvres honteux de l'argent et des vêtements. Tout cela par humanité, sans doute, mais aussi dans l'intérêt du parti dont il était le chef, et par désir de popularité.
La popularité cependant lui échappait. Les pauvres comprenaient bien que ces largesses intéressées étaient la rançon des honneurs dont par leurs voles ils le comblaient. On se souvenait de Pisistrate distribuant aussi le produit de ses jardins au peuple, et on écoutait bien plus volontiers un nouvel orateur qui déclarait que l'Etat était assez riche pour ne pas laisser à un particulier le soin de nourrir ses pauvres. Ce nouveau venu était Périclès, le vengeur de Thémistocle, l'exécuteur de ses vastes projets, mais plus grand que lui, parce qu'il se respecta toujours lui-même. Cimon, l'allié des Spartiates dans le procès de Thémistocle, l'admirateur de leurs vertus guerrières et de leur forte discipline, au point de donner à un de ses enfants le nom de Lacédémonios, oublia qu'Athènes était trop grande maintenant pour aimer à entendre sans cesse l'éloge de sa rivale. A chaque reproche que Cimon avait à adresser à ses concitoyens, il ajoutait : « Ce n'est pas ainsi que les Spartiates se conduisent. » Comme lui, tout son parti était étroitement uni avec la ville qui représentait dans la Grèce l'élément aristocratique. Aussi, quand les Spartiates, incapables de prendre Ithôme, vinrent implorer l'assistance d'Athènes, « il ne faut pas, dit Cimon, laisser la Grèce boiteuse, ni ôter à Athènes un utile contre-poids.»
Les Athéniens furent sans doute peu touchés de cette
nécessité d'avoir un contre-poids. « Laissez-la ensevelie sous ses ruines, sYcriait Ëphialte , et foulez aux pieds l'orgueil de Lacédémone. h Pourtant les sentiments d'honneur et de magnanimité remportèrent : Cimon fut envoyé avec une nombreuse armée devant Ithôme. Le siège ne parut pas en aller plus vite ; les Spartiates crurent à quelque trahison, et, tout en gardant leurs autres alliés, congédièrent les Athéniens, sous prétexte qu'ils n'avaient plus besoin de leurs services. C'était un affront sanglant. Athènes y répondit par une alliance avec Argos, qui venait de profiter des embarras de Sparte pour assouvir sa haine séculaire contre Mycènes, qu'elle détruisit. LesThessaliens entrèrent dans la même ligue, et, à quelque temps île là, Mégare, par haine de Corinthe, admit une garnison athénienne dans ses murs et dans son port de Pégées sur le golfe de Corinthe. Les Athéniens occupèrent aussi l'autre port , Nisée sur le golfe Saro-
"Yiique, et le rattachèrent à Mégare, comme le Pirée à Athènes, par deux murs longs de 1600 mètres et dont ils eurent la garde.
Os événements étaient autant d'échecs pour l'ami de Sparte, pour celui qui ne voulait pas qu'Athènes étendît sa puissance sur le continent grec. Il irrita encore le mé-
' contentement populaire par son opposition à une mesure qui devait compléter celle d'Aristide.
Aristide avait ouvert les charges aux plus pauvres citoyens, et par conséquent aussi l'aréopage ; mais l'aristocratie, cantonnée dans ce conseil suprême, s'y défendait encore et en faisait un foyer d'opposition* au gouvernement'. Un ami de Périclès , Éphialte, homme en qui se retrouvaient la pauvreté et la vertu d'Aristide, proposa d'ôter à ce tribunal vénéré la plus grande partie des causes dont la connaissance lui appartenait , celles sans
I, Jusqu'en 477; l'aréopage s'était recruté d'archontes élus dans les trois premières clasxcs. <i Dans la^ démocratie, « Y»t la classe distinguée qui conspire. » Aristote, Politique, Wv. V, ch. m.
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doute qu'il jugeait en vertu du pouvoir censorial que Solon lui avait donné. En vain Eschyle, qui était un eupatride, plaida pour l'aréopage, en faisant jouer sa tragédie des Eumetu'tles, où il montrait Minerve elle-même fondant le tribunal, gardien sévère et incorruptible de la justice et des lois : la proposition passa. « Cimon , dit Plutarque, ne put retenir son indignation de voir la dignité de l'aréopage ainsi avilie. Il fit tous ses efforts pour le remettre eu possession des jugements, et rétablir le gouvernement aristocratique. » Jusqu'où ces efforts allèrent ils? On ne le sait. Le peuple les arrêta par l'ostracisme; Cimon fut banni (461).
Eschyle, qui l'avait soutenu , craignit un sort pareil. Il avait déjà été traduit devant l'aréopage pour avoir dévoilé au théâtre des mystères dont la connaissance était interdite aux profanes, et il allait être condamné, quand son frère Aminias, relevant son manteau, montra son bras mutilé à Salamine, et demanda aux juges pour récompense la vie du poète. Cette fois il s'exila luimême et se retira en Sicile, où peut-être il était déjà allé au temps du roi Hiéron (460). Dans l'épitaphe qu'il composa pour son tombeau, ce mâle et fier génie, sûr de l'immortalité de ses vers, ne parla que de ses exploits. « Ce monument rouvre Eschyle. Né Athénien, il mourut dans les plaines fécondes de Géla. Le bois tant renommé de Marathon et le Mède à la longue chevelure diront s'il fut brave ; ils l'ont bien vu ! » Athènes ne ratifia pas cet exil volontaire de son grand poète. Au siècle suivant, l'orateur Lycurgue lui fit dresser une statue d'airain comme à Sophocle et à Euripide, et un décret ordonna qu'une copie-de leurs œuvres, faite aux frais de l'État, serait remise à la garde du greffier de la république, et que les acteurs seraient contraints de la suivre textuellement.
Le bannissement de Cimon ne ralentit pas les efforts d'Athènes. Jamais, au contraire, elle ne déploya une activité plus grande. Nous avons encore une inscription
tfl CHAPITRE XVIIÏ.
dans laquelle la tribu d'Érechthée célèbre, avec la magnifique simplicité de ce temps, ses guerriers morts en une même année aux rivages de Cypre, de Phénicie et d Egypte, à Haliées dans l'Argolide, devant Egine et Mégare. Atbènes s'était proposé d'expulser les Perses des îles et de toutes les côtes de la Méditerranée; elle n'oubliait pas . cette mission qu'elle s'était donnée. Deux cents galères avaient été envoyées en Cypre pour en chasser ce qui y restait de troupes perses. L'Egypte, révoltée sous Inaros, appela les Athéniens; ils coururent aux. bords du Nil, et vainquirent une armée dont ils assiégèrent les débris dans Memphis. Ainsi le fatal exemple de la Grèce victorieuse encourageait les nations sujettes du grand roi à secouer leurs chaînes. Marathon et Salamine n'avaient pas seulement sauvé la Grèce , mais ébranlé l'empire ; déjà il chancelait sous les coups répétés que lui portait la main audacieuse des Athéniens (4C0).
Durant cette expédition, une guerre éclata dans la Grèce même. Corinthe, Égine, Ëpidaure se liguèrent pour punir la défection de Mégare passée aux Athéniens. Repoussés dans une descente, les Athéniens s'emparèrent • de Trézène, défirent la flotte alliée, qui perdit 70 galères, et assiégèrent Egine, leur mortelle ennemie, qui avait fait cette loi : « Tout Athénien surpris sur le territoire d'Égine sera mis à mort sans jugement ou vendu comme esclave '. » Pour sauver cette place, les Corinthiens marchèrent sur Mégare. Il ne restait plus guère à Athènes que des enfants et des vieillards ; Myronidès en tira pourtant une armée, sans affaiblir d'un soldat le corps qui opérait contre les Eginètes, lutta deux fois contre l'ennemi dans les gorges de l'isthme et lui infligea enfin,, un sanglant désastre (457). Le siège d'Egine dura neuf mois; la ville fut démantelée; les habitants livrèrent ce qui leur restait de vaisseaux et promirent un tribut.