‹ Histoire de la Grèce ancienneChapitre 79 sur 90 · Thucyd., I · texte numérisé non relu

Thucyd., I

comba pas moins, quelques mois après. Elle livra ses vaisseaux, détruisit ses fortifications et promit un tribut annuel. Les Athéniens avaient enfin « ôté la paille de l'œil du Pirée » (455). Avant même cet important succès, la défaite de ïauagra avait été réparée : Myronidès avait détruit une nombreuse armée de Béotiens à OEnophyta (456); et cette victoire, donnant dans la Béotie, la Phocide et la Locride opuntienne Ta suprématie au parti populaire , avait assuré sur toute la Grèce centrale l'influence athénienne.

L'année suivante, une flotte alla brûler Gythion , le port de Sparte, insulter Corinthe jusque dans son golfe, battre les Sicyoniens et enlever Naupacte. La guerre de Messénie finissait alors. Les défenseurs d'Ithôme avaient obtenu de sortir librement du Péloponnèse; Athènes les accueillit et leur donna sa récente conquête, Naupacte. C'est de là que leurs ancêtres étaient partis pour faire la conquête de la presqu'île; ils pouvaient y rêver le même avenir (455).

Ces succès rendirent moins douloureux les desastres éprouvés en Egypte, où l'armée expéditionnaire et ime escadre de 50 galères envoyée à son secours avaient été détruites. Mais une tentative pour rétablir un chef thessalien et punir la trahison de Tanagra échoua; une expédition en Acarnanie conduite par Périclès lui-même ne réussit pas mieux (454). On se souvint alors du chef a qui la victoire n'avait jamais été infidèle. Cimon fut rappelé, sur la proposition même de Périclès (453). La noble conduite de Cimon et de ses amis à Tanagra avait montré qu'il ne fallait pas le confondre avec la faction qui avait intrigué avec l'ennemi, comme à Marathon, à Platées, elle intriguait avec les Perses , et qui venait de faire assassiner le vertueux Éphialte, sans doute pour le même crime que lui reproche Platon : pour avoir mutilé l'aréopage et fait boire a longs traits aux Athéniens la coupe de la liberté. Plutarque, un ennemi cependant des

LA GRECE DE 479 A 445. ' 43fc

démocrates, nous dit mieux quel fut le crime de cet ami de Périclès : « Il s'était rendu redoutable aux grands par son inflexibilité à poursuivre les concussionnaires et tous ceux qui avaient commis quelque injustice. »

Les temps qui suivirent sont mal connus. La guerre languit des deux côtés; on négocia longtemps pour la paix, et Cimon ne parvint à ménager qu'une trêve de cinq ans (452). Dès qu'elle fut conclue, il lit voile vers Cypre avec 200 galères et assiégea Cilion, comptant de là passer en Egypte. Il mourut devant cette place, d'une maladie ou d'une blessure (449). Ses compagnons lui firent les funérailles qu'il eût souhaitées. En rapportant ses restes à Athènes , ils tombèrent au milieu d'une grande flotte phénicienne et perse, qu'ils détruisirent eu vue de Salamine en Cypre; et, débarquant le même jour, ils dispersèrent une armée qui les avait attendus sur le rivage. Cette double victoire fut le dernier acte des guerres médiques. Athènes la termina glorieusement par un traité où elle s'engageait à ne plus troubler le grand roi dans ses domaines et à ne donner aucun secours aux Egyptiens. Mais, de son coté , celui-ci laissait libres les Grecs asiatiques du littoral , et , reconnaissant la mer Égée pour une mer grecque, s'ôtait le droit d'envoyer un vaisseau de guerre au delà des îles Chélidoniennes , sur les cotes de Lycie et des roches Cyanées à l'entrée du Bosphore de Thrace f.

I. On a ni«'* ce traité, parce que Thucydide ne le rapporte pas, et qu'on ne le trouve que dans des écrivains postérieurs, qui eu doutant d'une manière fort différente la date et les conditions. On a mal lu Thucydide. 11 n'en dit rien, il est vrai, et n'en pouvait rien dire dans les cinq ou six lignes où il mentionne les guerres médiques; mais à son livre VIII, ch. iai, il en prouve formellement l'existence. Il y montre les Perses demandant aux Athéniens: 1° l'abandon de ITouie et des iles adjacentes; 2° le droit d'y construire une Hotte; 3° celui de naviguer dans la mer Égée avee autant de vaisseaux qu'ils voudront ; droits qu'ils avaient au temps de Darius, qu'Athènes leur avait évidemment otés par un traité, puisqu'ils les redemandent par un traité nouveau. La paix dite de Cimon, que Plutarque a tort de mettre en 460, quand rien n'était fini et qui se place en 449, quand cessent les hostilités, est attestée par Lsocrate qui, né

Ainsi Athènes renonçait à la guerre médique; c'est que déjà les nuages s'amoncelaient sur la Grèce. La dévorante activité de la race hellénique ne pouvait s'accommoder d'une longue paix. Bien vite on était revenu aux antiques habitudes des discordes civiles, que l'invasion perse avait un moment suspendues. Nous avons vu Argos profiter des embarras de Sparte pour écraser Mycènes, qui lui reprochait sa défection dans la guerre de l'indépendance1, et Corinthe menacer Mégare. Plus anciennement, à l'issue de la seconde guerre de Messénie, Sparte avait encouragé les Éléens à chasser les habitants de la Pisatide; et ils s'étaient si bien acquittés de cette mission, que Pausanias ne savait où chercher les ruines de Pise. Il n'y avait pas seulement guerre de ville à ville : les siècles passés avaient légué à chaque cité deux factions, entre lesquelles n'avait pu s'élever, pour leur imposer la paix, celte classe intermédiaire qui naît de l'industrie et du commerce. Sauf Athènes et Corinthe, les États grecs étaient tous agricoles, tous aussi pleins de mépris pour l'industrie, qu'ils laissaient aux esclaves. Mais une conséquence nécessaire de l'esclavage, c'est d'empêcher la formation d'une classe moyenne. II n'y avait donc dans ces cités que des riches et des pauvres, se jetant des regards de haine ou d'envie, quand ils ne pouvaient pas se jeter l'insulte, la guerre et la mort. De là ces déchirements intérieurs, ces constitutions si souvent renversées, et une moitié du peuple qui bannissait l'autre ou l'égor-

en 436, en fut presque contemporain (Panég. 118 et 120; Arcnp. 80, edit. Didot), par Démosthènc {de F. L., 273 et yro fihodiis, 20), et par Lvcurgue (contre Leocratcs), qui sont de la seconde génération. Le témoignage de ces quatre hommes, d'accord au reste avec les faits, me semble devoir être préféré à la vague ass rtion de Théopompe, contenue dans trois lignes d'Harpocration {Frng. des H'isi. grecs, édit. Didot, t. I, p. 306, n" 168) : la seule raison alléguée étant qu'on s'était servi, pour graver le traité sur le marbre, de lettres ioniennes au lieu de lettres attiques.

1 . Mycènes fut rasée et ne se releva jamais. Les habitants furent réduits en esclavage. Diodore, 1. XII, ch. iavi. Nous voyons encore les ruine* faites par Argos.

geait, sans comprendre que les taches de sang ne s'effacent point, que les violences appellent d'autres violences; que la moralité, le patriotisme s'y perdent, et que l'insurrection contre la loi, contre la cité, finit par apparaître comme un droit légitime. Quels citoyens honnêtes et dévoués pouvaient faire ces proscrits qu'on trouve rodant sqns cesse autour des murs, et en tel nombre que nous les allons voir former des armées?

Les Delphiens, alliés de Lacédémone, avaient l'intendance du temple d'Apollon ; les Phocidiens, alliés d'Athènes, la leur enlevèrent. Une armée Spartiate la rendit aux premiers; une armée athénienne conduite par Périclès la reprit pour les seconds (448). Ces promenades militaires des deux peuples dominateurs à travers la Béotic avivèrent*les haines des partis. Les exilés béotiens de la faction aristocratique se réunirent en corps d'armée et surprirent plusieurs villes. L'Athénien Tolmidès, méprisant leur faiblesse, courut à eux avec une petite troupe, malgré les avis de Périclès; il fut battu et tué à Coronée (447). Cette défaite rendit l'influence dans toutes les villes à la faction aristocratique; la Béotie fut perdue pour Athènes. Le mouvement gagna l'Kubée, où les Histiéens, ayant pris une galère athénienne, eu massacrèrent tout l'équipage. Athènes fit cette fois un vigoureuxeffort, Périclès conduisit lui-même cinqcents hoplites dans l'île. Tout céda; la répression fut sévère, pourtant il n'y eut pas d'exécution sanglante : quelques riches de Chalcis, les llippobotes, furent chassés, et il déposséda les Histiéens de leur ville et de leurs terres, qui furent données aux pauvres d'Athènes. Mais Mégare aussi avait égorgé sa garnison athénienne; et une armée Spartiate, profitant de cette révolte qui lui ouvrait enfin les passages de l'isthme, vint ravager le territoire d'Eleusis (445).

Llle était commandée par le jeune roi Plistonax , que les éphores avaient placé sous la direction de Cléandride. Périclès acheta ce'ui-ci, qui ramena les troupes sans avoir

combattu. Accusé de trahison, il fut contraint de fuir. Plistonax, condamné à une lourde amende, se réfugia en Arcadie. En rendant ses comptes au peuple, Périclès porta une somme de dix talents sous le titre de « dépenses nécessaires. » Le peuple comprit, et ratifia. Cette dépense resta portée au budget annuel d'Athènes. Le soupçonneux peuple en abandonna les yeux fermés l'emploi à Périclès , qui les envoyait à Sparte pour y acheter les voix à vendre. C'étaient ses frais de police secrète. * Cependant cette guerre finit mal. Parle traité de 445, qui établit une trêve de trente ans entre Sparte et Athè-

. nés, celle-ci abandonna les deux ports de Mégare, qu'elle ne pouvait plus garder depuis le soulèvement de cette ville, Trézène et les ports qu'elle occupait dans TAchaïe sur le golfe de Corinthe. Ce traité fut-il une concession arrachée par la faction aristocratique ? On le croirait, en voyant son chef, Thucydide, banni l'année suivante par l'ostracisme et se réfugiant à Sparte; à moins qu'on ne pr éfère y trouver un acte de haute prudence de Périclès,

* qui, depuis la chute de l'influence athénienne en lîéotie, aurait compris qu'il n'était pas bon pour Athènes de chercher des agrandissements dans la Grèce continentale, où ses flottes ne lui servaient de rien et où elle rencontrait Sparte. Cette vue était juste et sage. D'ailleurs Athènes gardait Égine et l'Eubée, celle-ci qui devait la nourrir, celle-là qui devait lui servir de poste avancé contre le Péloponnèse. Ces concessions toutefois coûtèrent à l'orgueil d'Athènes. Elle en garda un long et légitime ressentiment contre Mégare, cause première de cette guerre, cause aussi, par l'odieuse trahison dont elle avait payé les services d'Athènes, du traité qui marquait le point d'arrêt et peut-être le commencement de la décadence de l'empire athénien.

Périclès naquit en 494 avant J. C. Sa mère était nièce de Clisthénès, le premier des chefs du peuple après l'exil des Pisistratides; son père étaitXantippe, le vainqueur de Mycale. Il était beau de corps; et la nature, comme pour montrer sa vaste intelligence , avait donné à sa tête une ampleur démesurée, d'où vint que les artistes 'eurent toujours soin de le représenter le casque sur la tête. Mais, quelles qu'aient été ses qualités naturelles, il fut, plus qu'aucun des grands hommes de l'histoire, l'ouvrage de son éducation.

Il aborda, dès sa jeunesse, les plus hautes connaissances où se fût encore exercé l'esprit humain , et il les reçut de la bouche des plus beaux génies qui alors accouraient à Athènes commedans leurcommuue patrie. Zénon d'Elée lui fit part à la fois des doctrines de son école et de sa merveilleuse habileté à soutenir toutes les causes. Le musicien Damon passait pour lui enseigner la musique, mais on soupçonnait qu'il lui apprenait l'art de gouverner

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