Thucydide, liv. I, ch. i.xxv-lxxvi; liv. II, ch. lxiii
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et cessât de faire la police des mers. Ils acceptaient donc cette domination nécessaire, sous laquelle au moins leur commerce prospérait. A l'époque où nous sommes, c'était de la reconnaissance, non de la haine, qu'ils avaient pour la glorieuse cité. I^emuos lui faisait hommage d'une statue de bronze de Minerve, la Ltmtiicnne, le premier ouvrage sur lequel Phidias ait inscrit son nom, et, au témoignage de Pausanias et de Lucien, la plus belle de toutes ses statues de déesses. Bien plus, ce fut la ville qui tenait le second rang dans la confédération, ce fut Samos qui demanda que le trésor commun, déposé à Délos, fût transporté à Athènes pour y être hors de { atteinte des Péloponnésicns (4C0?). La contribution en argent fut augmentée : de 4G0 talents, on ia porta à G00. Mais cette augmentation fut probablement due à l'introduction de nouveaux membres dans la commune alliance. Eût-elle pesé seulement sur les anciens, qu'ils l'eussent à peine sentie j car, de 477 à 431, l'argent, bien plus abondant en Grèce, baissa certainement de valeur, et une aggravation d'un tiers dans l'impôt ne fit guère que payer la différence1. Aussi ne voit-on s'élever sur ce point aucune réclamation ; et ils n'avaient , quoi qu'on avance tous les jours, d'autre accusation à porter contre Athènes que leur inévitable dépendance. Les Mityléniens révoltés ne disent pas autre chose, et l'orateur d'Athènes à Sparte l'affirme.
Les alliés conservaient leurs lois, leur constitution intérieure, lors même que celle-ci était, comme à Samos, à Chios et à Lesbos, contraire au principe démocratique.
1. D'après deux passages de Plutarquc et d'Aristophane, on pourrait conclure que, de Solon à Pèriclé», le pouvoir de l'argent baissa de Uni, ou d«s 3/3. Eu France, il a baissé, de I S 1 4 seulement à 1849, de I 0 a 8, ou de 1/3. (I^on Faucher, Revue des Deux- Momies, juin 1840). Drrckh, Schœmann et lhrmaim soutiennent, malgié le silence de Thucydide, que le tribut des alliés fut doublé quelques années après le commencement de la guerre du Péloponnèse. Grote le nie. Le discours d* Vndocide, où il en est parlé, est apocryphe, et celui d'F.!»chine plein de grossières erreurs.
Ce ne fut que durant la guerre du Péloponnèse qu'il devint de principe, à Athènes, de combattre partout l'aristocratie, que partout Lacédémone relevait. Ils conservaient aussi le droit de guerre privée : le différend entre Samos et Milet en est la preuve ; et Athènes continua si bien de les- regarder comme de véritables Etats, que fériclès leur adressa des ambassadeurs, lorsqu'il en envoya dans le Péloponnèse et la Béotie pour le congrès panhellénique qu'il songea un instant à réunir. Athènes eut un tort, celui de laisser tomber en désuétude l'assemblée de Délos. Elle aurait dû conserver à ses alliés cette participation peu gênante pour elle-même à la discussion des intérêts de la ligue. L'idée de maîtres et de sujets, qui poussa quelques-uns à la révolte et les autres à la violence, ne se serait pas enracinée dans les esprits. Mais, pour que les Athéniens refusassent cette domination sans contrôle qui d'elle-même leur venait, quelle abnégation ne leur eût-il pas fallu ? Ils n'ont point été un peuple de sages. Mais où s'en est-il trouvé? Périclès lui-même n'y pensa point.* Dès qu'Athènes tenait les mers libres et les Perses éloignés, nul , disait-il, n'avait de comptes à lui demander1.
La cessation de la diète de Délos entraîna une autre innovation. En formant la confédération, les alliés avaient très-certainement décidé que la diète jugerait toutes les affaires fédérales. Ce droit de haute juridiction passa de Délos à Athènes avec la garde du trésor commun. Mais cette juridiction, bornée sans doute dans l'origine à toute cause regardée comme une infraction à l'alliance, empiéta sur la juridiction civile. Cet empiétement fut favorisé par l'assentiment des petites cités, qui se trouvèrent ainsi protégées contre les violences des grandes; et par l'idée familière aux Grecs , malgré leur égoïsme munici-
i . Non-seulement ils ne rendaient pas de compte, mais ils stipulaient seuls au nom de tous. Ainsi ils exclurent les Mégariens de tous les ports des alliés.
pal, d'une justice quelquefois cherchée et rendue hors de leurs murs. Les Italiens du moyen Age, pour obtenir plus d'impartialité , faisaient juger leurs procès par des podestats étrangers; les Grecs les remirent quelquefois aux juges d'une autre ville. Les Éginètes, par exemple, faisaient décider leurs différends à Epidaure, leur métropole'. Quand Argos songea, en 421, à former une confédération dont Sparte et Athènes seraient exclues, elle décida qu'on n'y admettrait que les villes ayant leur constitution propre et une juridiction indépendante1. Il y en avait donc qui manquaient de l'une et de l'autre. Les Péloponnésiens avaieut aussi un tribunal fédéral, où les Spartiates citèrent Athènes bien souvent.
Cette autorité judiciaire d'Athènes sur ses alliés s'étendit comme son autorité politique. Il ne put y avoir de sentence de mort prononcée qu'à Athènes8; toute cause politique, tout différend entre citoyens de deux villes, peut-être même tout litige dépassant une certaine somme, y fut porté \ De là des retards, des frais de.voyage et de séjour fort préjudiciables aux alliés, mais très-probablement aussi une justice plus à l'abri des passions locales. Thucydide le dit lui-même : les alliés préféraient avoir le peuple entier d'Athènes pour juges, car cette justice populaire était leur refuge et leur défense contre les excès des grands'. Et d'ailleurs : « Dans leur commerce avec
1. Hérodote, 1. V, ch. lxxxiii. M. Bceckh dit môme, I. III, ch. xvi : « Athènes agit tle la sorte, vraisemblablement, à l'exemple de quelques autre» États comme Thèbes, Elis, Argos. »
2. Thucydide, liv. V, ch. xxvn : ?/riç ajTivojjLÔ; il et:i xa\ ot'xa; ta»? xeà 6ao(a; otôwst.