Lfs ChtralterS) traduction de M. Artaud
2. C'est comme si l'on écrivait l'histoire de notre temps, en se servant exclusivement d'un seul de nos journaux, ou d'une de nos pièces satiriques. On oublie trop que les fonctions actuelles de la presse étaient remlies a Athènes par les poètes comiques et les orateurs. Aux injustices 'Aristophane contre Socrate et le peuple d'Athènes, ajoutons sa guerre
acharnée contre Euripide. Tout cela n'empêche pas qu'on ne t'ait cru sur parole Pour beaucoup de gens, le fidèle portrait du peuple d'Athènes a été le Perrin Dandin de Racine. Thucydide, liv. I, ch. i.xxvn, cl l'envoyé d'Athènes à Sparte, avaient cependant dit ce qu'il fallait penser de cette fureur de juger, ^tXoôtxta.
3. Voyez, ce que Plutarquc pense des emprunts faits aux poètes comiques pour écrire l'histoire, Pdriclès, ch. xxm.
m ' CHAPITRE MX.
Pour répondre au poète , je ne voudrais d'autres paroles que celles d'un violent ennemi des Athéniens, conservées, par un banni d'Athènes : « 11 y a un peuple qui ne respire que les nouveautés : prompt à concevoir, plus ■ prompt à exécuter; fort, et ayant encore plus d'audace que de force, plus de confiance que d'audace, même dans le péril. Vainqueur, il s'avance et suit la victoire; vaincu, il ne se laisse point abattre. Pour les Athéniens la vie n'est pas une propriété qui leur appartienne, tant ils la sacrifient aisément à leur pays. Ils n'ont en propre que leur pensée; et elle conçoit sans relâche de nouveaux desseins pour le bien de l'Etat. Remplir la tâche qu'ils se sont donnée, voila leur plus belle fête*. >»
Qu'était-ce donc que ce peuple dont une main ennemie traçait un tel portrait ? Ce peuple qui traitait doucement l'esclave et accueillait l'étranger; qui assurait aux vieillards, aux infirmes, leur subsistance, et donnait la patrie pour mère aux enfants que la guerre avait faits orphelins; qui enfin, au milieu de là place publique de la ville, avait dressé l'autel de la Pitié, pour que les suppliants vinssent y suspendre leurs bandelettes. Car, « seuls des Grecs, les Athéniens honoraient la Pitié , déesse secourable dans les vicissitudes de la vie humaine'. » Oui, l'histoire peut le dire avec Périclès : «Athènes, pour être admirée, n'aura pas besoin d'un Homère; la seule vérité suffit à sa gloire. »
Aristophane ne commença d'écrire que trois ans après la mort de Périclès. Il ne put donc l'attaquer; mais il avait eu des précurseurs qui n'épargnèrent pas YOlj mpien, Cratinos l'appelait « le père des dieux, le plus grand des tyrans, le fils aîné du temps et de la brigue. »Un autre le sommait de jurer qu'il ne se ferait pas
î, Thucydide, Hv. I, ch. lxxi. Discours d'un Corinthien pour déterminer Sparte à la guerre. Après ces paroles d'un ennemi, je n'ai pas besoin de renvoyer h l'éloge d'Athènes par Périclès (Thucydide , Ht. II, ch. xxxv-xlvi). Mais, là, quelle élévation! quelle magnificence!