‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 18 sur 86 · FORTIFICATION DU CAMP OREC · texte numérisé non relu

FORTIFICATION DU CAMP OREC

ginale, passant tout de suite du premier livre au huitième et de là au onzième, pouvait bien admettre la fortification et en parler comme d'une chose qui existait, sans donner aucune raison spéciale pour en expliquer la construction.. L'auditeur comprenait et acceptait naturellement l'existence d'un fossé et d'un mur autour des vaisseaux comme un fait tout simple, pourvu qu'il n'y eût rien dans le récit précédent qui lui fît croire que les Grecs n'avaient pas eu ces remparts dès le principe. Et puisque l'Achillêis, immédiatement après la promesse faite par Zeus à Thetis à la fin du premier livre, continuait à décrire l'accomplissement de cette promesse et les désastres qui en résultaient pour lés Grecs, il n'y avait rien d'étonnant à entendre dire que leur camp était fortifié. Mais il n'en était plus ainsi quand le premier et le huitième livre étaient séparés pour faire place à des descriptions de succès et de gloire temporaires du côté de l'armée assiégeante. Les brillantes scènes esquissées dans les livres qui vont du second jusqu'au septième ne mentionnent pas de fortification, et même font entendre qu'il n'en existe pas; mais* puisqu'on la trouve signalée dans la première description des désastres des Grecs au huitième livre, Tauditeur qui avait les premiers livres présents à la mémoire pouvait être surpris de trouver une fortification mentionnée immédiatement après, à moins que l'on n'eût annoncé spécialement que la construction en avait eu lieu dans l'intervalle. Mais on

cliant ou un poëme épique séparé, supposition que le langage de Zeus et l'agora des dieux du commencenient suffisent sedls à réfuter, selon moi (Excursusl, ad lib. XI, vol. VI, p. 269) .Cet Excursus, en décrivant la suite des événements dans l'Iliade, passe tout de suite et naturellement du livre huitième au livre onzième.

Et M. Payne Knight, quand il défend le livre onzième contre Heyne, dit :

« Qu8B in undecimâ rhapsodiâ Iliadis narrata sunt, haud minus ex ante narratis pendent : neque rationem pugnœ

commissœ, neque rerum in eâ gestarum nexum atque ordinem, quisquam intelligere posset, nisi tram et secessum Achillis, etvictoriam quam Trojaniinde consecuti erant, antea cognosset. »

(Prolegom. c. XXIX.) Cela est parfaitement vrai : pour comprendre le onzième livre, nous devons avoir sous les yeux le premier et le huitième (qui sont ceux qui décrivent la colère et la retraite d'Achille, et la défaite qu'essuient les Grecs à la suite) ; nous pouvons nous passer du reste.

verra tout de suite qu'il y avait quelque difficulté à trouver une bonne raison pour expliquer pourquoi les Grecs auraient commencé à se fortifier dans cette conjoncture, et que le poëte qui découvrait la lacune pouvait ne pas être en état de la combler avec succès. Comme les Grecs avaient pu jusqu'à ce moment se passer de mur, et que nous n'avons entendu que des récits de leurs succès, pourquoi auraient-ils considéré maintenant comme nécessaires à leur sécurité d'autres précautions laborieuses? Nous ne demanderons pas pourquoi les Troyens les auraient tranquillement regardés et leur auraient permis de construire le mur, puisque la trêve était expressément conclue pour ensevelir les morts (1).

(1) 0. Muller (Hist. of Greek Literat.

ch. V, g 6) dit au sujet de ce mur :

« C'est seulement lorsque les Grecs ont appris, pcir l'expérience de la bataille du premier jowr^ que les Troyens peuten* leur résister en bataille rangée, qu'ils construisent le rempart autour de leurs vaisseaux... Ceci paraissait à Thucydide si peu conforme à la probabilité historique, que, sans égard, pour l'autorité d'Homère, il plaçait la construction de ces murs, immédiatement après l'arrivée des Grecs. »

n est à regretter, selon moi, que Thucydide ait pris sur lui de déterminer le point comme un fait historique ; maiSf une fois cette tâche entreprise, le récit de l'Iliade n'était pas de nature à beaucoup le satisfaire, et la raison donnée par Muller ne rend pas non plus le cas meilleur. Son argument donne à entendre qu'avant la bataille du premier jour, les Grecs ne croyaient pas que les Troyens pussent leur résister en rase campagne : les Troyens (selon lui) n'avaient jamais tenu bon tant qu'Achille était debout et combattait du côté des Grecs, et ceux-ci étaient en conséquence fort étonnés de voir que, pour là première fois, ils pussent le faire.

Or, rien ne peut être moins en rapport avec le ton du second livre et des

suivants que cette supposition. Les Troyens s'avancent sans hésiter et combattent courageusement : ni Agamemnôn, ni Nestor, ni Odysseus ne les considèrent comme des ennemis incapables de tenir tête ; et la ronde que fait Agamemnôn pour exhorter les Grecs (Epipôlêsîs) , décrite d'une façon si frappante dans le quatrième livre, prouve qu't'i ne compte pas à l'avance sur une victoire très-facile. Nestor, en proposant la construction du mur, ne laisse entrevoir en aucune sorte que, si les Troyens peuvent résister en rase campagne, ce fait fût pour les Grecs une découverte inattendue.

La raison donnée par Millier est donc un produit de sa propre imagination, provenant de la même source d'erreur que quelques autres de ses remarques ; parce qu'il essaie de trouver, dans les livres compris entre le premier et le huitième, une allusion dominante , à Achille (le point de vue de l'AchiUêis), que ces livres refusent distinctement.

L'AchiUêis était le poëme des désastres grecs jusqu'au temps où Achille envoya Patroklos ; et, pendant ces désastres, il pouvait convenir au poëte de se reporter par contraste au temps passé où Achille était actif, et de dire ({u* alors les Troyens n'osaient pas même

l'iliadb et zeus 81

Le dixième livre (ou Doloneia) était considéré par quelques-uns des anciens scholiastes (1), et a été présenté sans hésitation par les critiques modernes de l'école de Wolf comme un poëme séparé dans l'origine, inséré dans l'Iliade par Pisistrate. Comment a-t-il pu jamais être un poëme séparé, c'est ce que je ne comprends pas. Il est composé tout spécialement pour s'adapter aux circonstances antérieures au milieu desquelles il arrive, et ne conviendrait à aucun autre endroit , bien qu'il puisse être récité séparément, en ce qu'il a un commencement et une fin déterminés, comme l'histoire de Nisus et d'Euryale dans l'Enéide. Mais, tout en présupposant distinctement et en prenant pour base les incidents du huitième livre et le vers 88 du neuvième (probablement la pose des sentinelles du côté des Grecs aussi bien que de celui des Troyens formait la fin de la bataille décrite dans le huitième livre), il n'a pas le plus léger rapport avec les événements du onzième livre ni avec ceux des livres suivants : il sert à compléter le tableau de la guerre de Troie en général, mais il est tout à fait distinct de l'Achillêis. Et ce qui est une marque d'une portion msérée postérieurement, c'est que, bien qu'il soit approprié aux parties qui précèdent, il n'a aucune influence sur celles qui suivent.

Si la conduite des combattants dans la plaine de Troie, entre le premier et le huitième livre, ne se rapporte ni à Achille ni aune Achillêis, nous trouvons Zeus dans l'Olympe mettant encore plus complètement ce héros hors de question au commencement du quatrième livre. Il est dans ce dernier passage le Zeus de l'Iliade, et non celui de TAchillêis. Oubliant la promesse (Ju'il a faite dans le premier livre, il ne

se présenter en ordre de bataille dans et égaux en force, mais bien connus

la plaine, tandis que maintenant ils at- comme tels par les Grecs eux-mêmes,

taquent les vaisseaux. Mais l'auteur des La construction du rempart grec,

livres II à VII n'a pas le désir de telle qu'elle est décrite aujourd'hui, est

glorifier Achille ; il nous présente un un fait nullement expliqué, que l'ha-

tableau de la guerre àe Troie en gé- bileté de Millier ne rend pas logique,

néral et dépeint les Troyeas non-seu- (1) Schol. ad Iliad. X, 1. lement comme des ennemis braves

discute que la question de savoir s'il faut continuer ou terminer la guerre, et ne manifeste d'inquiétude que pour le salut de Troie, en opposition avec les déesses ennemies des Troyens, qui le détournent de donner suite à la victoire de Menelaos sur Paris et à la restitution stipulée d'Hélène, auquel cas le tort fait à Achille serait naturellement resté sans réparation. Une comparaison attentive montrera d'une manière évidente que le poëte composant la discussion qui a lieu entre les dieux au commencement du quatrième livre se s'est pas inquiété de se mettre d'accord avec lui-même, soit pour le Zeus du premier livre, soit pour celui du huitième.

Aussitôt que nous entrons dans le onzième livre, la marche du poëme devient tout à fait différente. Nous sommes alors dans une série d'événements dont chacun fraye la route à celui qui suit, et qui tous conduisent au résultat promis dans le premier livre, la réapparition d'Achille comme seul moyen de sauver les Grecs de la ruine, précédée d'une ample réparation (1) et suivie d'un maximum à la fois de gloire et de vengeance. La carrière intermédiaire de Patroklos introduit de nouveaux éléments, qui, toutefois, sont admirablement unis au plan du poëme tel qu'il est présenté dans le premier livre. Je ne nierai pas qu'il y ait des embarras dans le détail des événements décrits dans les batailles livrées sur le rempart des Grecs et devant les vaisseaux, du onzième au seizième livre ; mais ils semblent être seulement des cas de confusion partielle, tels qu'on peut raisonnablement les attribuer à des imperfections de texte ; l'enchaînement principal reste cohérent et intelligible. Nous ne trouvons pas d'événements considérables qui pourraient être supprimés sans briser le fîl, ni aucune incompatibilité entre deux événements considérables. Il n'y a rien entre le onzième et le vingt-

(1) Agamemnon, après avoir déploré 'A\V èicei àa(rà[XY]v %ai {jlsv çpévocç

riufluence d'At^, qui, par un perfide fi^éXeto Zeùç,

conseil, l'a amené à faire Tinjure pri- *Aip êOsXiAàpé^ai, Ôofievai t' àwepeCffi'

luitive à Achille, dit (XIX, 88-137) : [àwotvo, etc.

STRUCTURE DE x'iLIADE 83

d'euxième livre qui soit en rien comparable à la contradiction qui existe entre le Zeus du quatrième livre et le Zeus du premier et du huitième. Il peut être vrai que le bouclier d'Âcbille soit une amplification surajoutée de ce qui était annoncé dans Torigine en termes généraux, parce que le poëte, à partir du onzième livre jusqu'au vingt-deuxième, a donné à ses matériaux une si heureuse économie, qu'il n'est guère vraisemblable qu'il ait introduit une seule description particulière d'une longueur si disproportionnée et se rattachant si peu à la suite des événements. Mais je ne vois pas de raison pour croire que ce soit une addition de beaucoup plus récente que le reste du poëme.

Il faut avouer que la supposition avancée ici, par rapport à la structure de l'Iliade, n'est pas tout à fait exempte de difficultés, parce que l'on a plus ou moins altéré ou interpolé les parties qui constituaient l'Achillêis^primitive (1), afin d'adapter les additions qu'on y a faites, particulièrement dans le huitième livre. Mais elle présente moins de difficultés que toute autre supposition, et c'est le âeul moyen, que je sache, d'expliquer la différence qui existe entre une partie de l'Iliade et une autre, en ce qui concerne aussi bien la continuité dans la structure que la conformité avec la . promesse du

(1} La supposition d'une Iliade primitive plus petite, agrandie par des additions successives qui Pamënent aux dimensions actuelles, et plus ou moins interpolée (nous devons distinguer agrandissement à^mterpolaiion, Pinsertion d'une nouveUe rhi^sodie de celle d'un nouveau vers), cette supposition , disons-nous, semble être une sorte de compromis intermédiaire vers lequel convergent toutes les idées opposées de Wolf, de J.-H, VosB, de Nitzsch, d'Hermann et de Boockh. Bamngarten-Cm> sius appelle ee plus petit poëme une Achillêis.

Wolf, préface de Tédition de l'Iliade de Goeadien, f. 12-23; Voss, Anti- Symbolik, part. II, p. 234; Nitzsch, Histor. Homeri, fiuwicuU I, p. 112; et

Préface du second volume de ses Commentaires sur l'Odyssée, p. 26 : « Dans niiade {y dit-il) on peut très-facilement imaginer beaucoup de portions seules comme des parties d'un autne ensemble, ou conome ayant jadis été chantées séparément. » (Y. Baumgarten-Crusius, Préface de son édition de )a Homerische Vorschule de W. MiUler, p. 45-49.) , Nitzsch distingue l'Odyssée de l'Iliade, et avec justesse, selon moi, quant à cet agrandissement supposé. Les raisons qui nous autorisent à applique!

cette théorie à l'Iliade ne s'appliquen pas à l'Odyssée. S'il a jamais existé une Odyssée primitive (&r'Û</yi«ec),jious n'avons pas le moyen de détenuinfir ce qu'elle reniennait.

Digittzed by VjOOQ IC

début, qui sont manifestes quand nous lisons les livres dans l'ordre I, VIII, XI à XXII, en opposition avec l'absence de ces deux qualités dans les livres II à VII, IX et X. Il ne serait pas vraisemblable que l'organisation d'un ensemble, préconçue dès le principe, produisît une telle dissemblance; et on n'en voit pas non plus une pareille dans l'Odyssée (1);

(1) Les remarques de 0. Mtiller sur miade (dans son History of Greek Literature) méritent grandement d'être lues : j'en admets un grand nombre, mais il y en a aussi beaucoup qui me semblent dénuées de fondement.

La portée de combinaison et le stratagème narratif recherché qu'il attribue à l'auteur primitif sont,^ à mon avis, inadmissibles (chap. V, § 5-11) :

« La connexion intrinsèque de l'Iliade ^fait-il observer, § 6) repose sur l'union de certaines parties ; et ni l'intéressante introduction décrivant la défaite des (irecs jusqu'à l'incendie du vaisseau de Protesilaos, ni le tour donné aux affaires par la mort de Patroklos, ni la colère d'Achille finalement apaisée, n'étaient indispensables dans l'Iliade, quand une fois la semence ^féconde d'un tel poëme avait été jetée dans l'âme d'Homère et avait commencé à prendre son développement. Mais le plan de l'Iliade est certainement étendu beaucoup au delà de ce qui était réellement nécessaire ; et en particulier la partie préparatoire, consistant en efforts faits par les autres héros pour compenser l'absence d'Achille y a, il faut l'avouer, atteint une longueur disproportionnée, de sorte que le soupçon d'additions importantes faites postérieurement s'applique avec plus de probabilité aux premiers livres qu'aux derniers... Un dessein se manifesta, à une époque reculée, de compléter ce poëme en lui-même, de manière à ce que tous les sujets, toutes les descriptions, tontes les actions, seules capables de jeter de l'intérêt dans un poëme sur la guerre entière, pussent

trouver une place dans les limites de la composition. Four ce but, il n'est pas improbable qu'un grand nombre de chants d'anciens bardfts, qui avaient chanté des aventures isolées de la guerre de Troie aient été mis à contribution, et que leurs parties les plus beUes aient été incorporées dans le nouveau poëme. »

Ces remarques de 0. MUller donnent à enlendre ce qui, selon moi, est l'idée véritable, en tant qu'elles reconnaissent une extension du plan du poëme au delà de ses limites primitives, manifestée par des insertions dans la première moitié ; et il est bon de faire observer que, dans l'énumération qu'il fait de ces parties, dont l'union est nécessaire à la connexion intrinsèque de l'Iliade, il n'y a de mentionné que ce qui est compris dans les livres I, VIII, XI à XXII ou XXIV. Mais ce qu'il dit de « la partie préparatoire » consistant « en efforts faits par les autres héros pour compenser l'absence d'Achille, » n'est nuUement justifié parle poëte lui-même. A partir du second livre jusqu'au septième, il est à peine fait allusion à Achille ; de plus, les Grecs se trouvent parfaitement bien sans lui. Cette portion du poëme fait voir non « Vinsuffisance de tous les autres héros sans Achille, » comme Millier l'a fait observer dans la section précédente, mais la parfaite suffisance des Grecs sous Diomêdês, Agamemnôn, etc. , pour résister à Troie ; c'est seulement dans le huitième livre que leur insuffisance commence à se manifester, et seulement dans le onzième qu'elle est portée à son comble par les blessures que reçoivent les trois grands héros. Diomê-

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