‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 19 sur 86 · STRUCTURE DE L ILIADE · texte numérisé non relu

STRUCTURE DE L ILIADE

on expliquerait encore moins le résultat en supposant des poëmes entiers séparés dans Torigine et réunis sans aucune

dès est, en effet, sous le rapport de ses luttes avec les dieux, élevé à un degré de gloire qu^ Achille lui-même n'atteint jamais dans la suite, etHelenos le Troyen le place au-dessus d'Achille (VI, 99) quant à la valeur terrible.

Achille est mentionné deux ou trois fois comme absent, et Agamemnôn, dans son discours à l'agora grecque, regrette la querelle (II, 377), mais nous n'entendons jamais d'exhortation telle que celle-ci : « Faisons de notre mieux pour suppléer à l'absence d'Achille , » ni même dans l'Epipôlêsis d' Agamemnôn, où elle trouverait le plus naturellement sa place. Il faut donc regarder les a tentatives faites pour compenser l'absence d'Achille » comme l'idée du critique, et non comme celle du poëte.

Bien que 0. Millier ait jeté un regard sur la distinction à établir entre les deux parties du poëme (une partie primitive, ayant trait particulièrement à Achille et aux Grecs ^ et une partie surajoutée, se rapportant à la guerre entière), il ne l'a ni conçue clairement ni présentée d'une manière logic^ue. Si nous devons distinguer complètement ces deux points de vue, il nous faut tirer les lignes à la fin du premier livre et au commencement du huitième, en considérant ainsi les six livres intermédiaires comme appartenant au tableau de la guerre entière (ou de l'Iliade distinguée de l'Achillêis); le point de vue de l'Achillêis, négligé à la fin du premier livre, est repris au commencement du huitième. L'accord naturel de ces deux parties est signalé dans le commentaire de Heyne ad VIII, 1 : « Cseterum nunc Jupiter aperte solvit Thetidi promissa, dum reddit causàm Trojanorum bello superiorem , ut Achillis desiderium Achivos, et pœnitentia injuriœ ei illatœ Agamemnonem incessat (cf.I, 5). Nam quœ adhuc uarrata sunt, partim conti-

nebantur in fortunâ belli utrinque tentatà... partim valebant ad narrationem variandam, etc. i Le premier et le huitième livre appartiennent à un seul et même point de vue, tandis que tous les livres intermédiaires appartiennent à l'autre. Mais 0. MUller cherche à prouver qu'un'e portion de ces livres intermédiaires appartient, avec le premier et le huitième, à un seul point de vue commun, quoiqu'il admette qu'ils ont été agrandis par des insertions. Ici je crois qu'il se trompe. Effacez tout ce qu'on peut raisonnablement admettre pour l'agrandissement des livres compris entre le premier et le huitième, et la même difBculté subsistera par rapport au reste; car tous les incidents qui surviennent entre ces deux points sont développés dans un esprit tout à fait indifférent à Achille et à sa colère. Le Zeus du quatrième livre, comparé avec le Zeus du premier ou du huitième, marque la différence ; et cette description de Zeus est absolument indispensable comme rattachant le livre troisième d'un côté au livre quatrième et au cinquième de l'autre. De plus, la tentative que fait MUller pour imposer le point de vue de l'Achillêis à la plus grande partie de ce qui est compris entre le premier et le huitième livre n'est en aucun point heureuse : le poè'te ne présente pas dans ces livres « les efforts insufiisants des autres héros pour compenser l'absence d'Achille, » mais un tableau général et très-intéressant de la guerre de Troie, avec un rapport marqué à la cause primitive de la querelle. Dans ce tableau, le duel entre Paris et Menelaos forme naturellement le premier trait ; mais combien est forcé le* raisonnement par lequel 0.

Millier fait rentrer ce récit frappant dans le plan de l'Achillêis! « Les Grecs et les Troyens sont pour la pre-

organisation calculée. Et c'est entre ces trois suppositions que nous avons à faire un choix. On doit admettre incontestablement un plan, et même un large plan, comme base d'une hypothèse suffisante quelconque. Mais alors TAchillêis aurait été un long poëme, ayant en longueur la moitié de l'Iliade actuelle, et probablement d'une structure non moins serrée que l'Odyssée. De plus, comme elle n^était séparée que par une ligne imaginaire de la durée illimitée de la guerre troyenne, il aurait été plus facile de l'agrandir, et ainsi elle aurait eu plus de charme pour les auditeurs que les aventures d'un seul héros ; tandis que le développement aurait eu lieu naturellement par l'addition d'une nouvelle victoire des Grecs, puisque le poëme primitif n'arrivait à exalter Achille qu'au moyen d'une pénible série de désastres essuyés par les Grecs. Que ce poëme dans ces circonstances eût reçu des additions, ce n'est pas là une hypothèse trop hardie ; en efFet, quand nous nous rappelons que l'intégrité et de l'Achillêis et de l'Odyssée n'était protégée ni par Ilmpression ni par l'écriture, nous aurons peut-être à nous étonner moins de ce que la première ait été agrandie (1) que de ce que la

mière fois frappés d'une idée qui aurait pu se présenter dans le cours des neuf années précédentes, si les Grecs, quand ils étaient défendus par il c/itZ/e, n'avaient pas, par confiance dans leur force supérieure, considéré tout compromis comme indigne d'eux, à saToir, de décider la guerre par un combat singulier entre ceux qui en étaient les auteurs. « Ici on fait entrer de vive force Acîiille comme cause, et cette idée n'est appuyée par aucun renseignement réel dans le poëme, ni par une présomption raisonnable quelconque ; car ce sont lies Troyens qui proposent le combat singulier, et on ne nous dit pas s'ils Tavaient jamûs proposé auparavant, Ven qu'ils eussent en de plus fortes raisons pour le faire lors de la présence d'Achille que pendant son absence.

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