OPINIONS DIVERSES
d'tin seul auteur. Il y a sur ce sujet entre les meilleurs critiques une différence d'opinion qui n'est probablement pas destinée à disparaître, puisque l'appréciation dépend tellement en partie du sentiment critique, en partie des raisonnements généraux, quant à Fancienne unité épique, avec lesquels on aborde Tétude du problème. Car les défenseurs de l'unité, tels que M. Payne Knight, sont tout disposés à effacer des passages nombreux et souvent considérables comme interpolés, allant ainsi à l'encontre des objections soulevées contre l'unité d'auteur pour cause de contradictions dans les détails. Hermann et Boeckh, bien que n'allant pas aussi loin que Lachmann dans la défense de la théorie primitive de Wolf, s'accordent avec ce dernier pour reconnaître une diversité d'auteurs dans le poëme, à un point qui dépasse la limite de ce qu'on peut appeler proprement interpolation. Payne Knight et Nitzsch sont également persuadés du contraire. Il y a donc ici une contradiction prononcée entre les critiques, qui tous ont minutieusement étudié les poëmes depuis que la question a été soulevée par Wolf. Et c'est de tels critiques seuls que l'on peut dire qu'ils font autorité; car le lecteur ordinaire, qui s'arrête sur les parties assez longtemps seulement pour en goûter la beauté poétique, n'est frappé que de cette uniformité générale de couleur qui, selon Wolf lui-même, domine dans le'poëme (1).
Ayant déjà donné à entendre qu'à mon avis il n'y a pas de théorie admissible sur la structure du poëme, si elle ne reconnaît une Achillêis primitive et combinée d'avance, fleuve qui commence au premier livre et finit avec la mort d'Hector au vingt-deuxième, bien que les parties supérieures en restent aujourd'hui seulement à l'état de deux lacs séparés, le premier livre et le huitième, je raisonne sur le même principe pour ce qui regarde la question d'auteur. Si l'on admet la continuité de structure comme preuve présomptive, on doit regarder l'ensemble de l'Achillêis comme composé
(1) Wolf, Proleg. p. 138. « Quippe libris; idem habitus sententiarum, orain universum idem sonus est omnibus tionis, numerorum, » etc.
par un seul auteur. Wolf déclarait, il est vrai, qu'il n'avait jamais lu le poëme continûment d'un bout à l'autre sans éprouver une impression pénible de l'infériorité (1) et du changement de style qu'il remarquait dans les six derniers livres, et Lachmann reporte ce sentiment encore plus loin, au point de commencer au dix-septième livre. Si je p§uvais entrer pleinement dans ce sentiment, je serais alors obligé, non pas de nier l'existence d'un plan préconçu, mais d'imaginer que les livres, à partir du dix-huitième jusqu'au vingtdeuxième, bien que formant une partie de ce plan, c'està-dire de l'Achillêis, avaient cependant été exécutés par un poëte différent et inférieur. Mais il est à remarquer d'abord que l'infériorité du mérite poétique dans une certaine mesure est tout à fait conciliable avec l'unité d'auteur, et, en second lieu, que les circonstances mêmes sur lesquelles est fondé le jugement défavorable de Wolf semblent naître de l'accroissement de difficulté dans la tâche du poëte, quand il arrive aux chants qui forment le couronnement d'une Achillèis telle qu'il la dessine. Car ce qui distingue surtout ces livres, c'est Tintervention directe, incessante et matérielle des dieux et des déesses, autorisée formellement par Zeus, et la répétition de vastes et fantastiques conceptions que fait naître cette action surhumaine, sans omettre le combat d'Achille avec le Skamandros et le Simoïs, et ces fleuves incendiés par Hephaestos. Or, en considérant cette veine d'idées avec les yeux d'un lecteur moderne, ou même avec ceux d'un critique grec des époques littéraires, il est certain que l'effet en est désagréable : les dieux, éléments sublimes de poésie quand ils sont maintenus dans des proportions convenables, sont ici en quelque sorte rendus vul-
(1) Wolf, Prolegom. p. 137. «c Eqni- multa ejus geaeris, ut cum nunc *0fAT,-
dem certe quoties in continenti lectione ptxtiTaTa habcantur, si tantuminodo
ad istas partes (t. e, les six derniers in hymnis legerentur, ipsa sola eos
livres) deveni, nunquam non in iis talia suspicionibus voOeiaç adspersura es-
quîedamsensi, quœ nisi illœ tam mature sent. » Cf. la suite, p. 138. « ubi nervi
cum csetëris coaluissent, quovis pi- deficiant et spiritus Homericus — jeju-
gnore contendam, dudam ab eruditis num et frigîdom in loeis mnltis, )» etc. détecta et animadversa ftiisse, immo
CFNITÉ d'auteur
gaires. Mais bien que le poëte ait échoné ici (et probablement le succès était impossible) dans la tâche qu'il s'était prescrite, cependant le seul fait de Tavoir entreprise, et la différence manifeste qui existe dans l'emploi qull fait de l'action divine dans ces derniers chants relativement aux précédents, ne paraissent explicables que par la supposition qu'ils sont les derniers et qu'ils se placent dans l'ordre assigné par le poëte comme continuation d'un plan antérieur. Le poëte désire entourer la réapparition d'Achille des circonstances les plus glorieuses et les plus effrayantes ; aucun ennemi troyen ne peut lui tenir tête un seul instant (1); les jdieux doivent descendre dans la plaine de Troie et combattre en personne, pendant que Zeus, qui, au commencement du dix-huitième livre, leur avait défendu d'intervenir, les encourage expressément à le faire au commencement du vingtième. Si donc le dix-neuvième livre (qui renferme la réconciliation d'Achille et d'Agamemnôn, sujet naturellement assez pâle) et les trois livres suivants (où nous n'avons sous les yeux que les dieux, Achille et les Troyens sans espoir ni courage) sont inférieurs sous le rapport de l'exécution et de l'intérêt aux sept livres précédents (où est décrite la lutte à mort longtemps disputée et souvent douteuse qui a lieu entre les
(1) niade, XX, 25. Zens s'adresse à l'agora des dienx :
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Zeus an commencement dn huitième