‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 3 sur 86 · POÈMES ÉPIQUES PERDUS · texte numérisé non relu

POÈMES ÉPIQUES PERDUS

aux deux sièges de cette ville par les Argiens. Un autre poëme, appelé Œdipodia, avait pour sujet la destinée tragique d'CEdipe et de sa famille ; et peut-être celui qui est cité sous le titre d'Eurôpia, ou vers sur Europe , a-t-il compris le conte de son frère Kadmos, le fondateur mythique de Thêbes (1).

Les exploits d'Hêraklês furent célébrés dans deux compositions, appelées chacune Hêrakleia, dues à. Kinsethôn et à Pisander, et probablement aussi daifs beaucoup d'autres dont le souvenir n'a pas été conservé. La prise d'Œchalia, par Hêraklês, formait le sujet d'une épopée séparée. Deux autres poèmes, du nom d'^^gimios et de Minyas, reposaient, suppose-t-on, sur d'autres exploits de ce héros, le secours efficace qu'il prêta au roi dôrien JEgimios contre les Lapithae, sa descente aux enfers dans le but de délivrer Thêseus emprisonné, et la conquête qu'il fit de la cité des Minyse, la puissante Orchomenos (2).

D'autres poëmes épiques, la Phorônis, la Danaïs, l'Alkmaeônis, l'Atthis, TAmazonia (3), ne nous sont connus que de nom. Nous pouvons faire de vagues conjectures, mais rien de plus, quant à leur contenu, d'après ce que le nom indique. La Titanomachie, la Gigantomachie et les Corinthiaques, trois compositions attribuées toutes à Eumêle, donnent, au moyen du titre, une idée un peu plus claire du sujet qu'elles renfermaient. La Théogonie attribuée à Hésiode existe encore, bien que corrompue et mutilée en partie ; mais il paraît qu'il y a eu d'autres poëmes, aujourd'hui perdus, ayant le même sens et le même titre.

(1) Touchant ces épopées perdues, V. Duntzer, collection des Fragmenta Epic^r. Grœcorum ; Wullner, de Cyclo Epico, p. 43-66; et M. Fynes Clinton, Chronology, vol. III, p. 349-359.

(2) Welcker, Der Epische Kyklos, p. 256-266 ; ApoUod. II, 7, 7 ; Diodor.

IV, 37; 0. Millier, Dorians, I, 28.

(3) Welcker (Der Epische Kyklos, p. 209) considère TAlkmasônis comme

étant le même poëme que les Epigoni, et l'Atthis d'Hegesinoos comme le même que TAmazonia : dans Suidas (v. *0(iTipoç), ce dernier ouvrage est au nomhre des poëmes attrihués à Homère.

Leutsoh (Thehaidos Cyolicae Reliquiae, p. 12-14) regarde la Thêbaïs et les Epigoni comme des parties différentes du même poëme.

6 HISTOIRE DK lA GRÈCE

Entre les poèmes composés dans la manière hésiodique, étendus et pleins de détails généalogiques, les principaux étaient le Catalogue dès Femmes et les Grandes Eoiai ; le dernier de ces deux poëmes semble en effet avoir été une continuation du premier. Un nombre considérable de femmes célèbres de la Grèce héroïque y étaient rappelées, Tune après l'autre, sans autre lien qu'un lien arbitraire de connexion.. On attribue encore à Hésiode le mariage de Kêyx, la Melampodia et une suite de fables appelées Astronomia ; et l'on rattache au nom de ce poëte, parfois aussi à celui de Kerkops, le poëme mentionné plus haut sous le nom d'^gimios. Les vers Naupaktiens (appelés ainsi probablement du lieu de naissance de leur auteur), et les généalogies de Kinsethôn et d'Asius étaient des compositions présentant le même caractère vagabond, autant que nous en pouvons juger par les chétifs fragments qui restent (1). Le poëte épique orchoménien Chersias, dont Pausanias nous a conservé deux vers seulement, peut à bon droit être rapporté à la inême catégorie (2).

Le plus ancien des poètes épiques, auquel .on assigne une date portant avec elle une apparence d'autorité, est Arctinus de Milêtos, qui est placé par Eusèbe dans la première Olympiade, et par Suidas dans la neuvième. Eugammôn, l'auteur de la Telegonia, et le dernier du Catalogue, est placé dans la cinquante-troisième Olympiade (566 avant J.-C). Entre ces deux poëtes nous trouvons Asius et Leschês, vers la trentième Olympiade, époque où la veine de l'ancienne épopée allait tarissant, et où d'autres formes de poésie, élégiaque, iambique, lyrique et chorique, étaient déjà nées ou étaient sur le point de naître, pour rivaliser avec elle (3).

{1] Y. les Fragments d'Hésiode, ces poëmes perdus à la pl«De qni leur

d'Eumêle, de Ein»t2M»i et d'Asius, convenait.

dans les recueils de MarktscheiFel, de (2^ Pausan. IX, 38, 6 ; Plut. S^t.

Diinlzer, de GoeÉ^tling et de Grais- Sap. Cobv. p. 156.

ford. (3) V. les Jasti Hélkaaîei de M. Clin-

£n yssBCOittiant le tanain. de la lé- ton, an sujet de la date d'Aretinos,

gende grecque, ^wà d^ pndé de tons voL l, p. â50«

CYCLE ÉPIQÎJE 7

On a déjà dit dans un chapitre précédent que, lors des premiers commencements de la prose, Hellanicus, Phérécyde et d'autres logographes s'occupèrent d'extraire des anciennes fables quelque chose qui ressemblât à un récit continu, disposé en ordre chronologique. Ce fut sur un principe à peu près semblable que les savants Alexandrins, vers le second siècle avant l'ère chrétienne (1), arrangèrent la multitude des vieux poëtes épiques en une série fondée sur l'ordre supposé de temps dans les événements racontés, commençant par le mariage d'Uranos et de Gaea et la Théogonie, et finissant j)ar la mort d'Odysseus, que frappe son fils Telegonos. Ce recueil passa sous le nom de Cycle épique, et les poëtes dont il renfermait les compositions furent appelés poëtes cycliques. Sans doute il y avait dans la bibliothèque d'Alexandrie des trésors plus considérables qu'il n'en avait jamais été réuni auparavant, et ils étaient soumis à des hommes et de savoir et de loisir ; de sorte que plus il se trouvait de compositions de ce genre dans le même muséum, plus il était utile d'établir un ordre fixe de lecture, et d'en faire une édition corrigée et uniforme (2). Il plut aux critiques de déterminer

(1) Peut-être Zénodote, le directeur de la biblioth^ue Alexandrine sous Ptolémée Philadelphe, au troisième siècle avant J.-C; il y a une scholie au sujet de Plante, publiée il n'y a pas beaucoup d'annéespar Osann, et depuis pluscomplétOTOcntparRitscbl: «Csecius in commente oomœdiarum Aristophanis in Pluto — Alexander jEtolus, et Lycopbron Cbalcidensis, et Zenodotus Ephesins, impulsa vegis Ptolernsei, Philad^pbi oognomcooto, «rtis poetîocs HbroB in unurn ec^legerunt et in ordinem redegorunt; Alexander tragœdîaa, Lycopbvon comoedias, Zenodotus vero Homeri poeœata et re^iquorinn illnstrimn poetamm. » Voir Lange, Ueber die Kyldiscben Dîcliter, p. 56 (Mainx, 1837); Welcker, Der Epiache Kyklus, p. 8; Kitscbl, Die Akxandrinischen Bibiiotbeken, p: 3 (Bretlau, 1838).

Lange ne trouve pas que ce passage suffise pour prouver que Zénodote ait disposé le cycle épique ; toutefois ses Taisons ne me semblent pas satisfaisantes.

(2) Deux passages dans les scholics {XYl. 195; XVn, 25), avec une remarque de Boeckb dans l'édition de Buttmann, prouvent qu'il existait une copie ou édition cydique de l'Odyssée (fjxvicXtx^); c'était l'Odyssée copiée ou éditée avec les autres poèmes du cycle.

Notre mot idiier ou édition suggère des idées qui ne sont pas exactement en harmonie avec la manière de procéder de la bîbliotfièquo Alexandrine, oh nous ne pouvons nous attendre à trouver quelque chose qui ressemble à ce qu'on appelle atgourd'huî publication.

Il était naturel que œ magnifique éta-

la priorité non par l'ancienneté ni par la supériorité des compositions elles-mêmes, mais par la suite supposée du récit, de manière à ce que le tout, pris ensemble, constituât un agrégat lisible d'antiquité épique.

Il existe beaucoup d'obscurités (1), et un grand nombre d'opinions différentes ont été émises, relativement à ce cycle épique ; je le considère, non comme un canon exclusif, mais simplement comme une classification embrassant tout, avec une édition nouvelle, à laquelle il sert de base. Il renfermait habituellement tous les poëmes épiques de la bibliothèque antérieurs à la Telegonia, et propres à former un récit continu ; il n'excluait que deux classes : d'abord les poètes épiques modernes, tels que Panyasis et Antimaque, ensuite les poëmes généalogiques et décousus, tels que le Catalogue des Femmes, les Eoiai et autres, que l'on ne pouvait faire entrer dans une suite chronologique quelconque d'événements (2). L'Iliade et l'Odyssée étaient toutes deux

blissement, qui possédait une collection considérable de manuscrits épiques, et avait à sa disposition des moyens abondants de toute sorte, désirât avoir ces compositions mises en ordre et corrigées par des mains habiles, et ensuite copiées avec soin pour l'usage de la bibliothèque. Une telle copie constitue V édition cyclique : on pouvait peut-être en faire faire ou en autoriser des doubles, mais l'êx^ocriç ou édition était complète sans cela.

(1) Au sujet de la grande confusion qui entoure le cycle épique, V. la déclaration frappante de Buttmann, Addenda ad scholia in Odysseum, p. 675; cf. les opinions des différents critiques, éaumérées à la fin du traité de Welcker, Episch. Kyk. p. 420-453.

(2) Ce que nous savons touchant le cycle épique nous vient d'Eutychius Proclus, savant de Sicca au second siècle de Père chrétienne, et précepteur de Marc-Antonin (Jul. Capitolin. Vit.

Marc. 0. 2); non de Proclus, appelé

Diadochus, le philosophe néo-platonicien du cinquième siècle, comme l'ont imaginé Heyne, M. Clinton et autres.

Les fragments de son ouvrage intitulé Chrestomathie donnent les arguments de plusieurs des poëmes cycliques perdus rattachés au siège de Troie ; on y voit le fait important que le cycle comprenait Plliade et l'Odyssée, et on y trouve la description suivante du principe d'après lequel il fut arrangé : Aia- >a|xêàvei 8ê wepi toO Xeyofiévou èuixoO xuxXou, bç àpx£Tai (liv èx t^ç OOpàvou

xaî TriQ ô(xoXoYou|x£vYiç |xi|ea)ç xai

TCepaToOxai o èTTixoç xuxXoc, êx Sia96pb)v TCOiYiTwv <n>{JL7tXYipou{JLevoç, (xéxpi xïîç àTcoêàffswç 'OSufffféwç... Asysi ôè wç ToO èTTixoO xuxXou xà TcoiTiixaTa Sia- CTcoÇexai xal (XTCOuSàÇeTai toïç ttoXXoïç, oOx ouTù) 6ià T?lv àpeTPiv, <î)ç 8ià tPjv àxoXouÔCav tûv èv aOx^ Tcpay- (AaTcov (ap. Photium, cod. 239).

Ce passage qui a donné lieu à tant de commentaires, tandis qu'il fait voir clairement le principe fondamental du

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