‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 4 sur 86 · CYCLE ÉPIQUE · texte numérisé non relu

CYCLE ÉPIQUE

comprises dans le cycle, de sorte que la dénomination de poëte cyclique n'entraîna avec elle dans l'origine et à dessein aucune idée de mépris. Mais comme on parlait surtout isolément des grands et principaux poëmes, ou qu'on les désignait par le nom de leurs propres auteurs séparément, le nom général àe poètes du cycle en vint insensiblement à être appliqué aux plus mauvais, et à impliquer ainsi vulgarité ou banalité ; d'autant plus qu'un grand nombre des compositions inférieures renfermées dans la collection semblent avoir été anonymes, et qu'on ne peut conséquemment en indiquer les auteurs que par quelque désignation commune, telle que celle de poëte cyclique. C'est de cette manière que nous devons expliquer le sentiment de mépris attaché par Horace et autres à l'idée d'écrivain cyclique, bien que ce sentiment ne fût pas impliqué dans le sens primitif du cycle épique.

On mentionnait ainsi les poëmes du cycle en les mettant en contraste et en opposition avec Homère (1), bien que dans

cycle épique (àxoXou6ia TcpayiiaTtov), ne renferme ni affirmation ni négation quant à l'excellence des poëmes qui le composent. Proclus parle de la disposition d'esprit commune de son propre temps ((jirouôàCexai xotç woXXoï;); à cette époque on ne goûtait guère ces poëmes comme tels, maison s'intéressait beaucoup à la suite des événements épiques.

Les résumés qu'il fit lui-même en forme d'arguments pour plusieurs poëmes montrent qu'il se conformait à ce goût. Nous ne pouvons reconnaître d'après les termes qu'il emploie s'il avait l'intention d'exprimer une opinion personneUe quelconque relativement à la bonté ou à la faiblesse des poëmes cycliques.

(1) Lange exprime bien le progrès graduel d'un sentiment de mépris à l'égard du scriptor cyclicus (Horace, Ars Poetic. 136), qui n'était pas primitivement compris dans le nom

(Ueber die Kyklisch. Dicht. p. 53-56).

Lange (p. 36-41) cependant et Ulrici (Geschichte des Griech. Epos, 9« leçon, p. 418) adoptent tous deux au sujet du cycle une autre opinion que je crois inadmissible et dénuée 'de preuve, à savoir que les divers poëmes qui le composaient n'y étaient pas admis en^ tiers (t. 0. seulement avec les changements qui étaient exigés pour avoir un texte correct) , mais qu'ils étaient réduits et abrégés de manière à produire une continuité exacte de récit. Lange imagine même qu'on traita de cette manière rOdyssée cyclique. Mais il ne semble pas qu'il y ait de preuves à l'appui de cette théorie, qui ferait des savants alexandrins des logographes au lieu de critiques. Un fait montre que l'Iliade et l'Odyssée cycliques étaient les mêmes en général (sauf des corrections de texte) que l'Iliade et l'Odyssée ordinaires, c'est que Proclus se contente de les nommer dans la série, sans don-

Torigine l'Iliade et l'Odyssée aient été toutes deux comprises parmi eux ; et cette altération dans le sens du mot a donné lieu à une erreur quant au but primitif de la classification, comme si l'on avait eu le dessein spécial de séparer d'Homère les productions épiques inférieures. Mais pendant que quelques critiques sont disposés à distinguer trop formellement d'Homère les poëtes cycliques, je crois que Welcker va trop loin dans l'extrême contraire , et qu'il identifie trop étroitement le cycle avec ce poëte. Il l'explique comme une classification formée à dessein pour comprendre toutes les diverses productions de l'épopée homérique, avec son unité d'action et son petit nombre relatif et de personnages et d'aventures, en opposition avec l'épopée hésiodique, toute remplie de personnes et de généalogies séparées, et manquant d'action centrale aussi bien que de catastrophe finale. Cette opinion coïncide,' en effet, dans une large mesure avec le fait, en ce qu'il semble que le cycle renfermait peu des épopées hésiodiques. Dire qu'il n'en comprenait aucune, ce serait aller trop loin ; car nous ne pouvons nous permettre d'écarter ni la Théogonie ni l'^Egimios ; mais nous pouvons parfaitement bien expliquer leur absence, sans supposer un des-

ner de résumé de leur contenu : elles étaient trop bien connues pour que ce trayail devint nécessaire.

Ni les paroles de Proclus ni celles de Csecius appliquées à Zénodote n'indiquent non plus qu'on ait fait subir quelque transformation aux poëtes dont les ouvrages sont présentés comme ayant été réunis et mis dans un certain ordre.

L'hypothèse de Lange est fondée sur Ti^ée que la continuité des événements racontés (àxoXou6ia TtpoYiiàTWv) doit nécessairement avoir été exacte et non interrompue, comme si le tout constituait un seul ouvrage. Mais ce ne serait pas possible, même avec les plus grands efiforts de la part de ceux qui les ont arrangés; en outr^, en l'essayant, on a

dû sacrifier l'individualité de tous les poëtes formant le cycle, de telle sorte qu'il serait absurde de discuter leurs mérites séparés.

La continuité du récit dans le cycle épique ne pouvait avoir été qu'approximative, aussi complète que le permettaient les poëmes qui le composaient ; néanmoins il serait exact de dire que les poëmes étaient arrangés eu séries d'après ce principe et non d'après un autre. Les bibliothécaires auraient pu arranger de la même manière la masse considérable de tragédies qu'ils avaient en leur possession (s'ils l'avaient voulu) d'après ce principe de continuité dam les sujets ; s'ils l'avaient fait, la série aurait formé un cycte tragique.

Page 1