‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 32 sur 86 · ÉTATS DE TEKRE ET ÉTATS MARITIMES · texte numérisé non relu

ÉTATS DE TEKRE ET ÉTATS MARITIMES

fait est plus apparent, pour plusieurs raison^ : d'abord, parce qu'ils semblent avoir poussé la multiplication d'unités autonomes à un point extrême, si l'on considère que, même des îles pas plus grandes que Peparêthos et Amorgos, avaient deux ou trois municipes -séparés (1); en second lieu, parce qu'ils produisirent, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, des penseurs ingénieux et systématiques en fait de questions de gouvernement, qui tous acceptaient comme base indispensable de toute spéculation politique l'idée de la cité autonome ; en troisième lieu, parce que cette subdivision irrémédiable devint finalementla cause de leur ruine, malgré leur supériorité intellectuelle marquée sur leurs conquérants; et enfin parce que l'impossibilité d'une union politique n'empêcha pas une sympathie puissante et étendue d'exister entre les habitants de toutes les villes séparées, avec une tendance constante à fraterniser pour de nombreux besoins sociaux, religieux, intellectuels, esthétiques, et aussi de plaisir. D'après ces raisons, la multiplication illimitée de villes autonomes, bien quWle soit en réalité un phénomène commun à l'ancienne Europe, quand on le compare aux monarchies immenses de l'Asie, paraît plus marquée chez les anciens Grecs qu'ailleurs ; et on ne peut douter qu'ils ne le doivent, dans une large mesure, à la multitude de limites qui les isolaient et que présentait la configuration de leur pays.

Il n'y a pas non plus de témérité à supposer que les mêmes causes peuvent avoir contribué à favoriser ce développement intellectuel original qui les rend si remarquables. Des conclusions générales tirées de l'influence du climat et de l'action physique sur le caractère peuvent en effet tromper; car la connaissance que nous avons du globe est suffisante aujourd'hui pour nous apprendre que le chaud et le froid, la montagne et la plaine, la mer et la terre, l'atmosphère humide et sèche, en un mot, que toutes ces circonstances peuvent se concilier avec les plus grandes variétés parmi les

(1) Skylax, Peripl. 59.

hommes qui l'habitent; en outre, le contraste qui existe entre la population de la Grèce elle-même, pendant les sept siècles précédant Tère chrétienne, et la Grèce d'une époque plus moderne, suffit seul pour inspirer de la réserve dans de pareilles spéculations. Néanmoins nous pouvons nous permettre de signaler certaines influences propres à favoriser les progrès, se rattachant à leur position géographique, dans un temps où ils n'avaient ni livres à étudier, ni prédécesseurs plus avancés à imiter. Nous pouvons faire remarquer, d'abord, que leur position en faisait à la fois des montagnards et des marins, leur procurant ainsi une grande variété d'objets, de sensations et d'aventures ; ensuite, que chaque petite communauté, retirée à part au milieu de ses rochers comme dans un nid (1), était suffisamment séparée du reste pour avoir une vie individuelle et des attributs particuliers, sans l'être toutefois assez pour qu'elle fût soustraite aux sympathies des autres communautés; de sorte qu'un Grec observateur, dans ses relations avec une grande diversité dé demi-concitoyens dont il comprenait la langue et pouvait apprécier les tempéraments particuliers, avait accès à une masse plus considérable d'expérience sociale et politique que tout autre homme n'en pouvait acquérir personnellement à une époque si peu avancée. Le Phénicien, supérieur au Grec à bord de son navire, traversait de plus vastes espaces et voyait une plus grande quantité d'étrangers, mais il n'avait pas les mêmes moyens de commerce intime avec un aussi grand nombre d'hommes unis par le sang et le langage. Ses rapports, se bornant à acheter et à vendre, ne comprenaient pas cette action et cette réaction mutuelles qui pénétraient la foule dans une fête grecque. La scène qui dans cette circonstance frappait les yeux était un mélange d'uniformité et de variété, puissant stimulant pour les facultés observatrices d*un homme de génie, qui en même temps, s'il songeait à communiquer aux autres ses impressions pér-

il) Cicéron, de Orat. I. 4i. « Ithacam illam in asperrimis saxulis, sicuti nidulum, affîxam. »

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