HISTORIQUES
X>es Hellènes en général. — Barbares. — Le mot employé comme faisant antithèse avec Hellènes. — Agrégat hellénique. — Comment il se maintenait. — 1. Communauté de sang. — 2. Langue comnàune. — Langue grecque essentiellement une avec une variété de dialectes. — Sentiment religieux, localités et sacrifices communs. — Jeux Olympiques et autres jeux sacrés. —Habitude de sacrifier en commun, trait ancien de l'esprit hellénique, — commença sur une petite éch elle. —Amphiktyonies. — Associations religieuses exclusives.— Leur influence bienfaisante par la création de sympathies. — Ce qu'on appelait le conseil amphiktyonique. — Ses douze membres constitutifs, et leur position mutuelle. — Ancienneté du* Conseil, — simplicité de l'ancien serment. — Assemblée amphiktyonique primitivement aux Thermopylae. — Précieuse influence de ces Amphiktyonies et de ces fêtes pour les progrès de l'union hellénique. — Les Amphiktyons avaient la surveillance du temple de Delphes. — Mais leur intervention dans les afiaires grecques n'a lieu que rarement et par occasion. — Beaucoup d'États helléniques n'y avaient point part. — Temple de Delphes. — Oracles en. général ; — habitude qu'a l'esprit grec de les consulter. — Analogie générale de mœurs chez les Grecs. — Souveraineté politique attachée à chaque cité séparée, — essentielle à l'esprit hellénique. — Chaque cité était vis-à-vis des autres dans un rapport international. — Mais le gouvernement de la cité est essentiel ; — le séjour au village est regardé comme un degré inférieur d'existence. — Habitants des villages — nombreux dans l'ancienne Grèce. — Beaucoup d'entre eux réunis en cités. — Sparte — conservait son ancienne physionomie de village, même à l'apogée de sa puissance. — Agrégat hellénique accepté comme un /ait élémentaire. — Ses éléments préexistants insaisissables. — Anciens Pélasges qu'on ne peut connaître. — Pélasges historiques — Ils parlaient une langue barbare. — Lélèges historiques — Barbares aussi dans leur langage. — H faut admettra relativement aux Pélasges et aux Lélèges historiques les assertions de bons témoins, — qu'elles conviennent ou non aux Pélasges et aux Lélèges légendaires. — Allégations de colonies anté-helléniques venues de Phénicie et d'Egypte ; — on ne peut ni les prouver, ni les vérifier. — La Hellas la plus ancienne — Graeci.
Le territoire indiqué dans le dernier chapitre, au sud du mont Olympos, et au sud de la ligne qui rattache la ville
d'Ambrakia au mont Pindos, était occupé pendant la période historique par le tronc central des Hellènes ou Grecs, d'où sortirent en se ramifiant leurs nombreuses colonies avancées. Les habitants des métropoles et les colons s'appelaient également Hellènes, et se reconnaissaient mutuellement comme tels : tous se glorifiaient du nom comme du symbole saillant de la fraternité, tous désignaient les hommes ou les cités non helléniques par un mot qui renfermait en lui des idées de répugnance. Notre terme barbare, emprunté de ce dernier mot, n exprime pas la même idée; car les Grecs parlaient ainsi indistinctement du monde extra-hellénique avec tous ses habitants (1), quels que pussent être la douceur de leur caractère et le degré de leur civilisation. Les rois et le peuple de la Thêbes d'Egypte avec leurs antiques et gigantesques monuments, les Ty riens et les Carthaginois opulents, le philhellène Arganthoniôs de Tartèssos, et les patriciens de Rome (2) si bien disciplinés (à la grande indignation du vieux Caton), étaient tous compris dans ce nom. H semblait d'abord avoir exprimé plus de répugnance que de mépris, et une répugnance surtout pour le son d'une langue étrangère (3). Dans la suite, un sentiment de leur propre supériorité
(1) V. la protestation d'Ératosthène contre la durée de la classification distinguant entre Grec et barbare, après que ce dernier mot en était venu à impliquer grossièreté (ap. Strab. II, p. 66 ; Eratosth. Fragm. Seidel, p. 85).
(2) Caton, Fragm. éd. Lion, p. 46; ap.
Plin. H. N. XXII, I. Extrait remarquable d'une lettre de Caton adressée à son fils, et faisant entendre sa forte antipathie à l'égard des Grecs ; il proscrit totalement leur médecine, et n'admet qu'un faible goût pour leur littérature : « Quod bonum sit eorum literas inspicere, nonperdiscere... Jurarunt inter se, barbaros necare omnes medicinâ, sed hocipsum mercede faciunt, ut fides lis sit et facile disperdant. Nos quoque dictitant barbaros et spurios.
nosque magis quam alîos, opicos appellatione fœdant. »
(3) Kapûv fcditsKZO papôapoçwvwv, Homère, Iliade, II, 867. Homère n'emploie pas le mot pàpêapoi, ni aucun mot signifiant soit un Hellène en général, soit un non-Hellêne en général (Thucyd. I, 3). Cf. Strabon, VIII, p. 370; et XIV, p. 662.
Ovide reproduit le sens primitif du mot pàpêapoç quand il parle de luimême comme d'un exilé àTomi (Trist. V»
« Barbarus hic ego sum, quia non intelligor ulli. »
Les Égyptiens avaient dans leur langue un mot formant l'équivalent exact de pàpêapo; dans ce sens (Hérod. II, 158).
AGRÉaAT HELLÉNIQUE
intellectuelle (bienjustifiëe en partie) prit naissance chez les Grecs, et alors l'emploi de leur mot hathare impliqua un état inférieur de naturel et d'intelligence ; sens dans lequel il fut conservé par les Romains devenus à demi helléniques, comme étant l'antithèse exacte de leur état de civilisation. Le manque d'un terme propre correspondant à barbare, tel que les Grecs l'employaientdans l'origine, est si incommode dans la description de phénomènes et de sentiments grecs, que je puis être obligé parfois de me servir du mot dans son sens primitif.
Tous les Hellènes avaient le même sang et la même extraction; ils descendaient tous du patriarche commun Hellêu. En nous occupant des Grecs historiques, il nous faut admettre ce fait comme une donnée : il représente le sentiment sous l'influence duquel ils vivaient et agissaient. Il est placé par Hérodote au premier rang, comme étant le principal de ces quatre liens qui attachaient l'agrégat hellénique : 1. Communauté de sang. 2, Communauté de langue. 3. Domiciles fixes des dieux et sacrifices communs à tous. 4. Ressemblance de mœurs et de dispositions. Ces principes (disent les Athéniens dans leur réponse aux envoyés Spartiates, au moment même de l'invasion des Perses) « Athènes ne se déshonorera jamais en les trahissant. »» Et l'on reconnaissait Zeus Hellênios comme le dieu qui veillait sur la fraternité ainsi constituée et la fortifiait (1).
Hékatée, Hérodote et Thucydide (2) croyaient tous qu'il
(1) Hérod. VIII, 144.. Ta 'EXXrivixèv èèv 0(jLai(jL6v Te xal ô{i.6yX(o<t<tov , xa2 6eâw iSpufjLard xe xoivà xal Buoiai, ^6ea Te ôjxoTpoira • tôv icpoÔoTot; ^evédGat j^Orivatou; oux drv eC Ix®' l^^* ^^» ^)* . *H(jLeî; ôè, Aia Te *EXXtqviov alSeaOévTeç, xal TT?lv "EXXaSa Ôeivèv icoieufJLevot irpo- Souvai, etc.
Cf. Dikœarque, Fragm. p. 147, éd. Fuhr.; etThucyd. III, 59 — Ta xotvà TÔV *EXXtqv(ov vo(Jit(jLa... OeovçToO; Ô(aoê(o(jLÎouc xal xoivoùc t(5v ^EXXifjvcov ; et la précaution au sujet des xoivà
lepà dans le traité conclu entre Sparte et Athènes (Thucyd. V, 18 ; Strabon, IX, p. 419.).
C'était une partie de la proclamation faite solennellement parles Eumolpidœ, avant la célébration des mystères d'Eleusis, « d'éloigner tous les hommes non Hellènes » eîpyeaÔai tûv lepûv (Isocrate, Orat. IV, Panegyr. p. 74).
(2) Hékatée, Fragm. 366, éd. Klausen; Cf. Strabon, VII, p. 321 ; Hérod.
I, 57 ; Thucyd. I, 3 — xaxà iroXeic Ti, 5(T0i àXXTJXcov ffuvieoav.
y avait eu une période antéhellénique, où se parlaient différentes langues, mutuellement inintelligibles, entre le mont Olympos et le cap Malea. Quoi qu'il en soit, pendant les temps historiques, la langue grecque fut universelle d'un bout à l'autre entre ces limites, se ramifiant toutefois en une grande variété de dialectes, que des savants firent plus tard entrer en gros dans les quatre classes suivantes : ionien, dôrien, aeolien et attique. Mais cette classification présente une apparence de régularité qui, dans le fait, ne semble pas avoir été réalisée, chaque ville, chaque subdivision plus petite du nom hellénique ayant des particularités de dialecte qui lui étaient propres. Or les lettrés qui formèrent la quadruple division s'occupèrent surtout, sinon exclusivement, des dialectes écrits, ceux qui avaient été ennoblis par les poëtes ou autres auteurs ; les simples idiomes parlés furent négligés pour la plupart (1).
Nous savons par le témoignage incontestable d'Hérodote qu'il n'y avait pas qu'un seul dialecte ionien dans la langue du peuple appelé les Grecques Ioniens ; cet historien nous dit qu'il y avait quatre variétés capitales de langage dans les douze villes asiatiques spécialement connues comme ioniennes. Naturellement les variétés auraient été beaucoup plus nombreuses s'il nous avait transmis les impressions que recevait son oreille en Eubœa, dans les Cyclades, à Massalia, à Rhegium et à Olbia, contrées qui toutes étaient regardées comme grecques et ioniennes. Le dialecte ionien des grammairiens était un extrait d'Homère, d'Hekatée, d'Hérodote, d'Hippocrate , etc.; nous ne pouvons dire de quel langage vivant il se rapprochait le plus, au milieu de ces divergences que l'historien nous a fait connaître. Sapphô et Alcée à Lesbos, Myrtis et Korinne eu Bœôtia, étaient les grandes sour-
(1} «c Antiqui grammaticî eas tantom mesure, même dans les recherches lio-
dialectos spectabant, quibus scriptores guistiques des temps modernes, bien
nsi essent ; ceteras, quse non vigebant que l'imprimerie donne maintenant
nisi in ore populi, non notabant. » une si grande facilité pour enregistrer
(Âlirens, De Dialecto iSolicâ. p. 2.) les dialectes'populaires. C'est ce qui a eu lieu, dans une large (2) Hérod. I, 142.