SURVEILULNCB DU TEMPLE DE DELPHES
que nous la connaissons, consistait à veiller sur la sûreté, les intérêts et les trésors du temple de Delphes. « Si quelqu'un pille les biens du dieu, ou a connaissance d'un tel sacrilége> ou forme un dessein perfide contre ce que renferme le temple, nous le punirons du pied, et de la main, et de la voix, etpar tous les moyens en notre pouvoir. » Tel était l'ancien serment amphiktyonique, avec une imprécation énergique qui y était attachée (1). Et il y a quelques exemples dans lesquels le conseil (2) se fait de ses fonctions une idée assez large pour recevoir et juger des plaintes portées contre des cités entières, au sujet d'ojBfenses faites contre le sentiment religieux et patriotique des Grecs en général. Mais, dans le plus grand nombre des circonstances, leur intervention se rapporte directement au temple de Delphes.
Le cas le plus ancien qui nous soit présenté pg^r les auteurs est la Guerre Sacrée contre Kirrha, dans la quarante-sixième Olympiade ou 595 avant J.-C, conduite par Eurylochos le Thessalien et Kleisthenês de Sikyôn, et proposée par Solôn, d'Athènes (3). Nous trouvons encore les Amphiktyons environ un demi-siècle après, se chargeant du devoir de recueillir des souscriptions d'un bout à l'autre du monde hellénique, et faisant le contrat avec les Alkmaeonides pour la reconstruction du temple après un incendie (4). Mais l'influence de ce
(1) -iEschine, De Fais. Légat, c. 35, p. 279; cf. Adv. Ctesiph. c. 36, p. 406.
(2) V. raccusation qu'-<Eschme dit avoir été portée par les Lokriens d'Amphissa contre Athènes devant le conseil amphiktyonique (Adv. Ctesiph.
c. 38, p. 409). Démosthène contredit son rival sur le fait que l'accusation ait été articulée, en disant qne les Amphisséens n^avaient pas fait la notification, habitoelle et exigée, de leur infêntion d'accuser ; réponse qui fait supposer qne l'accusation pouvait être portée (Demosth. de Coronâ, c. 43, p. 277).
Les AjnphiktyozM offrent une récompense pour la tête d'Ephialtês, qui avait trahi les Grecs aux Thermo-
pylae; ils élèvent aussi des colonnes à la mémoire des Grecs qui ont succombé dans ce mémorable défilé, le lieu de leur assemblée semi-annueUe (Hérod.
vu, 213-228).
(3) jEschine, Adv. Ctesiph. l. c. Plutarque, Solôn, c. 11, qui s'en réfère à Aristote èv t^ tûv nuôiovixûv àva- Ypaç^ — Pausan. X, 37, 4; Schol. ad Pindar. Nem. IX, 2. Tàç 'AfiiçtxTVOvtxàç 6txac, ôffat noXecrt irpoç iroXetç eîffiv (Strabon, IX, p. 420). Ces déoirions amphiktyoniqnes cependant se rencontrent rarement dans Thistoire, et très-ordinairement on ne leur épargne pas le blâme.
(4) Hérodote, n, 180; V, 62.
conseil a essentiellement un caractère flottant et intermittent. Quelquefois il paraît empressé de décider, et ses décisions commandent le respect ; mais ces occasions sont rares, à considérer le cours général de Thistoire grecque connue ; tandis qu'il y a d'autres occasions, et qui aussi intéressent spécialement le temple de Delphes, dans lesquelles nous sommes surpris de ne rien trouver d'énoncé au sujet du conseil. Dans la période longue et troublée que décrit Thucydide, il ne mentionne pas une seule fois les Amphiktyons, bien que le temple et la sûreté de ses trésors forment un fréquent sujet (1) aussi bien de dispute «que de stipulation expresse entre Athènes et Sparte. En outre, parmi les douze membres constitutifs du conseil, nous en trouvons trois, les Perrhaebiens, les Magnôtes et les Achaeens de Phthia, qui n'étaient pas môme indépendants, mais étaient soumis aux Thessaliens; de sorte que ses assemblées, quand elles n'étaient pas des objets de pure forme, n'exprimaient probablement que les sentiments des trois ou quatre membres dominants. Quand un ou plusieurs de ces grands pouvoirs avait un dessein de parti à accomplir contre d'autres, quand Philippe de Macedonia désirait expulser un des membres pour être admis lui-môme, il devenait commode de changer cette ancienne forme en une réalité sérieuse; et nous verrons l'Athénien ^schine fournir à Philippe un prétexte de s'immiscer en faveur des cités bœôtiennes d'ordre inférieur contre Thôbes, en alléguant que ces cités étaient protégées par l'ancien serment amphiktyonique (2).
C'est ainsi que nous avons à considérer le conseil comme un élément dans les affaires grecques, une institution an-
(1) Thucyd. 1, 112; IV, 118; V, 18. côté les Amphiktyons (Diodore, XVI,
Les Phokiens dans la gverre Sacrée 27) .
(354 ans av. J.-C.) prétendaient avoir (2) i£scliine,DeFals. Légat, p. 280,
on droit ancien et établi par prescrip- c. 36. On peut voir dans Diodore (XVT,
tion à l'administration du temple de 23-28 seq,) les intrigues de parti qui
Delphes, sous Tobligation vis-à-vis du poussaient le conseil au sujet de la
corps général des Grecs de rendre Guerre Sacrée contre les Phokiens (355
compte de Pemploi convenable de ses av. J.-C).
biens, mettant ainsi complètement de