‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 44 sur 86 · TEMPLE DE DELPHES · texte numérisé non relu

TEMPLE DE DELPHES

duisit un enregistrement continu des vainqueurs. Ce qu'an appelle le premier combat Pythien coïncide avec la troisième année de la quarante-huitième Olympiade, ou 585 ans avant J.-C. A partir de cette époque, on voit les jeux fréquentés et célèbres; mais la date que l'on vient de donner, environ deux siècles après la première Olympiade, est une preuve que l'habitude que prit la foule de venir de parties éloignées pour assister périodiquement aux fêtes, ne se développa que lentement dans le monde grec.

La fondation du temple de Delphes lui-même s'étend bien au delà de toute connaissance historique ; c'est une des institutions remontant aux aborigènes de la Hellas. C'est un endroit sanctifié et riche déjà dans l'Iliade : la législation de Lykurgue à Sparte est introduite sous ses auspices, et les premières colonies grecques, celles de Sicile et d'Italie, au huitième siècle avant J.-C, sont établies conformément à son ordre. Delphes et Dôdônê paraissent, dans les plus anciennes circonstances de la Grèce, comme des oracles et des sanctuaires universellement vénérés ; et non - seulement Delphes reçoit des hommages et des dons, mais encore l'oracle répond aux questions adressées par des Lydiens, des Phrygiens, des Étrusques, des Romains, etc.; il n'est pas exclusivement Hellénique. Un des précieux services qu'un Grec attendait de ce grand établissement religieux, ainsi que d'autres semblables, était qu'il résolût ses doutes en cas de perplexités, qu'il lui indiquât s'il devait entreprendre un nouveau projet ou persister dans un ancien, qu'il lui annonçât à l'avance quel serait son sort dans des circonstances données, et qu'il lui apprit, lorsqu'il était accablé par. le malheur, à quelles conditions les dieux lui accorderaient du soulagement. Les trois prêtresses de Dôdônê avec leur vénérable chêne, et la prêtresse de Delphes assise sur son trépied, sous l'influence d'un certain gaz ou vapeur s'exhalant du rocher, étaient également compétentes pour déterminer ces points difficiles ; et nous aurons constamment l'occasion de signaler dans cette histoire avec quelle foi absolue la question était faite et la réponse précieusement gardée, quelle sérieuse influence elle exerçait souvent, tant sur la

manière d'agir du public que sur celle des particuliers (1). Les vers hexamètres qu'employait la prêtresse pythienne pour rendre ses oracles étaient, il est vrai, souvent si équivoques et si inintelligibles, que le croyant le plus ferme, avec tout son désir de les interpréter et de leur obéir, se trouvait fréquemment perdu par le résultat. Cependant la foi que tous avaient dans l'oracle n'était nullement ébranlée par cette pénible expérience. En effet, comme l'issue malheureuse pouvait toujours s'expliquer par deu^c hypothèses : ou que le dieu avait avancé un mensonge, ou que sa pensée n'avait pas été bien comprise, il n'était personne d'une piété véritable qui hésitât jamais à adopter la dernière. Il y avait beaucoup d'autres oracles d'un bout à l'autre de la Grèce, outre Delphes et Dôdônô; les fidèles pouvaient consulter Apollon à Ptôon en Bœôtia, à Abse en Phokis, à Branchidae près de Milêtos, à Patara en Lykia, et dans d'autres endroits. De la même manière Zeus donnait des réponses à Olympia, Poséidon à Taenaros, Amphiaraos à Thêbes, Amphilochos à Mallos, etc. Et cette habitude de consulter l'oracle formait une partie de cette tendance encore plus générale de l'esprit grec à n'entreprendre aucune affaire sans s'être d'abord assuré de la manière dont les dieux la consi-

(1) V. rargument en faveur Je la divination mis par Cicéron dans la bouche de son frère Quintus, De Divin, liv. I. Chrysippe et les plus habiles philosophes stoïciens exposent une théorie plausible démontrant à priori la probabilité d^avertissements prophétiques tirés de Texistence et des attributs des dieux : si vous niez absolument qu'il se présente de tels avertissementSi si essentiels au bonheur de rhomme, vous devez nier ou Texistence, ou la prescience, ou la bonté des dieux (c. 38). Ensuite la véracité de Toracle de Delphes a été démontrée par d^innombrables exemples, dont Chrysippe a fait une abondante collection ; et par quelle autre supposition pourrait

s'expliquer Timmense crédit de Porade (c. 19.)? « Collegit innumerabilia oracula Chrysippus, et nullum sine locuplete teste et auctore; quse, quia nota tibi sunt, relinquo. Défende unum hoc :

nunquam illud oraculum Delphis tam célèbre clarumque fuisset, neque tantis donis refertum omnium populorum et regum, nisi omnis œtas oraculorum illorum veritatem esset experta... Maneat id, quod negari non potest, nisi omnem historiam perverterimus, multis sœculis verax fuisse id oraculum. »

Cicéron reconnaît qu'il inspirait moins de confiance de son temps, et il essaie d'expliquer ce déclin du pouvoir prophétique ; cf. Plutarque, de Defect.

Oracnl.

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déraient, et des mesures iju'il était convenjable de prendre. On offrait des sacrifices, et on examinait avec soin l'intérieur de la victime, dans le même but : présages, prodiges, coïncidences inattendues, expressions accidentelles, etc.,, tout cela était regardé comme des signes de la volonté divine. Sacrifier en vue de telle ou telle entreprise, ou consulter l'oracle dans le même but, sont des expressions familières (1) incorporées dans la langue. Personne ne pouvait non plus se mettre à une entreprise Tàme tranquille, sans s'être convaincu d'une manière quelconque que les dieux étaient favorables à son projet.

La disposition signalée ici est une de ces analogies intellectuelles dominant dans toute la nation hellénique, et qu'indique Hérodote. Et l'on verra que, dans une foule d'occasions, l'habitude commune à tous les Grecs d'écouter avec respect l'oracle de Delphes servit à maintenir la conformité des sentiments parmi des hommes qui n'étaient pas accoutumés à obéir à la même autorité politique. C'est surtout dans les nombreuses colonies, fondées par une foule mélangée venue de lointaines parties de la Grèce, que les esprits des émigrants furent fortement poussés à une coopération cordiale, parce qu'ils savaient que l'expédition avaient été ordonnée, î'œkiste indiqué, et le lieu ou choisi ou approuvé par Apollon de Delphes. Il en était ainsi dans la plupart des. cas : ce dieu, suivant la conception des Grecs, « prend toujours plaisir à la fondation de nouvelles cités, et lui-même en personne il pose la première pierre (2). »

Voici les éléments d'union, — et avant tout le territoire

commun décrit dans le dernier chapitre, — qui servent de

. point de départ aux Hellènes historiques : communauté de

sang, de langage, de point de vue religieux, de légendes.

(î) Xénophon, Anabas. VII, 8, 20 : "EUtivoc iç* *EXXi^vwv 'koU\uù, — Cf.

— 'G ôè 'AdiôàTïi; àxovaaç, ôxi iiàXiv Iliade, VII, 450.

iii' aÙTÔv Teôv|jivoç eÎT] Sevoçwv, ' (2) Callim. Hymn. ApoU. 55, avec

iÇavXiÇeTai, etc. Xenoph. HeUen. III, tme note de Spanheixn; Cicéron, de

2, 22 : — Mii xP^^^^P'^s*'^*' '^oùç Divinat, 1, 1,

de sacrifices, de fêtes (1), et aussi, dans de certaines limites, de mœurs et de caractère. L'analogie de mœurs et de caractère entre les grossiers habitants de TArkadienne Kynaetha (2) et d'Athènes, la ville civilisée, était, il est vrai, accompagnée de différences considérables : cependant, si nous comparons les deux villes avec des villes étrangères du même temps, nous trouvons certains traits caractéristiques négatifs, de beaucoup d'importance, qui leur sont communs à toutes deux. Dans aucune ville de la Grèce historique ne régnaient ni les sacrifices humains (3), ni la mutilation faite de propos délibéré, consistant à se couper le nez, les oreilles, les mains, les pieds, etc., ni la castration, ni la vente des enfants comme esclaves, ni la polygamie, ni le sentiment d'une obéissance illimitée à l'égard d'un seul homme : coutumes dont on pourrait signaler l'existence chez les Carthaginois, les Égyptiens, les Perses, les Thraces contemporains (4), etc. L'habitude de la course, de la lutte corps à

(1) V. ce point éclairci d'une manière frappante par Platon, Republ. V, p. 470-471 (c. 16), et Isocrate, Panegyr. p. 102.

(2) Relativement à PArkadienne Kynœtha, V. les remarquables observations de Polybe, IV, 17-23.

(3) y. vol. I, cb. 6 de cette histoire.

(4) Ponr les exemples et les preuves de ces usages, V. Herod. II, 162; l'amputation du nez et des oreilles de Patarbêmis par ordre d'Apriès, roi d'Egypte (Xénoph. Anab. I, 9-13). 11 y avait un nombre considérable d'hommes privés des mains, des pieds ou de la vue, dans la satrapie de Cyrus le Jeune, qui avait infligé toutes ces punitions sévères pour prévenir le crime.

— Il ne permettait pas à des criminels (dit Xénophon) de se moquer de lui (eta xaTayeXàv). L'èicTOfjii^ fut continuée à Sardes (Hérod. UI, 49) — 500 vcu^&ç èxTÔfxiai fsrmaiefnt un« portion du tribut annuel payé par 1»» Baby-

loniens à la cour de Suse (Hérod. m, 92). Les Thraces vendaient des enfants pour l'exportation (Hérod. V, 6) ; il y a quelques traces de cet usage à Athènes avant la législation de Solôn (Plut.

SolOn, 23), usage probablement né de la cruelle disposition de la loi réglant les rapports entre le débiteur et le créancier. Pour le sacrilice d'enfants offert à Kronos par les Carthaginois, dans les temps critiques (selon les paroles d'Ennius : « Pœni soliti suos sacrificare puellos »), V. Diodore, Xî, 14; XIII, 86. Porphyr. de Abstinent.

II, 56 ; la coutume est expliquée avec détails dans l'ouvrage de Movers, Die Religion der Phoenizier, p. 298-304.

Arrien blâme Alexandre d'avoir fait couper le nez et les oreilles au satrape Bêssus, en disant que c'était un acte complètement barbare (t. e. non Hellénique), Exp. Al. rV, 7, 6). Sur le osêaff- (&0C ôeoffpeici^ç irepi xdv paatXca en Asie, V. Strab. XI, p. 526.

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