SOUVERAINETÉ POLITIQUE NULLE
corps, du pugilat, etc., dans les combats gymnastiques, le corps complètement nu, était commune à tous les Grecs, ayant été adoptée pour la première fois comme coutume lacédsemonienne dans la quatorzième Olympiade : Thucydide et Hérodote font remarquer que non-seulement elle n'était pas pratiquée parmi les peuples non helléniques, mais qu'elle était même regardée par eux comme inconvenante (1). Nous ne pouvons pas, il est vrai, spécifier un grand nombre de ces coutumes qui à la fois étaient communes à tous les Grecs, et leur étaient particulières en tant qu'on les distingue d'autres peuples ; mais nous pouvons en voir assez pour nous convaincre qu'il existait réellement, malgré des différences locales, un sentiment et un caractère helléniques en général, comptant parmi les causes propres à cimenter une union en apparence si peu assurée.
En effet, nous devons rappeler que, sous le rapport de la souveraineté politique, une désunion complète était un de leurs principes les plus chers. C'était dans les murs de la propre ville du Grec qu'il fallait chercher la seule source d'autorité suprême pour laquelle il éjîrouvàt du respect et de l'attachement. Une autorité résidant dans une autre ville pouvait agir sur ses craintes, lui procurer une sécurité plus grande et de plus grands avantages, comme nous aurons Toccasion dans la suite de le faire voir par rapport à Athènes et à ses alliés soumis à elle; elle pouvait même être exercée avec douceur et ne pas inspirer une aversion spéciale ; mais encore le principe en répugnait-il au sentiment enraciné dans son esprit, et on le voit toujours tendre vers la souveraineté distincte de sa propre Boulé ou de sa propre Ekklèsia. C'est là une disposition commune tant aux oligarchies qu'aux démocraties, et qui agissait même dans les différentes villes appartenant à la même subdivision du nom hellénique, Achaeens, Phokiens, BœôtieBs,etc. Les douze cités achaeennes sont des alliés en parfaite harmonie, elles possèdent une fête périodique qui participe au caractère d'un congrès, mais
(l) Thucyd. I, 6; Hérod. I, 10.
ce sont des communautés politiques égales et indépendantes. Les villes bœôtiennes, sous la présidence de Thêbes, réputée leur métropole, reconnaissent certaines obligations communes, et obéissent, pour divers objets particuliers, à des officiers choisis nommés Bœôtarques ; mais nous verrons, dans ce cas comme dans d'autres, les tendances centrifuges qui se manifestent constamment, et auxquelles résistent surtout les intérêts et le pouvoir de Thêbes. La grande et heureuse révolution qui fondit les diverses communautés politiques indépendantes de l'Attique dans l'unité unique d'Athènes, eut lieu avant le temps de l'histoire authentique : elle se rattache au nom du héros Thêseus, mais nous ne savons com^ ment elle s'effectua; tandis que ses dimensions et son étendue relativement considérables en font une exception signalée aux tendances helléniques en général.
Désunion politique, autorité souveraine dans l'intérieur des murs de la cité, c'était là une maxime établie dans l'esprit grec. Le rapport entre deux cités était un rapport international, non un rapport existant entre membres d'un agrégat politique commun? A quelques milles des murs de sia propre ville, un Athénien se trouvait sur le territoire d'une autre cité, où il n'était rien de plus qu'une personne n'appartenant pas au pays, où il ne pouvait acquérir ni maison ni terre, ni contracter un mariage légal avec une femme indigène, ni solliciter la protection de la loi quand il était lésé, si ce n'est par la médiation d'un citoyen bien disposé pour lui. A l'occasion, 'une cité, comme faveur spéciale, accordait à un individu qui n'était pas homme libre le droit de se marier et d'acquérir un bien-fonds, et quelquefois (bien que trèsrarement) ce droit s'échangeait en général entre deux cités séparées (1). Mais les obligations entre deux cités, ou entre un citoyen d'une ville et un citoyen d'une autre ville, sont tous objets d'une convention spéciale, reconnus par l'autorité
(1) Aristot. Polit. III, 6. 12^ n n'est quelque individu qui n*est pas homme pas nécessaire de rappeler les nom- libre le droit de iiziya^LioL et de lybreuses inscriptions qui confèrent à xiriatç.
BESOIN d'une cité POUR LE GREC 161
souveraine dans chacune. Nous avons peine à comprendre avec nos idées modernes comment une complète séparation politique existât ainsi avec tant de confraternité sous d'autres rapports; et le langage moderne n'est pas bien fourni de termes pour rendre les phénomènes politiques grecs. Nous pouvons dire qu'un citoyen athénien, quand il arrivait comme visiteur à Corinthe, n'appartenait pas au pays (alien), mais nous ne pouvons guère dire qu'il fût un étranger (foreigner); et, bien que les relations entre Corinthe et Athènes fussent' internationales en principe, cependant ce mot évidemment conviendrait mal à la foule des petites autonomies de la Hellas, outre que nous en avons besoin pour décrire les relations des Hellènes en général avec les Perses ou les Carthaginois. Nous sommes forcé d'employer un mot tel qu'mterpolitique pour exprimer les transactions entre des cités grecques séparées, si multipliées dans le cours de cette histoire.
Comme, d'une part, un Grec ne consentira pas à chercher une autorité souveraine au delà des limites de sa propre cité, de même, d'autre part, il faut qu'il ait une cité pour y fixer ses regards : des villages dispersés ne satisferont pas dans son esprit les exigences de sécurité, de dignité et d'ordre nécessaires à la société. Bien que la fusion de villes plus petites en une cité plus grande répugne à ses sentiments, celle de villages en une ville lui paraît un progrès manifeste dans l'échelle de la civilisation Tel est, du moins, le sentiment qui domine en Grèce durant toute la période historique ; car il y eut toujours une certaine portion de l'agrégat hellénique, composée des plus grossiers et des moins avancés parmi les Hellènes, qui habitèrentdes villages non fortifiés,et que le citoyen d'Athènes, de Corinthe ou de Thêbes regardait comme des inférieurs. Ce séjour dans des villages fut le caractère des Epirotes en général (1) et prévalut d'un bout à l'autre de là
(1) Skylax, Peripl. c. 28-33; Thu- >ov ^poOvro Ôiotx8t<T6at xaTà x(6(jiac,
cyd. Il, 80. V. Dion Chrysost. Or. toI; papêopotç ôjioCouç, i^ (r^f^ui noï.uùç
xlvii. p. 225, vol. II, éd. Reisk. — MâX- xai 6vo(ia ï/tv^,
Hellas elle-même dans ces- temps très-reculés et même antéhomériques que Thucydide considérait comme déplorablement barbares ; temps où régnaient universellement la pauvreté et le défaut de sécurité, où manquait tout commerce pacifique, où rhabitude de petits combats et du pillage forçait tous les hommes à passer leur vie en armes, où Ton émigrait continuellement sans s'attacher à aucun lieu. On mentionne un grand nombre des cités considérables de la Grèce comme étant des agrégations de villages préexistants, et quelquesunes d'entre elles dans des temps relativement modernes. Tegea et Mantineia représentent de cette manière la réunion de huit et de cinq villages respectivement ; Dymê en Achaia fut composée de huit villages, et Elis, de la même façon, à une époque même postérieure à l'invasion des Perses (1) ; il paraît qu'il en fut de même pour Megara et Tanagra. Les Arkadiens, dans une proportion considérable, continuèrent leur vie de village jusqu'au temps de la bataille de Leuktra, et il convenait aux desseins de Sparte de les tenir ainsi désunis ; politique que nous verrons ci-après expliquée, d'un côté, par le démembrement de Mantineia (ramenée aux villages dont elle se composait dans le principe), démembrement effectué par les Spartiates contemporains d'Agésilas, mais qui prit le caractère opposé aussitôt que la puissance de Sparte ne fut plus prédominante, et, de l'autre, par la fondation de Mégalopolis au moyen d'un grand nombre de petites villes et de villages d'Arkadia, une des mesures capitales d'Epaminondas (2). De même que cette mesure élevait l'Ar-
(1) Straboii, VDI, p. 337, 342, 386.
Pausan. VIII, 45, 1 ; Plutarque, Quœst. Graîc. c. 17-37.
{2) Paiisan. VIII, 27, 2-5; Diod.
XV, 72 ; cf. Arist. PoUt. II, 1, 5.
On voit dans Xénophon, Hellen. V, 2, 6-8, la description de la ôioixio-tçde Mantineia ; c'est nn exemple patent de sa tendance philo-laconienne. Nous voyons par le cas des Phokiens, après la Guerre Sacrée (Diod. XVI, 60; Pansan. X, 3, 2), combien cette SiotXKRC
était un dur châtiment. Cf. aussi Tinstructif discours du député Akanthien Kleigenês à Sparte, quand il invoquait Tintervention des Lacédsemoniens à l'effet de détruire dans ses débuts une fédération ou réunion de villes en un agrégat politique commun, qui se formait autour d'Olynthos (Xénoph. Hellen. V, 2; II, 2). La conduite sage et admirable d^Olyntbos et la résistance des cités environnantes plus petites, refusant de s'absorber dans cette