HABITANTS DES VILLAGES
kadia en importance, de même Topération contraire, consistant à briser la cité et à la ramener à ses villages primitifs, non-seulement la frappait de privation et de souffrance, mais encore lui enlevait complètement le rang et la dignité de ville grecque.
Les Lokriens Ozoles, les iËtoliens et les Akarnaniens gardèrent leur résidence dans les villages séparés jusqu'à une époque encore plus avancée, conservant en même temps leur grossièreté primitive et leur amour désordonné de combattre (1). Leurs villages n'étaient pas fortifiés, et n'étaient défendus que par un accès relativement difficile ; en cai^ de besoin, ils fuyaient pour assurer leur vie avec leurs troupeaux dams les bois et les montagnes. Au milieu de ces circonstances si défavorables, il n'y avait point place pour cette expansion des sentiments sociaux et politiques auxquels donnèrent naissance une résidence protégée par des murailles et un accroissement de population; il n'y avait ni acropolis ni agora consacrées, ni temples ni portiques ornés, présentant la série continue des offrandes de générations successives (2), ni théâtre pour la musique ou la récitation, ni gymnase pour des exercices d'athlètes, aucun de ces arrangements fixes que demandent les affaires publiques pour
union , sont exposées avec force , ainsi que Tintérèt qu'aurait Sparte de tenir tontes les viUes grecques désunies. Cf. la description du traitement infligé à Capua par les Romains (Tite- Live, XXVI, 16).
(l)Thucyd. I, 5; m, 94. Xénoph.
Hellen. IV, 6, 5.
(2) Pansanias, X, 4, 1 ; ses remarques sur la icoXiç phokienne de Panopeus indiquent ce qu'il comprenait dans ndée d'une ic6Xiç : — Eiye ôvo{tà<rai ti; iroXiv xal toutov;, ol; ye oùx àpxeïa, où yufjivda^iov èdriv * où Oéarpov, oOx àyopàv Ixouotv, o\>x uSwp xaTep^ôiievov èç xpi^ivTiv • àXXà èv aréyai; xoCXatç xaxà ràç xaXuSa; (jLàXiara xà; èv Totç ôpeatv, èvraOOa oûoOatv inX x^p^p^f '
6\uùç Se ôpot ye x^ç x<<^pA< ^lo^tv aÙToîç elç Tow; opiôpovç, xat è; t6v (ryXXoyov (TuvéSpouç xai o{»toi iié(t7COV<rt ràv 4>«i>xixov.
Les {jiixpà 7coX((r(jLaTa des Pélasges dans la péninsule du mont Athos (Thucyd. IV, 109} semblent avoir tenu le milieu entre des villages et des cités ^ quand les Phokiens, après la Guerre Sacrée, furent privés de leurs villes et réduits à habiter des villages par la décision des Âmphiktyons, Tordre fut qu'aucun village ne contiendrait plus de cinquante maisons, et qu'il j aurait plus d'un furlong (200 mètres) de distance entre un village et un autre (Diodore, XV, 60).
être faites avec régularité et décorum, choses que le citoyen grec, avec son profond amour de la localité, regardait comme essentielles à une existence pleine de dignité. Le village n'était rien de plus qu'une fraction et un subordonné, appartenant comme membre au corps organisé appelé la Cité. Mais la Cité et l'État sont, dans son esprit et dans son langage, une seule et même chose. Tandis qu'aucune organisation moindre que la Cité ne peut satisfaire les exigences (1) d'un homme libre intelligent, la Cité est elle-même un tout parfait qui se suffit à lui-même, et ne souffre pas qu'on l'incorpore dans une unité politique plus élevée. Il mérite d'être signalé que Sparte, même aux jours de sa plus grande puissance, n'était pas (à proprement parler) une cité, mais une simple agglomération de cinq villages adjacents, conservant sans changement sa physionomie de jadis ; car ses frontières si faciles à défendre, et la valeur militaire de ses habitants suppléaient à l'absence de murs, tandis que la discipline imposée au Spartiate dépassait en rigueur et en minutie tout ce que l'on connaissait en Grèce. Et ainsi Sparte, bien que moins qu'une cité quant à l'apparence extérieure, était plus qu'une cité quant à la perfection de l'exercice militaire et à la fixité de la routine politique. Thucydide signale le contraste qui existe entre l'humble apparence et la puissante réalité (2). Les habitants du petit territoire de Pisa, où est située Olympia, avaient joui jadis de l'honorable privilège d'administrer la fête- Olympique. Dépouillés de ce droit et soumis par les Eleiens plus puissants, ils profitèrent des divers mouvements et des diverses tendances qui se manifestèrent chez les puissances grecques plus considérables pour essayer de le reconquérir; et, dans l'une de ces occasions, nous trouvons leur prétention repoussée parce qu'ils sont
(1) Aristot. PoUt. I, 1, 8. *H à' èx (2) Thucydide, I, 10. Oûts ^^vot-
icXeCov(ov x(0|m5v xotvaivCa xéXeio; ic6Xi;, xta6ei<n]; icoXecoC; oûxe lepoi; xal xara-
^ ô9j wdwn); Ixouffa iilpoi; ttî; ocÙTap- cnceviaTc iroXuTÉXeffi X9''i^^\'^^^ **Tà
xeCoç. Cf. aussi III, 6, 14; et Platon, xwpiaç 8è Ttji Tzakai&xf^ç *EXX<£8o;Tp67CCj>
Leg; VIII, p. 848. oixKi6e(<niç, çaCvoix' àv OTroSeeorépa.
AGRÉGAT HELLENIQUE 165
villageois, et indignes d'une si grande distinction (1). Il n'y avait rien que l'on pût appeler une cité dans le territoire de Pisa.
En parcourant la Grèce historique, nous sommes obligés d'accepter l'agrégat hellénique avec ses éléments constitutifs comme un fait élémentaire servant de point de départ, parce que l'état de nos renseignements ne nous permet pas de monter plus haut. Par quelles circonstances, et au moyen de quels éléments préexistants cet agrégat fut-il formé et modifié, c'est ce que ne démontre aucune preuve digne de confiance. Il y a en effet différents noms qui, assure-t-on, désignent les habitants antéhelléniques de maintes parties de la Grèce : les Pélasges, les Lélèges, les Kurêtes, les Kaukônes, les Aones, les Temmikes, les Hyantes, les Tçlchines, les Thraces Bœôtiens, les Teleboae, les Ephyri, les Phlegyae, etc. Ce sont des noms appartenant à la Grèce légendaire, non à la Grèce historique, tirés d'un certain nombre de légendes contradictoires par les logographes et les historiens postérieurs, qui s'en servirent pour composer une histoire supposée du passé, à une époque où les conditions de l'évidence historique étaient très-peu comprises. Il peut être vrai que ces noms désignassent des nations réelles, mais là se borne ce que nous en savons. Nous n'avons pas de témoin bien informé pour nous dire leur époque, les limites de leur séjour, leurs actes ou leur caractère; nous ne savons pas non plus jusqu'à quel point ils sont identiques aux Hellènes historiques ou combien ils en diffèrent; ces Hellènes que nous sommes autorisés à appeler, non pas, il est vrai, les premiers habitants du pays, mais les premiers que nous connaissions sur des preuves suffisantes. S'il est quelqu'un qui incline à appeler Pélasgique, en Grèce, la période antéhellénique non connue, il est libre de le faire ; mais c'est là un nom qui n'entraîne pas avec lui d'attributs positifs, qui ne nous fait pas entrer plus profondément dans l'histoire réelle, et qui ne nous permet pas non plus d'expliquer (ce
(1) Xénophon, Hellen. III, 2, 31.
qui serait le véritable problème historique) comment et de qui les Hellènes acquirent ce fonds de dispositions, d'aptitudes, d'arts, etc., avec lequel ils commencent leur carrière. Quiconque a examiné les nombreux systèmes opposés relatifs auxPélasges, depuis la croyance littérale de Clavier, de Larcher et de Raoul Rochette (ce qui me semble du moins la manière la plus logique de procéder) jusqu'aux moyens d'explication à demi sceptiques appliqués par des critiques plus habiles, tels que Niebuhr, 0. MuUer, ou le D^ Thirlwall (1), ne désapprouvera pas la résolution que j'ai prise de décliner un problème si insoluble. Nous n'avons pas maintenant de faits attestés (Hérodote et Thucydide n'en avaient pas même à leur époque) sur lesquels nous puissions fonder des affirmations dignes de foi quant aux Pélasges antéhelléniques. Et là où il en est ainsi, nous pouvons avec raison appliquer la remarque d'Hérodote, relative à une des théories qu'il avait entendu émettre pour expliquer les inondations du Nil au moyen d'une connexion supposée avec l'Océan coulant autour du monde, à savoir que « l'homme qui fait remonter son histoire dans
(1) Larcher, Chronologie d'Hérodote , ch. 8 , p. 215 , 274 ; Raoul Kochette, Histoire des Colonies grecques, liv. I, ch. 5; Niebuhr, Roemische Geschichte, vol. I, p. 26-64, 2« éd. (la section intitulée Die Œnotrer und Pelasger) ; 0. Millier , Die Etrusker , vol. I (Einleitung, ch. 2, p. 75-100) ; D' Thirlwall, History of Greece, vol. I, ch. 2, p, 36-64. On peut trouver les opinions contraires de Kruse et de Mannert dans Kruse, Hellas, vol. I, p. 398-426 ; Mannert, Géographie der Griechen und Roemer, Part. VIII, introd. p. 4, sqq,
Niebuhr réunit toutes les traces mythiques et généalogiques, vagues et équivoques au plus haut degré pour la plupart, de Texistence des Pélasges dans diverses localités ; puis, résumant
leur efiFet total, il affirme (« non pas comme une hypothèse, mais avec une pleine conviction historique, » p. 54) « qu'il y eut un temps où les Pélasges , peut-être le peuple le plus étendu dans toute l'Europe, étaient répandus depuis le Pô et l'Amo jusqu'au Rhyndakus » (près de Kyzikos) , avec une seule interruption en Thrace.
Ce qui est peut-être le plus remarquable de tout, c'est le contraste entre son sentiment de dégoût» de désespoir et d'aversion pour le sujet, quand il commence les recherches (« le nom de Pélasges^ dit-il, est odieux à l'historien, qui hait la fausse philologie d*où naissent les prétextes de connaissance au sujet de ce peuple éteint y>, p. 28), et la confiance et la satisfaction complètes avec lesquelles il les termine.