‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 47 sur 86 · ANCIENS PÉLASQES QU'ON NE PEUT CONNAÎTRE · texte numérisé non relu

ANCIENS PÉLASQES QU'ON NE PEUT CONNAÎTRE

le monde invisible sort de la sphère de la critique »»(!).

Aussi loin que s'étendent nos connaissances, il n'y eut ni villes ni villages appelés pélasgiques, dans la Grèce propre, depuis 776 avant J.-C. Mais il existait encore dans deux endroits différents, même du temps d'Hérodote, un peuple que l'on croyait être les Pélasges. Une portion d'entre eux occupait les villes de Plakia et de Skylakê, près de Kyzikos, sur la Propontis ; une autre portion habitait une ville appelée Krêstôn, près du golfe Thermaïque (2). Il y avait en outre certains autres municipes pélasgiques qu'il ne spécifie pas; il semble en effet, d'après Thucydide, qu'il y avait quelques petits municipes dans la péninsule de l'Athos (3). Or Hérodote nous apprend ce fait remarquable, que la population de Krêstôn, les habitants de Plakia et de Skylakê, ceux des autres municipes pélasgiques sans nom, parlaient 'tous la même langue, et chacun d'eux respectivement une langue différant de celles des voisins qui les entouraient. Il nous dit en outre que c'était une langue barbare (i, e. non hellénique) , et il cite ce fait comme preuve démontrant que l'ancienne langue pélasgique était une langue barbare, ou distincte de la langue hellénique. En même temps il dit expressément qu'il ne sait pas positivement quelle langue parlaient les anciens Pélasges; ce qui prouve, entre autres choses, qu'il n'avait pu avoir à sa disposition de documents ni de moyens d'obtenir des- renseignements distincts au sujet de ce peuple.

C'est là le seul fait, au milieu de tant de conjectures relatives aux Pélasges, que l'on puisse dire que nous connaissions sur le témoignage d'un témoin compétent et contempo-

(1) Hérod. n, 23 : 'O 6è irspl toO (3) Thucyd.IV,109. Cf. lesnouveaux 'ûxedvou etTroc, è; à9avèc xàv (ivOov Fragments de Strabon, liv. VU, édités àveveCxaç, oOx êxei IXeYXOv d*après le MS, du Vatican par Eramer,

(2) Il semble qu'il y a toute raison et depuis par Tafel (Tiibingen, 1844), pour croire que Krêstôn est la leçon sect. 34, p. 26 : — "pxrjdav 6è t^v Xe^véritabie dans Hérodote, et non Kro- ^ovrjffov tauTriv tôv èx Aiqiivou ÎTetôn, comme la présente Dionys. Halic. Xaeryàiv Tive;, sic irévte ôiiQpifîiievoi (Ant. Rom. I, 26), malgré Tautorité de TroXCffjiaTa • KXewvàç, 'OXôçuÇov, 'Axpo- Niebuhr, qui soutient la dernière. Ocoovc, Aîov, 01i<T(rov.

rain : le petit nombre de municipes, dispersés et peu considérables, mais constituant tout ce qu'Hérodote, de son temps, connaissait comme Pélasgique, parlaient une langue barbare. Et sur ce point on doit le regarder comme un excellent juge. vSi donc (conclut l'historien) tous les anciens Pélasges parlaient la même langue que ceux de Krêstôn et de Plakia, ils doivent avoir changé leur idiome au moment où ils passèrent dans l'agrégat hellénique, ou devinrent Hellènes. Or Hérodote croit que cet agrégat s'est insensiblement agrandi jusqu'à ce qu'il ait atteint ses vastes dimensions actuelles, en s'incorporant non-seulement les Pélasges, mais plusieurs autres nations jadis barbares (1), les Hellènes n'ayant été dans l'origine qu'un peuple peu considérable. Parmi ces autres nations jadis barbares qu'Hérodote suppose être devenues helléniques, nous pouvons probablement compter les Lélèges ; et relativement à eux aussi bien qu'aux Pélasges, nous avons un témoignage contemporain prouvant l'existence de Lélèges barbares à une époque postérieure. Philippe, l'historien des Kariens, attestait l'existence actuelle et croyait à l'existence passée de Lélèges dans son pays comme serfs ou cultivateurs dépendant des Kariens, analogues aux Hôtes en Laconie, ou aux Pene^tse enThessalia(2). Nous pouvons être bien sûrs qu'ils n'étaient pas Hellènes, qu'ils ne parlaient pas la langue hellénique, s'ils étaient dans de pareils rapports vis-à-vis des Kariens. Nous pouvons donc à bon droit considérer les Lélèges comme ayant été compris dans ces nombreuses nations parlant une langue barbare, qui, comme le croyaitHérodote,avaientchangéd'idiome etétaient devenues Hellènes. Car, après les Pélasges et Pelasgos, les Lélèges et Lélex sont les figures les plus saillantes dans les généalogies légendaires ; et ils couvrent ensemble la portion la plus considérable du sol hellénique.

(1) Hérod. I, 57. IIpoffxextopYixoTtov ptaxi, xaTaXéÇa; toùç Aaxeôatjiovtwv aÙTO) xal âXXa>v sOvéwv papêàpwv ËtXcoTOç tlclI toù; ©exTaXixoùç Trevéoraç, (TVXvûv. xal Kàpàç çrjffi toÎ; AéXeÇiv à; olxé-

(2) Athenœ. VI, p. 271. 4>tXi7r7roç èv Tai; xp^<r*<r6ai iiàXai Te xal vûv. Tô ire pi Kapûv xal AeXéywv ffVYYpat"--

PÉLASGBS ET LÉLÈGES HISTORIQUES

Comme je me renferme dans les preuves historiques, et que je crois que la tentative de transformer la légende en histoire ne peut pas donner de résultats certains, j'accepte avec confiance l'assertion d'Hérodote quant à Tidiome barbare parlé par les Pélasges de son temps, et je pense de la même manière au sujet des Lélèges historiques, mais sans me permettre de déterminer quelque chose relativement aux Pélasges et aux Lélèges légendaires, les habitants anté-helléniques supposés de la Grèce. Et je considère cette marche comme plus conforme aux lois des recherches historiques que celle qui se présente sous les auspices de la haute autorité du D^ Thirlwall, qui affaiblit et fait disparaître, à force d'explications, le renseignement d'Hérodote, au point de lui faire signifier seulement que les Pélasges de Plakia et de Krèstôn parlaient un très-mauvais grec. Hérodote affirme d'une manière distincte, et à deux reprises, que les Pélasges de ces villes et de son propre temps parlaient un langage barbare ; et ces mots ne me paraissent susceptibles que d'une seule interprétation (1). A mon avis, il est inadmissible de

(1) Hérodote, I, ôT.^Hvttva SèyXwdffav ïeffav ol ns^aeryol, oOx l^w àxpexéw; eîirai • el ôè xpewv èem Texfxai- .

po|ii^iç Xéyeiv Toïai vûv ëxi èouat Ile- Xaoyûv, Twv ûirèp Tupairivûv KpTjdTÛva

ItoXlV OtKEOVTCdV... Xttl T^V HXaXlTQV TC

IxuXàxr^v IIsXaffYÛv oixKjàvxtov èv *EXXTi<rïc6vTtj)... xal Ôaa àXXa neXa<r)fixà eôvTtt TToXtffjJWiTa tô ouvo(j.a pieTégaXe • el TOUTOÏffi ôeï Xéyeiv, Y)<rav ot HeXaeTyol pàp6apov yXtoffffav lévxec. El toivuv -^v xai TToLv toioOto z6 HeXaerYixov , x6 !^TTixôv lôvoç, èôv IleXaoYixôv à(j.a t^ t«Ta6oX^ T^ âç "EXXrjvaç xal xi\v yXôdo^av {tôTéfiaOe * xal yàp 69j oûre ol KpYiax(i>vi7iTai oOSàptoiai tûv vvv ^féa; nepiotxeovTcov elal ôfxoYXoxjffot , oOxe ol nXaxiY]voi * 99191 §è, 6(j.6yX(i>(T(Toi.

AyiXoùfft ôè, 6ti xèv Y)V6ixavT0 y X (o c a tj ç XapaxTTÎpa pieTaêaivovTe; èç Taura xà x^P^^i ToÛTOv ëxoufft èv çuXax^.

Dans le chapitre suivant, Hérodote

appelle encore la nation des Pélasges pdpêapov.

Relativement à cette langue qu'Hérodote entendit à Krêstôn et à Plakia, le D' Thirlwall fait observer (ch. 2, p. 60) : « Hérodote nous donne cette langue comme barbare, et c^est sur ce fait quUl fonde sa conclusion générale quant à l'ancien idiome pélasgique.

Mais il n'est pas entré dans des détails qui auraient pu servir à préciser de quelle manière et à quel degré cet idiome différait de la langue grecque.

Toutefois les termes dont il se sert auraient paru impliquer que cet idiome était essentiellement étranger, sUl n'avait pas employé des expressions aussi fortes dans un autre passage, où il est impossible d'attribuer à ses mots une signification semblable. Quand il énumère les dialectes dominant chez les Grecs ioniens, il fait observer que les

supposer qu'un homme qui, comme Hérodote, avait entendu presque toutes les variétés du grec dans le cours de ses

cités ioniennes en Lydia ne s'accordent pas du tout ponr leur Idiome avec celles de la Karia ; et il applique à ces dialectes précisément le même terme, dont il s'était servi auparavant en parlant des restes de la langue pélasgique.

Ce passage nous donne un moyen de mesurer la force du mot barbare dans le premier. On ne peut sans danger en induire qu'une seule chose, c'est que la langue pélasgique qu'Hérodote entendit dans l'Hellespont, et ailleurs, lui parut un jargon étrange ; comme le dialecte d'Ëphesos Tétait pour «un Milésien, et comme celui de Bologne l'est pour un Florentin. Ce fait laisse complètement incertaines et sa nature réelle et sa relation vis-à-vis de la langue grecque; et nous sommes d'autant moins autorisés à le prendre pour base, que l'histoire des établissements pélasgiques est extrêmement obscure, et que les traditions qu'Hérodote rapporte sur ce sujet n'ont nullement une valeur égale aux renseignements qu'il donne d'après son observation personnelle » (Thirlwall, Hist.

of Greece, ch. 2, p. 60, 2« éd.).

Dans le renseignement fourni par Hérodote (auquel le D' Thirlwall s'en réfère) au sujet de l'idiome parlé dans les cités grecques de l'Iônia, l'historien avait dit (I, 142) : rXôdaav 6è où -n^v avTi^v oStoi vevo[iixa(7i, àXXà TpoTTOu; T£(j(7epaç TrapaytoYetn^v. Milêtos, Myous et Pryênô — èv t^ Kapîifj xaxoixYjvxai xaxà t' auxà ôiaXeyojJievat açl. Ephesos, Kolophôn, etc. — aùxal al ttoXeiç x^at îcpoxepov Xe^ÔeCoTOffi ôixoXoyéouo-i xaxà •)rX«3(j<rav ouôèv, jçi Se ôjjLoçtovéoudi. Les habitants de Chio et d'Erythrée — Kaxà xàOxo ôtaXéyovxai, Sàfiiot ôs ^tt' âwûxtov {loOvoi. Ouxoi xapot>txfipe;YXa)ffaTriç xéff- <repeç yiyvovxai.

Les mots yXwffOYiç x*?****^? (^ mode distinctif de langage ») sont communs

à ces deux passages, mais on doit mesurer leur signification dans l'un et dans l'autre par rapport au sujet dont parle l'auteur aussi bien qu'aux mots qui les accompagnent, surtout au mot pdp6apoç dans le premier passage. Je ne puis croi^ non plus (avec le D' Thirlwall) qu'il faille déterminer le sens de pàp6apoç eu égard, aux deux autres mots : à mon avis, c'est le contraire qui est exact. Bapêapo; est un terme défini et non équivoque, mais yXa)(j(niç x*P**'^P varie selon la comparaison que nous nous trouvons faire dans le moment, et son sens est déterminé ici par sa réunion avec pàpêapoç.

Quand Hérodote parlait des douze cités ioniennes en Asie, il pouvait proprement signaler les difiFérences de langage parmi elles comme autant de xapaxxrjpeç yXaxKJY]; différents ; les limites des différences étaient fixées par la connaissance qu'avaient ses auditeurs des personnes dont il parlait, les Ioniens étant tous notoirement Hellènes.

Ainsi un auteur décrivant l'Italie •pourrait dire que les Bolonais, les Romains, les Napolitains, les Génois, ^tc, ont différents xapaxxyjpeçyXw(7<niç, étant compris que la différence est telle qu'elle pourrait subsister parmi des personnes toutes italiennes.

Mais il y a aussi un yapa.y.'zii^ yXwff- (77) ç du grec en général (abstraction faite de ses différents dialectes et de ses diversités) en tant que comparé au persan, au phénicien ou au latin, et de l'italien en général comparé à l'allemand ou à l'anglais. Cest cette comparaison que fait Hérodote quand il décrit le langage parlé par le peuple de Krêstôn et de Plakia, et qu'il marque par le mot pàpêapov opposé à *EXXTfivix6v : c'est eu égard à cette comparaison qu'il faut expliquer ce xapaxxi^p yXwdOTri; dans le cinquante-septième

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