‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 48 sur 86 · COLONIES ANTÉ-HELLÉNIQUES · texte numérisé non relu

COLONIES ANTÉ-HELLÉNIQUES

longs voyages, aussi bien que l'égyptien, le phénicien, Tassyrien, le lydien et autres langues, ne sût pas distinguer un mauvais idiome hellénique d'un idiome non hellénique; en tout cas, on ne doit pas adopter cette supposition sans preuves plus fortes qu'aucune de celles qui se trouvent ici.

Si je ne me permets pas de déterminer les éléments intérieurs dont était formé antérieurement l'agrégat hellénique, je déclare également que j'ignore quels en étaient les éléments constitutifs extérieurs. Kadmos, Danaos, Kekrops,les éponymes des Kadmeiens, des Danaens et de la Kekropia attique, sont à mes yeux des créations de la légende, et je les ai déjà examinés sous ce caractère. 11 n'est nullement impossible qu'il ait pu y avoir dans la Grèce continentale de très-anciens établissements venus de Phénicie et d'Egypte ; mais je ne vois ni preuve positive, ni raison pour conclure d'une manière probable qu'il en a existé, bien qu'on puisse sans doute signaler des traces d'établissements phéniciens dans quelques-unes des îles. Et si on examine le caractère et les aptitudes des Grecs, en les comparant soit avec les Égyptiens, soit avec les Phéniciens, on verra que non-seulement il n'y a aucune analogie, mais au contraire on trouvera un contraste frappant et fondamental : on peut à l'occasion reconnaître que le Grec emprunte à ses contemporains d'outremer, mais on ne peut le considérer comme issu ou dérivé d'eux. Je ne puis pas non plus me décider (à moins que nous ne devions regarder les immigrants étrangers supposés comme très-peu nombreux, cas dans lequel la question perd la plus grande partie de son importance) à admettre une hypothèse

chapitre. Le mot papêapocestPantithèae usuelle et reconnue de "EXXtjv ou "EW^t)vixoç.

Ce qui n^est pas le moins remarquable dans le renseignement d^Hérodote, c^est ' que l'idiome parlé à Krêstôn et à Plakia était le même, bien que les villes fussent si éloignées Tune de l'autre.

Cette identité seule montre qu'il entendait parler d'une langue indépen-

dante et non d'un « jargon étrange. »

Je regarde donc comme certain qu'Hérodote déclare que les Félasges de son temps parlent une langue indépendante différente du grec ; mais ^uant à la question de savoir si elle en différait dans une mesure plus ou moins grande (e. g. dans la mesure du latin ou du phénicien), nous n'avons aucun moyen de la résoudre.

impliquant que la langue helléniqu'é, la plus noble parmi les nombreuses variétés du langage humain, et possédant en elle-même une symétrie et une organisation qui y dominent, soit la simple rencontre de deux idiomes barbares étrangers (le phénicien et l'égyptien) avec deux idiomes barbares intérieurs ou plus, l'idiome des Pélasges, des Lélèges, etc. Dans le mode d'investigation suivi par différents historiens au sujet de cette question d'anciennes colonies étrangères, il y a une grande différence (comme dans le cas des Pélasges) entre les divers auteurs, depuis le facile Évhémérisme de Raoul Rochette jusqu'à l'analyse raffinée du L^ Thirlwall dans le troisième chapitre de son histoire. On verra que la somme de connaissances positives que le B^ Thirlwall garantit à ses lecteurs dans ce chapitre est extrêmement peu considérable ; car, bien qu'il procède en vertu de la théorie générale (différente de celle que je soutiens) selon laquelle on peut distinguer et extraire des légendes des faits historiques, cependant, lorsque s'élève la question relative à un résultat historique défini quelconque, sa règle de crédibilité est trop juste pour lui permettre de ne pas voir l'absence de preuve évidente, même quand toute incrédibilité intrinsèque est écartée. Ce que je marque comme Terraincognita est à ses yeux une terre qui peut être connue jusqu'à un certain point ; mais la carte qu'il en dresse contient si peu d'endroits déterminés, qu'il y a très-peu de différence avec un vide absolu.

Aristote affirme que le plus ancien district appelé Hellas se trouvait près de Dôdônê et du fleuve Achelôos, indication qui aurait été inintelligible (puisque le fleuve né coule point près de Dôdônê), si elle n'avait été déterminée par cette remarque que, dans les premiers temps, le fleuve avait souvent changé son cours. Il dit en outre que le déluge deDeukaliôn eut lieu principalement dans ce district, qui dans ces anciens jours était habité par les Selli et par le peuple appelé alors Graeci, mais maintenant Hellènes (1). Les Selli (appelés par

(1) Aristot. Meteorol. 1, 14.

LA HELLAS LA PLUS ANCIENNE — GRiECI

Pindare Helli) sont mentionnés dans Tlliade comme ministres de Zeus Dôdônaeen, « hommes qui dormaient sur la terre et ne se lavaient jamais les pieds, » et Hésiode, dans un de ses poëmes perdus (les Eoiai), parle du sol fertile et des riches pâturages de la terre appelée Hellopia, oùDôdônê était située (1). Sur quelle autorité Aristote avance-t-il ce fait, c'est ce que nous ignorons ; mais le sentiment général des Grecs était différent; ils rattachaient Deukaliôn, Hellên et les Hellènes, originairement et spécialement au territoire appelé Achaia Phthiôtis, entre le mont Othrys et TOEta. Nous ne pouvons ni confirmer ni nier son assertion au sujet du nom du peuple habitant le voisinage de Dôdônô, appelé selon lui Graeci avant d'avoir été nommé Hellènes. Il n'y a pas d'exemple constaté qu'un auteur antérieur à ce traité d' Aristote ait mentionné un peuple appelé Graeci ; car les allusions ayant trait à Alkman et à Sophocle ne prouvent rien pour ce point (2). Nous ne pouvons pas non plus expliquer comment il se fit que les Hellènes ne furent connus aux Romains que sous le nom de Graeci ou de Graii. Mais le nom sous lequel un peuple est connu aux étrangers souvent diffère totalement de celui qu'il porte dans son pays, et nous ne sommes pas moins embarrassés pour dire comment les Romains en vinrent à connaître les Rasenas d'Étruria sous le nom de Toscans ou d'Étrusques.

(1) Homère, Hiade, XVI, 235; Hésiode, Fragm. 149, éd. MarktschefFel ; Sophocle, Trachin. 1174 ; Strabon, VH, p. 328.

(2) Stephan. Byz. v. Tpaixôç — Tpatxeç éè «apà tc3 'AXx{Aâvt al tûv *EXXiq- Vto)v |iYiTépeç, xal irapà SoçoxXeï èv IIoifjieatv. 'EffTi ôè i\ ji.eTairXaffji.6c, 9i x^ç rpai^ EvOetac xXiffiç IffTiv.

Le mot Tpaïxe;, dans Alkman, signifiant « les mères des HeUênes, • peut bien n^être qu^une variété dialectique

de Ypôeç, analogue à xXq:^ et à 6pv(Ç, pour xXelç, ôpvic, etc. (Ahrens, de Dialecte Doricâ, sect. II, p. 91 ; et sect. 31, p. 242), peut être décliné comme y^vaTxeç.

Le terme employé par Sophocle, si nous pouvons en croire Photius, n^était pas rpaix6c, mais *Paix6c (Photius, p. 480, 15 ; Dindorf, Fragm. Soph. 933; cf. 455). Eustathe (p. 890) semble indécis entre les deux.

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