‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 2)Chapitre 49 sur 86 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

MEMBRES DE l' AGRÉGAT HELLÉNIQUE, PRIS SÉPARÉMENT. — GRECS AU NORD DU PÉLOPONÈSE.

Races amphiktyoniques. — Races non amphiktyoniques. — Première période de l'histoire grecque, — de 776 à 560 avant J.-C. — Seconde période, — de 560 à 300 avant J.-C. — Diflférences importantes entre les deux ; — la première période préparatoire et très-peu connue. — Grecs en dehors du Péloponèse (au nord de r Attique) , nullement connus pendant la première période. — Esquisse générale de ces races. — Grecs au nord desThermopylœ. — Thessaliens et peuples qui dépendaient d'eux. — Caractère thessalien. — Condition delà population en Thessalia ; — race de vilains ; — les Penestœ. — Quels étaient les Penestae. — Il y a doute.

— Quadruple division de la Thessalia. — Confédération irrégulière des villes thessaliennes. — Grande puissance de la Thessalia quand l'unanimité y règne.

— Aciiœens, Perrhœbi, Magnêtes, Maliens, Dolopes, etc., tous tributaires des Thessaliens, mais toutes races amphiktyoniques. — Magnêtes asiatiques.

— Les Maliens. — Les Œtei ^- les .£nianes. — Lokriens, Phokiens, Dôriens.

— Les Phokiens. — Dôris — Dryopis. — Dryopes historiques. — Les ^toliens. — Les Akamaniens. — Lokriens Ozoles, .^toliens et Akamaniens, les plus grossiers de tous les Grecs. — Les Bœôtiens. -~ Orchomenos. — Cités de Bœôtia. — Confédération de la Bœôtia. — Ancienne législation de Thêbes.

— Phîlolaos et Dioklês.

Ayant dans le chapitre précédent parlé incidemment des Grecs comme agrégat, j'arrive maintenant à décrire séparément les portions dont se composait cet agrégat, comme elles se présentent à la première époque de l'histoire qu'on peut discerner.

Il a déjà été dit que les douze races ou subdivisions, membres de ce qu'on appelle l'assemblée amphiktyonique, étaient ainsi qu'il suit :

Au nord du défilé des Thermopylae : les Thessaliens, les

Perrhaebiens, les Magnêtes, les Achaeens, les Meliens, les iEnianes, les Dolopes;

Au sud du défilé des Thermopylse : les Dôriens, les Ioniens, les Bœôtiens, les Lokriens, les Phokiens.

Les autres races helléniques non comprises parmi les Amphiktyons étaient :

Les -^tôliens et les Akarnaniens, au nord du golfe de Corinthe ;

Les Arkadiens, les Eleiens, les Pisans et les Triphyliens, au centre et à l'ouest du Péloponèse : je ne nomme pas ici les Achaeens, qui occupaient la côte méridionale ou Péloponésienne du golfe de Corinthe, parce que l'on peut supposer qu'ils ont été dans l'origine de la même race que les Achaeens de la Phthiôtis, et qu'alors ils faisaient partie du corps amphiktyonique, bien que leur connexion réelle avec ce corps ait pu tomber en désuétude ;

Les Dryopes, subdivision peu considérable, mais vraisemblablement particulière, qui occupait quelques points isolés sur le bord de la mer : Hermionê dans la péninsule Argolique; Styros et Karystos en Eubœa; l'île de Kythnos, etc.

Quoiqu'on puisse dire d'une manière générale que nous commençons, en 776 avant J.-C, à distinguer historiquement l'agrégat hellénique, séparément des illusions de la légende, cependant, relativement au nombre plus considérable de ses subdivisions que nous venons d'énumérer, c'est à peine si l'on peut dire que nous possédions quelques faits proprement dits antérieurs à l'invasion de Xerxês en 480 avant J.-C. Jusqu'à l'an 560 avant J.-C. (époque de Crésus en Asie Mineure, et de Pisistrate à Athènes), l'histoire des Grecs ne présente guère de traits d'un caractère collectif : les mouvements de chaque portion du monde hellénique commencent et finissent séparément du reste. La destruction de Kirrha par les Amphiktyons est le premier incident historique qui mette enjeu, pour la défense du temple de Delphes, un sentiment d'obligation active, commun aux Hellènes.

Mais vers 560 avant J.-C. on voit s'opérer deux changements importants qui altèrent le caractère de l'histoire grecque, en la dégageant de son premier chaos de détail et

PHÉNOMÈNES HISTORIQUES CEJSTRALISÉS 177

en centralisant ses phénomènes isolés : 1° l'asservissement des Grecs asiatiques par la Lydia et la Perse,. suivi de leurs efforts pour s'émanciper, événements dans lesquels les Grecs , d'Europe furent impliqués, d'abord comme personnages accessoires, et ensuite comme acteurs , principaux; 2° l'action combinée de la masse considérable des Grecs sous la domination de Sparte, qu'ils regardent comme leur État le plus puissant et leur chef reconnu, suivie de l'accroissement rapide et extraordinaire d'Athènes, du complet développement de la puissance maritime grecque et de la lutte entre Athènes et Sparte au sujet du premier rang. Bien que ces deux causes soient distinctes en elles-mêmes, on doit cependant les considérer comme agissant ensemble dans une certaine mesure, ou plutôt la seconde naquit de la première. Car ce furent les invasions des Perses en Grèce qui, pour la première fois, donnèrent naissance à une alarme et à une antipathie répandues au loin parmi les principaux Grecs contre les barbares de l'Orient, et les pénétra de la nécessité d'opérations actives en commun sous un chef, et nous ne devons pas appeler ce sentiment panhellénique, puisque plus de la moitié du corps amphiktyonique donna à Xerxès la terre et l'eau. L'idée, étrangère à l'esprit de Solôn ou de tout homme du même temps, d'un commandement ou hégémonie de la Hellas collective, comme privilège dont serait nécessairement investi un seul État pour assurer la sécurité commune contre les barbares, commença ainsi à circuler. Ensuite vint le développement miraculeux d'Athènes, et la lutte violente entre elle et Sparte pour savoir qui commanderait; la plus grande portion de la Hellas prenant parti pour l'une ou pour l'autre, et la querelle commune avec les Perses étant pour le moment mise de côté. Athènes est abattue, Sparte acquiert l'hégémonie incontestée, et de nouveau le sentiment de haine contre les barbares se manifeste, bien que faiblement, dans les expéditions d'Agésilas en Asie. Mais les Spartiates, trop faibles soit pour mériter, soit pour conserver cette position élevée, sont renversés par les Thêbains, non moins faibles eux-mêmes, à l'exception du seul Epaminondas. La mort de ce seul homme suffit pour anéan.

tir les prétentions de Thêbes à rhégémonie. La Hellas, comme la Pénélope abandonnée de TOdj^ssée, reste tourmentée par la rivalité de plusieurs prétendants, dont aucun n'est assez fort pour bander l'arc dont dépend le prix (1). Une telle manifestation de force, aussi bien que le renversement et la destruction des prétendants rivaux, est réservée, non pas à un bras hellénique légitime, mais à un Macédonien à demi hellénisé (2) *« élevé à Pella, » et exécutant ses ejppiétements graduellement en partant du nord de T Olympes. L'hégémonie de la Grèce sort ainsi pour toujours des mains grecques ; mais le conquérant trouve de son intérêt de faire revivre, comme nom et prétexte, l'ancienne bannière de la haine des Perses, après qu'elle a cessé de représenter un sentiment réel ou sérieux, et a fait place à d'autres mouvements d'origine plus récente. La dévastation et le sacrilège jadis commis par Xerxês à Athènes sont vengés par l'anéantissement de l'empire des Perses. Et cet accomplissement victorieux de l'antipathie panhellénique jadis si puissante, le rêve de Xénophon (3) et des dix mille Grecs après la bataille de Kunaxa, l'espérance de Jasonde Pherae, l'exhortation d'Isocrate (4), le projet de Philippe achevé par Alexandre, tout en manifestant la puissance irrésistible des armes helléniques et macédoniennes dans l'état actuel du monde, sont en même temps la scène finale de la vie grecque indépendante. Les sentiments civiques de la Grèce deviennent dans la suite de simples forces secondaires, subor^ données à la prépondérance des Grecs mercenaires sous la domination macédonienne, et aux plus grossiers de tous les

(1) Xénophon, Hellen. VU, 5, 27; Dëmostliène, De Coron, cfa. 7, p. 231.

*AXké xiç ^v àxpiTOç xai icapà Touxotc xai Tcapà xoXç &XXotç "EXXriTtv Ipiç xal

(2) Démosth. De Coron, ch. 21, p. 247.

(3) Xénoph. Anabas. III, 2, 25-26.

(4) Xénoph. Hellen. VI, I, 12 ; Igocnt. adPhilipp., Orat. Y, p. 107. Ce

discours d'Isocrate est composé exprès^ sèment dans le but d'inviter Philippe à le mettre à la tête des Grecs réunis contre les Perses; le Discours IV, appelé Panégyrique, recommande une coalition de tons les Grecs dans le mêm« but, mais sous Thégémenie d'Athènes, en mettant de côté toutes les dissidences intestines. V. Orat. IV, p. 45-68.

Page 1