CONFÉDÉRATION DE LA BŒÔTIA
Plataeens rebelles (1). Les cités plus grandes étaient les premiers membres de cette confédération, tandis que les villes moindres étaient attachées à l'une ou à l'autre des premières dans une sorte d'union dépendante. On ne peut connaître d'une manière certaine ni les noms ni le nombre de ces principaux membres : il semblé qu'il y ait des raisons pour y comprendre Thèbes, Orchomenos, Lebadeia, Korôneia, Haliartos, Kôpae, Anthêdôn, Tanagra, Thespiae, et Plataea avant sa séparation (2) : Akrsephiçt avec le mont voisin Ptôon et son oracle, Skôlos, Glisas et d'autres villes étaient des dépendances de Thèbes : Chaeroneia, Asplêdôn, Holmônes et Hyêttos, d' Orchomenos : Sipbae, Leuktra, Kerêssos et Thisbê, de Thespiae (3). Certains généraux ou magistrats appelés Bœôtarques étaient choisis annuellement pour administrer les affaires communes de la confédération. A l'époque de la bataille de Delion dans la guerre du Péloponèse,ils étaient au nombre de onze, dont deux étaient de Thèbes ; mais nous ne trouvons pas de renseignement distinct qui prouve si ce nombre fut toujours maintenu, ou dans quelles proportions ce choii était fait par les différentes cités. Il y avait également pendant la guerre du Péloponèse quatre sénats différents, que les Bœôtarques consultaient sur les matières importantes ; arrangement curieux sur lequel nous n'avons pas d'explication. Enfin, il y avait l'assemblée générale et la fête religieuse, la Pambœôtia, tenue périodiquement à Korôneia. Telles étaient les formes, autant que nous pouvons les comprendre, de la confédération bœôtienne; chacune des cités séparées possédait son propre sénat et sa propre constitution et avait sa conscience politique comme unité autonome, toutefois avec une certaine déférence habi-
(1) Thucyd. II, 2. KaTà xà TcaTpta mentat. ad Inscript. Bœotic. ap. Corp. Twv'TcàvTwv BoicdTÛv. Cf. le discours Ins. Grœc. part. V, p. 726.
des Thêbains anx Lacédœmoniens après (3) Hérodote, VIII, 135; IX, 15-43.
la prise de Platée, lîl, 61, 65, 66. Pausan. IX, 13, 1 ; IX, 23, 3 ; IX, 24,
(2) Thucyd. IV, 91 ; C. F. Hermann, 3 ; IX, 32, 1-4. Xénophon, Hellen. VI, Griechische Staatsalterthiimer, sect. 4, 3-4 : cf. G. Muller, Orchomenos, 179; Hérodote, V, 79; Boeckh, Corn- eh. XX, p. 403.
tuelle pour les obligations fédérales. En réalité, on trouvera les affaires de la confédération entre les mains de Thêbesi administrées dans l'intérêt de l'ascendant thêbain, qui semble n'avoir été soutenu par aucun autre sentiment que par le respect pour une force et une bravoure supérieures. Les mécontentements des villes inférieures de Bœôtia, rudement réprimés et punis, forment un pénible chapitre dans l'histoire grecque.
Nous trouvons un unique renseignement antérieur à l'an 700 avant J.-C, relativement à Thêbes seule et séparée des autres villes bœôtiennes. Bien que court et consigné d'une manière incomplète, il a cependant une haute valeur, comme étant l'un des premiers incidents de l'histoire grecque réelle et positive. Dioklês le Corinthien se trouve inscrit comme vainqueur olympique dans la treizième Olympiade, soit 728 avant J.-C, à une époque où les oligarques appelés les Bacchiadse possédaient le gouvernement de Corinthe. La beauté de sa personne lui attira la tendresse de Philolaos, un des membres de ce corps oligarchique, sentiment que les mœurs grecques ne proscrivaient pas; mais elle provoqua aussi de la part de sa propre mère Halkyonè une passion incestueuse, devant laquelle Dioklês recula avec haine et horreur. Il abandonna pour toujours sa ville natale et se retira à Thêbes, où il fut suivi par Philolaos, et où ils vécurent et moururent tous les deux. A l'époque d'Aristote on montrait encore leurs tombeaux, tout près l'un de l'autre, cependant avec une façade opposée ; celui de Philolaos étant placé de telle sorte que celui qui l'habitait pût avoir en vue le sommet élevé de sa ville natale, tandis que celui de Dioklês était disposé de manière à intercepter toute perspective sur l'endroit odieux. Ce qui nous conserve le souvenir d'un incident si remarquable, c'est l'estime que les Thêbains continuèrent d'avoir pour Philolaos, sentiment si prononcé qu'ils l'invitèrent à leur donner des lois. Nous aurons occasion de signaler un ou deux cas semblables dans lesquels des cités grecques invoquèrent l'aide d'un étranger intelligent; et l'usage devint commun, dans les républiques italiennes du moyen âge, de nommer une personne n'appartenant pas à
PHILOLAOS ET DIOKLÊS
leur ville soit comme Podestat, soit comme arbitre dans des dissensions civiles. Il eût été d'un haut intérêt de connaître en détail quelles lois Philolaos fit pour les Thêbains ; mais Aristote, avec sa concision habituelle, fait simplement allusion à ses ordonnances relatives à l'adoption d'enfants et à la multiplication de la race dans chaque famille séparée. Ses lois étaient composées en vue de maintenir le nombre primitif de lots de terre, sans subdivision ni réunion; mais par quels moyens ce dessein devait-il être accompli, c'est ce que nous ignorons (1). Il existait à Thêbes une loi qui a pu faire partie du plan de Philolaos ; elle interdit l'exposition des enfants, et permet à un père pressé par une extrême indigence de porter son enfant nouveau-né aux magistrats, qui le vendaient pour une somme à quelque citoyen, lui imposant obligation de l'élever, mais l'autorisant en retour à considérer comme son esclave l'enfant devenu adulte (2). De ces courtes allusions,- qui nous arrivent sans être accompagnées d'explication, nous ne pouvons tirer d'autre conclusion, si ce n'est que le grand problème de la population, le rapport entre le bien-être des citoyens et l'augmentation plus ou moins rapide de leur nombre, avait attiré sérieusement l'attention mêiyie des premiers législateurs grecs.
(1) Aristot. Polit. II, 9, 6-7. No(xo- ÔéTJQç 8' aÙTOtç (pour les Thêbains) ÈY^veTO 4»iX6Xao; Trspi t' àXXtov tivûv xai irepl r/jç TcaiSoTCoitaç, oO; xaXoOffiv èxetvoi v6(xouç Oexixouç • xal toOt' ètrriv lôitoç Ott' èxeivou vevo(j.o6eTr,(xévov,Ô7r6i)ç ô àpi6(JLÔç (TtôÇrjTai xàiv xXinpwv. Un passage embarrassant suit à trois lignes de celui-ci — ^iXoXàou 6è ï6tov saTiv il Tûv O'jffiûv àvo(xàXù)<nç — ce qui soulève deux questions : d'abord, Philolaos peut-il réellement être désigné dans le second passage qui parle de ce qui est ï8iov à Philolaos, tandis que le premier passage avait déjà parlé de quelque chose i6ia)ç v£vo(xo8eTiri(j.£vov parlamême personne ? En conséquence, Goettllng et M. Barthélémy Saint-Hilaire suivent
un seul des MSS. en écrivant 4>aXéou au lieu de 4>iXoXàou. Ensuite, quel est le sens de àvofiaXoxjiç? O. Muller (Dorians, ch. 10, 5, p. 209) pense qu'il signifie une « nouvelle égalisation, précisément comme àvâ6a<T(jL0ç signifie un nouveau partage, ]» en adoptant la traduction de Victorius et de Schloesser.
Il est difficile d'étabjir le point d'une manière décisive ; mais si cette traduction de àvo(j.àXa)aiç est exacte, il y a de bonnes raisons pour préférer le mot 4>aXéou à ^iXoXàou, vu que l'opération en question s'accorderait mieux avec les idées de Phaleas (Aristot. Pol. II, 4,3).
(2) Elien, V. H. II, 7.
Nous pouvons cependant faire observer que l'ancien législateur de Corinthe Pheidôn (dont on ne peut fixer la date précise) est signalé par Aristote (1) comme ayant eu en vue le même objet que celui qui est attribué à Philolaos à Thêbes; un nombre invariable et de citoyens et de lots de terre, sans aucune tentative pour changer la proportion inégale existant entre les lots et leurs possesseurs.
(1) Arist. Polit, n, 3, 7. Ce Pheidôn semble différer de Pheidôn d'Argos, autant que nous pouvons en juger.