ANCIENNE POSITION D ARGOS
Olympiques en tant qu'administrés par les Eleieiis, aussi bien que la part principale attribuée à Lykurgue dans rétablissement de la trêve solennelle olympique, tendent à fortifier cette conviction.
Comment Sparte parvint-elle à l'emporter constamment sur Argos, c'est ce qui sera l'objet d'explications futures (1) : à présent il suffit de faire remarquer que l'ascendant d' Argos n'était pas tiré exclusivement de son propre territoire, mais venait en partie de sa position comme métropole d'une union de cités voisines autonomes, toutes dôriennes et toutes colonisées par elle-même; et c'était là un élément de pouvoir essentiellement flottant. Ce que Thêbes était pour les villes de Bœôtia dont elle était ou disait avoir été la fondatrice (2), Argos l'était pour Kleônae, Phlious, Sikyôn, Epidauros, Trœzên et ^gina. Ces villes formaient , dans le langage mythique, *« le lot de Têmenos (3) ; « en réalité elles étaient les alliées ou les subordonnées d' Argos, unies à elle par une confédération : les quatre premières, disait-on, avaient été dorisées par les fils ou par les parents immédiats de Têmenos, et les rois d'Argos, en qualité de descendants reconnus de ce dernier, réclamaient et exerçaient une sorte de «♦ sme-raineté »» sur elles. Hermionê, Asinê et Nauplia semblent aussi avoir été sous la suprématie d'Argos, sans être des colonies (4). Mais cette suprématie n'était pas réclamée di-
(1) V. Hérodote, VIT, 148. Les Argiens disent aux Lacédœmoniens, au sujet du commandement suprême sur les Grecs: — KaCroi xaxà ysTO Sixaiov Yfveo-ôai r^jv i^YejioviYiv écoûTétov, etc.
Schweighauser et autres expliquent ce point par rapport au commandement d' Agamemnôn ; mais ce n'est là tout au plus qu'une partie du fondement de leur droit : ils avaient une réalité historique plus récente à alléguer aussi :
Cf. Stralwn, VIII, p. 376.
(2) ^Htuôv XTioàvTcov (teUe est Taccusation des orateurs thêbains contre les Platœens captifs, devant leurs juges lacédœmoniens, Thucyd. III, 61). ïlXa-
Tttiav vffTspov TYÎc SXkf[<i BotcoTtac — oùx ^nÇtowv aÙToi, w(Twep èTaxôr] xh irpÔTov , ^Yê(ioveus(rOai Of* if}(jL(ôv, ê|a> 8s tûv àXXwv BoitDTÛv iïapa6aivovTSç rà lïà- Tpia, S7cei69) irpo<jr,va'pcàCovTo, irpo^e- X(opYi<rav irpôç 'ÀÔnivaiouç xal |i.ex' aOTù>v Tcoilk i^fLÔc lêXanxov.
(3) Relativement à Pheidôn, roi d'Argos, Ephore disait : — TVjv XyjÇiv oXyiv àvéXa6e x^jv Ty]|jlsvov SisffTcaajjLévYjv ei; TcXeiw {jLs'pii (ap. Strab. VIII, p. 358).
(4) Le culte d'ApoUon Pythaëus, emprunté à Argos et exercé aussi bien à Hermionê qu^à Asinê, montre la connexion qui existait entre ces villes et Argos (Pausan. II, 35, 2; II, 36, 5);
pectement et ouvertement : selon les idées du temps , les desseins ostensibles de la confédération ou amphiktyonie argienne étaient religieux, bien que les effets secondaires, et non moins réels , en fussent politiques. Le grand dieu, patron de la ligue, était Apollon Pythaëus, au nom duquel on imposait les obligations auxquelles en étaient soumis les membres. Tandis que dans chacune des villes confédérées il y avait un temple en l'honneur du dieu, son sanctuaire le plus saint et le plus central était à Larissa ou acropolis d'Argos. C'est à ce sanctuaire central argien que des sacrifices solennels étaient offerts par Epidauros aussi bien que par d'autres membres de la confédération, accompagnés, à ce qu'il semblerait, de payements en argent (1), sur lesquels les Argiens ,- comme principaux administrateurs au nom du dieu commun, se chargèrent d'insister contre des délinquants, ce qu'ils essayèrent réellement de faire pendant la guerre duPéloponèse contre Epidauros. Dans une autre occasion, pendant la soixante-sixième Olympiade (514 av. J.-C), ils imposèrent l'amende considérable de 500 talents à chacun des deux États Sikyôn et^ina, pour avoir prêté des vaisaeaax au roi Spartiate Eleomenès, à l'aide desquels il envahit le territoire argien. Les ^ginètes bravèrent la réclamation; mais Tes Sikyôniens en reconnurent la justice, et ne firent de difficultés que pour la somme, se déclarant prêts à payer
mais il est difficile de jnstifier Pan* aanîas quand il dit que les Argiens dùrisèrtfU réeUement Hermionê ; elle était dryopienne du temps d'Hérodote, et probablement elle le fut longtemps dans la suite (Hérod. YIII, 43). Uinsoription hermionienne, n^ IldS, dans la collection de Boeckh^ reconnaît leur ancienne connexion dryopienne aveo AsinêenLaoonie; ceftte Tille avait jadis été voisine d'HermionÔ, mais les Argiens Pavaient détruite, etses habitants reçurent des Spartiates une nouvelle demeure. Le dialecte- des Hermioniens (probablement celui des-* Dryopiens'.en
général) était dôrien. Y. Ahrens, De Diadecto Doricâ, p. 2-12.
(1) Thucyd. V, 53. KupteoTaroi ToO lepoû <^ffav , oi 'Apyslot. Le mit sCo^oÇiç, que Thistorien emploie au sujet de la réclamation d'Argos centre Epidauros, semble impliquer un payement en argent refbsé ; cf. les offl»odes exigées d'Epidauros par Athènes (Hé*ïod. V, 82).
Lapoëtesse-argienneTelesilla s'étevd sur la connexion intime et paitictdiëre qui existait entre les Argiens et Apollon avec son snmom de Pytiiaëns (Pansan. ir, 36t 2).
PHEIDÔN EB TÊMÉNIDE, ROI d'aRGOS
100 talents (1). On ne peut douter qu'à cette époque plus avancée l'ascendant d'Argos sur les membres de la confédération primitive ne fût devenu sans effet dans la pratique; mais le sens des exemples mentionnés montre que ses réclamations faisaient revivre des privilèges tombés en désuétude, qui avaient jadis été effectifs et importants.
Le cas remarquable de Pheidôn le Têménide montre combien avaient de valeur les privilèges d'Argos avant le grand essor de la puissance Spartiate, quel ascendant considérable ils donnaient à un homme énergique, et comme on pouvait fetcilement s'en servir pour favoriser des vues ambitiseases. Le petit nombre de faits que nous apprenons relativement à ce prince nous présentent, pour la première fois, quelque chose qui ressemble à une situation réelle de partis dans le Péloponèse , où l'on voit dans un jour suffisant un conflit véritable de cités et d'hommes vivants historiques.
Ephore désignait Pheidôn comme le dixième, et Théopompe comme le sixième, dans la ligne directe de Têmenos. Relativement à la date de son existence, on a émis les opinions les plus différentes et les plus inconciliables ; mais il semble qu'il a de bonnes raisons pour la rapporter au temps qui se trouve un peu avant et un peu après la huitième Olympiade, entre 770 av. J.-C. et 730 av. J.-C.(2), On nous dit
<1) Hérod. VI, 92. V. 0. MttUer, History of liie Domns, oli. 7, 13*
{SS^ Ephor. Fsagm. 15, éd. Marx; ap.
Strab. Vm,. p. 368; Théopompe, Fragnu 30, éd. Didot; ap. Diodor, Fragm.Ub. lY.
Les Marbres de Paros font de Pheidôn le onsième descendant d^HÔraklês et le placent en 895 avant J.-C; Hévodote aacontmii» (dans mi passage qui fournit à- la discussion un sujet conndém** b]e}> le place k une époque qui ne peut dtfeie de beaucoup antérieure à Tan 600 avant J.r€. (VI, 127). Quelques auturs soupçonnent le texte d^Hérodota d^incorrection ; eu tout eas, Tépoque réeUe de Pheidôn est déterminée par la
huitième Olympiade. PluBieurs crlti* qnes supposent detut; Pheidôn, chacun roi d^^gos, entre autres 0. Millier (Oorians, 111, 9, 10); mais il n^ «.
rien à Pappui de cette opinion, si ce n*est l'impossibilité de concilier Hérodote avec les autres autorités. Et Weissenboru, dans une dissertation de quelque longueur, défend la oor* rection que quelques anciens criti* ques proposent de faire au texte de Pausanias, et diaprés laquelle la huitième Olympiade qui se trouve maintenant dans ce texte deviendrait la vingts hwUème^ comme date de l'usurpation de Pheidôtt aux jeux Olympiques.
Weissenboru s'efforce de montrer, que
peu de chose au sujet des rois d'Argos qui précèdent : Tuu d'eux, Eratos, chassa, dit-on, les habitants dryopiens d'Asinê de leur ville sur la péninsule argolique, par suite du concours qu'ils avaient prêté au roi Spartiate Nikander, lorsqu'il envahit le territoire argien, vraisemblablement pendant la génération antérieure à Pheidôn ; il y en a un autre, Damokratidas, dont on ne peut positivement déterminer la date, mais il paraît plutôt avoir suivi que précédé Pheidôn (1). On nous apprend cependant que ces rois antérieurs, même à commencer par Medôn, le petit-fils de Têmenos, avaient été forcés de subir une grande diminution de leur pouvoir et de leurs privilèges, et qu'il avait été établi une forme de gouvernement populaire en réalité , mais royal de nom (2). Pheidôn, franchissant les limites imposées, se fit despote d'Argos. Il rétablit alors le pouvoir de cette ville sur toutes les cités de sa confédération , qui avait été auparavant presque dissoute au point de laisser tous les membres indépendants en pratique (3). Ensuite, on dit qu'il acquit l'empire sur Corinthe et s'efforça de l'assurer en surprenant par trahison mille de ses citoyens guerriers : mais son artifice fut divulgué et déjoué par Abrôn, un de ses amis et de ses con-
Pheidôn ne peut avoir fleuri plus tôt que 660 avant J.-C; mais ses arguments ne me paraissent pas très-convaincants, et certainement ils ne suffisent pas pour justifier une altération si grave du nombre de Pausanias (Beitrâege zur Griechisclien Alterthumskunde, p. 18, lena, 1844). M. Clinton (Fasti -Hellenici, vol. I, p. 249) place Pheidôn entre 783 et 744 avant J.-C; aussi Boeckh, ad Corp. Inscript, n» 2374, p. 335, et MUller, ^Eginetica, p. 63.
(1) Pausan. II, 36, 5 ; IV, 35, 2.
(2) Pausan. II, 19, 1. 'ApYeîoi 6è, àxe lenvyopiav xai to aOxovojiov àyawûvxe; èx irayaiOTaTOU, Ta -rij? eÇouataç Tûv ^a(Tt>ia>v è; èXàxtffTov lïpOTiYayov, ci); MriSuvt t(Î) K£t(70u xal toïç aico- Yovoi; TO ovofia XeiqpOïjvai toù paTÙso);
fiovov. Ce passage a tout Pair de transporter à Vancien gouvernement d'Argos des sentiments qui n'étaient vrais que du gouvernement postérieur, n est curieux que dans ce chapitre, quoique consacré à la généalogie royale argienne et à son gouvernement, Pausanias ne fasse pas mention de Pheidôn ; il ne parle de lui qu'au sujet de la contestation relative à la cérémonie Olympique.
(3) Ëphore, ut supra, 4>siScova tàv 'ApYSÏov, Séxarov ôvra àizà TiQjJiivow, 6vvà(Aei 8è 07rep6e6>.'ri{jivov toOç xax' awTÔv, «9* f,ç TTiv Te XîiÇiv ôXiqv àvsXaêe TT^v Ty)(isvou 8iS(Tica<r(iévT]v elç icXstco IJtépri, etc. On a déjà expliqué ce qui est entendu par le lot de Têmenos.
PHEinÔN LE TÊMÉNIDE, ROI d'ARGOS 229
fidents (1). De plus, on rapporte qu'il visa à étendre son autorité sur la plus grande partie du Péloponèse, revendiquant, comme descendant d'Hêraklês par le fils aîné d'Hyllos, toutes les villes que ce hérps remuant et irrésistible avait prises en quelque temps que ce fût (2). Suivant les idées grecques, ce titre légendaire était toujours expliqué sérieusement et souvent admis comme concluant ; bien que naturellement, là où existaient de puissants intérêts contraires, on trouvât d'ordinaire des motifs pour l'éluder. Pheidôn aurait un droit . aussi fondé que celui qui, deux cent cinquante ans plus tard, détermina l'Hêraklide Dorieus , frère de Kleomenês, roi de Sparte, à acquérir pour lui-même le territoire près du mont Eryx en Sicile, parce que Hêraklês, l'auteur de la race (3), l'avait conquis avant lui. Toutefois, les légendes relatives aux conquêtes d'Hêraklès étaient si nombreuses , que le titre de Pheidôn aurait embrassé la plus grande partie du Péloponèse.. excepté Sparte et la plaine de Messênê, qui étaient déjà entre les mains des Hêraklides.
L'ambition de Pheidôn n'était pas non plus satisfaite même par ces vastes prétentions. Il réclamait encore le droit de présider à la célébration de ces jeux religieux ou Agônes, qui avaient été institués par Hêraklês, et parnii lesquels on comptait l'Agôn Olympique, ne jouissant alors, toutefois, que d'une faible partie du lustre qui finit plus tard par s'y attacher. La présidence d'une des fêtes les plus célèbres en usage dans toute la Grèce était un privilège auquel on attachait un prix immense. C'était à la fois une dignité et un bénéfice, et le cours de cette histoire présentera plus d'un exemple dans lequel le sang fut versé pour déterminer l'État qui en jouirait. Pheidôn marcha sur Olympia, à l'époque de
(l)Plutarque, Narrât. Amator. p. 772; (2) Ephore, ut suprà, IIpôç tou-
Schol. ApoU. Rhod. IV, 1212 ; cf. Di- toiç, èTtieédOat xai raîç wç' '*Hpa-
dyme, ap. Schol. Pind. Olymp; XIII, 27. xXéovç alpsôebaiç TcoXecri, xal tow; àytâ-
Je ne puis cependant pas croire qne va; à^toûv TiOévai aviTov , oOç ixeivoc
Pheidôn, l'ancien législateur corinthien èÔ7]xs • toOtwv ôè eivat xal tov 'OXwvi-
mentionné par Aristote, soit le même ^riaxèv, etc.
personnage que Pheidôn le* roi d'Argos (3) Hérod. V, 43, (PoUt. 11,6, 4.)
la huitième Olympiade constatée, ou 747 avant J.-C; à l'occasion de cet événement nous apprenons quel était Tétat réel des partis dans la péninsule.
La plaine d'Olympia, qui n'est plus ennoblie maintenant que par d'immortels souvenirs, mais qui jadis était remplie de tous les embellissements de la religion et de l'art, et forma pendant bien des siècles le plus brillant centre d'attraction connu dans l'ancien monde, était située sur les bords du fleuve Alpbeios dans le territoire appelé la Pisatis, tout près des frontières de l'Arkadia. A quelle époque cette fête agonistique, revenant tous les quatre ans à la première pleine lune qui suivait le solstice d'été, commença-t-elle ou acquitelle pour la première fois son caractère de sainteté spéciale, c'est ce que nous n'avons aucun moyen de déterminer. Comme il en est pour une grande partie des eaux naturelles de la Grèce, nous suivons le courant jusqu'à un certain point en le remontant, mais la source et le premier cours de rhistoire sont ensevelis sous les montagnes de l'impénétrable légende. La foi légendaire des Grecs attribuait à Hêraklês la première célébration des luttes olympiques , et la situation du lieu, au milieu de .la Pisatis avec ses huit modestes municipes, est tout à fait suffisante pour prouver que les habitants de ce petit territoire étaient autorisés à se dire les administrateurs primitifs de la cérémonie (1). Mais il paraît que cet état de choses fut changé par la colonie setolienne •dans l'Elis, que l'on représente comme ayant été conduite par Oxylos, et que l'on identifie avec le retour des Hêrakliidês. Les .Etolo-Eleiens, limitrophes de la Pisatis au nord, employèrent leur puissance supérieure à subjuguer leurs voisins plus faibles (2), qui perdirent ainsi leur autonomie et furent annexés au territoire d'Elis. C'était une règle générale dans toute la Grèce, qu'un État victorieux entreprît d'accomplir (3) tous les devoirs établis que le peuple conquis rendait aux dieux, ces devoirs étant regardés comme atta-
- (1) Xénopb. Hellen. VU, 4, 28 ; Dio- (2) Strabon, VIII, p. 354.
dore, XV, 78. (3) Thucyd. IV, 98.