IMMIGRATION -ETOLIENNE DANS LB PÉLOPONÈSE
d'un grand armement dôrien collectif, assez puissant pour s'emparer tout d'un coup de la péninsule entière, nous pouvons concevoir deux médiocres détachements de hardis montagnards venus des froides régions de la Dôris et des pays^ qui l'avoisinent, s'attachant aux ^Etoliens, leurs voisins, qui s'avançaient pour envahir l'Elis. Après avoir aidé les ^toliens à la fois à occuper l'Elis et à soumettre la Pisatis, ces Dôriens montèrent la vallée de l'Alpheios en quête d'établissements pour eux-mêmes. Un de ces corps avec le temps forme la grande, opiniâtre et. victorieuse nation des Spartiates; l'autre, le peuple éphémère des Messènieus, opprimé et luttant sans cesse.
. Au milieu des ténèbres qui couvrent ces établissements primitifs, nous croyons discerner quelque chose qui ressemble à des causes spéciales propres à les déterminer les uns et les autres. Pour ce qui concerne les Dôriens Spartiates, on nous dit qu'un personnage nommé Philonomos leur livra Sparte, en persuadant au souverain qui la possédait de se retirer avec son peuple dans les habitations des Ioniens au nord de la péninsule, et qu'il reçut comme récompense pour cet utile service Amyklœ avec le district environnant. On dit de plus, et il ne semble pas qu'il y ait lieu de douter de ce fait important, qu'Amyklae, bien que n'étant située qu'à vingt stades ou deux milles et demi (4 kil.) de Sparte, conserva et son indépendance et ses habitants achaeens longtemps après que les Dôriens immigrants étaient devenus maîtres de cette dernière ville, et qu'elle ne fut prise par eux que sous le règne de Tèleklos, une génération avant la première Olympiade (1). Sans vouloir combler par des conjectures les lacunes irrémédiables que présentent les renseignements fournis par nos autorités, nous pouvons dès ce moment présumer avec raison que les Dôriens furent amenés à envahir Sparte et mis à même de l'acquérir, sur l'invitation et avec le secours d'un parti dans l'intérieur du pays. En
(1) StralHm,.VIII, 364, 365; Pausan. in, 2, 5 ; cf. l'histoire de Krios, Pausan. ni, 13, 3.
outre, pour ce qui concerne les Dôriens Messêniens, une tentation différente, mais non moins efficace, s'offrit, grâce à Talliance des Arkadiens, dans la portion sud-ouest de cette région centrale du Péloponèse. Kresphontês le chef hêraklide épousa, dit-on, la fille (1) du roi arkadien Kypselos, ce qui lui procura l'appui d'une section puissante de l'Arkadia. Son établissement à Stenyklêros était à une distance considérable de la mer, à l'extrémité nord-est delà Messênia (2), tout près de la frontière arkadienne ; et on verra ci-après que cette alliance arkadienne est un élément perpétuel et important dans les disputes des Dôriens Messêniens avec Sparte.
Nous 'pouvons ainsi suivre une série raisonnable d'événements, en montrant comment deux corps de Dôriens, ayant d'abord aidé les iEtolo-Eleiens à conquérir la Pisatis, et se trouvant ainsi sur les bords de l'Alpheios, suivirent le cours de ce fleuve en le remontant, l'un pour s'établir à Sparte, l'autre à Stenyklêros. L'historien Ephore, de qui sont tirés nos chétifs fragments de connaissance relatifs à ces anciens établissements (il est important de signaler qu'il vivait dans le temps qui suivit immédiatement la première fondation de Messênê comme cité, le rétablissement des Messêniens longtemps exilés, et le démembrement de la Laconie opéré en leur faveur par Epaminondas, qui leur en donna la fertile moitié occidentale) , Ephore , disons-nous , attribue à ces actes un effet décisif et immédiat qui ne leur appartient proprement pas; comme si les Spartiates étaient devenus.tout de suite maîtres de toute la Laconie et les Messêniens de toute la Messênia; Pausanias, aussi, parle comme si les Arkadiens collectivement avaient aidé Kresphontês et s'étaient alliés avec lui. Tel est l'esprit général qui domine dans son récit, bien que les faits particuliers, en tant que nous en trouvons de tels, n'y répondent pas toujours. Or nous ignorons^ les divisions antérieures du pays, soit à l'est, soit à l'ouest du
(1) Pausan. IV, 3, 3 ; VIII, 29, 4. dans l'intérieur des terres ; mais le poëte
(2) Strabon (VIII, p. 366) blâme Eu- semble avoir été tout .à fait exact en ripide d'appeler Messênê un pays placé le faisant.