V. aussi II, 4, 38; IV, 6, 3; V, 2, 33; Thucyd. V
L'expression de ol ExxXtqtoi n'aurait jamais pu être usitée comme éqniva> valente pour désigner une ekklêsia athénienne.
Une assemblée dans de telles conditions, bien qu elle fût toujours conservée comme une formalité, et que son consentement fût indispensable dans des questions importantes et pour qu'une loi passât (ce qui toutefois semble s'être présenté bien rarement à Sparte), une telle assemblée, disonsnous, ne pouvait être en pratique qu'un bien faible obstacle à l'administration des éphores. Le sénat, corps permanent avec les rois y compris, était le seul frein réel qui modérât leur pouvoir, et il doit avoir été dans une certaine mesure un corps concourant au gouvernement, bien que le langage élevé et imposant, dont se servent Démosthène et Isocrate pour parler de sa suprématie politique, dépasse de beaucoup ce qui était en réalité. Sa fonction la plus importante était celle de cour de justice criminelle, devant laquelle était traduit tout homme mis en jugement pour crime capital (1). Mais, dans l'accomplissement de ce devoir ainsi que des autres dont ils étaient chargés, nous trouvons les sénateurs aussi bien que les rois et les éphores accusés de corruption et de vénalité (2). Comme ils n'étaient pas nommés avant soixante ans et qu'ensuite ils gardaient leur charge toute leur vie, nous pouvons croire sans peine que quelques-uns d'entre eux continuaient de les exercer apris le temps de l'extrême vieillesse qui rend l'homme incapable, ce qui, bien que toléré sans doute par les Lacédaemoniens, grâce au respect extraordinaire qu'ils avaient pour la vieillesse, ne pouvait manquer de diminuer l'influence du corps comme élément concourant au gouvernement.
(1) Xénophon, Republ. Laced. 10; Aristot. Polit. Il, 6, 17-, III, 1, 7; Démosth. cont. Lcpt. c. 23, p. 489; Isocrate, Or. XII (Panathenaic), p. 266.
Le langage de Démosthène semble particulièrement inexact.
Plutarque (Agésilas, c. 32) , à Toccasion de quelques Spartiates soupçonnés de conspirer qui furent mis à mort par Agésilas et les éphores, quand Sparte était dans un danger imminent d^être
attaquée par Epaminondas, affirme que ce fut la première fois qu'un Spartiate eût été mis à mort sans jugement.
(2) Aristot. Polit. II, 6, 18. Cf. aussi Tibucyd. I, 131, au sujet de Pausanias coupable, uiiiTeutov xp^Qf^atri SiaXudeiv T^v 6iaêo).^v; Hérodote, V, 72;Thucyd.
V, 16, concernant les rois Leotychides et Pleistoanax ; le brave et habile Gylippe — Plut. Lysand. c. 16.
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282 HISTOIRE DE LA aRÈCB
La brève esquisse donnée ici du gouyernement Spartiate montrera que, bien que les théoriciens grecs trouvassent de la difficulté à déterminer dans quelle classe ils le rangeraient (1), c'était en substance une oligarchie compacte, sans scrupule et bien obéie, renfermant en elle, comme subordonnées, ces portions qui avaient dominé jadis, les rois et le sénat, et adoucissant l'odieux, sans diminuer le mal du sys- * tème, par son changement annuel d'éphores qui gouvernaient. Nous devons en môme temps distinguer le gouvernement de la discipline et de l'éducation de Lykurgue, qui tendaient sans doute à égaliser le riche et le pauvre, sous le rapport de la vie, des habitudes et des jouissances pratiques. Hérodote (et vraisemblablement aussi Xénophon) pensait que la forme que nous venons d'exposer était celle que le gouvernement avait reçue dans l'origine de la main de Lykurgue. Or, bien qu'il y ait de bonnes raisons pour supposer qu'il en était autrement, et pour croire que les éphores furent une addition postérieure, cependant ce seul fait, qu'Hérodote reçut ce renseignement à Sparte, attire no"tre attention sur un attribut important de la politique Spartiate , qu'il est à propos d'exposer. Cet attribut, c'est sa stabilité sans égale pendant quatre ou cinq siècles successifs, au milieu de gouvernements tels que ceux de la Grèce, qui tous avaient éprouvé plus ou moins de fluctuation. Aucune révolution considérable, pas même de changement palpable ou formel, n'y survint depuis le temps de la guerre Messênienne jusqu'à l'époque d'Agis HI. Malgré le coup irréparable que portèrent au pouvoir et au territoire de rÉtat Épaminondas et les Thêbains, la forme du gouvernement resta néanmoins intacte. C'était le seul gouvernement en Grèce qui pût suivre une transmission paisible et non interrompue à partir d'une haute antiquité et depuis son
(1) Les éphores sont considérés quel- que, parce que, dans Texercioe de leur
quefois comme un élément démocra- pouvoir, ils n^étaient soumis qu'à peu
tique, parce que chaque citoyen spar- de contrainte et à aucune responsabilité,
tiate avait chance de devenir éphore; V. Platon, Leg. IV, p. 712; Aristot.
quelquefois comme un élément despoti- Polit. II, 3, 10 ; IV, 7, 4, 6,
fondateur réel ou supposé. Or, c'était là une des principales circonstances (parmi d'autres qui seront mentionnées ciaprès) de l'ascendant étonnant que les Spartiates acquirent sur l'esprit hellénique et que, comme on le verra, ils ne méritaient pas par une capacité supérieure dans la conduite des aflfaireà. La fermeté de leurs sympathies politiques, manifestée à un moment par la déposition des tyrans ou des despotes, à un autre par le renversement des démocraties, tenait lieu de capacité, et môme les fautes reconnues de leur gouvernement étaient souvent couvertes par le sentiment de respect qu'inspiraient ses antiques commencements et sa durée non interrompue. Si un tel sentiment agissait sur les Grecs en général (1), son action était beaucoup plus puissante sur les Spartiates eux-mêmes en enflammant cette disposition hautaine et exclusive qui les distinguait. Et il est à remarquer que l'esprit Spartiate continua plus longtemps que celui de la plupart des autres peuples de la Grèce, d'être jeté dans le moule des antiques usages et de repousser des influences capables de le rendre moderne. L'ancienne foi légendaire, et la soumission dévouée à l'oracle de Delphes, se conservèrent chez eux sans être aflaiblies, à une époque où diverses influences les avaient minées considérablement chez leurs frères Hellènes et chez leurs voisins. Mais bien que le nom et les formes du gouvernement, toujours les mêmes, contribuassent à son effet imposant, tant au dedans qu'au dehors, les causes d'une décadence intérieure n'en . agissaient pas moins réellement, en minant son action efficace. Nous avons déjà dit que le nombre des citoyens ayant* droit à ce titre allait toujours en diminuant, et dans ce nombre diminué une proportion plus grande qu'auparavant était pauvre, depuis que la propriété foncière tendait constamment à se concentrer dans moins de mains. De cette manière il se forma un corps de mécontents qui n'avait pas existé dans l'origine, tant parmi les citoyens plus pauvres
(1) On peut voir dans Isocrateun qui té était louée. Or. XII (Panathenaic.) exemple delà manière dont cette anti- p. 288.
que parmi ceux qui avaient perdu leur droit comme . citoyens ; et ainsi fut aggravé le danger qui menaçait de la part des Periœki et des Ilotes, dont il sera parlé tout à l'heure.
Nous passons de la constitution politique de Sparte aux classes et à la distribution civiles, aux relations écono* miques, et en dernier lieu au système particulier d'habitudes, d'éducation et de discipline, que Lykurgue, dit-on, établit chez les Lacédaemoniens. Ici encore nous nous trouvons avec des renseignements imparfaits quant aux institutions existantes, et au milieu de la confusion, lorsque nous essayons d'expliquer comment naquirent ces institutions.
Il semble cependant constaté que tous les Dôriens, dans tous leurs établissements, se divisaient en trois tribus, les Hylleis, les Pamphyli et les Dimanes ; de plus, dans toutes les cités dôriennes, il y avait des familles hêraklides distinguées dans lesquelles on choisiissait des œkistes quand on formait de nouvelles colonies. On peut retrouver ces trois tribus à Argos, à Sikyôn, à Epidauros, à Trœzôn, à Megara, à Korkyra, et vraisemblablement aussi à Sparte (1). Les Hylleis reconnaissaient comme éponyme et comme premier père Hyllos, fils d'Hèraklès, et par conséquent croyaient descendre d'Hèraklès lui-même : nous pouvons supposer que les Hêraklides, appelés spécialement ainsi, comprenant les deux familles royales, avaient été les aînés de la tribu des Hylleis, dont l'ensemble est quelquefois désigné par Hêraklides ou descendants d'Hêraklês (2). Mais il semble qu'il y a eu aussi à Sparte, comme dans d'autres villes dôriennes, des habitants non dôriens, séparément de ces trois tribus et incorporés dans des tribus qui leur étaient particulières. L'une de ces dernières, les ^Egeides, venus, dit-on, de Thêbes
(1) Hérodote, V, 68 -, Stephan. Byz. (2) V. Tyrtée, Fragm. 8, 1, éd.
V. *rXXéec et Aujiày; 0. MuUer, Do- Schneidewin, et Pindare, I, 61 ;¥,?!,
rians, III, 5, 2 ; Boeckh, ad Corp. Ins- où les expressions « descendants d'Hê-
cript. n" 1123. raklês » comprennent évidemment plus
Thucyd.' I, 24, au sujet de Phalios queles deux familles roy aies. Plutarque,
rHftraklide à Corinthe. Lysand. c. 22 ; Diodore, XI, 58.
comme alliés des envahisseurs dôriens, est nommée par Aristote, Pindare et Hérodote (1) ; tandis que les -^gialeis à Sikyôn, la tribu Hyrnêthia à Argos et à Epidauros, et d'autres à Corinthe dont nous ne connaissons pas les noms, représentent également les portions non dôriennes de leurs communautés respectives (2). A Corinthe le nombre total des tribus était, dit-on, de huit (3). Mais à Sparte, bien que nous paraissions reconnaître l'existence des trois tribus dôriennes, nous ne savons pas combien il y avait de tribus en tout ; encore moins savons-nous dans quelle relation les Obse ou Obês, autre division subordonnée du peuple, étaient vis-à-vis des tribus. Dans l'ancienne Rhêtra de Lykurgue il est ordonné que les tribus et les Obês soient conservés sans changement : mais ce qu'avancent 0. Mùller et Boeckh (4), qu'il y avait trente Obês en tout, dix pour chaque tribu, n'a pas d'autre preuve qu'une ponctuation particulière de cette Rhêtra, rejetée par divers autres critiques , et vraisemblablement ajuste titre. Nous restons ainsi sans auCun renseignement relativement à l'Obê, bien que nous sachions que c'était une division antique, particulière et durable dans le peuple de Sparte, puisqu'elle se rencontre dans la plus ancienne Rhêtra de Lykurgue, aussi bien que dans des inscriptions récentes à la date de l'empire romain. Dans des inscriptions semblables et dans le récit de Pausa-
(1) Hérodote, IV, 149 ; Pindare, Pyth.
V, 67; Aristot. Aaxtov. HoXit. p. 127, Fragm. éd. Neuman. Les Talthybiadœ, ou hérauts à Sparte, formaient une famiUe ou caste à part (ilérod. VIT, 134).
O. MuUer suppose, sans aucune preuve, que les ^geides doivent avoir été adoptés dans une des trois tribus dôriennes ; c'est un des corollaires de son hypothèse fondamentale, que Sparte est le type du pur dôrisme (vol. II, p. 78). Kopstadt pense (Dissert, p. 67) que j'ai été injuste envers 0. MuUer en n'approuvant pas sa preuve ; mais, en étudiant de nouveau le point en ^ïiestion, je ne puis voir de
motif pour modifier ce qui est présenté ici dans le texte. La section de l'ouvrage de Schoemann (Antiq. Jur. Publ.
Grœo. IV, J, 6, p. 115) sur ce sujet affirme beaucoup plus qu'il ne peut être prouvé.
(2) Hérodote, V, 68-92; Boeckh, Corp. Inscr. n~ 1130, 1131; Stephan.
Byz. V. •rpviOiov ; Pausan. II, 28, 3.
(3) Photitts nàvta ôxtw; et Proverb.
Vatic. Suidas, XI, 64; cf. Hesychius, V. KuvôçaXoi.
(4) Muller, Dorians, III, 5, '3-7; Boeckh, ad Corp, Inscript. Part. IV, sect. 3, p. 609.
nias, il est cependant reconnu une classification de Spartiates distincte et indépendante dea trois anciennes tribus dôriennes, et fondée sur les divers quartiers de la cité, Limnae, Mesoa, Pitanê et Kynosura (1); c'est de Tune de ces quatre divisions qu était tirée la définition ordinaire d'un Spartiate du temps d'Hérodote. Il y a lieu de supposer que les anciennes tribus dôriennes tombèrent en désuétude à Sparte (comme cela arriva pour les quatre tribus ioniennes à Athènes), et que la classification locale dérivée des quartiers de la ville en prit la place, ces quartiers ayant été originairement les villages séparés de l'agrégat dont Sparte était composée (2). 11 est assez probable que le nombre de trente des vieux sénateurs se rattachait aux trois tribus dôriennes, chacune d'elles fournissant dix membres, bien qu'il n'y ait pas de preuve de ce fait.
On reconnaît trois divisions principales dans la population de la Laconie, les Spartiates, les Periœki et les Ilotes. La première des trois se composait de citoyens qui avaient tous les droits pour l'être, vivaient dans Sparte même, répondaient à toutes les exigences de la discipline de Lykurgue, payaient leur quote part aux syssitia ou repas publics, et étaient seuls éligibles aux honneurs ou aux chaînes publiques (3). Ces hommes n'avaient ni le temps ni le goût de se
(1) Pausan. III, 16, 6; Hérodote, m, 55 ; Boeckh , Corp. Inacript.
n«' 1241, 1338, 1347, 1425 ; Steph. Byz.