V. 4, 46 ; cf. Plutarque, Àgésilas
(3) Aristot. Polit. H, 6, 23.
(4) Thucyd. I, 77-95 ; VI, 105. Isocrate (Panathenaic. Or. XIl, p. 283), IxcapTiàTOC fia Oicepoimxo'j; xal iroXe- (Atxoù; xat icXeovéxTOCt o?ouç icep au* Toii; eivai idcvrec OrceiXiQfaoï. Cf. Orat.
dePacc (Or. VIII, p. 180-181); Omt.
.(Or. IV, p. 64-67).
après la bataille de Leuktra, aussitôt que l'invasion de la Laconie par Epaminondas leur permit de le faire sans danger.
Isocrate, prenant l'antique légende Hêraklide pour point de départ, avec sa conquête instantanée et son triple partage de tout le Péloponèse dôrien entre les trois frères Hêraklides , attribue la première origine des municipes des Periœki à des séditions intérieures survenues parmi les conquérants de Sparte. Selon lui, la période qui suivit immédiatement la conquête fut un temps de violente lutte intestine dans Sparte nouvellement conquise, entré le petit et le grand nombre, Toligarcliie et le démos. La première étant victorieuse, deux importantes mesures furent les conséquences de sa victoire. Elle bannit « le grand nombre »» après sa défaite et le refoula de Sparte en Laconie, conservant la résidence à Sparte exclusivement pour elle-même ; elle lui assigna la partie la moins importante et la moins fertile de la Laconie, monopolisant pour elle la plus grande et la meilleure ; et elle le dissémina dans une foule de très-petits municipes ou petites communautés subordonnées, tandis qu elle se concentrait entièrement à Sparte. A ces précautions prises pour assurer son empire elle en ajouta une autre non moins importante. Elle établit parmi ses propres citoyens Spartiates une égalité de privilège légal et de gouvernement démocratique, de manière à avoir les plus grandes garanties pour la concorde intérieure ; concorde qui, d'après l'opinion d'Isocrate, avait été trop réellement perpétuée, puisqu'elle mit les Spartiates en état de compléter leur domination sur la Grèce opprimée, semblables à des pirates (1) qui s'entendent pour dépouiller des gens pacifiques. Les municipes des Periœki (nous dit-il), bien que privés de tous les privilèges d'hommes libres, étaient exposés à toutes les fatigues, aussi
(1) Isocrate, Panathenaic. Or. XII, xal toùç îcspl t«ç âXXaç àStxCoc ôvroç •
p. 280. "Qtrce oOôet; àv aÙToùç 6ià ye xal yàp èxstvot açi^tv aOroîc Ô(Aovooûv-
T^jv ôfMvotav §ixaîu>; ànaivéaeiev, oùSèv xtç tovc àXXouç àicoXXvouat. (AâXXov fi Tovç xaTairovTt<TTàç xaî Xi^trcaç
bien qu'à un partage injuste des dangers de la guerre. Les autorités Spartiates les mettaient dans des postes ou les engageaient dans des entreprises qui, à leurs yeux, offraient trop de dangers pour leurs propres citoyens ; et ce qui est pis encore, les éphores avaient le pouvoir de mettre à mort, sans aucune forme de jugement préliminaire, autant de Periœki qu'ils le voulaient (1).
Le renseignement fourni ici par Isocrate, relativement à la première origine de la distinction établie entre les Spartiates et les Periœki, n'est rien de plus qu'une conjecture ; ce n'est pas même une conjecture probable, puisqu'elle a pour base la vérité historique de l'antique légende hêraklide, et qu'elle transporte les disputes qui avaient lieu du propre temps de l'auteur entre l'oligarchie et lé dômosàune ancienne période à laquelle n'appartiennent pas de telles disputes. Il n'y a non plus rien, aussi loin que s'étend notre connaissance de rhistoire grecque, qui appuie ce qu'il avance, à savoir, que les Spartiates se réservaient le poste le moins dangereux dans le combat, et exposaient indûment les Periœki au péril. Une si lâche combinaison n'était pas parmi les péchés de Sparte ; mais il est vrai sans aucun doute que, comme le nombre des citoyens diminuait continuellement, les Periœki en vinrent à constituer, dans les temps postérieurs, une proportion de plus en plus considérable de l'armée Spartiate. Toutefois , quant au pouvoir dont , suivant Isocrate , les éphores étaient investis, de mettre les Periœki à mort sans jugement préliminaire, nous pouvons pleinement croire qu'il était réel et qu'il fut exercé aussi souvent que l'occasion sembla l'exiger. Nous mentionnerons tout à l'heure la manière dont ces magistrats agissaient avec les Ilotes, et nous verrons d'amples raisons pour conclure de là que; toutes les fois que les éphores jugeaient un homme quelconque dan-
(1) Isoc. Orat. XII (Panathenaic.) vwv) qu'il n'en avait été jugé à Athènes
p. 270-271. Ce quMl dit dans le même depuis qu* Athènes était une cité, » se
discours (p. 246), que les LAcédœmo- rapporte à leurs alliés ou sujets hors de
niens « avaient mis à mort sans juge- la Laconie. ment plus de Grec9 (irXeiouç tûv 'EXXyi-
gereux pour la paix publique, soit un Spartiate inférieur, soit un Periœkos, soit un Ilote, le m^de le plus sommaire de se débarrasser de lui était ordinairement considéré comme le meilleur. A l'égard des Spartiates de distinction et d'un rang élevé , ils étaient sans doute prudents et mesurés dans l'application de la peine ; mais la même nécessité d'être circonspects n'existait pas à l'égard des classes inférieures; en outre, le sentiment des exigences de la justice, réclamant un jugement équitable avant que la punition fût infligée, appartient aux associations athéniennes beaucoup plus qu'aux Spartiates. Quant au nombre de . fois que de telles exécutions sommaires eurent lieu, nous ne savons rien sur ce point.
Nous pouvons faire remarquer que le récit qu'a jEait ici Isocrate de l'origine des Periœki laconiens n'est pas essentiellement inconciliable avec celui d'Ephore (1), qui racontait que Eurysthenês et Proklês, lors de la première conquête de la Laconie , avaient accordé à la population préexistante des droits égaux à ceux des Dôriens , mais qu'Agis, fils d'Eurysthenês, l'avait privée de cette position égale et l'avait réduite à l'état de sujets dépendant des derniers. Les deux récits du moins s'accordent également, en Supposant que les Periœki avaient joui jadis, d'une position meilleure, dont ils avaient été dépossédés par la violence. Et la politique qu'Isocrate attribue aux oligarques Spartiates victorieux, consistant à faire abandonner au démos une résidence concentrée dans la cité pour prendre une résidence disséminée dans une foule de municipes séparés et insignifiants, semble être l'expression de ce procédé <jui, de son temps, était mis au nombre des précautions les plus efficaces crontre des sujets rebelles — laDio&kisis, ou l'agrégat à!\me ville brisé et réduit à l'état de villages. Nous ne pouvons assigner à ce renseignement aucune autorité historique (2). En outre^ la division de la Laconie en six dis-
(1) Ephore, Fragm. 18, écL Marx; (2) Le D' Ameld (dans ta Disserta^
ap. Strab. YIII, p^ 365. tion eux la GonatitotûaBi ^actiate^ aa-
LOIS BT DISCIPLINE ML LYKURGUE 295
trîcts, et sa distribution en municipes (ou distribution des colons dans les municipes préexistants), qu'Ephore attribuait aux premiers rois dôriens, sont toutes des conséquences du récit légendaire primitif, qui représentait la conquête dôrienne comme acheyée d'un seul coup, et doivent être rejetées, si nous supposons qu'elle fut achevée graduellement.- Cette conquête graduelle est admise par 0. MûUer et par un grand nombre des plus habiles investigateurs postérieurs qui, néaiunoins, semblent avoir* la supposition contraire involontairement présente à Tesprit, quand ils commentent Tancienne histoire de Sparte, et, toujours sans en avoir conscience, conçoivent les Spartiates comme maîtres de toute la Laconie. Nous ne pouvons pas même affirmer q^ue tout ce pays ait jamais été sous un seul gouvernement Avant l'achèvement des conquêtes successives de Sparte. Quant à l'assertion de O.Mtiller, répétée par Schoemann(l}, « que la différence de races était strictement conservée, et que les Periœki étaient touj ours considérés comme Achseens; »» je ne trouve pas de preuve sur ce point, et je la crois erronée. RelativementàPharis,à Gcronthrae et àAmyklae, trois villes des Periœki, Pausanias nous donne à entendre que les habitants préexistants furent chassés assez longtemps après la
nexée au premier volume de sou Thu- •cydide, p. 643) ajoute pins det (xmfiance à la valeur historique de ce récit d^Isocrate que je u'inelioe à Le jEatre. D'un Autre côté, sir G. G. Lewiâ, daus.Pexamen qu^îl fait de la Dissertation du D'Arnold (Philo4ogieal Muséum, vol. II, p» 45},, regarde c le. récit d'Isocrate comme entièrement ixicoi^iUable avec -celui d'Ephore; » ce qiii est peut-êtve dire un peu plus que «e le perjoaet ri« l^ottreuaement la tMe&r des deux, aor torités. Dans TexceUent artiel» de sir G» Lewis, on trouvera la plupart des points diCficilea relatif à 1& eenatiti»- Uon spastiate soulevés et dûtctttéad^uae manière très-instructive.
Un autre point du renseignement d'Isacrate est que Ifi&Dôriena, à Tépoque
de la. conquête primitive de la Laconie, n'étaient que 2,000 (Or. XII, Panath., pwffî6). M. Clinton rejette cette estimation comme trop faible, et il fait observer : « Je soupçonne qulsocrate endoanant le nombre des Dôriens lorsde la eonquête primitive, a adapté à Km. ' exposé Le nombre réel des Spartiates de son propre temps i (Fast. Hellen. II, p. 408).
Ceci BM semble âtra une oonjectnxe probable qui explique aussi bien Vab^ séaee de données dans laquelle était laocrate ou oeux qui rinstmisaôent, que ]& méthode ^'ils empLoy aient, pour sn^éer à oe définit.
(I) Sefaoeraann, Antiq. Jurisp. Gzseoffum, IV,, 1, 5, p.. 112.
conquête dôrienne, et remplacés par une population dôrienne (1). Sans ajouiter beauc^oup de foi à ce renseignement, à l'appui duquel Pausauias ne pouvait guère avoir de bonnes autorités, nous pouvons toutefois l'admettre comme représentant ce que le cas a de probable et comme contre-balançant l'hypothèse dénuée de preuve de Millier. Les municipes des Periœki étaient composés, soit entièrement de t)ôriens, soit de Dôriens incorporés en proportion plus ou moins grande avec les habitants préexistants. Mais quelque différence de race qui ait pu jadis exister, elle fut effacée avant les temps historiques (2), pendant lesquels nous ne trouvons
(1) Pausan. III, 2, 6; III, 22, 5. On trouvera l'assertion dé Miiller dans son History of th« Dorians, III, 2, 1 : il cite un passage de Pausanias qui n'a nullement trait au point en question.
^u i.i. C. I.€wis (Philolog. Mus. ut fup. p. 41) est du même avis que Millier.
(2) M. Kopstadt (dans la savante Dissertation dont j'ai parlé plus haut, De Reruiii Laoouicarum Gonstitutionis Lyciirgeœ Origine et Indole , c. II, p. 31) conteste ce principe relativement aux Periœki. Il semble le comprendre dans un sens que mes paroles ne présentent guère, sens du moins que je n'avais pas Tintention de leur donner, à savoir, que la majorité des habitants dans chacune des cent viUes des Periœki se composait de Dôriens — « ut per centum Laconiœ oppida distributi ii6tque majorem incolarum numerum efficerent » (p. 32). Je voulais seulement affirmer que quelques-unes des villes des Periœki, telles qu'Amyklœ, étaient entièrement ou presque entièrement dôriennes; beaucoup d'autres parmi elles partieUement dôriennes .'Mais quel peut avoir été le nombre comparatif (probablement différent dans chaque viUe) des habitants dôriens et non dôriens, c'est ce qu'on ne peut en aucune façon déterminer. M.. Kopstadt (p. 35) admet qu'Amyklœ, Pharis et Geronthrœ, étaient des villes Periœkiennes
peuplées par des Dôriens ; et si ce fait est \Tai, il dément la maxime générale sur la foi de laquelle il contredit ce que j'afBrme : sa maxime est « nunquam Dorienses aDoriensibus, nisi beUo victi erant, civitate œquoque jure privati sunt » (p. 31). Il est dangereux de poser des principes si larges relativement à une uniformité supposée de règles et de pratique dôriennes. La haute autorité de G. Miiller l'a induit en erreur sous ce rapport.
Il est évident qu'Hérodote (cf. son expression, VIII, 73 et I, 145) concevait tous les habitants Ubres de la Laconie, non comme Achseens, mais comme Dôriens. Il croit à la légende qui raconte que les Achœens , chassés de Laconie par l'invasion des Dôriens et des Hêraklides, occupèrent le territoire situé au nord-ouest du Péloponèse, qui fut dans la suite appelé Achaia, et en chassèrent les Ioniens. Quelle que puisse 6tre la vérité touchant ce renseignement légendaire, et quelles qu'aient pu être les proportions primitives de Dôriens et d'Achœens dans la Laconie, ces deux races (au cinquième siècle avant J.-C), en se confondant, avaient fini par former un seul agrégat ethnique et politique qu'on ne pouvait distinguer, appelé Laconien ou Lacédaemonien, et comprenant à la fois les Spartiates et les Periœki, bien qu'avec des
en Laconie aucune preuve d'Achaeens connus comme tels. Les Hêraklides, les ^Egides, les Talthybiades, appartenant tous à Sparte, semblent être les seuls exemples de races séparées (qu'on peut partiellement distinguer des Dôriens) connues après le commencement de Thistoire authentique. Les Spartiates et les Periœki constituent un seul agrégat politique, et ce fait aussi entra si complètement dans L'opinion générale (en parlant des temps qui précèdent la bataille de Leuktra) que la paix d'Antalkidas, qui garantissait l'autonomie de chaque cité grecque séparée, ne fut jamais interprétée de manière à détacher de Sparte les villes des Periœki. Ils sont également connus comme Laconiens ou Lacédaemoniens, et Sparte est regardée par Hérodote seulement comme la première et la plus brave parmi les cités nombreuses et braves des Lacédaemoniens (1). Les vainqueurs à Olympia sont proclamés, non comme Spartiates, mais comme Laconiens, titre également porté par les Periœki. Et bien des noms parmi les nombreux vainqueurs que nous trouvons dans les listes olympiques comme Laconiens peuvent probablement avoir appartenu à Amyklse ou à d'autres villes periœkiennes.
Les hoplites periœkiens constituèrent toujours une proportion numérique considérable et prépondérante de l'armée lacédaemonienne dans les temps postérieurs, et doivent sans aucun doute avoir été exercés, plus ou moins parfaitement, à la tactique militaire particulière à Sparte, puisqu'ils étaient appelés à obéir aux mêmes ordres que les Spartiates en campagne (2) et à accomplir les mêmes évolutions. On rencontre quelques cas, bien que rarement, où un periœkos a un commandement élevé dans une expédition étrangère.
privilèges politiques trèa-inégauz et (1) Hérod. Vil, 234.
des différences très-considérables dans (2) Thucyd. VIII, 6-22. Ils n^avaient
l'éducation et les habitudes indivi- cependant point part à la discipline
duelles. Le cas était autre en Thessalia, de Lykurgue ; mais ils semblent être
où les Thessaliens tenaient soùs leur nommés ol âx Tfjc X^P^C nai6e{, en op-
dépendanoe les Magnôtes, les Perrhœbi position avec ot ix t^; dpyeuyfjç (Sosibius
et les Acbsens : ces derniers ne per- ap. Atbenœ. XV, p. 674). dirent jamais leur nationalité séparée.
HISTOIRB DE LA OBÈCB
Du temps d'Aristote, la portian la plus considérable de la Laconie (signifiant alors seulement la contrée située à Test du Têygetês, depuis que la fondation de Messênè par Epaaiinondas avait été achevée) appartient à des citoyens Spartiates (1) ; mais la plus petite portion qui restait doit ayoir été la propriété des Periœki, qui doivent avoir exercé la plus grande partie du commerce d'exportation et d'importation, de l'exploitation métallurgique et dô la distribution des produits intérieurs que présentait le territoire , puisque jamais un Spartiate ne se livrait à de pareilles occupations. Et ainsi l'éducation particulière de Lykurgue, en les mettant toutes entre les mains des Periœki, leur ouvrait une nouvelle source d'importance dont ne jouissaient pas ordinairement les. mnnicipes d'Argos, de Thèbes ou d'Orchomeftos.
L^ Ilotes d^ Laconie étaient colons ou serfs attachés aui sol qu'ils labouraient au profit des propriétaires Spartiates certainement, probablement aussi des propriétaires pericekiens. Ils formaient la population rustique du pays,, qui ba-
il) Aristot. Polit. II, 6, 23. Atà yàp Ta Tôv LTcapTtaTïSv sîvow xiriv TtXettmiv Y^v, oOx èÇExaÇouffw àXXriXaiv ràç elo-çopà;.
Sir G. C. Lewis, dans rarticle cité pins haut. (Philolog^. Mus. II, p. 54), dit , au sujet des Periœki : a Us vivaient à la campagne ou dans de petites villes du territoire laconien, et cultivaient la terre , qu'ils no tenaient pas d'un citoyen individuellement , mais ils payaient pour elle un tribut ou une rente à PÉtat ; étant exactement dans la même condition que les possessores du domaine romain, ou les Ryot» dans l'Hindostan avant Tintroduction d'un Établissement Permanent, v On peut douter, jie pense, que ksPoriQBki payassent une rente ou un tvibut queleoiSDqaa tel qae celui qua suppcMse ici sir G. Lfr> -wis. Le passage d'Aristote que nous venons de citoff s^mblei moalxer qu^ils payaient une taxe direete individueUement, et précisément diaprés le même
principe que les citoyens Spartiates, qtii ne s'en distinguent que parce qu'ils possèdent des propriétés foncières plus considérables. Mais, bien que le principe de la taxation fttt le même, il y avait en pratique (selon Aristote) die rinjusf^ tice dans la manière de l'imposer, «c Les citoyens Spartiates (fait-il observer) étant les plus riches propriétaires fonciers^ ont soin de ne pas fiiire: mutuel^ lement un examen rigoureux du payement de la taxe foncière, » t. c. ils ferment mutuellement les yeux sur les moyens qu'ils emploient pour y échapper. Si les Spartiates avaient été^ les seules personnes qui payassent l'stoçopà ou 1a taxe foncière^ ctttte observatsan d'Aristote n'aurait paa ea àa s^is. £ft paineipe, la. toxft était imposée «b sur leurs propniétéft plus» eoofiidérables et sus lespcopriétés plua petites des P*riœki; en psatL^u»., les Spastiaites a^etLtr'aidaient poor éckappei k Ia.prepo]rti(Hi due.
bit^it, non dans des villes, mais soit dans de petits villages (1), soit dans des fermes détachées, à la fois dans le district entourant immédiatement Sparte, et aussi autour des villes laconiennes des Periœki. Naturellement, il y avait aussi des Ilotes qui vivaient à Sparte et dans d'autres villes, et faisaient l'office d'esclaves domestiques; mais tel n'était pas le caractère général de cette classe. Nous ne pouvons douter que la conquête dôrienne partie de Sparte n'ait trouvé cette classe dans la condition de villageois et de paysans vivant isolément; mais dépendaient-ils de propriétaires achseens préexistants, ou étaient- ils indépendants comme une grande partie de la population villageoise de l'Arkadia, c'est là une question à laquelle nous ne pouvons répondre. Dans l'un ou l'autre cas cependant, il est facile de concevoir que les terres des villages (avec les cultivateurs qu'elles portaient) étaient les plus aisées à approprier au profit de maîtres résidant à Sparte ; tandis que les villes^ avec le district placé immédiatement autour d'elles, fournissaient à la fois habitation et nourriture aux détachements avancés des Dôriens. Si les Spartiates avaient réussi dans la tentative qu'ils firent pour agrandir leur territoire par la conquête de l'Arkadia (2), ils auraient très-probablement pu convertir Tegea et Mantineia en villes periœkiennes, avec un territoire amoindri habité (soit entièrement, soit en partie) par des colons dôriens, tandis qu'ils auraient transféré à des propriétaires résidant à Sparte une grande partie des campagnes des Msenalii, des Azanes et des Parrhasii, en en réduisant les habitants à la condition d'Ilotes. La distinction entre une population de ville et une population de village semble être la principale cause de la différence dans la manière dont les Periœki et les Ilotes étaient traités en Laco-
(1) Tite^Lîve signale distinctement le voluisae insimulati , per omnes vicos
caractèFe villageois des notes, XXXIY, sob verberibus aeti necantur. » 27, quand il décrit les châtiments iu- (2) Hérod. I, 66. 'Expn<y^pi^<>vTo
lés par le despote Nabis ; a Ilotanim iv AéXçoiffi èatl irdl(rj t% *Apxàfi(ov
quidam (bi snnt jam inde antlquitos X<^P?* coêtellanif agreste gênas) tranafugere
nie. Une proportion considérable des Ilotes étaient de pure race dôrienne, étant les Messêniens Dôriens à l'ouest du mont Têygetês, conquis dans la suite et réunis à cette classe de cultivateurs dépendants qui, comme classe, doivent avoir commencé à exister dès le premier établissement même des envahisseurs dôriens dans le district qui entourait Sparte. Nous ne pouvons établir clairement l'origine du nom d'Ilotes: Éphore le tirait de la ville de Helos, sur la côte méridionale, que les Spartiates avaient prise, dit-on, après une résistance si opiniâtre qu'elle les poussa à traiter les captifs avec une extrême rigueur. Il y a bien des raisons pour rejeter ce récit, et on a proposé une autre étymologie d'après laquelle Ilote est synonyme de captif : ce qui est plus plausible, sans toutefois encore être convaincant (1). Les Ilotes vivaient dans les villages ruraux comme ascripti glehœ, cultivant leurs terres et payant leur redevance au maître à Sparte, mais ayant leurs maisons, leurs épouses, leurs familles, les sentiments mutuels de voisinage loin des yeux du maître. Ils n'étaient jamais vendus hors du pays, et probablement on ne les vendait jamais; en effet, ils appartenaient moins au maître qu'à l'Etat, qui constamment les appelait pour le service militaire et récompensait leur bravoure et leur activité par le don de la liberté. Meno le Thessalien de Pharsalos prit trois cents Penestae parmi ceux qui lui appartenaient pour secourir les Athéniens contre Amphipoïis : ces Penestae Thessaliens étaient sous beaucoup de rapports analogues aux Ilotes, mais aucun Spartiate ne possédait individuellement le même pouvoir sur ces derniers. Les Ilotes étaient ainsi une partie de l'État, ayant leurs sympathies domestiques et sociales développées, le pouvoir dans une certaine mesure d'acquérir une propriété (2), et la
(1) V. 0. MUUer, Dorians, HI, 3, 1 ; besoin grand et immédiat d'argent, et Ephor. ap. Strab. VIII, p. 365; Har- leva de cette manière 600 talents. Six pocrat, V. ETXcDTcc. mille notes doivent ainsi avoir été en
(2) Kleomenês III offrit Taffrarichis- état de trouver chacim cinq mines, ce sèment à tout Ilote qui pourrait payer qui était une somme très-considérable cinq mines attiques : il était dans un (Plutarque, Kleomenês, c. 23).
conscience d'être Grecs d'origine et de langage, points de supériorité marquée sur les étrangers qui formaient la population des esclaves à Athènes et à Chios. Ils semblent n'avoir été nullement inférieurs à aucune population de village en Grèce ; tandis que l'observateur grec avait une plus forte sympathie pour eux que pour les esclaves achetés d'autres Etats, sans rappeler que leur aspect homogène, leur nombre et l'emploi qu'on faisait d'eux pour le service militaire, les mettaient plus en vue.
Le service dans la maison d'un Spartiate était tout entier accompli par des membres de la classe des Ilotes; car il semble qu'il y a eu peu d'autres esclaves dans le pays, s'il y en a eu. Les diverses anecdotes que l'on, raconte relativement à la manière dont on les traitait à Sparte marquent moins de cruauté que de mépris plein de faste (1), sentiment que nous ne sommes nullement surpris de découvrir parmi les citoyens prenant place à la table commune. Mais la grande masse des Ilotes qui habitaient à la campagne étaient l'objet d'un sentiment bien différent de la part des éphores Spartiates, qui connaissaient leur bravoure, leur énergie et leur mécontentement constant, et cependant étaient forcés de les employer comme portion essentielle de l'armée de l'État. Les Ilotes servaient communément comme troupes légères, qualité dont les hoplites Spartiates ne pouvaient dispenser leur suite. A la bataille de Platée, chaque hoplite Spartiate avait sept Ilotes (2), et chaque hoplite periœkos
(1) Tel est le récit rapportant que des Ilotes étaient obligés de paraître eu état d'ivresse, pour exciter chez les jeunes gens un sentiment de répugnance contre l'ivrognerie (Plutarque, Lykurg.
c. 28 ; et Adversus stoicos de commun.
Notit. c. 1», p. 1067).
(2) Hérod. IX, 29. Les Spartiates aux Thermopylœ semblent n'avoir été servis chacun que par un seul Ilote <V1I,229).
O. Muller parait croire que les soldats armés à la légère qui servaient les
Hoplites periœkiens à Pistée n'étaient pas Ilotes (Dor. III, 3, 6). Hérodote ne dit pas distinctement qu'ils le fussent ; mais je ne vois pas de raison pour admettre deux classes différentes de soldats armés à la légère dans les forces militaires Spartiates.
Le calcul que donne Muller du nombre des Periœki et des Ilotes repose complètement sur des données très-peu dignes de foi. Entre autres il faut mentionner la supposition qu'il fait que woXiTtxTi X^P^ signifie le district de
nn seul Ilote pour le servir (1) ; mais, même dans le camp, les Spartiates prenaient leurs mesures pour se tenir en garde contre quelque mutinerie soudaine de ces compagnons armés à la légère, tandis qu'à l'intérieur le citoyen tenait habituellement son bouclier séparé de son anneau pour prévenir la possibilité qu'il fût saisi dans un but semblable. Quelquefois des Ilotes choisis étaient revêtus de pesantes armures et servaient ainsi dans les rangs, recevant de l'État l'affranchissement comme récompense d'une bravoure distinguée (2). Mais Sparte, même à l'apogée de sa puissance, fut plus d'une fois mise en danger par la réalité, et toujours assiégée par la crainte, d'une révolte d'Ilotes. Pour la prévenir ou l'étouffer, les éphores se résignaient à insérer des stipulations expresses de secours dans leurs traités avec Athènes, à appeler des troupes athéniennes dans le cœur de la Laconie et à mettre en pratique des combinaisons de ruse et d'atrocité qui, même encore, restent sans pendant daiis la longue liste de précautions prises pour fortifier une injuste domination. Ce fut dans la huitième année de la guerre du Péloponèse, après qu'ion eût demandé aux Ilotes de faire des efforts militaires signalés de diverses manières, et quand les Athéniens et les Messèniens étaient maîtres de Pylos, que les éphores éprouvèrent particulièrement la crainte d^'une révolte. Désireux d'isoler les Ilotes les plus ardents et les plus audacieux, comme ceux dont ils aTai^nt le plus à craindre, ils publièrent une proclamation annonçant que tout membre de cette classe qui aurait rendu des services distingués aurait à faire valoir ses droits à Sparte, et pronaettant la liberté aux' plus méritants. Un nombre considérable d'Ilotes se présentèrent ponr réclamer cette faveur :
Sparte, en tant que distTrrgné cbe }a La- nium, Orat. de Servitu'fce, t. Il, p. 85,
oonie, ce qui est contiwre an passage Reisk.^ç&TCKrrfecçEÎvDia t^ç wpoçToùç
dePolybe(VI,45);TroXiTnrf|x«P*«^«is EawTaç éÇaipEi pîv STOzpnitn?!; oîxoi
Polybe vent dire le territoire de TÉtat ttî; a(nri3o<; tJiv iro{>7raxa, etc.
en?çénéral. ^2) Thucyd. I, 101; IV, 8t); V,
(1) Xénophon, Rep. Lac. c. 1«, 4. 14-23.
Kritias, de LacedaFin. Reçvb. «p. lilm-
LOIS BT TOSCIPUINE I»S LYKURGUE 303
l'on rCen agréa pas moins de deux mille, qui furent formellement affranchis et conduits «a prooes&ion solennelle 'autour des tempies, avec des couronnes sur la tête, comme inaugn-. ration de leur vie prochaine de liberté. Mais la perfide couronne les désignait seulement comme victimes pour le sacrifice : tous disparurent sur-le-champ ; leur genre de mort est tm mystère qui n'a pas été révélé.
Pour cet acte sombre et sanglant Thucydide est notre témoin (1) , et Thucydide décrivant un fait contemporain pour lequel il avait fait des recherches. Sur une preuve moins sérieuse nous aurions hésité à ajouter foi à cette assertion ; mais se trouvant comme elle l'est au-dessus de tout soupçon, elle en dit plus que des volumes sur le caractère inhumain du gouvernement lacédsemonien , tout en nous découvrant en même temps* la grandeur des craintes que leur inspiraient les Ilotes. Pour accomplir l'assassinat de ce régiment de braves gens voués à la mort, il a fallu un gra'Htd nombre d'auxiliaires et d'instruments ; cependant Thucj^ide, avec toutes ses recherches, n'a pu découvrir comment un seul d'entre eux avait péri : il nous dit que personne ne le savait. Nous voyons ici un fait qui démontre d'une manière non équivoque le mystère impénétrable dont étaient entourés les actes du gouvernement Spartiate, l'absence non-seulement de discussion publique, mais de curiosité publique, et l'empire absolu qne les éphores exerçaient' sur la volonté, les bras et la langue de leurs sujets Spartiates. Le oooseil des Dix à Venise, avec toutes les facilités pour les noyades nocturnes que présentait leur cité, aurait difficilement pu accomplir un si Taste « rnup SÉtv^t » av^c de tels moyens invisibles. Et, d'a|)rès cela, nous pouvons Juger, même qt»nd nous n'anirions pas d'autre preuve, combien les habitudes d'une 3ssemblée publique se seraient peu accordées soit avec la trempe d'esprit des Spartiates, soit av«c la marche de leur gouvernement.
Ootepov fiçàviffàv te aÙTOùç, Ttai- oO- çMpii. ■
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D'autres actes attribués aux éphores et dirigés contre les Ilotes» sont conçus dans le même esprit que l'incident que nous venons de raconter d'après Thucydide, bien qu'ils ne soient pas accompagnés d'un témoignage aussi certain. C'était une partie des institutions de Lykurgue (suivant un renseignement que Plutarque déclare avoir emprunté d'Aristote), que les éphores déclarassent chaque année la guerre aux Ilotes, afin que le meurtre commis sur eux pût être innocenté; et que de jeunes Spartiates actifs fussent armés de poignards et envoyés dans la Laconie, afin qu'ils pussent, soit dans la solitude, soit de nuit, assassiner ceux des Ilotes qui étaient considérés comme redoutables (1). Cette dernière mesure porte le nom de Krypteia; cependant nous trouvons quelque difficulté à déterminer jusqu'à quel point elle fut jamais réalisée. Que les éphores, en efiet, ne fussent ordinairement arrêtés par aucun scrupule de justice ou d'humanité, c'est ce qui est clairement démontré par le meurtre des deux mille mentionné plus haut. Mais ce dernier incident répondait réellement à son but; tandis qu'une pratique permanente telle que la krypteia et une formelle déclaration de guerre faite à l'avance auraient plutôt provoqué la réaction du désespoir qu'imposé la tranquillité. Il semble, en effet, bien prouvé que la krypteia «était une pratique réelle (2), que les éphores entretenaient un système de police ou d'espionnage d'un bout à l'autre de la Laconie au moyen de jeunes citoyens actifs qui menaient une vie dure et solitaire, et rendaient leurs mouvements aussi peu visibles que possible. Les éphores pouvaient assez naturellement employer ce moyen pour surveiller et les municipes des Periœki et les villages* des Ilotes, et l'assassinat commis sur des Ilotes individuellement par ces agents de police ou kryptae passait probablement inaperçu. Mais il est impossible d'ajouter foi à
(1) Plutarque, Lykurg. c. 1^8 ; Heracl. une coutume Spartiate existante. Cf. le Pontic. p. 504, éd. Crag. même traité, VI, p. 763, où Ast sus-
(2) Platon, Legg. I, p. 633 : les mots pecte avec raison rauthenticité du mot du Lacédœmonien^ Megillos désignent xpvicroC.
quelque ordre permanent de meurtre, ou à un assassinat dllotes annuel. et prémédité, dans le but de les intimider, comme on prétend qu'Aristote Ta exposé; car nous pouvons bien douter gu'il Tait fait réellement, quand nous voyons qu'il ne s'occupe pas de cette mesure dans sa Politique, où il parle avec quelque détail et de la constitution Spartiate et des Ilotes. La haine et la crainte bien connues que nourrissaient les Spartiates à l'égard de leurs Ilotes ont probablement donné une couleur plus forte à la description que fait Plutarque de là krypteia, au point qu'il exagère ces meurtres impunis qui avaient lieu par occasion et qu'il les transforme en un phénomène constant résultant d'un dessein délibéré. On doit tirer une semblable conséquence du renseignement de Myrôn de Priênê (1), qui préteîidait qu'ils étaient battus chaque année sans qu'ils eussent commis de faute particulière, afin de leurrappeler leur esclavage, et que ceux des Ilotes que leur beauté ou leur taille supérieures plaçait audessus du caractère visible de leur condition, étaient mis à mort; tandis qu'oi^ punissait lés maîtres qui négligeaient de réprimer le courage de leurs Ilotes doués de force. Ce mystère, par lequel les éphores étaient si remarquables, semble assez de lui-même réfuter l'assertion qu'ils proclamaient publiquement la guerre ouverte «outre les Ilotes; quoique nous puissions bien croire que cette malheureuse classe d'hommes ait été mentionnée comme devant être l'objet d'une jalouse surveillance dans le serment annuel que prononçaient les éphores en entrant en charge. Quel qu'ait pu être le traitement des Ilotes à une époque postérieure, il est en tout cas difficile de supposer qu'aucun règlement hostile à leur égard puisse être émané de Lykurgue; car les dangers provenant de cette source ne devinrent sérieux qu'après la guerre Messênienne, et dans le fait seulement après que la diminution graduelle du nombre des citoyens Spartiates se fut fait sentir. Les Ilotes affranchis ne passaient pas dans la classe des
(l)Myron, ap.Athenœ. XIV,p. 657. pas rigoureusement ou nécessairement *Ei«x6icT8tv TO^ç àfipoujiévouçne signifie « mettre à mort ».
Periœkiy — pour ce but une faveur spéciale, le don de laliberté accordée par quelque municipe periœkien, .était probablement nécessaire, ; — mais ils constituaient une classe à part, connue, à l'époque de la guerre du Péloponèse, sous le oom de Neodamôdes. Ayant gagné leur liberté par nne bravoore signalée, ils étaient naturellement Tobjet d'une appréhension particulière de la part des éphores, et, s'il était possible, on les employait dans un service étranger (1) ou on les établissait comme colons sur quelque terre étrangère. A quoi s'occupaient ces hommes libres, c'est un point pour lequel nous ne trouvons pas de renseignement distinct; mais nous ne pouvons guère douter qu'ils ne quittassent le village et le champ des Ilotes, en même temps que le costume rustique (le chapeau de cuir et la peau de mouton) que l'Ilote portait ordinairement, et dont le changement l'exposait à un soupçon, sinon à une punition, de la part de ses maîtres jaloux. Probablement comme les citoyens Spartiates qui avaient perdu leurs privilèges (appelés hypomeiones ou inférieurs), ils étaient rassemblés à Sparte, et trouvaient de l'emploi soit dans divers commerces, soit au service -du gouvernement.
Il a été nécessaire de présenter cette brève esquisse des classes d'hommes qui habitaient la Laconie, afin de pouvoir comprendre les renseignements donnés au sujet delà législation de Lykurgue. Les dispositions lattribuées à ce législateur, telles que Plutarqué les décrit, présupposent mai« ne créait pas les trois ordres des Spartiates, des Periœki et des Ilotes. Plutarqué nous dit que les désordres que Lykurgue treuva existants dans l'^ptat provenaient en majeure partie de la révoltante inégalité dans la propriété, ainsi que du penchant au luxe et de la rapacité éhontée des riches, qui s'étaient approprié la portion la plus considérable des terres <lu pays, laissant une grande multitude de pauvres, sans un lot de terre, dans une misère et une dégradation désespérantes. Pour obvier à cette inégalité (suivant Plutarqué), le Législateur opérant ses réformes employa une mesure rigoureuse.
(1) Thucyd. V, 34.
Il distribua de nouveau tout le territoire appartenant à Sparte, aussi bien que le reste de la Laconie ; le premier en neuf mille lots égaux, un pour chaque citoyen Spartiate; le second en trente mille lots égaux, un pour chaque Periœtos. Je parlerai tout àTheure plus en détail de cette prétendue distribution. De plus, il bannit l'usage dé la monnaie d'or et d'argent, ne tolérant sous la forme d'agent de circulation que des pièces de fer, lourdes et difficiles à porter ; et il interdit (1) au citoyen Spartiate toute espèce d'industrie ou de travail visant à l'argent, y compris Tagriculture. En outre, . il établit les Syssitia ou repas publics, non sans une vigoureuse opposition, dans le cours de laquelle, frappé par un jeune homme violent, nommé Alkander, on dit qu'il perdit un œil. On fournit un -certain nombre de tables communes, et on obligea chaque citoyen d'appartenir à l'une d'elles et d'y prendre habituellement ses repas (2), aucun nouveau membre n'étant admissible sans un vote unanime donné en sa faveur par les premiers occupants . Chacun fournissait de son lot de terre une qwote part spécifiée de farine d'orge, de vin, de fromage et de figues, et une petite contribution en argent pour les assaisonnements: on se procurait de plus du gibier en chassant dans les forêts publiques de l'État, tandis que toute personne qui sacrifiait aux dieux (3) envoyait à la table <îommuae dont il faisait partie une portion de la victime immolée. Depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, chaque citoyen Spartiate prenait ses sobres repas à cette table publique, à laquelle tous avaient une part égale; et l'on ne permettait de distinction d'aucune sorte, excepté dans des occasions signalées de services rendus à l'État par un citoyen individuellement.
Ces Syssitia publics, sous la direction des polémarques, se rattachaient à la distribution militaire, à la constante éducation gymnastique et à la rigoureuse discipline de dé-
:(}.) XénofiiKm, Bep. Lac c. 7« (3) V. les 4aiteiics cilés àmm Aiibénée,
(2!)Pl«iai5çne,Lyfc«rg.«.15;coiifirBaé IV, p. lél, en substance par Xéa. .E^.Xia& o. I,^.
tail imposées par Lykurgue. Depuis Tàge tendre de sept ans, pendant tout le cours de sa vie, comme jeune homme et homme fait non moins que comme enfant, le citoyen Spartiate vivait habituellement en public, prenant toujours part aux exercices gymnastiques et militaires, soit en personne, soit comme spectateur et juge des autres, toujours soumis aux pratiques et aux entraves d'une règle en partie militaire, en partie monastique, éloigné de l'indépendance d'une demeure séparée, voyant sa femme, pendant les premières années de son mariage, seulement à la dérobée, et n'entretenant que peu de relations particulières avec ses enfants. La surveillance non-seulement de ses concitoyens, mais encore de censeurs ou capitaines autorisés et nommés par l'État, s'exerçait perpétuellement sur lui : sa journée se passait en exercices et en repas publics, ses nuits dans la caserne publique à laquelle il appartenait. Outre l'exercice militaire particulier qui le familiarisait dès sa jeunesse avec les mouvements compliqués nécessaires à un corps d'hoplites lacédaemoniens en campagne, il était aussi soumis à une sévère discipline corporelle d'autre sorte, calculée pour donner de la force, de l'activité et de la patience. Manifester un esprit hardi et belliqueux, supporter sans sourciller la plus grande douleur corporelle, endurer la faim et la soif, le chaud, le froid et la fatigue, fouler nu-pieds le plus mauvais terrain, porter le même vêtement l'hiver et l'été, supprimer toute manifestation extérieure de sentiments,^ et montrer en public, quand l'action n'était pas exigée, un maintien réservé, silencieux et immobile comme une statue, voilà quelles étaient toutes les vertus d'un jeune Spartiate accompli (1). Souvent on opposait deux troupes égales l'une à l'autre pour combattre (sans armes) dans le petit espace en forme d'île appelé le Platanistès, et ces luttes étaient poussées, sous l'œil des autorités
(1) Xénophon, Rep. Lac. 2-3, 3-5, Platon, De Legibôs, I, p. 633 ; Xéno- 4-6. Aristote (Polit. II, 6, 5-16) insiste phon, DeLaced. Republ. II, 9, — avec spécialement sur l'extrême peine prise les exemples dans une note de Schneidans le système Spartiate ponr imposer der; — aussi Cragius, De Republ. Lala xaptepia (courage et patience) ; cf. ced. III, B, p. 325.
jusqu'à la dernière limite de la fureur. Ils ne mettaient pas non plus dans leur rivalité moins d'obstination à supporter sans murmure les cruelles flagellations infligées devant l'autel d'Artemis Orthia, traitement que l'on supposait être très-agréable' à la déesse, bien que parfois il se terminât même par la mort du patient, qui ne faisait entendre aucune plainte (1). Outre les divers genres de luttes gymnastiques, les jeunes gens étaient formés à des danses choriques en usage dans les fêtes des dieux, danses qui contribuaient à leur donner des mouvements méthodiques et harmonieux. Oh encourageait la chasse dans les bois et les montagnes de la Laconie, comme moy^n de les endurcir à la fatigue et aux privations. La nourriture fournie aux jeunes Spartiates était à dessein insuffisante ; mais on leur permettait de compléter
(1) Il est [à remarquer que ces luttes "violentes de jeunes gens, où ils se frappaient des pieds, se mordaient et s'arracliaient mutuellement les yeux, aussi bien que la ôta(Jwt(7TiYw<yiÇ ou lutte de flagellation devant l'autel d'Artemis, durèrent jusqu'aiîk derniers jours de Sparte et furent réellement vues par Cicéron, Plutarque et même Pausanias.
Plutarque avait vu plusieurs personnels mourir sous la soufiFrance (Plut. Lykurg.
c. 16, 18-30; et Instituta Lacouica, p. 239; Pausan. III, 14, 9, 16, 7; Cicéron, Tuscul. Disp. II, 15).
Les tortures volontaires subies par les jeunes gens de la tribu des Indiens Mandanes lors de leur fête religieuse annuelle, en présence des plus âgés de la tribu, expliquent d'une manière frappante les mêmes tendances et les mêmes principes que cette 6ta|xaaTiYa>(Ti; Spartiate. Elles sont endurées en partie sous Pinfluence de sentiments religieux, comme une offrande agréable au Grand Esprit, en partie comme un point d'émulation et de gloire delà part de jeunes gens qui cherchent à se montrer héroïques et indomptables aux yeux de leurs aînés. L'intensité de ces tortures eat en effet effrayante à lire et dépasse
de beaucoup sous ce rapport tout ce que l'on vit jamais à Sparte. Elle' serait incroyable, si elle n'était attestée par un témoin oculaire digne de foi.
V. M. Catlin's Letters on the American Indians, Letter 22, vol. I, p. 157 sqq,
« Ces cérémonies religieuses sont célébrées, en partie, dans le but de faire passer tous les jeunes gens de la tribu, à mesure qu'ils arrivent annuellement à la virilité, par une épreuve de privations et de tortures; ce qui, en fortifiant leurs muscles, comme on le suppose, et en les préparant à supporter d'extrêmes douleurs, permet aux chefs, spectateurs de la scène, de juger leur force et leur vigueur corporelles comparatives à endurer les privations et les souffrances les plus grandes, qui souvent sont le partage des guerriers indiens, et par là ils peuvent décider quel est le plus hardi et le plus capable pour conduire un parti de guerriers en cas d'événement. » Et p. 173, etc.
La xap-cepia ou pouvoir d'endurer (Arist. Polit. II,. 6,5-16), qui formait un des points saillants de l'éducation dé Lykurgue, se réduit à rien, si on la compare à celle des Indiens Mandanes.
HISTOIBB DÊt LA 0BÊCS
ce qui manquait nonnseolement en chassani, mai» encore en dérobant tout ce qu'ils pouTaient saisir, pourvu qu'ils ne se laissassent poijEit prendre sur le fait, auquel cas ils étaient séyèrement châtiés (1). Eu égard simplement aux résultats corporels (2), l'éducation à Sparte était excellente, en combinant la force et l'agilité avec une aptitude et une patience boun^es dans tous lés cas, et en se garantissant de cette erreur par laquelle Thêbes et d'autres villes détruisirent l'effet de leurgymmastique, — la tentative faite pour créer une disposition athlétique appropriée aux jeux, mais inutile partout ailleurs.
De tous les attributs de cette remarquable communauté, il n'y en a aucun de plus difficile à expliquer clairement que la condition et le caractère des femmes Spartiates. Aristote affirme que, de son temps, elles étaient impérieuses et intraitables, sans être réellement aussi braves et aussi utiles dans les moments de danger que d'autres femmes grecques (3) ; qu'elles possédaient une grande influence sur les hommes, et même exerçaient beaucoup d'ascendant sur le cours des affaires publiques ; et que près de la moitié des propriétés foncières de la Laconie avait fini par leur appartenir. L'exemption de tout contrôle dont jouissaient les femmes
Çl) Xénophon, Anab. IV, 6, 14; et De Repub. Lac. c. 2, 6 ; Isocrate, Or..
XII (Panath.) p. 277. C'est à ces expéditions de vol permises^ je suppose, qu^Isocrate fait allusion, quand il parle de Tfjç itaiSoiv aiJTQvo(i,taç à Sparte,, qui dans son sens naturel serait le contraire de la vérité (p. 277).
(2) Aristot. Polit. VIII, 3, 3. La remarque est curieuse : vvv (xèv oOv al (loXiorra âoxoûaai tûv icoXecdv CTct- (isXeiaOat Tôv iraiSorv al (Jièv àÔXyiTixTp»
ï^vi e(Ji.icotou<ri, Xa)ê<o(iL£vai t« x' etÔY) xoci TTiv aùÇricrtv tôv oufiàttov • ol Ôà Aor* xwvec TauxTiv jjtèv oOj^ i^fiapTovi r^jv à(iap- Tucv, etc. Cf. la remarque dans Platon^ Piotagor. p. 342.
(3) Aristot. Polit.. H, 6, 5; Plut.
Agésilaa, c. 31. Aristote fait allusion à
la eonduite des femmes Spartiate? à Poccasion de Finvasion de la Laconie par les Thêbains, comme preuve de son opinion relativement à leur manque de courage. Sous ce rapport son jugement semble rigoureux à leur égard, et il s'était probablement formé d-es idées exagérées de ce que dans de telles circonstances aurait dû être leur courage, comme résultat de leur éducation particulière. Nous pouvons ajouter que leurs violentes démonstrations dans cette occasion critique peuvent bien avoir pour cause tout autant la douleur de l'honneur blessé que la crainte, quand nous Gonsidirons quel événoment était l'apparition d'une armée ccmquérante piës dfi Sparte.
LOIS ET DISCHtlNB DK LYKCRGUE 311
formait, à ses yeux, un contraste marqué avec la rigoureuse discipline imposée aux hommes, et un contraste à peine moins signalé avec la condition des femmes dans d'autres cités grecques, où celles-ci étaient habituellement enfermées dans l'intérieur de la maison et paraissaient rarement en public. Tandis que le mari Spartiate accomplissait sa vie ascétique dans ses pénibles détails, et dînait de la manière la plus simple auPheidition ou table commune, l'épouse (à ce qu'il paraît) tenait sa maison sur un pied de luxe et d'abondance, et le désir de pourvoir à une telle dépense était une des causes de cet amour pour l'argent dominant chez des hommes auxquels il était interdit d'en jouir par les moyens ordinaires. Pour expliquer cette différence entre le traitement des deux sexes à Sparte, on apprit à Aristote que Ly« kurgue avait essayé de soumettre les femmes non moins que les hommes à un système de discipline, mais qu'elles firent une résistance si obstinée qu'elles le forcèrent d'y renoncer (1).
Il n'est pas facile de concilier l'exposé donné ici par le philosophe, et méritant naturellement une scrupuleuse attention, avec celui de Xénophon et de Plutarque, qui- regardent les femmes Spartiates par un côté différent, et les représentent comme des compagnes dignes des hommes et de même nature qu'eux. Le système de Lykurgue (tel que ces auteurs l'exposent), considérant les femmes comme une partie de l'État, et non comme une partie de la naaison, ^les soumettait à une éducation à peine moins dure que celle des hommes. Le grand but qu'il se proposait, celui de maintenir une race vigoureuse de citoyens, détermina à la fois et le traitement des jeunes filles et les règlements relatifs aux rapports entre les deux sexes. « Des femmes esclaves sont assez bonnes (pensait Lykurgue) pour rester au logis occupées. à filer et à tisser ; mais qui peut attendre de beaux enfants, mission et devoir propres d'une femme Spartiate libre à regard de sa patrie, dJe. mères élevées dans de telles occu-
(1) Ariflteto, FoUt. n, 6, d, 8,11.
pations (1)? »» Conformément à ces principes, les jeunes filles Spartiates étaient soumises à une éducation physique analogue à celle des jeunes gens, étant régulièrement exercées, et luttant entre elles à la lutte, ^u combat corps à corps et au. pugilat, selon les formes des agônes grecs. Elles paraissent avoir porté une légère tunique ouverte au bas, de manière à laisser les membres à la fois libres et exposés à la vue; c'est pour cela que Plutarque dit qu'elles étaient complètement sans vêtements, tandis que d'autres critiques, dans différentes parties de la Grèce, adressaient un semblable reproche à cet usage, comme si c'eût été une nudité absolue (2). La présence à ces exercices des jeunes gens Spartiates, et même des rois et du corps des citoyens, prêtait de l'animation à la scène. Les jeunes femmes également marchaient dans les processions religieuses, chantaient et dansaient à des fêtes particulières, et assistaient comme spectatrices aux exercices et aux luttes des jeunes gens; ainsi les deux sexes étaient perpétuellement entremêlés eil public, d'une manière étrangère aux habitudes aussi bien que contraire aux sentiments d'autres États grecs. Nous pouvons bien concevoir qu'une telle éducation donnât aux femmes un caractère démonstratif, et leur inspirât en même temps un vif intérêt pour les qualités mâles, de sorte que l'expression de leur éloge était le plus fort aiguillon, et celle de leur reproche l'humiliation la plus amère pour la troupe des jeunes gens qui l'entendait.
L'âge du mariage (qui dans quelques-unes des villes grecques non soumises à de telles règles était assez prématuré pour détériorer visiblement la race des citoyens) (3) fut re-
(1) Xénophon, Rep. Lac. I, 3-4; allusions poétiques d'Ovide et de Pro- Plutarque, Lykurg. c. 13-14. peree.
(2) Eurip. Androm. 598 ; Cicéron, On peut voir par les injonctions que Tuscul. Qusest. II, 15. L'épithète çat-. fait Platon dans sa République combien vo(iYi(iCS&c^ aussi ancienne que le poëte il approuvait Tusage d'une éducation Ibycus, montre que les femmes spar- gymnastiqueet militaire pour les jeunes tiates nV.taient pas sans vêtements femmes, analogue à celle de l'autre (V. Julius Pollux, VII, 55). sexe.
n est à peine utile de mentionner les X3) Aristote, Polit. VII, 14, 4.
culé par la loi Spartiate, pour les femmes aussi bien que pour les hommes, jusqu'à l'époque que l'on supposait être la plus compatible avec la perfection des enfants. Et quand nous lisons la restriction que la coutume Spartiate imposait aux relations même entre personnes mariées, nous conclurons sans hésitation que le mélange public des sexes, tel que nous venons de l'exposer, n'amenait pas aux libertés, entre personnes non mariées, qu'il eût pu vraisemblablement faire naître dans d'autres circonstances (1). Le mariage était presque universel parmi les citoyens, imposé par l'opinion générale du moins, sinon par la loi. Le jeune Spartiate emmenait son épouse par un enlèvement simulé ; mais il semble que, pendant quelque temps du moins, elle continuait à résider dans la famille, visitant son époux dans sa caserne, déguisée sous un costume d'homme, furtivement et dans de courtes occasions (2), Il arriva à quelques couples mariés, suivaitt Pluiarque, d'avoir été mariés assez longtemps pour avoir deux ou trois enfants, tandis qu'ils s'étaient à peine vus seuls pendant le jour. Une intrigue secrète de la part de femmes mariées était inconnue à Sparte ; mais les citoyens regardaient comme désirable, et le législateur comme un devoir, d'unir les plus beaux couples. Un sentiment personnel ou de jalousie de la part du mari ne trouvait de sympathie auprès de personne, et il permettait sans difficulté, et encourageait quelquefois activement, de la part de son épouse, des complaisances conformes à cet objet généralement admis. On poussa si loin une telle tolérance, qu'il y eut plusieurs femmes mariées qui furent reconnues comme maîtresses de deux maisons (3) et mères de deux familles distinctes, sorte
(1) « Il est certain (fait observer noph. Rep. Lac. I, 5. Xénophon ne
M. Thirlwall, en parlant des femmes parle nullement de l'enlèvement comme
Spartiates non mariées), que sous ce d'une coutume générale. Il se rencon-
rapport,la moralité Spartiate était aussi trait des cas oii il était réel et violent :
pure que celle de tout peuple ancien, V. Hérod. V, 65. Démarate enleva et
peut-être de tP^^t peuple moderne. » épousa la fiancée de Léotychidês.
(History of Greece, c. VIII, vol. 1, (3) Xénophon, Rep. Lac. I, 9. El 8é
p. 371.) Ti; aï y^vaixi (lèv oruvoixetv (i9j pou-
(;2) Plutarque, Lykurg., c. 15; Xé- XotTO, téxvwv ôè àÇtoXoytov diïi6v|i.oiij,
HIBTOIBSr BSr LA €FRÈCF
de bigamie strictement interdite aux hommes, et qui ne M jamais autorisée, si ce n'est dans le cas remarquable du roî Ai^axandridès, lorsque la ligne royale Hôraklide d'Eurysthenês fut en danger de s'éteindre. L'épouse d'Anaxandridês étant sans- enfant, les éphores le pressèrent vivement, sur des motifs de nécessité publique, de la répudier et d'épouser une autre' femme. Mais il refusa de renvoyer une épouse qui ne lui avait donné aucun sujet de plainte ; alors, le trouvant inexorable, ils le prièrent de la garder, mais de prendre en outre une autre épouse, pour qu'en tout cas il pût naître des enfants à la ligne Eurysthénide. « Ainsi (dit Hérodote) il épousa deux femmes et habita deux foyers, usage inconnu à Sparte (1) » ; c'était cependant le même privilège dont, selon Xénophon, jouissaient quelques femmes Spartiates sans recevoir de reproches de personne, et avec une harmonie parfaite entre les habitants de leurs deux maisons. 0. Mûller (2) fait remarquer (et il est justifié, autant que nou-s'pouvbns le savoir, par Tévidence) que les mariages d'amour et l'affection sincère à l'égard d'une épouse étaient plus familiers à Sparte qu'à Athènes; bien que dans la première la jalousie d'un mari ne fût ni permise ni reconnue, tandis que dans la seconde elle était vive et universelle (3).
Pour concilier la soigneuse éducation gymnastique que mentionnent Xénophon et Plutarque avec ce luxe sans contrôle et ce relâchement qu'Aristote condamne dans les
xat TOUTw vd[iov èirotrjffev, '^vTtva àv £ÛT£xvov xat ^evvaiav ôpcoY), TretcravTa TÔv exovxa, ex xauTYi; TexvoTcoteto-Oat.
Kai TToXXà {lèv xotauTa ovvextSpEi. Aï ts yàp yuvatxeç ôCttouç oÏxovç pou- Xovxat xaxéxeiv , oî xe àv8ps; àôeXçoùç xotç 7rai(ri ïcpoffXapLgàveiv, ol xoO [tèv yévoyç xaf xîjç 8uva|j,e(i>ç xowwvoOox, xôv 5è x,p^lA*Twv (rôx àvxiwotoOvxat.
(1) Hérodote, V, 39^40'. Msxà & xowx«, -pvaïxac lx«ov ôOœr, 3tÇàç toxiaç otxee, TCotétov ouSafi-a ÏTuapxtrixixà.
(2) Millier, Hiat. of Dorians, IV, 4,
1. Les récits que fait Plutarque (Agis^ c. 20 ; Kleomenês, c. 37-38) de la conduite d'Agesistrata et de Kratesikleia, épouses d'Agis et de Kleomenês, et de l'épouse de Panteus (qu'il ne nomme pas) à l'occasion de la mort de leurs époux respectifs, jettent une grande lumière sur la forte affection conjugale d'une fèmm* spartîate et sur son attachement dévoué et son courage à partager avec son mari les dernières extrémités de la douleur.
(3) V. le Discours de Lyaias, De Cœde Eratostlûnis, Orat. I, p. 94 aqq.
LOIS ET mSCll^UNB im I^^KURQUE 31 5»
î&armes Spartiates^ nous pouvons supposer qjjCk Tépoqite de ce é&eikier les femmes d'une ha^te positiom' ek d'une grande fa>rt«i0er s'étaieiït aofrangéeft po^ixr se soiEstraire à l'obligation générale, et que c'est de ces cas particaEers qu'il parie srar»tout. IL insiste spécialemient sur la tendance croissante à accumuler la propriété dans les mains des femmes (1), tendance qui semble avoir été encore^ plus manifeste un siècle après, sons le règne d'Agis III. Et nous pouvons imaginer san» peine que l'un des emplois de la richesse ainsi acquise consistait à acheter l'exemption de laborieux exercices, ce qu'elles pouvaient accomplir, plus facikement que les hommes, àimi l'État, réclamait les services comme soldats. Il nous explique en partie par quels moyens les femmes en vinrent à. posséder une proportion aussi considérable que les deux cinquièmes de la propriété foncière de l'État. Il y avait (dit-il) beaucoup d'héritières filles uniques (les dots données par les pères à leurs filles étaient très-considérables) ^ et le père avait un pouvoir illimité de faire des legs testamentaires, pouvoir dont il était disposé à user plutôt en faveur de sa fille que de son fils. Une égalité parfaite de legs ou d'héritage entre les deux sexes, sans aucune préférence pour les^ femmes, pouvait faire beaucoup; mais, en outre, Aristoté nous dit qu'il y avait dans l'esprit Spartiate à l'égard desi femmes une sympathie particulière et une complaisance qu'il attribue au caractère belliqueux et du citoyen et de l'État — Ares portant le joug d'Aphr(3rditè (2). Mais, en dehors d'une telle considération^ si nous supposons de la part d'un père Spartiate opulent la simple disposition à traiter égaleruent ses fils et ses fiJles quant aux legs, près d'une moitié de la masse des propriétés échues en héritage se fût naturellement trouvée entre lesf sosains des filles, puisque, dans uaae moyenne de familles, le nombre des naissances d'enfants des deux sexes est presque égal. Dans la plupart des sociétés, ce sont les
ÇL\ P lutarqn e, Agis, c. 4. Mm^xôovç ôvt«ç «el tôv ywvomxôv, xai
(2) Aristoté, Polit. II, 6, 6; Plu- TuXeiov èxeCvat; tûv Bri\Lo<sitùy, ^ tûv
tarque, Agis, c. 4. Toi;; Aaxe6ai(i.ovtou(; ISCcov aùtai^,. icaàftMCpa^lMiMÎMt âtâovTaç.
hommes qui font de nouvelles acquisitions; mais ceci n'arrivait que rarement ou jamais pour les hommes Spartiates, qui dédaignaient toutes les occupations entreprises dans le but de gagner de l'argent.
Xénophon, chaud panégyriste des. mœurs Spartiates, signale avec quelque orgueil la race de citoyens grands et vigoureux que les institutions de Lykurgue avaient produite. La beauté des femmes lacédaemoniennes était notoire dans toute la Grèce, et Lampitô, la femme lacédaemonienne introduite dans la Lysistrata d'Aristophane, est représentée comme recevant les plus grands .compliments pour sa belle taille et sa mâle vigueur (1). Nous pouvons faire remarquer que, sur ce point aussi bien que sur d'autres, Xénophon insiste expressément sur le caractère particulier des institutions Spartiates, contredisant ainsi les idées de ceux qui les regardent simplement comme quelque chose de dôrien un peu exagéré. En efifet, ce caractère particulier ne semble jamais avoir été contesté dans l'antiquité, soit par les ennemis, soit par les admirateurs de Sparte. Et ceux qui critiquaient les exercices masculins et publics des jeunes filles Spartiates, aussi bien que la liberté tolérée chez les femmes mariées, accordaient en même temps que les sentiments des unes et des autres s'identifiaient activement avec l'État à un degré à peine connu en Grèce ; que le patriotisme des hommes dépendait beaucoup de la symp'athie des femmes, qui, en se. manifestant publiquementM'une manière incompatible avec la vie retirée des femmes grecques en général, exaltait le brave aussi bien qu'elle humiliait le lâche, et que la noble attitude des mères Spartiates dans la perte d'un membre de leur famille était un secours sérieux pour l'État dans la tâche de résister à des revers publics. « Revenez avec ou sur votre bouclier, »» telle était l'exhortation qu'elles adressaient à leurs fils quand ils partaient pour servir au dehors ; et, après la fatale journée de Leuktra, les mères qui eurent à bien accueillir dans leurs foyers leurs fils survivant au dés-
(1) Aristophane, Lysistr., 80.
honneur et à la défaite furent celles qui souffrirent amèrement, tandis que celles dont les fils avaient péri conservèrent un maintien relativement joyeux (1).
Tels étaient les points principaux de la mémorable discipline Spartiate, fortifiée dans son action sur les âmes par l'absence de communication avec les étrangers. Car aucun Spartiate ne pouvait quitter sa patrie sans autorisation, et les étrangers n'avaient pas non plus la permission de rester à Sparte; ils y venaient, à ce qu'il semble, par une sorte de tolérance, mais ils pouvaient toujours en être éloignés par ce procédé si discourtois appelé xenêlasia (2), et il ne pouvait pas s'élever à Sparte cette classe d'étrangers résidants ou metœki qui constituaient une partie considérable de la po- < pulation d'Athènes, et semblent s'être trouvés dans la plupartdes autres villes grecques. C'est dans cet enseignement, qette éducation et ces exercices universels, imposés également aux jeunes garçons et aux hommes, aux jeunes gens et aux jeunes filles, aux riches et aux pauvres, que l'on doit chercher l'attribut distinctif de Sparte, et non dans ses lois ou dans sa constitution politique.
Lykurgue (ou l'individu, quel qu'il sôit, auquel est dû ce système) est le fondateur d'une c(mfrérie guerrière plutôt que le législateur d'une communauté politique; ses frères vivent ensemble comme des abeilles dans une ruche (pour emprunter une comparaison de Plutarque), avec tous leurs sentiments engagés dans l'Ëtat, et séparés de la maison et du foyer (3). Loin de contempler la société comme un tout, avec ses besoins et ses conditions multiples, il interdit à
(1) Y. le ^marquable récit dans Xé- sion des étrangers (I, 144; II, 39). Cf. nophon, HeUen. IV, 16; Plut. Agesilas, Xénophon, Rep. Lac. XIV, 4; ,Plutare. 29; nn des incidents les plus frap- que, Agis, c. 10; Lykurgue, o. 27; p«nts de rhistoire 'grecque. Cf. aussi la Platon, Protagoras, p. 348.
série de mots attribués à des femmes Aucun Spartiate ne quittait le pays
Laoédœmoniennes, dans Plutarque, Lac. sans permission; Isocrate, Orat. XI
Apophth. p. 241, sqq» (Busiris), p. 225; Xénoph. ut sup,
(2) Kous pouvons voir par les dis- Ces deux règles finirent par se relftoours de Periklès dans Thucydide corn- cher beaucoup après la fin de la guerre bien paraissait choquante aux Grecs la du Péloponëse.
Xenêlasia lacédœmonienne ou expul- {3} Plutarque Lykurg., o. 25.
HISTOIRE va UL GRÈCE
ravance, par ^ne des trois Rhctrœ primitiTies, toute loi écrite, c'est-à-dire tout acte législatif formel et prémédité sur un sujet spécial quelconque. Quand il faut arraager des différends ou que l'intervention du juge •est nécessaire, le magistrat doit décider d'après son propre sentiment d'^équité ; on suppose que le magistrat ne s'écartera pas des coutumes établies ni des desseins reconnus de la cité, d'après la discipline personnelle à laquelle lui et le corps d'élite auquel il appartient ont été soumis. C'est sur ce corps d'élite, entretenu par le travail d'autrui, que Lykurgue veille exclnsivemeut, avec l'œil prévoyant d'un instructeur, dans le but de l'amener par la discipline à être dans l'état et la condition d'un régiment (1), à obéir comme un seul homme, à avoir une activité et une patience corporelles, de telle sorte qu'il puisse être toujours prêt et disposé à la défense, à la conquête et à la domination. On trouvera le pendant des institutions de Lykurgue dans la République de Platon, qui approuve le principe Spartiate de gardiens choisis, dressés avec soin et administrapt la communauté selon leur volonté; avec cette différence, importante à la vérité, que le caractère Spartiate (2) formé par Lykurgue est d'un type bas, rendu sauvage
(1) Plntarqne fait observer avec justesse, aa sujet de Sparte wui ia discipline de lykurgue, que c^Atait « non le régime politique d'une cité, mais la vie d^nn homme exercé et habile > l(Plut. Lyk., c. 30).
Touchant l'habitude absolue d'obéissance à Sparte, V. Xénophon. Mémorab. in, 6, 9, 15-IV, 4, 15, les grandes qualités de Sparte aux yeux de ses admirateurs (Isocrate, Panath. Or, Ail, çu 256-278) , «Etôotpxi* — «wçpoffvwi — * Ta YU(ivéota TÔbcet iea6e(rTfa>Ta xal
TTiv ô{A6voiav yuà avvoXuc '^^ 4CEpl xàv
^) Arntot. Polit. VIII, S, a. Ot Aà-
névoiç.
Isocnte dit «sprenénent qa« les
Spartiates ignoraient absolument les lettres et joe savaient pas lire (Panath. Or. Xn, p, 277) : Outûi fié totovwv à7Ço).6>etjX{iivoi ttjç xotv^ç iratôstoç xaX çiXotroçiac elfftv, tîiffT' oùôà YfBcfipoKTa fuev6àvou9iv, etc.
Isocrate préfère d'une manière si évidente la rhétorique à l'exactitude, -que nous devons comprendre ses paroles avec i|[iielqne réserve; mais, dans \o cas actuel, il est daîr «pi'il entend Ijttéraiement oe qu^il dit; car dans lun satre endroit du même disoeizrs il y a «ae expressicm qui lui échappe presque iavol(mtaiTemeat«tt qui vient à Poppui.
« Les plus raisonubles des Spartiates ^dit-il) «pippécieRnit œ diiooars, s'ils éntment quelqu'un four le leur Kre ih— l^v ^àéioot vin ÂvaqpMMé^ayev (p, 385),
LOIS JST DISCIPLINE BE LYKiURGUE 3W
et îaTonche par uae discipline corporelle exxiluâve et outrée, juanquant même des éléments des lettres, plongé dans ses propres spécialités étroites et instruit à mépriser tout ce qwi est au delà, possédant toutes lès qualités nécessaires pour se procurer la domination, mais aucune des qualités propres il rendre la domination populaire ou salutaire aux sujets: tandis que les habitudes et les attributs -des gaixiiens, tels que Platon les esquisse, sont étendus aussi bien que pbilantàropiques ; ils les rendent aptes non-seulement à gouverner, mais à, gouverner pour des buts élevéi; de protection et de conciliation. Platon et Aristote conçoivent tous les deux comme la perfection sociale quelque chose du type Spartiate, un corps choisi de citoyens jouissant de privilèges égaux, aflr^chis d'occupations laborieuses et soumis à des exercices publics et uniformes. Tous deu;?: ils admettent (avec Lykurgue) que le citoyen n'appartient ni à lui-même ni à sa famille, mais à «a cité; tous deux en même temps ils signalent avec regret que l'éducation Spartiate ne fût dirigée que sur une seule partie de la vertu humaine, celle à laquelle il est fait appel dans un état de guerre (1) ; les citoyens étant changés en une sorte de garnison, toujours à l'exercice, et toujours prêts à être appelés soit contre les Ilotes à l'intérieur, soit contre les ennemis du dehors. Cette tendance exclusive paraîtra * moins étonnante si nous considérons l'époque très-reculée et privée de toute ^curité^ à laquelle naquirent \es institutions de Lykurgue, alors qu'aucune de ces garanties, qui dans la suite assurèrent la paix du monde hellénique, n'était encore jusqu'à c^ moment devenue efficace, qu'il n'y avait nulle part ni habitudes constantes de commerce , ni usage de se réunir en Amphiktyonie en venant des parties éloignées de la Grèce, ni fêtes communes ou fréquentées par une foule considérable, ni multiplication de proxénies (ou billets permanents d'hospitalité) entre le$ -cités importantes, ni habitudes pacifiques ou industrieuses. Quand nous
(1) Aristote, Polit, n, 6, 22 ;YII, 13, L^gg. I, jmgtm 626-e2d. Pkt. Sellto, 11; Vm, 1, 3; Vm, 3, 3. PUton, c.22.
considérons le défaut général de sécurité dans la vie grecqae au neuvième ou au huitième siècle avant Tère chrétienne, et particulièrement la condition précaire d'une petite bande de conquérants dôriens, à Sparte et dans son district, avec les Ilotes soumis sur leurs propres terres et les Achaeens non soumis tout autour d'eux, nous ne serons pas surpris que les paroles que Brasidas dans la guerre du Péloponèse adresse à son armée, en rappelant l'établissement Spartiate primitif, se présentassent d'une manière plus puissante encore à l'esprit de Lykurgue quatre siècle» auparavant : « Nous sommes nn petit nombre au milieu d'une foule d'ennemis ; nous ne pouvons nous maintenir qu'en combattant et en étant vainqueurs (1). »
Dans dd telles circonstances , on comprend aisément le but exclusif que se proposait Lykurgue; mais ce qui est vraiment surprenant, c'est la violence des moyens qu'il employa et le succès qu'il obtint. Il réalisa son projet de créer dans les huit mille ou les neuf mille citoyens Spartiates des habitudes incomparables d'obéissance, d'audace, d'abnégation et d'aptitude militaire, une soumission complète de la part de chaque individu à l'opinion publique locale, et la volonté de mourir plutôt que de renoncer aux 'maximes Spartiates, une extrême ambition de la part de chacun de se distinguer dans la sphère tracée des devoirs, avec peu d'ambition pour toute autre chose. De quelle manière un système si rigoureux d'éducation individuelle peut-il avoir été, pour la première fois, introduit dans une communauté quelconque, maîtrisant le cours des pensées et des actions depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, — œuvre beaucoup plus difficile que toute révolution politique, — C'est ce qu'il ne nous est pas permis de découvrir. Même l'influence d'un Hêraklide ardent et éner-
(l) Thucyd. IV, 126. 07 y^ V-'n^ àizh La ciroonstanoe la plus remarquable,
iroXiTSUôv TOiouT<i>v ^xete , èv alç où c'est que ces paroles sont adressées par
iroXXol 6>tY<ov dcpxouat, àXXà nXctovwv Brasidas à une armée composée en
{iâXXov 2Xà<r(rov< * oùx £>J^<i> tivi xryiffà- grande partie d^Ilotes afiranchis (Thn-
. |Uvot Ti^v fiuvaoTtCav Ij t^» \Lax6\LSM0t cyd. IV, 81). xpâiTttv.
gique, secondée et appuyée par l'action encore plus puissante du dieu de Delphes sur la forte sensibilité religieuse de l'esprit Spartiate, ne suffit pas non plus pour expliquer un phénomène si remarquable dans l'histoire de l'humanité, à moins que nous ne les supposions aidées par quelque combinaison et quelque concours de circonstances que l'histoire ne nous a pas .transmises (1), et précédées de désordres si extrêmes que les citoyens furent heureux d'y échapper à tout prix.
Relativement à Sparte, avant Lykurgue, nous n'avons de renseignement positif d'aucune sorte. Mais, bien que cette malheureuse lacune ne puisse être comblée , nous pouvons cependant dominer les probabilités négatives du cas , assez pour voir que dans ce que Plutarque nous a dit (et c'est de Plutarque qu'ont été tirées les opinions modernes jusqu'à une époque récente) il y a à la vérité une base de réalité, mais qu'il y aussi une vaste superstructure de roman, dans beaucoup de particularités essentiellement trompeuses. Par exemple, Plutarque parle de Lykurgue comme introduisant ses réformes à une époque où Sparte était maîtresse de la Laconie, et comme distribuant l'ensemble de ce territoire entre les Periœki. Or, nous savons que la Laconie n'appartenait pas alors à Sparte , et que ce partage de Lykurgue, en admettant qu'il fût réel, n'aurait pu être appliqué qu'à la terre située dans le voisinage immédiat de cette dernière ville. Car même Amyklae, Pharis et Geronthrae n'étaient pas conquises avant le règne de Têleklos, postérieur à toute époque que nous pouvons raisonnablement assigner à Lykurgue.: une telle distribution de la Laconie ne peut pas non plus avoir eu Kbu réellement. De plus, on nous dit que Lykurgue bannit de Sparte l'or et l'argent monnayés, les professions et les frivolités inutiles , une ardente poursuite du gain et un fastueux étalage. Sans insister suç ce qu'a d'improbable qu'aucun de ces caractères antispartiates ait existé à une époque aussi reculée que le neuvième siècle avant l'ère
(1) Platon parle du système de Ly- Delphien, et de Lykurgue comme de kiirgue comme émanant d^ Apollon son envoyé (Legg. I, p. 633).
chrétienne, nous pouvons du moins être certains qu'on ne peut trouver alors d'argent monnayé, puisqu'il fut introduit pour la première fois en Grèce par Pheidôn d'Argos dans le siècle suivant, comme nous l'avons dit dans le précédent chapitre.
Mais de tous les points présentés parPlutarque, celui qui est de beaucoup le plus suspect et le plus trompeur, parce qu'il a servi de base à des calculs sans fin, c'est le nouveau partage* prétendu de la propriété foncière. Il nous dit que Lykurgue trouva une effrayante inégalité dans les biens fonciers des Spartiates, presque tout le pays entre les mains d'un petit nombre, et une grande multitude sans aucune terre; qu'il rémédia à ce mal par une nouvelle division du district Spartiate en 9,000 lots égaux, et le. reste de la Laconie en 30,000, donnant à chaque citoyen ce qui lui produirait une quotité donnée d'orge , etc. ; et qu'il aurait désiré , de plus, diviser la propriété mobilière sur des principes semblables d'égalité , mais qu'il en fut détourné par la difficulté de mettre en exécution son projet.
Or, nous trouverons, après examen, que ce partage nouveau et égal des terres par Lykurgue est encore plus en opposition avec le fait et la probabilité que les deux premiers actes allégués. Toutes les preuves historiques montrent des inégalités prononcées de propriété entre les Spartiates, iné- ■ galités qui tendaient constamment à s'accroître ; en outre, les auteurs plus anciens ne conçoivent pas ce mal comme né par suite d'abus d'un système primitif d'égalité parfaite, et ils ne savent non plus rien du nouveau partage égal fait dans l'origine par Lykurgue. Même à une époque aussi reculée que celle du poète Alcée (600-580 av. J.-C;), nous trouvons des plaintes amères sur l'ascendant oppressif de la richesse et la dégradation du pauvre, citées comme ayant été proférées par Arist#dêmos à Sparte : « La richesse, dit-il, fait l'homme : — aucune personne pauvre n'est considérée comme bonne ni honorée (1). » Ensuite, l'historien Hellanicus ne
(I) Alcœl Fragm. 41, p. 279, éd. Sohneid^wîn :
connaissait certainement rien du nouveau partage de Ly-» kurgue, car il attribuait toute la constitution Spartiate à Eurysthenês et à Proklês, les premiers fondateurs, et signalait à peine Lykurgue. De plus, dans la courte mais frappante description que fait Hérodote du législateur Spartiate, il fait allusion à plusieurs autres institutions , mais il ne dit rien d'un nouveau partage des terres ; et ce dernier point est en lui-même d'une importance si considérable, et il était tellement reconnu par tous les penseurs grecs, que l'omission est presque une preuve d'ignorance. Thucydide, à coup sûr, ne pouvait pas avoir cru que l'égalité de propriété fut un trait original du système de Lykurgue; car il dit qu'à Lacédsemone « les hommes riches s'assimilaient beaucoup, sous le rapport du vêtement et des habitudes générales d'existence, à la simplicité des pauvres, et donnaient ainsi un exemple qui était suivi en partie dans le reste de la Grèce »» ; remarque qui implique à la fois l'existence de propriétés inégales , et donne une juste appréciation de l'action réelle des institutions de Lykurgue (1). C'est aussi le sentiment de Xénophon (2) : il fait observer que les riches, à Sparte, ne tiraient pas grand profit de leur fortune sous le rapport d'un bien-être supérieur , mais jamais il ne jette un regard sur une mesure originale quelconque appliquée par Lykurgue à une égalisation des propriétés. Platon (3) aussi, en signalant le grand avantage qu'avaient les Dôriens, immédiatement après leur conquête du Péloponèse, de pouvoir répartir la terre d'une manière convenable entre tous, ne donne jamais à entendre que cette première distribution ait dégénéré en abus, et que Lykurgue ait eu dans la suite recours à un entier et nou-
'ÛçyàpfiTÎitox* 'Ap*<iT66o{AOv çaier* oOx (aovioi ixç^(TOL\xo, xaî iç ta àXXa icp6«
[àirdXajjivoviv Sitàpx^ XÔYOv tooç iroXXoùç oi xà jjLeiÇw xexxrijjivai
Eîirîiv — XpiQixax' àvi^p* irevixpô; WofiCaiToi (xaXiara xaTCdTTQaav. V. aussi
P' ooîelç icéXex' itrfiXàç oOôè ti|«oç. Plutarque, Apophthegm.Lacon.p.2lO,
Cf. le Scliol. ad Pindar. Isthm. Il, A.-F.
17, et Diogcn. Laërt. I, 31. (2) Xénophon, Republ. Laced., c. 7.
(1) Thucyd. I, e.Metpiqi S' au itj^xi (3) Platon, Legg. IIÏ, p. 684. xal èç Tov vuv xpÔTCOv irpârot Aaxe6o»-
veau partage ; de plus , il a lui-même le profond sentiment des dangers d'un acte aussi formidable. Enfin, Aristote évidemment ne croyait pas que Lykurgue eût de nouveau partagé le sol; car il nous apprend d'abord que, « et à Lacédaemone et en Krôte, le législateur avait rendu la jouissance de la propriété commune au moyen de l'établissement des Syssitia ou repas publics (1). »» Or, nous verrons que cette remarque, si nous lisons dans le chapitre dont elle fait partie une réfutation du plan de communisme proposé pour les gardiens choisis de la République de Platon, dit peu de chose pour le point qu'elle concerne, si nous admettons que Lykurgue égalisa en môme temps toutes les possessions individuelles. Si Aristote avait connu ce fait, il n'aurait pas pu ne pas le signaler ; il n'aurait pas non plus assimilé les législateurs de Lacédaemone et de Krète , vu que personne ne prétend qu'aucune égalisation pareille ait jamais été opérée dans cette île. Ensuite, non-seulement Aristote insiste sur l'inégalité rée,lle des propriétés à Sparte comme sur un mal public sérieux, mais il ne l'indique nulle part comme étant née d'un système d'égalité absolue jadis décrétée par le législateur et faisant partie de la constitution primitive ; il mentionne expressément l'inégalité des biens jusqu'à une époque aussi avancée que la seconde guerre de Messenia. En outre, dans cet excellent chapitre de sa. Politique, où il discute le plan d'une égalité de possessions, il cite formellement Phaleas de Chalkedôn comme en étant le premier auteur, excluant ainsi Lykurgue indirectement (2). Le seul
(1) Aristote, Politic. II, 2, 10. lQ<r- ?cep xà irepl rà; xryjffet; iv Aaxe8ai(tovi xal KprJTYi Toiç auddittoiç ô vo|io8éT7iç sxotvbxre.
(2) Aristot. Polit. II, 4, 1, au sujet de Phaleas ; et relativement à Sparte et à la Krête en général, le sixième chapitre et le septième entiers du second livre; et V. 6, 2-7.
Théophraste (ap. Plutarch. Lykurg.
c. 10) fait observer également que les repas publics et la simplicité générale
des habitudes tendaient à rendre les richesses peu utiles à leur possesseur : tov irXoÙTOv dTcXouTOv àicepyàdaerOai x^ xotvoTTiTt Tûv 8eîirv(t>v, xal x^ irspi tyjv Siatxav eOxsXeiqL. Cf. . Plut. Apophthegm.
Ijicon., p. 226 E. On n^avait donc pas formellement rompu avec la richesse dans Topinion de Théophraste : il n'y avait pas une égalité positive de biens.
Les deux rois Spartiates dînaient aux repas publics au même pheidition (Plut.
Agésilas, c. 30).
silence d'Aristote est dans cette discussion un argument négatif du plus* grand poids. Isocrate (1) aussi parle beaucoup de Sparte en bien et en mal ; il mentionne Lykurgue comme ayant établi une constitution politique ressemblant beaucoup à celle des plus anciens temps d'Athènes ; il loue les gymnases et la discipline, et félicite les Spartiates d'avoir passé tant de siècles sans séditions violentes, sans abolition des dettes et sans nouveau partage des terres , ces « maux terribles, » comme il les appelle. S'il avait considéré Lykurgue comme étant lui-même l'auteur d'un nouveau et complet partage de terres, il n'aurait guère pu éviter d'y faire quelque allusion.
On voit donc qu'aucun auteur jusqu'à Aristote n'attribue à Lykurgue un nouveau partage des terres, soit de Sparte, soit de la Laconie. Le renseignement que donne Plutarque à ce sujet, avec de grands détails et une spécification précise de nombre et de produit, doit avoir étg emprunté de quelque auteur postérieur à Aristote ; et je pense que nous pouvons en retrouver la source en étudiant la biographie de Plutarque conjointement avec celle d'Agis et de Kleomenês. Le renseignement est pris dans des auteurs du siècle qui suit Aristote; soit dans la période, soit peu avant le temps où ces deux rois essayaient des mesures extrêmes pour renouveler l'État déclinant : le premier, par un changement complet de système et de propriété, proposé toutefois et accepté selon des formes constitutionnelles; le second, par des projets semblables en substance, avec la violence pour les imposer. L'accumulation de la propriété foncière dans un petit nombre de mains, la multiplication des pauvres et la diminution des citoyens , qu' Aristote dépeint comme des maux considérables, s'étaient beaucoup aggravées pendant le siècle qui
Hêraklide de Pont ne fait mention ni cession anssi bien que de Lyknrgue, de l'égalité des lots Spartiates ni d'un (1) Isocrate , Panathen. Or. XU,
nouveau partage des terres par Lykur- p. 266, 270, 278 : OOôè X9^^ àiroxo-
gue (ad calcem Cragii, de Spartano- icàç oOSe xnç àvafiaatJiàv oOè' 5XX' oOôèv
rum Repub. p. 504), bien qu'il parle tôv àvTQxéarwv xaxâv. des lots Spartiates et de la loi de suc-
HISTOIBE DE lA GRÈCE
est entre ce philosophe et Agis. Le nombre des citoyens, qu'Hérodote portait à 8,000 à l'époque de» l'invasion des Perses, était tombé à 1,000 du temps d'Aristote et à 700 du temps d'Agis; et de ce dernier nombre 100 seulement possédaient la plus grande partie de la propriété foncière de rÉtat (1). Or la qualité requise pour être citoyen, en vertu de l'ancienne règle de Lykurgue, consistait dans les moyens de fournir à la table publique la quote part prescrite, obligaitoire pour chaque individu ; aussitôt qu'un citoyen devenait trop pauvre pour répondre à cette obligation, il perdait son privilège et son éligibilité aux charges (2). Les lots de terre plus petits, bien qu'il fût tenu pour déshonorant de les acheter ou de les vendre (3), et que quelques auteurs aient
(1) Plutarque, Agis, c. 4.
(2) Aristote, Polit. II, 6, 21 : Hapà 6è Toîç Aaxûdtv ëxaerrov ôet cpépeiv, xai (TfoSpa TrevrJTWv èviwv ôvtwv, xal TOÙTO To àva>xa>{i.a oO dirva(Jiévfa>v ôairav^v...''Opoç Ss Tiî; iroXixeia; oy- Toç èo"rtv ô Tràrptoç, tov (xy) ôuvàfievov toOto to téXoç çépeiv, \»,ri |X6Téxstv aOx^ç. De même aussi Xénophon, Rep. Lac, c. 7 : ïda [lèv çépeiv zIq Ta imxii^tiûL, 6(JL0ta); 6e 6iai- Tàffôat TaÇaç.
L'existence de cette condition d'une contribution à payer est le fait capital
dans l'histoire de la constitution Spartiate ; surtout si nous la rapprochons de cet autre fait, qu'aucun Spartiate n'acquérait rien par aucune sorte d'in-
. dustrie quelconque.
(3) H«îraclide de Pont, ad calcem Cragii, de Republ. Laced. p. 504. Cf.
Cragius, III, 2, p. 196.
Aristote (II, 6, 10) dit qu'il était déshonorant d'acheter ou de vendre un lot do terre, mais que ce lot pouvait être donné ou légué à volonté. Il ne parle pas de la défense de le diviser, il avance même un fait qui est en contradiction avec cette défense, c'est que c'était l'usage de donner une dot considérable quand la fille d'un homme
riche se mariait (U, 6, 11). La sœur d'Agésilas, Kyniska, possédait dévastes propriétés, ce qui implique évidemment le partage des biens de son père ^Plutarque, Agésilas, 30).
On peut bien douter qu'il y ait jamais eu quelque loi interdisant à un père de diviser son lot entre ses enfants.
La Khêtra de l'éphore Ëpitadeus (Plutarque, Agis, 5) accordait au possesseur mi pouvoir illimité de disposer de son bien par testament, de sorte qu'il pouvait à son choix donner ou léguer sa terre à un étranger. On attribue de grands effets à cette loi ; mais il est évident que la tendance à accumuler la propriété en un petit nombre de mains et celle qu'avait à diminuer le nombre des citoyens ayant droit à ce titre, se manifestèrent sensiblement avant l'époque d'Epitadeus, qui vint après Lysandre. Plutarque, dans un autre endroit, meïitionne Jïésiode, Xénocrate et Lykurgue comme s'étant rencontrés avec Platon pour penser qu'il était convenable de ne laisser qu'un seul héritier ("Eva (j^ov xXif}povo(jLOv xaTaXticsiv) ( 'rwofxvTUJiaTa elc ^H(tîo6ov, Fragm.
vol. 5, p. 777, Wittenb.). Mais Hésiode ne pose pas ceci conome une nécessité ou conuue une règle universelle; il dit
affirmé (sans fondement, àmon ayis) qu'il était interdit de les diviser, ces lots, disons-nous, devinrent insuffisants pour des familles nombreuses, et semblent avoir passé par quelque moyen indirect entre les mains des riches ; toute occupation laborieuse étant interdite à un citoyen Spartiate, et de plus étant réellement incompatible avec sa rigoureuse discipline personnelle, il n'avait pas d'autre moyen de fournir sa quote part que le lot de terre. On peut juger de la gêne qu'on éprouvait par rapport à ces petits lots de terre par le fait dont parle Polybe (1), que trois ou quatre frères Spartiates n'avaient souvent qu'une seule et même épouse, le patrimoine suffisant tout juste à fournir des contributions pour tous à la table publique, et ainsi à conserver intacts les droits de citoyen pour tous les fils. La tendance qu'avait à diminuer le nombre des citoyens Spartiates semble avoir marché sans interruption depuis le temps de la guerre des Perses, et doit avoir été augmentée par la fondation de Messênê, avec le territoire indépendant qfti l'entourait, après la bataille de Leuktra, événement qui enleva aux Spartiates une portion considérable de leurs propriétés. En dehors de ces
seulement qu'un père est plus à son aise quand il n'a qu'un seul fils (0pp.
Di. 374). Et si Platon avait pu citer Lykurgue comme autorité pour ce système d'un nombre invariable de xXïjpoi ou lots séparés, qu'il expose dans son traité des Lois (p. 740), il est extrêmement probable qu'il l'aurait fait.
Aristote peut encore moins avoir supposé que Lykurgue ou le système Spartiate ait assuré ou voulu assurer le maintien d'un nombre invariable de lots distincts de propriété ; car il mentionne expressément ce plan comme étant particulier à Philolaos le Corinthien, dans ses lois pour les Tbêbains (Polit. II, 9, 7).
(1) Polybe, Fijigm. ap. Mail Collect.
Vett. Script, vol. II, p. 384.
Il est possible, comme le fait remarquer 0. Millier, que ceci veuille seulement signifier qu'aucun des frères, si
ce n'est l'aîné, ne pouvait se permettre de se marier ; mais les sentiments des Spartiates au sujet du mariage étaient sous bien d'autres rapports si différents des nôtres, que nous ne sommes guère autorisés à rejeter le renseignement lit* téral (History of theDorians,III, 10, 2), ce qui en effet est expliqué à la fois et rendu croyable par la permission accordée dans les lois de Solôn à une suîxXïipoç demandée en mariage par un parent âgé — àv ô xparôv xal xupto; Yeyovci); xaxà tov vojxov auxoc [i9) ôuvaxàç ^ irXr](TiàÇ£iv ÛTrè tûv e^yKiTa xoO àvôpoç Ô7cuCe(j6ai (Plutarque, Solôn, c. 20).
Je puis faire observer que parmi les assertions de 0. Mliller^ relatives aux lots de terre à Sparte, plusieurs sont dénuées de fondement et quelques-unes inexactes.
causes spéciales, on a de plus souvent observé comme un fait statistique qu'une corporation formée de citoyens, ou un petit nombre de familles quelconque, dont les membres se marient habituellement entre eux, ne recevant pas du dehors de forces nouvelles, a ordinairement une tendance à diminuer.
Ce n'est pas actuellement le moment d'entrer longuement dans cette combinaison de causes qui en partie sapèrent , en partie renversèrent et les institutions de Lykurgue et le pouvoir de Sparte. Mais, en prenant cette ville dans l'état où elle était du temps d'Agis III ( à peu près vers 250 av. J.-C), nous savons que ses citoyens étaient devenus peu nombreux, la majorité d'entre eux misérablement pauvre, et que toute la terre était concentrée dans un petit nombre de mains. L'ancienne discipline et les repas publics (en ce qui concernait les riches) avaient dégénéré en simple formalité ; un corps nombreux d'étrangers ou d'hommes n'étant pas citoyens (l'ancienne "xenêlasia, ou interdiction de résidence pour les étrangers ayant cessé depuis longtemps) étaient domiciliés dans la ville, formant un pouvoir riche et influent; et en dernier lieu, la dignité et l'ascendant de l'État parmi ses voisins étaient complètement ruinés. C'était une pensée insupportable pour. un jeune enthousiaste comme le roi Agis, aussi bien que pour beaucoup d'esprits ardents parmi ses contemporains, que de comparer cette dégradation avec l'ancienne gloire de leur patrie ; ils ne virent pas non plus d'autre moyen de reconstruire l'antique Sparte que d'y admettre de nouveau les citoyens pauvres privés de leurs privilèges, défaire un nouveau partage des terres, d'annuler toutes les dettes, et de rétablir les repas publics et les exercices militaires dans toute leur rigueur. Agis s'efforça de faire triompher ces mesures subversives (telles qu'aucun démagogue dans la démocratie extrême d'Athènes n'aurait jamais osé en imaginer de pareilles) avec le consentement du sénat et de l'assemblée publique, et l'acquiescement des riches. Sa sincérité est attestée par ce fait que ses propres biens et ceux des femmes de sa famille, qui étaient au nombre des plus considérables dans l'État, furent abandon-
LOIâ ET DISCIPLINE DE LYKUR»UE 329
nés comme premier sacrifice pour former le fonds commun. Mais il devint la dupe d'hommes sans principes qui l'aidaient dans son entreprise, et périt dans la tentative inutile qu'il fit pour réaliser son plan par la persuasion. Son successeur Kleomenês accomplit ensuite à l'aide de la violence un changement semblable en substance, bien que l'intervention d'armes étrangères renversât promptement et lui-même et ses institutions.
Or, ce fut dans cet état de sentiment public qui donna naissance à ces projets d'Agis et de Kleomenês à Sparte que gagna d'abord du terrain la fausse idée historique, inconnue, à Aristote et à ses prédécesseurs, d'une égalité absolue de propriétés considérée comme une institution primitive de Lykurgue. Il est inutile de signaler combien une telle opinion favorisait les plans d'innovation, le fait est trop évident par lui-même ; et sans supposer aucune imposture calculée, nous ne pouvons nous étonner que les prédispositions de patriotes enthousiastes interprétassent conformément à leurs prédilections une ancienne législation qui n'était appuyée par aucun texte et dont ils étaient séparés par plus de cinq siècles. La discipline de Lykurgue tendait forcément à suggérer à l'esprit des citoyens V**idée^ d'égalité entre les citoyens, c'est-à-dire la négation de toute inégalité non fondée sur quelque attribut personnel, en tant qu'elle assimilait les riches aux pauvres sous le rapport des habitudes, des jouissances et des qualités; et l'égalité, qui existait ainsi en idée et en tendance , et que semblait proclamer le désir du fondateur, les réformateurs postérieurs l'outrèrent au point d'en faire une institution positive qu'il avait d'abord réalisée, et dont s'étaient éloignés ses successeurs dégénérés. Ce fut ainsi que les imaginations, les aspirations et les suggestions indirectes du présent prirent le caractère de souvenirs tirés d'un passé historique ancien, obscur et éteint. Il est possible que le philosophe Sphaerus de Borysthenôs (ami et compagnon de Kleomenês (1), disciple de Zenon le stoïcien
(1) Plutarque, Kleomenês, c. 2-11, et Lykurg. c. 8; Athenœ. IV, p. 141. avec la note de Schoemann, p. 175; Phylarqae aussi exposait les actes de
et auteur d'ouvrages aujourd'hui perdus et sur Lykurgue et Sokrate et sur la constitution de Sparte) ait été un de ceux qui donnèrent cours à cette hypothèse. Et nous croirons sans peine que, une fois mise en avant, elle trouvât une foi aisée et sincère, en nous rappelant combien d'illusions semblables ont. obtenu de vogue dans les temps modernes, bien plus favorables à l'exactitude historique, combien de fausse couleur le sentiment politique d'une époque récente a jeté sur des faits de l'histoire du temps passé, tels que l'institution saxonne Witenagemote, la Grande Charte, la naissance , et le développement de la Chambre des Communes anglaises, ou même la loi des Pauvres d'Elisabeth.
En lisant le partage des terres réellement proposé par le roi Agis, nous trouvons que c'est une copie très-exacte du partage primitif attribué à Lykurgue. Il divise les terres bornées par les quatre limites de Pêllenè, de Sellasia, de Malea et du Têygetês, en 4,500 lots, un pour chaque Spartiate; et les terres situées au delà de ces limites en 15,000 lots, un pour chaque Periœkos; et il propose d'établir à Sparte quinze Pheiditia ou tables pour les repas publics, quelques-uns, comprenant 400 individus, d'autres 200, fournissant ainsi une place à chacun de ses 4,500 Spartiates. Relativement au partage attribué dans l'origine à Lykurgue, il y avait divers récits. Quelques-uns pensaient qu'il y était assigné 9,000 lots pour le district de Sparte et 30,000 pour
Kleomenês vraisemblablement d'une manière favorable (Athenae. »6.); cf.
Plutarque, Agis, c. 9.
Polybe pensait que Lykurgue avait introduit l'égalité des biens fonciers, et dans le district de Sparte et dans toute laLaconie : il empruntait probablement son opinion de ces mêmes auteurs, du troisième siècle avant l'ère chrétienne.
Car il exprime sa grande surprise que les auteurs anciens les mieux informéslot Xo^itoTaxoiTûv àpx«iwv ovYYpaçéwv), Platon, Xénophon,Ephore, Kallisthène, puissent comparer la constitution krêtoise à Tancienne constitution lacédœ-
monienne, leurs traits principaux étant (comme il le dit) si différents — égalité de propriétés à Sparte, grande inégalité de biens en Krête, entre autres dijQFérences (Polyb. VI, 45-48).
Cette remarque de Polybe montre combien l'opinion des écrivains plus anciens était difiPérente, si on les compare à ceux du troisième siècle avant l'ère chrétienne. Les première mettaient en regard les institutions Spartiates et krêtoises, parce qu'ils ne concevaient pas l'égalité des biens fonciers comme un trait de l'antique Sparte.
LOIS BT DISCIPLINE DE LYKURGUE
le reste de la Laconie (1) ; d'autres affirmaient que 6,000 lots avaient été donnés par Lykurgue, et 3,000 ajoutés plus tard par le roi Polydôros ; un autre récit disait que Lykurgue avait assigné 4,500 lots, et le roi Polydôros une fois autant- Ce dernier plan ressemble beaucoup à ce qui fut réellement proposé par Agis. - '
Bans la discussion précédente relative au nouveau partage des terres attribué à Lykurgue, j'ai pris cette mesure telle qu'elle est décrite par Plùtarque. Mais quelques habiles écrivains modernes, tout en admettant en général le fait de ce nouveau partage, ont eu une teiidance à rejeter dans quelques-unes de ses circonstances principales le récit donné par Plutarque. Ce qui, par exemple, est le trait capital de la narration de cet écrivain, et ce qui donne de la vie et un sens au portrait qu'il fait du législateur, l'égalité du partage, est maintenant repoussé par beaucoup d'autres comme inexact, et Ton suppose que Lykurgue fit quelques nouveaux règlements agraires tendant à une égalité générale de la propriété foncière, mais non un partage entièrement nouveau ; qu'il peut avoir repris à des hommes riches des terres dont ils s'étaient injustement emparés sur les Achseens conquis, et qu'ainsi il procura des lots et aux citoyens pauvres et aux Laconiens soumis. Telle est l'opinion du docteur Thirlwall, qui en même temps admet qu'il est difficile de préciser la proportion exacte de la distribution opérée par Lykurgue (2).
(1) Relativement à Sphaeras, V. Plutarque, Lykorg. c. 8; Kleomen. c. 2.
Athenœ. IV, p. 141 ; Diogen. Laërt.
Vn, sect. 137.
(2) Hi&t. of Greece, c. 8, vol. I, p .344-347.
C , F. Hemckaim, au contraire, considère le partage égal de la Laconie en lots indivisibles et inaliénables comme « uine condition essentielle » (eine wesenttlicbe Bedingung) de tout le système de Lykurgue (Lehrbuch der Griechischen Staatsalterbiimer, sect. 28K
Tittimann (Griechische Staatsyeriaa-
simgen, p. 588-596) présente et semble admettre ïe partage égal comme un fait, sans aucun commentaire.
Waschmuth (HeUeniach. Alterthumskuude, V, 4, 42, p. 217) suppose « que les meilleures terres étaient déjà partagées, avant l'époque de Lykurgue, en lots de grandeur égale, correspondant au nombre des Spartdadies, qui dans la suite s'éleva jusqu'à neuf mille » > Je ne connais aucune preuve à l'appui de cette assertion ; eHe s'éloigne de Plutarque, sans riem mettre à Jla place qui soit mieux attesté ou pkis plausible.
Je ne puis que considérer différemment le renseignement fourni par Plutarque. Dès que nous abandonnons cette règle d'égalité, qui est marquée d'une manière si saillante dans sa biographie de Lykurgue, nous entrons dans un champ illimité de possibilités, où il n'y a rien qui nous détermine à un point plus qu'à un autre: La conjecture mise en avant par le docteur Thirlwall, de terres prises injustement par d'opulents propriétaires Spartiates aux Achseens conquis, ' est complètement gratuite ; et en accordant qu'elle soit exacte, il nous reste encore à expliquer comment il se fit que cette réforme d'une injustice partielle en vint à être transformée en une mesure compréhensive et systématique, telle que la décrit Plutarque ; et à expliquer, en outre, d'où vient qu'aucun des auteurs antérieurs à cet auteur ne mentionne Lykurgue comme ayant égalisé les terres. Ces deux difficultés restent encore, même si nous fermons les yeux sur la nature gratuite de la supposition du docteur ThirWall, ou de toute autre supposition que l'on peut avancer relativement
Waschmuth mentionne le partage de la Laconie entre les Periœki en 30,000 lots égaux, sans aucun commentaire, et vraisemblablement comme s'il n'y avait aucun doute à ce sujet (p. 218).
Manso aussi suppose qu'il y avait eu jadis un partage égal des terres antérieur à Lykurgue, qu'il avait dégénéré en abus, et que Lykurgue y remédia, en rétablissant, non une égalité absolue, mais quelque chose se rapprochant de l'égalité (Manso, Sparta, vol. I, p. 110-121). C'est la même supposition gratuite que celle de Waschsmuth.
0. Millier admet le partage tel qu'il est présenté par Plutarque, bien qu'il dise que le nombre total de 9,000 lots ne peut pas avoir été assigné avant la guerre Messênienne ; et il adhère à l'idée d'égalité telle qu'elle est contenue dans Plutarque; mais il dit que l'égalité consistait dans une « évaluation égale du produit moyen », et non dans des dimensions égales d'arpents. Il va
jusqu'à avancer que « les lots des Spartiates, qui nourrissaient deux fois autant d'hommes que les lots des Periœki doivent au total avoir été deux fois aussi étendus (i. e, dans l'agrégat) ; chaque lot doit donc avoir été sept fois plus grand » (cf. History of the Dorians, III, 3, 6; 111,10, 2). Il suppose aussi que c de semblables partages de terres avaient eu lieu dès le temps de la première occupation de la Laconie par les Dôriens ». Quiconque comparera ces diverses idées- avec les preuves présentées à l'appui trouvera une fôcheuse disproportion entre la base et ce qui a été élevé dessus.
Les vues de Schpemann, autant que je puis le conjecturer d'après des termes assez vagues, semblent coïncider avec celles du D' Thirlwall. H admet cependant que l'égalisation supposée de Lykurgue est en opposition avec ce qu'expose Platon (Schoemann, Antiq.
Jur. Pub. IV, I, 7, note 4, p. 116}.
à la mesure réelle de Lykurgue que Plutarque, assure-t-on, a dénaturée.
Il me semble que la meilleure manière d'obvier à ces difficultés est d'adopter une règle différente d'interprétation historique. Nous ne pouvons accepter comme réelle la division des terres par LyKurgue décrite dans la vie du législateur; mais en prenant ce récit pour une fiction, nous avons devant nous deux moyens de procéder. Nous pouvons ou bien considérer la fiction, telle qu'elle est maintenant, comme rex%gérati6n et l'explication forcée de quelque fait peu important, et alors essayer de conjecturer, sans aucun autre secours, quel était le petit fait; ou bien nous pouvons la regarder comme une fiction d'un bout à l'autre, et comme l'expression de quelque grande idée et de quelque grand sentiment assez puissants dans leur action sur l'esprit des hommes à un moment donné, pour les engager à lui faire une place parmi les réalités du passé. Or la dernière supposition, appliquée au temps d'Agis III, s'accorde le mieux avec le fait qui nous occupe. Le huitième chapitre de la vie de Lykurgue par Plutarque, en racontant le partage des terres, décrit le rêve du roi Agis, dont l'esprit est plein de deux sentiments, la douleur et la honte que lui inspire la condition actuelle de son pays, avec le respect qu'il ressent pour sa gloire passée, aussi bien que pour le législateur dont les institutions avaient créé cette gloire. Absorbé par ce double sentiment. Agis fait remonter ses rêves jusqu'à l'antique Sparte, avant Lykurgue, telle qu'elle était plus de cinq siècles auparavant. Il voit par la pensée les mômes maux et les mêmes désordres que ceux qui aflligent sa vue, de grandes inégalités dans les biens, avec un petit nombre de riches îiisolents et adonnés au luxe, une foule de pauvres mutins et accablés de maux, et rien autre chose qu'une antipathie farouche régnant entre ces deux classes. Au milieu de cette communauté perverse, sans lois, troublée, s'avance le vénérable envoyé de Delphes; il fait naître dans les esprits des hommes de nouveaux mouvements et une impatience de se dépouiller du vieil homme social et politique, et persuade aux riches de renoncer volontairement à leurs avantages
334 HISTOIBE DE LA QRÈCB
temporels, et à accueillir avec plaisir un nouTeau système où il ne sera reconnu aucune distinction, si ce n'est celle de la vertu ou du vice (1). Ayant ainsi régénéré l'esprit national, il partage le territoire de la Laconie en lots égaux, ne laissant de supériorité à personne. Une fraternelle harmonie devient le sentiment dominant, tandis que les moissons qui s'élèvent présentent l'agréable spectacle d'un héritage paternel récemment divisé, et de frères contents, modestes et dociles. C'est à l'aide de ce tableau que le « malfaisant Oneiros » égare l'imagination du patriotique Agis, en ipurmurant à son oreille le message fallacieux que les dieux lui ont promis le succès dans une semblable tentative, et en l'entraînant ainsi dans cette fatale carrière de révolution qui doit l'amener, lui, son épouse et sa vieille mère jusqu'au cachot et au gibet (2).
Il est certain que ce rêve doré que nous venons de décrire fut celui de quelques patriotes Spartiates, puisqu'il est consigné dans Plutarque; et je me suis déjà efforcé de démontrer que ce rêve n'avait pas été conçu par les auteurs des siècles qui précédaient Agis; en outre, les sentiments ardents qui remplissaient l'àme des deux réformateurs, Agis et son frère, à savoir, le dégoût inspiré par le présent et le désir d'un avenir meilleur revêtu des couleurs d'un passé rétabli, combinés avec la tendance à niveler la situation des riches et des pauvres inh^ente à la discipline de Lykurgue ; ces sentiments, dis-je, étaient amplement suflSsants pour faire naître un tel rêve et pour lui procurer une place parmi les actes glorieux de l'antique législateur, si vénéré et si peu connu; c'est ce qui aussi me paraît incontestable. S'il y avait eu quelque preuve servant à démontrer que Lykurgue s'était immiscé dans la propriété privée, dans la mesure limitée''
(1) Plutarque, Lykurg. c. 8. luvé- gtepov oùx ou<n|ç Siaçopôtç, où6' àvt<T6-
weiTC tPjv xwpav étiraaav etç \U(tov 6év- TTixo;,ir>^v ôotjv aloxpwv ^J^oyoçôpiÇei xaî
T«c èÇ à^xn^ àvafiàffflHTÔai, xoi C^v \lex* xaXovv Sicatvoç. "EwarfMV 5à t^ U^ x9
àXXi^Xwv àitavxac, ôjJiaXeïç xal IffoxXi^- Ipyov, Ôtévetfie, etc.
pouç Toïç pCotç yevoiiévovç, xb 5è wptûTeiov (2) Plutarque, Agis, c. 19-20. àpeT^ futtovtoç • &c i»Tj; ixégtù irpàç
qu'imaginent le docteur Thirlwall et d'autres habiles critiques, c'est-à-dire qu'il avait repris certaines terres injustement usurpées par les riches sur les Achaeens, j'aurais été heureux de le constater ; mais ne trouvant pas de preuve pareille, je ne puis croire qu'il soit nécessaire de supposer simplement le fait pour expliquer le récit de Plutarque (1). Les divers points de ce récit se rattachent tous les. uns aux autres et doivent être considérés comme formant les parties d'un même fait compréhensif, ou d'une même idée compréhensive. Le total fixe de 9,000 lots Spartiates et de 30,000 lots laconiens (2), l'égalité entre eux, et le revenu qui
(1) Je lis avec beaucoup de satisfaction, dans la Dissertation de M. Kopstadt, que la conclusion générale que je me suis efforcé d'établir, relativement au nouveau partage de propriétés attri> bué à Lykurgue, lui paraît heureusement prouvée (Dissert. De Rerum Laconic. Const. sect. 18, p. 138).
Il suppose, et il est tout à fait dans le -vrai, qu'à l'époque où la première édition de ces volumes fut publiée, j'ignorais que Lacfamann et Kortum eussent tous deux révoqué en doute la réalité du nouveau partage de Lykurgue. Quant au professeur Kortum, j'ai oarnm le fait pour la premiëre fois par la mention qu'il fit de ces deux volumes dans les Heidelberger lahrbucher, 1846, n* 41, p. 649.
Depuis la première édition, j'ai lu le traita de Lachmann (Die Spartanische Staatsverfassung in ihrer Entwickelung und ihrem YerfaUe, seet. 10, p. 170) on est discuté le nouveau partage attribué à Lykurgue. 11 pense également que le récit considéré comme appartenant à rhisteire doit son origine anx sentiments sociaux et politiques qui avaient cours à Tépoque d'Agis lU et de K l e om e nê s III. H signale aussi qu^il est en contradiction avec Platon et Isocrate. Mais les arguments qu'il emploie pour le réfuter se rattachent dans une large mesure à se^ idées personnelles
relatives à la constitution sociale et politique de Sparte , idées que je ne regarde comme ni vraies ni prouvées.
En outre,iil croit à l'inaliénabilité aussi bien qu'à l'indivisibilité des lots de terre séparés, ce que je crois justement aussi peu exact que leur égalité supposée.
Kopstadt pense que j'ai été trop loin en rejetant toute opinion moyenne. Il croit que Lykurgue doit avoir fait quelque chose, bien que ce soit beaucoup moins que ce que Ton affirme, tendant à réaliser une égalité dans la propriété individuelle.
Je ne dirai pas que ce soit impossible.
Si nous avions de plus abondantes preuves, peut-être reconnaîtrait-on de ^ pareils faits. Mais, dans Pétat actuel des preuves, il n'y a absolument rien qui le démontre. Nous ne sommes pas non plus autorisés (à mon avis) h supposer qu'il en .fût ainsi, dans l*absence de preuves, simplement en vue d'établir que le mythe de Lykurgue n'est qu'une exagération, et non une fiction d'un bout à IViutre.
(2).Aristote (Polit. II, 6,11) fait remarquer que le territoire des Spartiates pouvait nourrir 15,000 cavaliers et 30,000 hoplites, tandis que le nombie des eiÉoyens était effectivement au-dessous de 1,000. Le D' ThirlvmU semble préférer la leçon de Goet-
en provenait représenté par une quantité donnée de produits liquides et secs, toutes ces particularités sont également vraies et également dépourvues de preuves. Au sujet des divers nombres donnés ici, beaucoup d'auteurs ont dressé, relativement à la population et au produit de la Laconie, des calculs qui me paraissent dénués de tout fondement digne de foi. jDeux qui admettent l'histoire racontant que Lykurgue établit les nombres ci-dessus mentionnés et de citoyens et de lots de terre, et qu'il eut en vue de maintenir ces deux . nombres dans une proportion invariable, sont embarrassés pour déterminer les moyens qui servirent à conserver cet arrangement tel qu'il avait été établi. Ils ne sont pas non plus un grand secours pour résoudre ce problènjie'embarrassant dans le renseignement de Plutarque, qui nous dit que le nombre fixé resta de lui-même, et que la succession passa de père en fils sans réunion ni multiplication de parties, jusqu'à l'époque où la richesse étraftgère afflua à Sparte comme conséquence de l'heureuse issue de la guerre du Péloponèse. Peu après ce temps (nous dit-il), un citoyen nommé Epitadeus devint éphore ; c'était un homme vindicatif et méchant, qui, ayant eu une querelle avec son fils et désirant l'évincer de la succession, introduisit et fit sanctionner une rhêtra nouvelle, par laquelle le pouvoir était accordé à tout père de famille, soit de céder pendant sa vie, soit de léguer après sa mort sa maison et son bien à qui bon lui semblait (1). Mais il est évident que cette histoire (quelle que soit la vérité quant à la querelle de famille d'Epitadeus) ne nous aide pas à sortir d'embarras. Depuis l'époque de Lykurgue jusqu'à celle de cet éphore qui déshérite son fils, on doit compter plus de quèttre siècles : or, s'il y avait eu à l'œuvre des causes réelles suffisantes pour conserver intact le nombre identique de lots et de familles pendant cette longue période, nous ne voyons pas pourquoi la nouvelle loi, qui ne faisait que permettre et rien
tling — 3,000 au lieu de 30,000; mais par les MSS. et la plus convenable, cette dernière semble mieux appuyée (1) Plutarque, Agis, c. 5. *
LOIS Et DISCIPLINE DE LYKTJRGUE 337
de plus, l'aurait détruit. Plutarque ne nôuâ dit pas quelle était la loi de succession antérieure à Epitadeus. Si la loi assignait tout le bien à un seul fils de la famille, que devenaient les autres fils, auxquels tout travail laborieux en tout genre était odieux aussi bien qu'inteî'dit? Si, d'autre part, le bien était divisé également entre les fils (comme il Tétait en vertu de la loi de succession à Athènes), comment pouvons-nous soutenir le maintien d'un nombre collectif invariable de parties? • •
Le docteur TMrlwall, après' avoir admis que Lykurgu« s'était immiscé jusqu'à un certain point dans la propriété privée, de manière à exiger des riches un certain sacrifice eiï vue de créer des lots pour les pauvres et d^effèctuer quelque chose d'approchant de lots d'un produit égal pour tous, fait observer : « Le chifiré moyen de la rente (payée par les Ilotes cultivateurs pour clique lot) ne semble pas avoir dépassé ce qui était nécessaire pour la noui'riture frugale d'une famille composée de six personnes. Le droit de transfert était aussi rigoureusement limité que le droit de jouissance: le patrîmoîne était indivisible, inaliénable et revenait au fils aîné ; à défaut d'héritiei' mâle, à la. fille aînée. Il semWé qu'on avait pour objet que, une fois le nombre des lots fixé, chacun fût constamment représenté par un seul chef de fa^ mille. Mais la nature dès moyens employés pour atteindre ce but est uôdes points les plus obscurs du système Spartiate... Dans les temps meilleurs de la république, il semble qu'On l'a effectué principalement au moyen d'adoptions et d'alliances avec des héritières, ce qui pourvoyait aux mariages des fils cadets dans des familles trop nombreuses pour être entretenues par leurs propres biens héréditaires. Il était donc sans' doute rarement nécessaire que TÉtiat intervînt potii» enjoindre un choix convenable au possesseur d'un bien sans enfants ou au père d'une riche héritière. Mais comme toute adoption exigeait la .sanction des rois, et qu'ils disposaient aussi de la m^-in d'orphelines héritières, l'on ne peut douter que le magistrat n'eût le pouvoir d'intervenir dans> de pareilles occasions^ même contrairement aux désirs des individus, pour soulager la pauvreté et faire obstacle à l'accù- T. m 22
338 HlgTOIRE DE LA OBÈCIS
mulation des richesses. » (ffist. of Gr., ch, viii, toI. I, p. 367.)
Je ne puis partager l'idée que le docteur Thirlwall se fait ici de l'état de la propriété ou des dispositions relatives à sa transmission dans l'ancienne Sparte. L'on ne peut démontrer que les possessions modestes et égales qu'il suppose, ni les précautions prises pour les perpétuer, aient jamais existé chez les élèves de Lykurgue. Nos renseignements les pius anciens impliquent, l'existence de riches à Sparte ; Thistoire du roi Ariston et d'Agêtos, dans Hérodote, nous présente ce dernier comme un homme que l'on ne peut supposer n'avoir possédé que juste *« assez pour nourrir frugalement six personnes; » tandis que sa belle épouse, qu' Ariston convoitait et qu'il lui prit, est formellement représentée comme fille de parents opulents. Sperthiês et Bulis les Talthybiadse sont désignés comme appartenant à une race distinguée et faisant partie des hommes les plus riches de Sparte (l). Démarate était le seul roi Spartiate, du temps d'Hérodote, qui eût jamais gagné une victoire aux courses de char dans les jeux olympiques ; mais nous savons par l'exemple de Lichas, pendant la guerre du Péloponèse, d^Evagoras et d'autres, que de simples citoyens de Sparte furent également heureux (2) ; et pour un Spartiate qui gagnait le prix il a dû naturellement y avoir un grand nombre d'entre eux qui élevaient leurs chevaux et faisaient courir leurs chars sans réussir. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que la lutte des chars à Olympia était une des preuves les plus significatives de la richesse d'une maison ; il ne manquait pas non plus de Spartiates qui avaient des chevaux et des chiens sans aucune vue exclusive pour les jeux. Nous savons par Xénophon qu'à l'époque de la bataille de Leuktra, « les très-riches Spartiates » fournirent les chevaux qui devaient servir à la cavalerie de la république (3).
(1) Hérod. VI, 61. Oîa àvôpowcwv tp (3) Xénoph. HeUen. VI, 4, 11 ; Xéôxéiwv ôuyatépa, etc.; VII, 134. noplj. De Rep. Lac. V, 3; MolpU ap.
(2) Hérod. VI, 70-103; Thuoyd. V, Athenœ. IV, p. 141; Arist. Polit. H, 50. 2,5.
Ces preuves et d'autres encore de l'existence d'hommes riches à Sparte ne s'accordent pas avec l'idée d'un corps.de citoyens possédaint chacun ce qui était tout juste nécessaire pour la nourriture frugale de six personnes et pas plus.
De même que nous ne trouvons pas que tel ait été en pratique l'état de la propriété dans la communauté Spartiate, de même nous ne pouvons découvrir que le législateur ait jamais essayé de l'établir ou de le conserver. Ce qu'il fît, ce fut d'imposer ' une discipline publique rigoureuse avec un costume et une chère simples, obligatoire également pour les riches et pour les pauvres (ce fut son présent spécial fait à la Grèce, selon Thucydide (1), et son grand point de contact avec la démocratie, selon Aristote) ; mais il ne s'inquiéta ni d'arrêter l'enrichissement des uns, ni de prévenir l'appauvrissement des autres. Il s'occupa peu de la distribution de la propriété, et cette négligence est une des lacunes capitales qui lui valurent le blâme d' Aristote. Ce philosophe nous dit, en effet, que, d'après la loi Spartiate, il était déshonorant (il ne dit pas : péremptoirement interdit) d'acheter ou dé vendre des biens fonciers, et qu'on avait la liberté la plus complète et de les donner et de les léguer ; et la pratique tolérée produisait (comme il le fait justement observer) des résultats analogues à ceux qu'aurait produits la pratique réprouvée, puisqu'il était facile de déguiser une vente réelle sous une donation ostensible. Il signale formellement la tendance qu'avait à Sparte la propriété à se concentrer dans un plus petit nombre de mains, et à laquelle ne s'opposait aucun empêchement légal : les pères mariaient leurs filles à qui ils voulaient et donnaient dès dots selon leur bon plaisir, et en' général très-considérables ; en outre, les membres des familles riches se mariaient entre eux habituellement et sans i'.estriction. Or, touteç ces questions sont indiquées par Aristote comme des cas dans lesquels la loi aurait pu intervenir et aurait dû le faire, mais ne le fit pas, dans le grand but de disséminer autant que possible les
(1) Thucyd. I, 6 ; Arist. Pdit. IV, 7, 4, 5; VIII, 1, 3.
HISTOIBE DB LA GRÈCB
avisuitages de la propriété foncière dans la masse des citoyens. Il nous dit encore que la loi encourageait la multiplication . de la progéniture et accordait des immunités à ceux des citoyens qui avaient trois ou quatre enfants, mais qu'elle ne s'inquiétait pas de la manière dont les familles nombreuses des citoyens plus pauvres pourraient vivre ou conserver leur droit^,de prendre part aux repas publics, la plus grande partie des terres de l'État étant entre les mains des riches (1). Nous avons déjà fait observer qu'il mentionne et condamne cette loi qui faisait dépendre le droit d'un citoyen Spartiate de son assiduité à fournir sa quote part à la table publique, aussi bien que le puissant amour, pour l'argent (2) qu'il remarque dans le caractère Spartiate, et qui doit avoir tendu continuellement à faire un corps des familles plus riches : tandis que, dans une communauté où l'industrie était inconnue , aucun citoyen pauvre ne pouvait jamais s'enrichir. Si nous pesons ces preuves scrupuleusement, nous verrons que l'égalité de biens n'existait pas en fait, et n'entra non plus ni dans le plan, ni dans les tendances du législateur de Sparte. Et le tableau que le docteur Thirlwall(3) a tracé
(1) Aristote, Polit. II, 6, 10-13; V.
(2) X^nophon le panégyriste de .Sparte reconnaît bien la même chose relativement à cette ville telle qu'il la vit ; mais il soutient que Tétat avait été meilleur d^ns les temps antérieurs (Rep. Lac. c. 14).
(3) La manière de voir du D' Thirlwall s*accorde en général avec ceUe de Mànso et d'O. MiiUer (Manso, Sparta, voL I, p. 118-128- et vol. II, Beilage, 9, p. 129 ; et Miiller, History of the Dorians, vol. H, B. m, c. 10, sect. 2, 3) .
Ces deux auteurs soutieiment la proposition avancée par Flutarque (Agis, 0. 5, quand il parle de Téphore Epitadeus, et de la nouvelle loi portée par cet éphore), à savoir, que le nombre des lots Spartiates, presque égaux et rigoureusement indivisibles, se conserva avec
peu ou point de changements depuis répoque du partage primitif jusqu'au • retour de Lysandre après Pissue victorieuse de la guerre du Péloponèse. Tous deux ils avouent ne pas pouvoir comprendre par quels règlements cette lonj^e invariabilité, si peu probable en elle-même, fut maintenue ;■ mais tous deux ils affirment le fait positivement.
La période aura plus de 400 ans, si le partage primitif est rapporté à Lykurgue ; plus de 300, si Ton comprend que les 9,000 lots datent de la guerre Messênienne.
Si ce prétendu fait est réellement un fait, c'est quelque chose qui, pour ainsi dire, n'a pas de pendant dans l'histoire de l'humanité ; et ^vant que nous consentions à y ajouter foi, nous devons au mpins être convaincu qu'il y a un nombre considérable de preuves posi-
d'un corps de citoyens possédant chacun x^n lot de terre à peu près suffisant pour la nourriture frugale de six personnes.
tives en sa faveur, et peujqtd lui soient contraires. Mais, «en examinant Manso et Miiller, on verra que non^seùlement les preuves favorables sont très-faibles, mais qne la balance des preuves lui est décidément opposée.
La preuve que l'on produit pour démontrer l'indivisibilité du lot Spartiate est un passage d'Héraclid^B de Pont, c. 2 (ad cale. Cragii, p. 504), tccdXeÎv Se pjv Aaxedaifiovioiç alo^p^v vev6{uaTQu <— tfjc àçxoiiaç (JioCpaç &vavÉ|Jie<rOai (qu vevefjL^oOai) ouôèv èleaxt, La première partie de cette assertion est confirmée -pat Aristote, et probablement elle lui est empruntée; il dit la même chose presque dans les mêmes termes : la seconde partie de la pensée, selon toutes les règles raisonnables d'explication, devrait être comprise en rapport avec la première partie, c'est-à-dire avec la vente du lot primitif. « Vendre sa terre est tenu pour honteux parmi les Lacédfiemoniens, et il n'est pas non plus permis de séparer aucune portion du lot primitif, » t. e, pour la vendre, Héxaclide ne parle pas ici de la loi de «uccession des biens à Lacèdœmone, et nous ne pouvons pa» non plus conclure de ses paroles qne tout le lot f£Lt transmis entier à un seul fils. Miiller et Manso ae fournissent pas d'autre preuve que cette' pensée, très-étrangère à la question, pour justifier leur assertion primitive, que le lot de terre Spartiate rétait indivisible par rapport à Théritage.
Ayant ainsi déterminé la transmission indivisible des lots à un seul fils d'une famiUe , Manso et Miiller supposent, sans aucune preuve, que ce fils devait être Palné ; et Mii|ler en arrive è avancer quelque chose qui, égaletnent, n'est appuyé par aucune preuve :
« Toutefois ses droits se bornaient peutêtre à être considéré comme maître de
^ la maison et du bien ; tandis que les autres membres de la famille avaient un droit égal à en jouir... . L%maltre de la famille était donc obligé de contribuer pour eux tous aux Syssitia, contribution sans laquelle personne n'était admis. » P. 199, 200.
Tout ceci est complètement gvatuit, et il en résulte, comme on le verra, autant de difficultés en un sens qn'il en est écarté en un antre.
La loi suivante, relative à la transmission de la propriété, qui, selon Manso, avait prévalu, est que toutes les filles devaient se marier sans recevoir de dot, — le cas d'une fille unique est excepté ici. Ai'appui de cette assertion , il cite Plutarque, Apophthegm.
Lacon.f p. 227 ; Justin, HT, 3 ; £lien, V. H. VI, 6. Ces auteurs affirment certainement qu'il y a un règlement pareil, et, Plutarque et Justin donnent tous les deux des raisons à l'appui de jce fait, réel où supposé. « On demandait à Lykurgue pourquoi il ordonnait que les jeunes filles fussent mariées sans dot : C'est afin, répondit-il, que les filles des familles pauvres ne restent pas sans époux^ et que le caractère et la veiÉu puissent exclusivement diriger dans le choix d%ne femme. »
Justin donne la mêlhe raison générale. Or la raison avancée ici tenant à la prohibition de la dot tend indirectement à prouver qu'il n'existait pas une loi pareille de succession générale, telle que celle dont on avait parlé auparavant, à savoir, l'indivisibilité sacrée du lot primitif; car si cette dernière avait été reconnue, la raison pour laquelle les filles ne pouvaient recevoir de dot aurait été évidente : tous les biens fonciers du père (et un Spartiate ne pouvait guère en avoir d'autres, puisqu'il n'acquérait jamais rien au moyen de l%idustrie) revenaient à son fils aîné
— d'adoptions et de mariages d'héritières arrangés dans le dessein calculé de pourvoir les cadets de familles nombreuses
d*après l'ordre de snccession le plus rigoureux. Si donc Plutarque et Justin, dans kur assertion relative au fait en question, justifient Manso en affirmant la prohibition de la dot (quant à ce fait, nous eu parlerons bientôt plus au long) , la raison qu'ils donnent s'oppose à sa première supposition concernant l'indivisibilité des lots de famille primitifs.
En troisième lieu , Manso comprend qu'Aristote (Polit. II, 6, II), par l'emploi de l'adverbe vOv, affirme quelque cl^ose qui regarde spécialement sa propre époque, et implique en même temps que Tancienne coutume avait été le contraire. Je ne pense pas que l'adverbe, comme Aristote l'emploie dans ce passage, admette 'une pareille explication : vvv $è ne signifie pas là le présent en tant qu'opposé au passé, mais l'antithèse entre la coutume existant alors et celle qu'Aristote déclare ê^re avantageuse. Aristote n'indique pas qu'il sache qu'aucun changement considérable quelconque ait été fait dans les lois de succession à Sparte; c'est une des circonstances qui lui ont valu la critique et de Manso et de Huiler /qui tous les deux croient à la réyolution extraordinaire causée par la loi de l'éphore Ëpitadeus, loi qui tolérait seulement.
Manso pose trois autres principes relatifs aux lois de propriété à Sparte.
1. Un homme pouvait donner où léguer sa terre à qui il voulait. 2. Mais on ne pouvait lé faire qjié si Ton n'avait pas d'enfants. 3. La terre ne pouvait être donnée ou léguée qu'à des citoyens qui n'en possédaient pas personnellement.
De ces trois règlements, le premier est distinctement affirmé par Aristote^ et l'on peut s'y fier ; le second est une restriction que ne mentionne pas Aristote, et qui n'est appuyée par aucune autre preuve que par celle qui ressort
de l'histoire de l'éphore Ëpitadeus, qui, dit-on, ne pouvait déshériter son fils sans faire passer une nouvelle loi ; le troisième est une pure imagination.
Voilà pour la preuve positive sur la foi .de laquelle Manso et Millier affirment le fait étonnant, que les lots de terre à Sparte restèrent distincts, indivisibles et invariables en nombre, jusqu'à la fin de la guerre du Péloponèse.
J'ose dire que cette preuve positive est beaucoup trop faible pour appuyer une affirmation en elle-même si peu probable , même quand il n'y aurait pas, d'autre part-, de preuve qui la contredît. Mais dans ce cas il y a une puissante preuve contradictoire.
D'abord, les assertions de ces auteurs sont distinctement en opposition avec Aristote, dont ils s'efforcent d'invalider l'autorité en disant qu'il parlait absolument par rapport à ce qui se passait à Sparte à son époque, et . qu'il comprenait mal la constitution primitive de Lykurgue. Or; cela serait un motif raisonnable de présomption contre la compétence d' Aristote, si les témoins produits d'autre part étaient plus anciens que lui. Mais il se trouve que chacun des témoins produits par Manso et Millier est postérieur à Aristote : Héracïide de Pont, Plutarque, Justin, Elien', etc. Il n'est pas non plus démontré que ces auteurs aient copié une autorité quelconque plus ancienne qu'Aristote ; car on ne peut contredire son témoignage à l'aide d'inductions tirées d'Hérodote, de Thucydide, de Xénophon , de Platon, d'Isocrate ou d'Ëphore. Aucun de ces écrivains antérieurs à Aristote ou contemporains de ce philosophe , ne justifie la fausse idée de lots égaux, indivisibles, perpétuels, ni celle de la prohibition de dots.
. Le fait est qu'Aristote est non-seulemônt notre meilleur témoin, mais
LOIS BT DISCIPLINE DE LYRÙRGUB
— de Tintervention de la part des rois en vue d'assurer cet objet, — d'un nombre fixe de lots de terre, représentés
encore notre témoin le plus ancien, relativement aux lois de propriété dans la république Spartiate. J^àurais çLésiré, en effet, que des témoignages plus anciens eussent existé, et j'admets que Tobservateur même le plus sagaoe de 340 à 330 avant J.-C. soit sujet à se troniper quand il parle d'un ou de deux siècles avant lui. Mais si Aristote n'est point digne de foi relativement à des dates récentes, que devons-nous dire de IPlutarque ? Insister sur la supériorité intellectuelle d' Aristote serait superflu; et sur ce sujet c'est un témoin d'autant plus précieux qu'il avait fait des recherches minutieuses, laborieuses et personnelles sur les gouvernements grecs en général, et entre autres tur celui de Sparte, le grand « point ,de mire » pour les anciens politiques spéculatifs.
Or, les renseiguementfi que fournit Aristote excluent distinctement l'idée de lots égaux, indivisibles, inaliénables, perpétuels, et d'un« prohibition de dots. Il signale particulièrement l'habitude de donner des dots très-considérables, et la tendance constante des lots de terre à se concentrer dans un nombre de mains de plus en plus petit.
Il ne nous dit rien sur ce sujet qui n'e soit ^[parfaitement logique, intelligible; rien de ce qu'il affirme n'a jamais été contredit par des assertions connues appartenant à son époque ou aux temps antérieurs. Mais la raison qui fait qu'on refuse de le croire, et que l'on écarte son témoignage ou qu'on le fait disparaître à force d'explications, c'est qu'on se jnet à l'étude avec l'esprit, plein de la division de la propriété foncière attribuée à . Lykurgue par Plutarque. Je concède volontiers que, dans cette occasion, nous ayons à choisir entre Plutarque et Aristote. Nous ne pouvons les concilier que par des suppositions arbi-
traires, dont chacune brise la simplicité, la beauté et la symétrie de l'idée agraire de Plutarque, et laisse encore suae^ explication la perpétuité des lots primitifs. Et je n'hésite pas à préférer l'aur torité d' Aristote comme étant un témoin meilleur en tout point ; d'ailleurs, il est en parfaite harmonie avec ce que nous recueillons indirectement dans les ouvrages d'autres auteurs, ses contemporains et ses prédécesseurs ; et je rejette le renseignement de Plutarque, et je lé rejette complètement avec toutes ses conséquences.
Mais l'autorité d' Aristote n'est pas le seul argument que l'on puisse fournir pour réfuter la suppositimi que le nombre des lots Spartiates distincts resta invariable jusqu'à l'époque deLysandre.
Car si le nombre des lots distincts resta sans diminution, celui des citoyens ne peut avoir beaucoup diminué. Or la conspiration de Kinadôn tombe pendant la vie de Lysandre, dans les dix premières années qui suivent la fin dé là guerre du Péloponèse ; et dans le récit que fait Xéuophon de cette conspiration, la paucité du nombre des citoyens est présentée de la manière la plus claire et la plus formelle. Et ceci doit être avant l'époque où la nouvelle loi d'Epitadeus passa, dit-on; du moins, avant que cette loi eût pu avoir le temps de produire quelques effets sensibles. Si donc lesanciens 9,000 lots restaient encore tous séparés, sans consolidation ni subdivision, comment devons-nous expliquer le petit noml>re de citoyens à l'époque de la conspiration de Kinadôn?
Cet examen des' preuves (qui m'a obligé de prolonger la présente not») montre : 1. Que l'hypothèse de lots indivisibles , inaliénables , conservés à Sparte pendant une longuéipériode sioit diminution de nombre, est non-seulement appuyée par le minimum lui-
HISTOIRE DK LA QBÈC&
chacun par un seul chef de famille, -^ ce tabljeau est un de ceux dont on ne doit pas chercher la réalité sur les bords de TEurotas. Les « temps meilleurs de la république, >» auxquels il s'en réfère, peuvent avoir existé dans l'ardente imagination d'Agis, dont les regards se portaient en arrière, mais ne sont pas reconnus dans la sobre appréciation d!Aristote.
Le philosophe nous dit que les citoyens étaient beaucoup
même de preuves affirmatives, mais encore qu'elle est contredite par de très-<bonnes preuyos négatives. 2. (Jue rtypothèse qui représente comme interdites par ime loi des dpts à donner H\a. filles est en effet contirmce par Plutarque, Elien et Justin, mais qu'elle est contredite par l'autorité meiUeure d^Aristote.
L'édition récente d*Héraclidê de Pont, publiée par Schneàdewin ei;i 184*7 depuis ma première édition, présente çn texte corrigé qui vient entièrement à l'appui de mon explication. Son texte, qui résulte d^une comparaison plus complète deë MSS. existants, aussi bien que d'une meille;are appréciation critique, est (V. ses Prolégomènes, c. 3, p, 54) : A(i>>sTv $è y^v Aaxsâat{JiOvîoiç ai<T)ÇpDV vev6{i,i(rrat • ty^ç 8è àp/aCoc (iofpa< oùSè IÇe^tv,(p. 7). U est évident que tout ce passage est relatif à des ventes de terres et non à une transmission héréditaire, ni à une succession, ni à un partage. Voici ce qui est certain négativement parlant, et Schneidewin fait remarquer dans sa note (p. 53) que cela contredit Muller, Hermann et Sohoemann, ajoutant que ^a distinction établie est entre la terre obtenue par héritage et provenant de lots de famille primitifs, et entre la terre acquise par d'a^itres voies, comme par donation , legs, etc. Vendre la pr^niëre était absolument illégal; vendre la dernière était déshonorant, sans toutefois être absolmment ifillégal. Àristote, dans sa ï^oUtique (11, 6, ](0)^ ne signale aucune distinction pareiUe, entre iin hi^n reçu
par héritage et composé des lots . primitifs, et entre un bien acquis par d'autres moyen^. Il n'y avait peut-^tre pas non plus une ligne bien définie de distinction, dans un pays de coutumea n6|i écrites comme Sparte, entre cô qui était simplement déshonoi^nt et ce qui était positivement illégal. Schneidewin, dans sa note, cependant, admet l'égalité primitive des lots comme certaine en elle-même, et comme étant la cause de la prohibition : aucun de ces deux points ne me paraît vrai.
Je parle de cette compilation coi|fuse encoresous le nom d'Héraclide de Pont, sous lequel elle est Communément connue; bien que, Schneidewin, dans le second chapitre de ses Prolégomènes,, ait démontré par des raisons, suffisantes qu'il n'y a pas d'autorité pouria n^ttacher au nom d'Héraclide. Il essaye d'établir que l'ouvrage consistait en £x-p cerpta du traité perdu d'Aristote, Ilepi HoXiTsiûv; ce qui est bien démontré quanta quelques parties, mais non assez pour justifier la conséquence qu'il tire relativement au tout. L'article où Weld:,er soutient l'idée que l'ouyxaga est dû à un abréviateur d'Héraelide,;est peu satisfaisant ( Kleine Schriften »
£n dehors de ne passage étranger à la question et emprunté àHéraclidvde Pont, Millier et Manso ne produisent pas d'autres preuves pour justifier leur assertion primitive, à savoir^ que le lot de terre à Spar^ était indivisible sous le rapport de l'héritage.
LOIS BT meCIPLINE DB LYKURGUE 345
plus nombreux dans le^ temps anciens, et nous savons aussi que la communauté avait, à son époque, beaucoup perdu de son pouvoir : dans ce sens les temps de Sparte avaient sans doute été meilleurs jadis. Nous pouvons même concéder que, pendant les trois siècles qui suivirent Lykurgue, où ils acquéraient continuellement de nouveaux territoires^ et ou l'on avait dit à Aristote qu'ils avaient admis à l'occasion de nouveaux citoyens, de sorte que le nombre total s'en était élevé jadis jusqu'à dix mille; nous pouvons concéder, disonsnous, que dans ces siècles antérieurs la distribution des terres avait été.moin« inégale, de sorte que là disproportion qui existait entre les grandes dimensions du territoire et le petit nombre d>es citoyens n'était pas si marquée qu'elle l'était devenue à l'époque que le philosophe vit personû«ll0ment ; car les causés tendant à augmenter l'inégçtlité étaient constantes et non interrompues dans leur action. Mais cette concession hous laissera encore bien loin de l'esquisse tracée par le docteur Thirlwall, qui dépeint la Sparte de Lykurgue comme prenant pour point de départ un nouveau plan agraire peu éloigné de l'égalité de la propriété foncière, les citoyens comme spontanément disposés à maintenir cette égalité en accordant à des hommes ïion pourvus le bienfait d'adoptions et de mariages avec des héritières, et le magistrat comme intei'venant pour imposer cette dernière conditiouj même dans les cas où les citoyens y étaient eux-mêmes opposés. Toutes les preuves que nous avons nous montrent à la fois l'inégalité prononcée de biens et les dispositions de la. part des riches entièrement contraires à celles qu'indique le dpcteur Thirlwâl! ; et l'on ne verra pas non plus que le pouvoir d'intervenir qu'il attribue au niagistrat soit justifié par le chapitre d'Hérodote sur lequel il semble l'appuyer (1).
(1) Hérodote, VI, 57, en énumérant aétow m^i * xal /i^v ne Ôetàv imîBk
les privilèges et émoltunents dti roi — * 7cotée<r6at êOéXi;] , paaiX'^oyv èvàvxiov
«lÔe (lovva • icax^x^^ ^ «apèévou H semble carienx que ^«irotTpovxoç
it«pt, èç xèv btvesTai Ix^^v, fiv [t.y\ «ep ô Ttapôévoc puisse signifier une jeune fille
izarfi^ aOrT?iv èrC^iiT^ * xai ôSûv Siriiid- ^ui n'a pas de père (c'est littéralement
HISTOIRE DE LÀ eRÈCB
Ainsi donc, pour conceToir exactement le système de Lykurgue, autant que le permettront l'obscurité et le défaut de preuves, il me semble qu'il y a à écarter deux fausses conceptions qui ont cours. L'une est que le système renfermait un nouveau partage de la propriété foncière, d'après ies principes d'une égalité exacte ou approximative (distincte de cette appropriation qui appartenait à la conquête et à
lucus a non Ivtcendo) ; mais je suppose que nous devons accepter ici cette idée sur l'autorité de Julius PoUux et de Timée. Poursuivant cette interprétation, Walckenaer donne le sens du passage d^une maniëie trës-juste :
« Orbœ nuptias, necdum à pâtre desponsatœ , si plures sibi vindiçarent, fieretque i^ èwCxXiripoç, ut Athenis loquebantur, âniSixo;, Spartœ lis ista dirimebatur a regibus solis. »
Or, la fonction judiciaire ici décrite est une chose bien différente de ce que dit le D»" Thirlwall, à savoir que, « les rois avaient le droit de disposer de la main d'héritières orphelines dans les cas où le père n'avait pas signifié sa volonté. » Un tel droit se rapprocherait en quelque sorte de> l'omnipotence que, dans Aristophane (Vesp. 585), le vieux Philokleon réclame pour les dikastés athéniens (exagération bien calculée pour servir le but du poëte, qui veut montrer les dikastés comme des nionstres de caprice et d'injustice), et serait analogue au pouvoir dont les rois anglais jouissaient il y a trois siècles comme tuteurs féodaux des pupilles.
Mais le langage d'Hérodote ne s'accorde pas avec l'idée que les rois choiélisaient un époux pour une héritière orpheline. Elle était réclamée comme de droit par des personnes qui lui étaient parentes à certains degrés. La loi relative à Vàyxi<Txk%aL (aflSnité entraînant des droits légaux) était-elle la même qu'à Athènes ? c'est ce que nous ne pouvons pas dire ; mais la question soumise à la décision des rois à Sparte,
des dikastéri^s à Athènes, était certainement la même, conformément à la note de Walckenaer citée plus haut; c'était de savoir à qui, parmi les divers prétendants, appartenait réellement le meilleur titre légal. H est, eu effet, assez probable que les deux descendants royaux d'Hêraklês pouvaient abuser de leur fonction judiciaire, comme il y a divers exemples connus dans lesquels ils se laissèrent corrompre ; mais il n'était pas vraisemblable qu^ls en abusassent en faveur d'un jeime homme non pourvu.
Ensuite, quant à l'adoption : Hérodote nous dit que là cérémonie de Tadoption étaitaccomplie devant les rois :
il est assez probable qu'il y avait quelque honoraire payé pour cela. Mais il n'en résulte aucune raison pour supposer qu'ils fussent jamais intecvenus pour déterminer la personne que le père sans enfants devait adopter. Selon la loiattique' relative à l'adoption, il y avait des conditions à remplir, des consentements à obtenir, une fois l'absence de circonstances! rendant ini»pable vérifiée, etc. ; et il était indispensable qu'il y eût quelque autorité devant laquelle tout cela se fît (V.
Meier et Schoemann, Attisch. Prozess, 1. III, c. II, p. 436^. A Sparte, une ancienne coutume investissait le i^i de cette autorité ; mais on ne nous dit pas, et il n'est pas non plus probable < qu'il pût intervenir, contrairement aux désirs d«s individus, pour soulager la pauvreté, » comme le suppose le D' Thirlwall.
l'établissement desDôriens), et des précautions pour perpétuer le nombre de lots séparés et égaux ; l'autre est qu'il fut complètement appliqué pour la première fois quand les Spartiates furent maîtres de toute la Laconie. Les illusions créées par l'antique légeude, qui dépeint la Laconie comme ne formaut qu un seul pays, et comme conquise entière d'un seul coup, survivent encore après que la légende elle-même a été écartée comme preuve mauvaise. Nous ne pouvons concevoir Sparte comme subsistant par elle-même sans exercer la domination sur la Laconie, ni Aniyklse, Pharis et Geronthrse comme réellement et vraiment indépendantes de Sparte. Toutefois, si ces villes étaient indépendantes du temps de Lykurgue, on peut avec bien plus de confiance affirmer la même indépendance pour les parties de la Laconie qui étaient situées au-dessous d'Amyklae en descendant la vallée de l'Eurotas, aussi bien que pour la côte orientale qui, comme le dit expressément Hérodote, avait été dans l'origine rattachée à Argos.
En écartant donc ces deux suppositions, nous avons à considérer le système de Lykurgue comme complètement appliqué à Sparte et dans son district circonvoisin et immédiat, séparément du reste de la Laconie, et comme ne touchant pas systématiquement au partage de la propriété, quelle qu'ait pu être celle que les conquérants dôriens constituèrent lors de leur établissement primitif. Lykurgue n'essaie pas de faire les pauvres riches, ni les riches pauvres ; mais il impose aux uns et aax autres les mêmes exercices assujétissants (1), les mêmes habitudes de vie, d'oisiveté d'homme bien né et de vigueur illettrée ; il ordonne que toutes choses soient les mêmes partout : chère, costume, travaux, privations', patience, châtiments, subordination; c'est une leçon instructive du moins, bien que peu satisfaisante, pour les observateurs politiques, de voir qu'avec toute cette égalité de procédés il finit par créer une communauté dans laquelle non-seulement l'amour de la prééminence, mais
(1) £7cdpTa $a(iiaai|ii6poTOC, Simonide ap. Plut. Agesil., c. 1.
348 HISTOIBE DB LA GffitÈOB
mèïne Tamour dé Fargent, se sont puissamment et spécialement développés (1).
Nous n'avons aucun moyen de déterminer jusqu'où s'étendait la propriété particulière de la Sparte primitive ; mais ses limites en descendant la vallée de TEurotas étaient certainement* étroites, en tant qu'elle n'allait pas si loin qu'Amyklae. Nous ne pouvons pas non plus dire quels principes les conquérants dôriens peuvent avoir suivis pour la distribution primitive des terres dans les limites de ce domaine particulier. Un partage égal n'est pas probable, parce que tous les individus d'une bande conquérante ne sont pas considérés comme possédant des droits égaux; mais quelle qu'ait pu être la division originelle, elle se conserva sans subir de trouble général ni avoué jusqu'à l'époque d'Agis in et de Kleomenès III. Ici donc nous avons la Sparte primitive, renfermant des guerriers dôriens avec leurs sujets ilotes, mais non des Periœki. Et c'est à ces Spartiates séparément, peut-être après la période de graves désordres et d'extrême licence mentionnée par Hérodote et Thucydide, que doit avoir été appliquée dans l'origine la pénible, mais fortifiante, discipline esquissée plus haut.
La conquête graduelle de la Laconie, avec l'acquisition de terres additionnelles et de nouveaux Ilotes, et la formation de l'ordre des Periœki, double conséquence de ce fait, doit être considérée comme postérieure à l'introduction du système de Lykurgue à Sparte, et comme résultant en partie de l'accroissement de force dû à ce système. La carrière de conquête, commençant à Têleklos, dura environ trois siècles, avec quelques interruptions à la vérité, et dans le cas de la guerre Messênienne, avec une lutte désespérée et même précaire, de sorte que, du temps de Thucydide, et quelque temps avant, les Spartiates possédaient les deux cinquièmes du Péloponèse. Et cette série de victoires et d'acquisitions nouvelles déguisèrent le point réellement faible du système Spartiate, en rendant poissible soit d'établir les
(1) Ailstote, Polit, n, 6, 9, 19, 23. Tè çiXértiiov — t^ (pOcoxpVJiMtTov.
LOIS BT DISCIPLINE DK LYKURGUE 349
citoyens pauvres comme Pericfeki dans un municipe conquis, soit de leur fournir des lots de terre dont ils pouvaient recevoir le produit sans quitter la cité, et ainsi leur nombre et leur force militaire ne purent décliner. .Aristote affirme même que, dans ces temps anciens, ils augmentèrent le nombre de leurs citoyens en en admettant de nouveaux dans leurs rangs ; ce qui naturellement implique l'acquisition de lots de terre additionnels (1). Mais le succès dans la guerre . ( pour employer* une expression empruntée en substance de ce môme philosophe) était nécessaire à leur salut : l'établissement de leur ascendant et de leur maximum de territoire fut suivi, après un intervalle assçz peu considérable, de symptômes de décadence (2). On verra ci-après qu'à l'époque de la conspiration de Kinadôn (395 av. J.-C), les citoyens jouissant de tous leurs droits (appelés Homoioi ou pairs) étaient de beaucoup moins nombreux que les Hypomeiones, ou Spartiates qui ne pouvaient plus remplir les conditions requises et avaient perdu leurs privilèges. Et la perte qui en résulta fut très-imparfaitement réparée par la pratique admise à laquelle des riches avaient quelquefois recours, à savoir, d'associer à leurs propres enfants ceux de citoyens plus pauvres et de payer la contribution de ces derniers aux tables publiques, de manière à leur permettre de suivre la marche prescrite d'éducation et de discipline ; ' par là, ils devenaient citoyens (avec le titre ou sobriquet de Mothakes (3), bien qu'ayant un certain cachet d'infériorité, et étaient cependant chargés quelquefois d'honorables commandements.
On affirmait que la Laconie, l'État et le territoire des Lacédaemoniens, à l'époque de sa plus grande extension, avait
(1) Aristote, Polît. II, 6, 12. Xénophon mentionne . avec éloge ,
(2) Aristote, Polit. II, 6, 22. Totya- « comme ayant participé à Thonorable powv ê(noCovTo icoXejjLoûvxeç, àiccoXovro éducation de la cité, doivent probable^ Si £p|avTEc, etc. Cf. aussi YII, 13, 15. ment avoir été introduits de la même
(3) Plutarque, Kleomen. c. 8 ; Phy- manière, par l'appui particulier des larcb. ap. Athensp. YI, p. 271. riches (Xénopb. Hellen. Y, 3, 9). La
Les étrangers appelés TpofitAot, et Xenêlasia doit donc s^être fort relâchée
les fils illégitimes de Spartiates, que en pratique, sinon éteinte. • *
compris cent villes (1), ceci après la conquête de la Messênia , de sorte qu'elle comprenait toute la portion méridionale du I^éloponèse, depuis Thyrea sur le golfe Argolique jusqu'à la rive méridionale du fleuve Nedon, à l'endroit où il se jette dans la mer Ionienne. Mais on distinguait de la Messênia la Laconie, plus rigoureusement appelée ainsi, et on comprenait qu'eUe désignait la portion du territoire mentionné plus haut qui est situé à l'est du mont Têygetês. Nous parlerons tout à l'heure de la conquête de la Messênia par les Spartiates ; mais celle de la Lacoiiie propre nous est racontée d'une manière très-imparfaite. Jusqu'au règne de Têle-
(1) Strabon, VIII, p. 362; Steph.
Byz. Aïeeia.
En expliquant le mot TCoXei; d'une manière étendue, de manière à y comprendre les petits munioipes aussi bien que les grands, cette estimation est probablement inférieure à la vérité; même puisque, dans les temps d'oppression de la Grèce moderne, une fraction de l'ancienne Laconie (la Messênia comprise dans ce terme) présentait beaucoup plus de 100 « bourgs. 9
Par rapport seulement au territoire appelé Maïna,, entre Calamata, dans te golfe Messênien, et Capo di Magna, 1« partie occidentale de la péninsnle du Tasnaros, V. une curieuse lettre adressée au duc de Never» en 1618 (à Toccasion d'un mouvement projeté pour délivrer la Morée des Turcs, et pour lui en assurer la souveraineté , comme desoendant des Paléologues) : cette lettre avait été écrite par un agent de confiance que le duc y avait envoyé , M. Chateaurenaud, qui lui fait parvenir — « une sorte de tableau statistique du Magne, où Sont énumérés 125 bourgs ou villages renfermant 4,913 feux, et pouvant fournir 10,000 combattants, dont 4,000 armés, et 6,000 sans armes (entre Calamatta et Capo di Magna). »
(Mémoires de l'Académie des inscriptions, tom. XY, 1842, p. 329. Mémoire dç M. Berger de Xivrey.)
Cette estimation ne s'éloigne pas beaucoup de celle que fît au commencement de notre siècle le colonel Leake, qui considère quUl y avait alors dans le MaSna (le même territoire) 130 villes et villages ; et ceci également dans un état de société excessivement troublé et privé de toute sécurité, où l'envoyait partout des querelles privées ef des tours particulières (ou pyrghi) pour la défense, et dans des parties de laquelle le colonel Leake dit :c Je vis des bommes préparant le sol pour le coton, avec un poignard et des pistolets à leur ceinture. Telles semblent être les armes ordinaires du cultivateur quand il ne soupçonne pas de danger particulier:
le berger est presque toujours armé d'un fusil »... « Les Maînotes estiment que leur population est de 30,000 hommes, et qu'ils ont 10,000 fusils » (Leake, TraveU in Morea, vol. I, c. 7, p. 243, 263-266).
Or, sous la domination de Sparte, toute la Laconie jouissait sans doute d'une sécurité intérieure complète, de sorte que l'idée du cultivateur labourant son cbamp en armes devait être inconnue. En prenant pour base ce qui vient d'être dit au sujet de la population maïnote et du nombre des municipes, 100 TcpXei; pour toute la Laconie est un calcul très-modéré.
klos, comme nous l'avons fait remarquer auparavant, Amyklae, Pharis et Geronthrae étaient encore achaeeunes : c'est sous le règne de ce prince qu'elles furent conquises pour la première fois, et que les Achaeens furent ou chassés ou subjugués. On ne peut douter qu'Amyklae n'ait été antérieurement une place de conséquence : en fait d'antiquité et de souvenirs héroïques , cette ville , aussi bien que Therapnae, semble avoir surpassé Sparte.* Ef l'on représente la guerre des Spartiates contre elle comme une lutte de quelque importance; et en effet, dans ces temps, une ville entourée de murs était longue et difficile à prendre. Timomachos, aegide de Thêbes (1), à la tête d'un corps de ses compatriotes, rendit un service essentiel aux Spartiates, dit-on, en les aidant à conquérir les Achaeens d'Amyklae ; et la vaillante résistance de ces derniers était rappelée par un monument élevé à Zeus Tropaeos à Sparte, que l'on pouvait voir encore du temps de Pausanias (2). Les Achaeens de Pharis et de Geronthrae, alarmés par le destin d'Amykla, rendirent, dit-on, leurs villes après peu ou point de résistance : après quoi les habitants de ces trois villes, soit en totalité, soit eif partie, s'exilèrent au delà de la mer, laissant place à des colons Venus de Sparte (3). Depuis ce temps, suivant Pausanias, Amyklae continua d'exister comme village (4). . Mais comme les hoplites amykiaeens constituaient une partie importante de l'armée Spartiate, elle doit avoir été comptée parmi les cités des Periœki* comme l'une des cent (5) , la distinction entre une cité dépendante et un village n'étant pas très-rigoureusement établie. La fête des Hyakinthia, 'célébrée dans le grand temple d'Apollon Amyklaeen était au nombre des plus solennelles et des plus vénérées dans le calendrier Spartiate.
(1) Ari^tote, Aicxuv. XloXireCa, ap. mitive du Péloponèse (Notœ Criticœ ad
Schol. Pindar. Isth. VII, 18. Pindar. Pyth. v. 74. p. 479).
Je partage Popinion de M. Boeckh, (2) Pausan. III, 2, 6; III, 12, 7.
qui pense que Pindare lui-même iden- (3) Pausan. III, 22, 5.
tifie cette marche des ^Egides sur Amy- (4) Pausan. III, 19, 5.
klœ avec la conquête hêraklide pri- (5) Xénoph. Hellen. IV, 5, 11.
Ce fut du temps d'Alkamenês, fils de Têleklos que les Spartiates conquirent Helos, ville maritime sur la rive gauche de TEurotas, et réduisirent à l'esclavage ses habitants, du nom desquels (1), selon divers autçurs, fut tiré le titre général d'Jlotes, appartenant à tous les serfs de Laconie. Mais quant à la conquête des autres villes de la Laconie, Gytheion, Akriae, Therapnae, etc., ou de la contrée orientale sur la côte dû golfe Argolique, comprenant Brasiae et Epidauros Limera, ou de l'île de Kythêra, nous n'avons aucun renseignement.
Quelque peu abondantes que soient nos connaissances, elles suffisent pour nous permettre de reconnaître chez les Spartiates un accroissement progressif de force et de domination, résultant de l'organisation de Lykurgue. On trouve une autre manifestation de ce progrès, outre la conquête des Achaeens au sud par Têleklos et Alkamenês, dans lenr opposition heureuse au grand pouvoir de Pheidôn l'Argien, racontée dans un des chapitres qui précèdent. Nous arrivons maintenant aux longs et pénibles -efforts à l'aide desquels ils accomplirent l'asservissement de leurs frères les Dôriens de Messênia. •
(1) Pausan. III, 2, 7; III, 20, B. avoir été donné par mer; peut-êtrô
Strabon, VIII, p. 363. d'Epidauros Li|nêta, ou de Prasiœ,
S'il est vrai (comme le dit Pausanias) quand ces villes faisaient partie de la
que les Argiens aidèrent Helos à résis- fédération argienne. ter, leur secours doit probablement