CHAPITRE VII
Autorités à Tappui de l'histoire des guerres Mêsséniennes. — Elles appartiennent particulièrement au temps qui suit la fondation de Messênê par Epaminondas.
— Absence de traditions réelles ou anciennes relativement à ces guerres ; contradictions au sujet du héros messênien Aristomenês. — Date dé la première guerre — 743-724 a\'ant J.-C. — Causes alléguées par les Spartiates. — Têleklos, roi des Spartiates, tué parles Messêniens dans le temple d'ArtemisLimnatis.
— Première guerre. Messênienne. — Rois inessêniens Euphàês et Aristodêmos.
— Les Messêniens se concentrent sur le mont Ithômê ; — après un long siège ils sont complètement vaincus. — Dur traitement infligé aux Messêniens vaincus et réduits à l'Ilotisme par Sparte. — Révolte des Messêniens contre Sparte. —
~ Seconde guerre Messênienne. — Aristomenês. — Ses exploits chevaleresques ; il échapjJe de près à la mort ; — fin de la seconde guerre; — les Messêniens vaincus de nouveau. — Le récit de Pausanias, emprunté du poëte Rhianos, ne mérite pas de confiance. — Le poëte Tyrtée l'allié de Sparte ; — sa grande action et sa puissante influence sur l'esprit spartiatç. — Sensibilité musicale des Spartiates. — Puissant eflfet moral de l'ancienne musique grecque. — Souffrances des Spartiates ^ans la seconde guerre Messênienne. — Date de la seconde guerre Messênienne. — Punition du traître Aristokratês, roi de la ville arkadienne Orchomenos, — Les Spartiates acquièrent la «contrée à l'ouest du Têygetês. — Les Dôriens Messêniens n'avaient pas de places fortifiées considérables; — ils vivaient dans de petits municipes et dans des villages. — Relations de Pisa et d'Elis. — Luttes des Pisans et des Triphyliens pour obtenir l'autonomie ; — ces derniers sont plus tard soutenus par les intérêts politiques de Sparte.
C'est un fait suffisamment prouvé qu'il y a eu deux longues luttes entre les Lacédsemoniens et les Messêniens, et que, dans les deux, les premiers furent complètement victorieux. Et si nous pouvions ajouter foi aux renseignoments que fournit Pausanias, notre principale et presque notre seule autorité sur ce sujet, nous serions en état de raconter l'histoire de ces deux guerres en grand détail. Mais par malheur les incidents racontés dans cet écrivain ont été puisés T. m 23
DigitizecfbyVjOOQlC
à des sources qui, même de son propre aveu, ne méritent pas de confiance; ils sont empruntés de Rhianos, le poëte de Bênô en Krête, qui avait composé un poëme épique sur Aristomenôs 6t la seconde guerre Messênienne, vers 220 avant J.-C, et de Myrôn de Priênê,. auteur en prose dont la date n'est pas connue exactement, mais qui appartient à l'époque alexandrine, et qui n'est pas antérieur au troisième siècle avant l'ère chrétienne. Nous n'avons pas le droit d'attendre de Rhianos de renseignement digne de foi, tandis que Pausanias lui-même déprécie beaucoup l'exactitude de Myrôn, trop môme sur quelques points, comme nous le montrerons tout à l'heure. Mais, en dehors des habitudes intellectuelles, soit du prosateur, soit du poëte, il ne semble pas qu'aucun bon moyen de connaître fût à la disposition de l'un ou de l'autre, si ce n'est les poëmes de Tyrtée; les ont-ils jamais consultés, c'est ce dont nous ne sommes nullement sûi:. Le récit de ces deux guerres, extrait de ces deux auteurs par Pausanias, est une suite de « tableaux, »» dont plusieurs sont, il est vrai, extrêmement poétiques, mais manquent de cohérence ou des qualités requises pour l'histoire ; et 0. Millier a fait observer avec justesse « qu'il vlj est donné absolument aucune raison pour expliquer l'asservissement de la Messênia (1). >» Ce sont des récits qui ne méritent pas d'être transcrits dans les pages d'une histoire générale, et nous ne pouvons pas non plus prétendre faire quelque chose de plus que de vérifier un petit nombre de faits principaux de la guerre. Le poëte Tyrtée fut lui-même engagé du côté des Spartiates dans la seconde guerre, et c'est de lui que nous appre-
(1) History of the Dorians, I, 7, 10 (note) . Il paraît que Diodore avait donné une histoire des guerres niessPni«nnes considérablement détaiUée, si nous pouvons en juger par un fragment du livre septième et dernier, renfermant le débat entre Kleonuis et Aiistomen^.
C*était très-probablement un emprunt fait à Ëphore, bien que nous ne le sachions pas.
Au sujet des assertions de Pausanias relatives à Myrôn et à Rhianos, V. IV, 6. Outre Myrôn et Rhianos, cependant, il parait avoir reçu des renseignements oraux de Messêniens et de Lacédaemonien^ de son temps, du moins dans quelques occasions il cite et oppose les deux récita contradictoires (lY, 4, 4 ; IV, 5, 1).
nons les quelques faits incontestables relatifs tant à la première guerre qu'à la seconde. Si les Messêniens n'avaient jamais été rétablis dans le Péloponèse, nous n'aurions probablement jamais entendu d'autres détails touchant ces anciennes luttes. Ce rétablissement, avec la première fondation de la cité appelée Messênê sur le mont Ithômê, fut une des blessures capitales faites à Sparte par Epaminondas, dans l'année 369 avant J.-C, entre 300 et 250 années après la fin de la seconde guerre Messènienne. Les descendants des anciens Messêniens, qui étaient restés pendant une si longue période sans demeures fixes en Grèce, furent incorporés dans la nouvelle cité avec divers Ilotes et des colons mélangés qui n'avaient paS' de titres à une semblable généalogie. On invoqua avec respect à cette grande cérémonie les dieux et les héros de la race messènienne, spécialement le grand héros Aristomenès (1) ; et la vue du mont Ithômè, l'ardeur des citoyens nouvellement établis, la haine et la crainte de Sparte, opérant comme un puissant stimulant pour créer et multiplier ce qu'on appelle « traditions, »» suffirent pour que le petit nombre de faits connus relativement apx luttes des anciens Messêniens fussent développés et chargés d'une variété de détails. Dans presque toutes ces histoires nous découvrons une couleur défavorable à Sparte, contrastant fortement avec le récit donné par Isocrate dans son discours appelé Archidamus, où nous trouvons l'idée qu'un Spartiate pouvait se faire des anciennes conquêtes de ses ancêtres. Mais ce qui démontre clairement que ces histoires messêniennes n'avaient pas un fondement réel de tradition, ce sont les assertions contradictoires relativement au principal héros Aristomenès; car quelques-uns le placent dans la première guerre, d'autres dans la seconde. Diodore et Myrôn le plaçaient tous deux dans la première; Rhianos dans la seconde. Bien que Pausanias dise qu'il pense que le récit du dernier est préférable, et qu' Aristomenès appartient réellement à la seconde guerre Messènienne, il me semble que les
(1) Pftttsan,IV,27, 2-3; Diod, XV, 77.
deux assertions sont aussi dignes de foi l'une que l'autre, et qu'il n'y a pas de preuves suffisantes pour décider entre les deux, conclusion qui en substance est la même que celle de Wesseling, qui croit qu'il y a eu deux personnages nommés Aristoraenês, l'un dans la première guerre, l'autre dans la seconde (1). Cette inextricable confusion relativement au plus grand nom de l'antiquité messônienne montre combien il est difficile de reconnaître ici un pur courant de tradition. Pausanias dit que la première guerre Messônienne commença en 743 avant J.-C. et dura jtisqu'en 724, que la seconde commença en 685 avant J.-C. et dura jusqu'en 668 avant J.-C. Ni l'une ni l'autre de ces dates ne s'appuient sur aucune autorité positive assignable; mais l'époque où l'on place la première guerre semble probable, tandis que celle de la seconde est évidemment trop reculée. Tyrtée constate à la fois la durée de la première guerre, vingt années, et les éminents services qu'y rendit le roi Spartiate Theopompos(2).
(1). V. Diodoje, Fragm. lib. VIII, vol. IV, p. 30 ; dans son bref sommaire des événements messêniens (XV, 66) il représente comme un point sur lequel les auteurs di£féraient, la question de savoir si Aristomenês appartenait à la première guerre ou à la seconde. Clemens Alexand. (Prot. p. 36) le place dans la première ^ comme MyrOn, en le mentionnant comme ayant tué Theopompos.
Wesseling fait observer (ad Diod.
l, c.) : Duo fuerunt Aristomenês, u terque in Messeniorum contra Spartanos beUo illustrissimus , alter posteriore, priore alter bello. »
A moins que l'on ne puisse montrer par quelque preuve indirecte la probabilité de cette duplication de personnages homonymes, je la considère seulement comme équivalant à l'aveu que la difficulté est insoluble.
Pausanias est réservé dans sa manière de donner son jugement, — 6 jxévTOi 'Api(iT0i*6VYi; ôoÇy) fe èl^îi Yéyovsv èirl Tou itoXç'jxou toù 0(TTépou {IV, 6).
Millier (Dorians, I, 7, 9) va trop loin quand il' affirme que Tassertion de Myrôn était « contraire à toute tradition. » MUUer énonce d'une manière inexacte la citation de Plutarque, Agis, c. 21 (V. sa note h). Plutarque ne dit rien de Tyrtée; il dit que les Messêniens affirmaient que leur héros Aristomenês avait tué le roi Spartiate Theopompos, tandis que les Lacédaemouiens disaient qu'il n'avait fait que blesser le roi. Suivant ces denx récits, il paraîtrait donc qu' Aristomenês appartenait à la première guerre messênienue, et non à la seconde.
(2) Tyrtée, Fragm. 6, Gaisford.
Mais on ne doit pas comprendre que Tyrtée affirme distinctement (comme Pausanias, M. Clinton et Millier le pensent tous) que Theopompos survécut et acheva la guerre : son langage pourrait s'accorder avec la supposition que Theopompos avait été tué dans laguerre.
— "Ov Ôtà (Theopompos), Meatnivriv eiXo{iev eOpuxopov.
En effet, nous serions assurément au-
PREMIÈRE ET SECONDE GUERRE DE MESSÊNIA 35i)
Il dit de plus (en parlant pendant la seconde guerre) : « Les pères de nos pères conquirent Messènê, » indiquant ainsi vaguement les dates relatives des deux guerres.
Les Spartiates (comme nous l'apprenons d'Isocrate, dont les paroles datent d'une époque où la cité de Messênê n'était qu'une fotidation récente) déclaraient avoir saisi le territoire en partie pour se venger de l'impiété des Messêniens, qui avaient tué leur propre roi l'Hêraklide Kresphontès, dont le parent avait invoqué l'aide de Sparte, en partie par Tordre de l'oracle de Delphes. Telles étaient les causes qui les avaient engagés d'abord à envahir le pays, et ils l'avaient conquis après une lutte de vingt années (1). Les explications lacédsemoniennes, telles qu'elles sont données dans Pausanias, semblent dans le plus grand nombre de points être des assertions contraires arrangées après le temps où la version messênienne, évidemment le récit intéressant et populaire, avait été mise en circulation.
Nous avons déjà dit que les Lacédsemoniens et les Messêniens avaient sur leurs confins un temple et un sacrifice communs en l'honneur d'Artémis Limnatis , ^ datant de l'époque la plus ancienne de leur établissement dans le Péloponèse. La position de ce temple près du cours supérieur du fleuve Nedon, dans le territoire montagneux au nord-est de Kalamata, mais à l'ouest de l'arête la plus élevée du Têygetês, a été récemment vérifiée avec exactitude, et il semble dans ces temps anciens avoir appartenu à Sparte. La querelle commença dans un de ces sacrifices sur les frontières ; c'est ce que disent également les deux parties, les Lacédsemoniens et les Messêniens. Selon ces derniers, le roi lacédaemonien Têleklos tendit un piège aux Messêniens,
torisés à dire : « Ce fut par Epaminon- tomenês, et il ne peut pas non plus
das que les Spartiates furent conquis et être cité comme témoin pour prouver
humiliés ; ou ce fut par lord Nelson que qu'Aristomenês ne vivait pas pendant
la flotte française fut détruite dans la la première guerre messênienne ; ce qui
dernière guerre »,. bien que tous deux est le but que se propose Pausanias en
aient péri en accomplissant ces actes. le citant (IV, 6) .
Tyrtée ne contredit donc pas Tasser- (1) Isocrate ( Arclndamus) , Or. VI,
tion que Theopompos fut tué par Aris- p. 121-122.
en habillant en filles quelques jeunes Spartiates et en leur donnant des poignards; de là s'éleva une dispute dans laquelle les Spartiates furent vaincus et Têleklos tué. Les Spartiates racontaient aussi que Têleklos avait été tué dans le temple par les Messêniens; mais ils affirmaient qu'il Tavait été en essayant de défendre contre la violence et les outrages des jeunes Messêniens quelques jeunes filles lacédsemoniennes qui sacrifiaient dans le temple (1). Malgré la mort de ce roi, cependant, la guerrg n'éclata réellement que quelque temps après, lorsque Alkamenês et Theopompos régnèrent à Sparte, et Antiochos et Androklês, fils de Phintas, en Messênia. Elle eut pour cause immédiate une altercation privée entre le Messênien Polycharês (vainqueur dans la 4* Olympiade, 764 av. J.-C.) et le Spartiate
(1) Strabon fV"I, p. 257) fait un récit semblable de la conduite sacrilège et homicide des jeunes Messêniens dans le temple d'Artemis Limnatis. Sa version, qui s'accorde en substance avec celle des Lacédaemoniens, semble empruntée d'Antiochus, le contemporain de Thucydide, et est par conséquent antérieure à la fondation de Mcssêne par Epaminondas, événement qui est la source des assertions favorables aux.
Messêniens. Antiochus, qui écrivait au moment ' <jù la puissance lacéd.Tmonienne était à son apogée, devait considérer naturellement les Messêniens comme abattus sans retour, et l'impiété racontée ici devait être à ses yeux la cause naturelle des jugements divins qui les frappaient. Le récit d'Ephore est pareil (ap. Strab. VI, p. 280). -
Cf. Héraolide de Pont (ad calcem Cragii De Ilep. Laced. p. 528) et Justin, III, 4.
La possession de ce temple d'Artemis Limnatis et de TAger Dentheliates, le district où il était situé, fut un sujet de disputes constantes entre les Lacéda'moniens et les Messêniens après la fondation de la cité de Messênê, même jusqu'au temps de l'empereur romain
Tibère (Tacit. Annal. IV, 43). V. Stephan. Byz. V. AeXôàviot ; Pausan. III, 2,6; IV, 4, 2; IV, 31, 3. Strabon, VIII, p. 362,
Pour la situation du temple d'Artemis Limnatis et la description de l'Ager Dentheliates, V. le professeur Ross, Reisen im Peloponnes, I, p. 5-11. Il découvrit deux bornes avec des inscriptions, datant de l'époque des premiers empereurs romains et marquant les confins de Lacédffmone et de Messênê ; toutes deux sur la ligne de l'arête la plus élevée du Têygetês, où les eaux se .séparent à l'est et à l'ouest, et considérablement à l'est du temple d'Artemis Limnatis ; de sorte que de ce temps-là l'Ager Dentheliates était considéré comme une partie de la Messênia.
Je trouve maintenant que le colonel Leake (Peloponnesiaca, p. 181) pense que ces inscriptions découvertes par le professeur Ross ne prouvent pas que le temple d'Artemis Limnatis fût situé près du lieu où elles furent trouvées.
Son autorité aune grande valeur à mes yeux sur ce point, bien que les arguments qu'il emploie ici ne me semblent pas concluants.
Euaephnos. Polycharès, ayant reçu une grossière injure d'Eusephnos, et voyant sa demande en réparation repoussée par les Spartiates, se vengea en attaquant d'autres Lacédsemoniens. Les Messôniens refusèrent de le livrer, bien qu'un des deux rois, Androklês, insistât fortement pour qu'on le fît, et soutînt son opinion contre l'opinion contraire de la majorité et de son frère Antiochos avec tant de chaleur, qu'un tumulte s'éleva et qu'il fut tué. Les Lacédsemoniens, se décidant alors à faire la guerre, frappèrent le premier coup sans déclaration formelle, en surprenant la ville frontière d'Ampheia et en passant sres défenseurs au fil de l'épée. En outre, ils se répandirent sur le territoire messênien et attaquèrent quelques autres villes, mais sans succès. Euphaês, qui avait alors succédé à son père Antiochos en qualité de roi de Messênia, convoqua les forces du pays et continua la guerre contre eux avec énergie et audace. Pendant les quatre premières années de la guerre, les Lacédœmoniens ne firent aucun progrès, et môme furent exposés aux railleries des vieillards de leur nation, qui les appelèrent des guerriers pusillanimes. Toutefois, dans la cinquième année, ils entreprirejit une invasion avec plus de vigueur, sous leurs deux rois Theopompbs et Polydôros, au-devant desquels s'avança Euphaês avec toutes les forces des Messôniens. Il s'ensuivit une bataille dé^^espéree, dans laquelle il ne. semble pas qu'il y ait eu un avantage marqué d'un côté ou de l'autre. Néanmoins les Messôniens se trouvèrent tellement afiaiblrs par le combat, qu'ils furent forcés de se réfugier sur la montagne fortifiée d'Ithômê, en abandonnant le reste du pays. Dans leur détresse ils envoyèrent à Delphes solliciter conseil et protection ; mais leur messager rapporta l'épouvantable réponse qu'une vierge du sang royal d'^Epytos devait être sacrifiée pour les sauver. Pendant la tragique scène qui s'ensuit, Aristodêmos met à mort sa propre fille, sans cependant satisfaire les exigences de l'oracle. La guerre continua encore, et dans la treizième année il se livra une autre bataille acharnée, dans laquelle le brave Euphaès fut tué; mais le résultat fut encore indécis. Aristodêmos, élu roi à sa place, poursuivit la guerre avec activité. La cinquième année
HISTOIRir DE LA GRÈCE
de son règne est signalée par une troisième bataille générale, dans laquelle les Corinthiens assistent les Spartiates, et les Arkadiens et les Sikyoniens sont du côté de la Messènia; la victoire est ici décisive en faveur d'Aristodêmos, et les Lacédaemoniens sont refoulés dans leur propre territoire (1). Ce fut maintenant leur tour d'envoyer des ambassadeurs et de demander avis à l'oracle Delphien. Le reste des événements de la guerre montré une série, en partie do stratagèmes employés pour remplir les injonctions de la prêtresse, en partie de prodiges dans lesquels se manifesta la colère divine contre les Messêniens. Le roi Aristodèmos, torturé par la pensée d'avoir tué sa propre fille sans sauver son pays, se donne la mort (2). Dans la vingtième année de la guerre, les Messêniens abandonnèrent Ithômê, que les Lacédaemoniens rasèrent jusqu'au sol : le reste du pays étant promptement conquis, ceux des habitants qui ne s'enfuirent pas, soit en Arkadia, soit à Eleusis, furent réduits aune soumission complète.
Tel est l'abrégé de ce que Pausanias (3) donne comme le récit de la première guerre Messènienne. La plupart de ses détails portent le cachet évident d'un pur romagi de date récente ; et on verra facilement que la suite des événements ne présente aucune explication plausible de ce qui est en réalité indubitable, le résultat. La gu'erre (Je vingt années et l'abandon final d'Ithômè sont attestés par Tyrtée d'une manière qui n'ofire aucun doute, aussi bien que le dur traite-
(1) C'est peut-être à cette occasion que se rapportait Thistoire des Epeunakti dans Theoporope ^ap. Athenœ.
VI, p. 271), — des Hôtes admis dans le lit à la place de leurs maîtres tués à la guerre et qui furent ensuite affranchis.
L'histoire des Partheniœ, obscure et inintelligible comme elle Test, appartient à la colonie de Taras ou Tarentum (Strabon, VI, p. 279).
(2) V. Plutarque, De Superstitione, p. 168.
(3) V. Pausanias, IV, 6-14.
On peut voir dans ]& Sparta de Manso une discussion minutieuse des autorités que Pausanias a suivies dans son Histoire des guerres messêniennes, 18. Beilage, t. II, p. 264.
« Ce serait évidemment de la folie (fait-il observer, p. 270) de supposer que dans Phistoire des guerres messêniennes, comme Pausanias nous les présente, nous possédons l'histoire vraie de ces événements. »
ment infligé au peuple conquis. « Comme des ànes(l) harassés par de pesants fardeaux (dit le poëte Spartiate), ils furent forcés d'abandonner à leurs maîtres une moitié entière du produit de leurs champs, et de venir à Sparte en costume de deuil eux-mêmes, ainsi que leurs épouses, comme pleureurs à la mort des rois et des principaux personnages. »» La révolte de leurs descendants, se soulevant contre un joug si oppressif, est connue sous le nom de seconde guerre Messênienne.
Si nous avions eu le récit de la première guerre Messenienne tel que le donnaient Myrôn et Diodore, il aurait été évidemment bien différent de celui qui précède, parce qu'ils y renfermaient Aristomenês, et que c'était à lui qu'était attribué le principal rôle. Dans le. récit tel qu'il est dans Pausanias, Ton ne nous présente pas le grand héros messênien, l'Achille de l'épopée de Rhianos (2), avant la seconde guerre, dans laquelle ses gigantesques proportions apparaissent d'une manière saillante. Il est le grand champion de ' sa patrie dans les trois batailles que l'on représente comme étant livrées pendant cette guerre : la première, sans résultat décisif, à Derae; la seconde, une victoire signalée remportée par les Messèniens, à la Tombe du Sanglier; la troisième, une défaite également signalée, conséquence de la fuite déloyale d'Aristokratês, roi de la ville arkadienne Orchomenos, qui, après avoir* embrassé ostensiblement l'alliance des Messèniens, s'était laissé corrompre par Sparte. Trois fois Aristomenês offrit à Zeus Ithomatês le sacrifice appelé Hekatomphonia (3), réservé pour ceux qui avaient tué de leurs propres mains cent ennemis dans le combat. A la tête d'une troupe choisie, il poussa ses incursions plus d'une fois
(1) Tyrtée, Fragm. 5, 6 (Schnei- supposition que rendent inadmissibles
dewin). les paroles expresses de Tyrtée.
C. -F. Hermann considère le traitement (2) C'est la comparaison expresse em-
des Messèniens après la première guerre ployée par Pausanias, IV, 5, 2.
comme doux en comparaison de ce qu'il (3) Plutarque, Sept. Sapient. Convi-
de vint après la seconde (Lehrbucli der vium, p. 159. ^ Griech. Staatsalterthumer, sect. 31),
jusque dans le cœur du territoire lacédaemoîiieii, surprit Amyklae et Pharis, et pénétra même de nuit dans l'enceinte non fortifiée de Sparte elle-même, où il suspendit son bouclier en signe de défi dans le temple d'Athênê Chalkiœkos. Trois fois il fut fait prisonnier, mais dans deux occasions il échappa d'une manière merveilleuse avant d'avoir pu être conduit à Sparte rla troisième occasion fut plus fatale, et il fut jeté par ordre des Spartiates dans la Keadas, cavité profonde et formée de rochers dans le mont Têygetês, où ils avaient l'habitude de précipiter les criminels. Mais, même dans cette circonstance, l'aide divine ne l'abandonna pas (1). Tandis que les cinquante Messêniens qui partageaient son supplice étaient tous tués par la violence de la chute, seul les dieux le soutinrent, de telle sorte qu'il put atteindre le fond sain et sauf, et en même temps ils le mirent en état de trouver un moyen inattendu pour s'échapper. Enefiet, lorsque, renonçant à tout espoir, il s'était enveloppé dans son. manteau pour mourir, il aperçut un renard qui se glissait auprès des cadavres; il attendit que Tanimal s'approchât de lui, il saisit sa queue, se défendant contre ses morsures aussi bien qu'il le put au moyen de son manteau ; et étant parvenu ainsi à trouver l'ouverture par laquelle le renard était entré, il l'élargit suffisamment pour pouvoir se glisser lui-même au dehors. A la surprise et de ses amis et de ses ennemis il reparut vivant et vigoureux à Eira. Cette montagne fortifiée, sur les bords du fleuve Nedon, et près de la mer Ionienne, avait été occupée par les Messêniens après la bataille dans laquelle ils avaient été trahis par le roi arkadien Aristokratês ; c'était là qu'ils avaient concentré toutes leurs forces, comme ils l'avaient fait à Ithômê dans la première ^erre, en abandonnant le reste du pays. Sous la conduite d' Aristomenês , assisté du prophète Theoklos, ils conser-
(1) Pansanias, IV, 18, 4. 'AptoTo^xÉ- Aristomenê» comme ayant été fait pri-
vY)v §è ê; xe xà à>Xa Oeôv xiç, xat èii sonnier par les LacédsemonieDS ; mais
xal xôxe è90Xa(Tffsv. Plutarque doit avoir été trompé par sa
Plutarque (De- Herod. Malignit. mémoire, car Hérodote ne fait pas
p. 856) dit qu'Hérodote avait mentionné mention d' Aristomenês.
yèrent cette forte position pendant onze ans. A la fin ils furent forcés de l'abandonner. Toutefois, comme dans le cas dlthômê, on représente les circonstances finales terminant la lutte comme ayant été, non une supériorité de bravoure ou d'organisation du côté des Lacédaemoniens, mais un emploi perfide de trahison et de stratagème, secondant le décret fatal des dieux. Ne pouvant plus conserver Eyra, Aristomenês, avec son fils et une troupe de ses compatriotes/ s'ouvrit une route à travers les assaillants et quitta le pays ; quelques-uns d'entre eux se retirèrent en Arkadia et en Elis, et finirent par émigrer à Rhegium. Il passa lui-même le reste de ses jours à Rhodes, où il habita longtemps avec son gendre Damagêtos, le premier père de la noble Tamille rhodienne appelée les Diagorides, célèbre par ses nombreuses victoires olympiques.
Tels sont les traits principaux de ce que Pausanias appelle (1) la secoade guerre Messênienne, ou de ce que Ton devrait plutôt nommer l'Aristomeneïs du poëte Rhianos. Qu'après la fondation de Messênê, et le retour des exilés rappelés par Epaminondas, il y ait eu faveur et crédit pour une foule de contes relatifs à la valeur de l'ancien héros qu'ils invoquaient (2) dans leurs libations, contes bien calculés pour intéresser l'imagination, vivifier le patriotisme et enflammer les antipathies antispartiates des nouveaux habitants, il ne peut y avoir sur ce point aucun doute. Et les jeunes filles messèniennes de cette époque peuvent bien avoir chanté, dans leurs sacrifices publics accompagnés de processions (3), comment « Aristomenès poursuivit les
(1) V. le récit dans Pansanias, IV, 15-24.
Selon nne mention faite incidemment par Hérodote, les Samiens affirmaient qu'ils avaient. aidé les Lacédîpmonicns dans la gnerre contre Messênê. Noos ne savons à quelle époque (Hérod.
(2) Toù; 8è Me<T(T7jvtoy; olSa onnoç ènl taî; encovoaè; 'ApwrrojiévTr^ Nixo-
fiTjSouç xaXoyvTo^ (Pausan. II, 14, 5).
L'usage continuait encore de son temps.
Cf. aussi Pausan. IV, 27, 3; IV, 32,
(3) Pausanias entendit lui-même le chant (IV, 16,4)r— *Eicé>.eyov a(T|xa -cà xal èz -fiiMtç en à86|xevov :
'Eç Te (iéaov «éSto^A 2Tevux>r,ptov eç [t* opOi àxpov
Lacédaemoniens en fuite jusqu'au milieu de la plaine de Stefiyklêros et jusqu'au sommet même de la montagne. » C'est à de telles histoires (on ne devrait pas les nommer «< traditions »») que Rhianos peut sans doute avoir emprunté; mais s'il n'y avait pas de preuve pour démontrer combien il considérait complètement ses matériaux du point de vue du poëte et non de celui de l'historien, nous le trouverions dans le fait remarquable mentionné par Pausanias. Rhianos représentait Leotychidês comme ayant été roi de Sparte pendant la seconde guerre Messônienne : or Leotychidês (comme le. fait observer Pausanias) né régna que près d'un siècle et demi après, lors de l'invasion des Perses (1).
Au grand Champion de la Messênia, pendant cette guerre, nous pouvons opposer, du côté de Sparte, un autre personnage remarquable, moins frappant comme caractère de roman, mais plus intéressant pour l'historien sous bien des rapports ; je veux dire le poëte Tyrtée, natif d'Aphidnae en Attique, inestimable allié des Lacédaemoniens pendant la plus grande partie de cette seconde lutte. Suivant un récit, qui cependant a en partie l'air d'une vanterie des orateurs attiques postérieurs, les Spartiates, découragés par les. premiers succès des Messôniens, consultèrent l'oracle de Del-
EÏTcex' 'Api<iTO(i£VTi; xoï; Aaxeôat|io- [vioiç.
D'après un seul récit, les Lacédaemoniens, disait-on, s'étaient rendus maîtres de la personne d'Aristomenês et Pavaient tué ; ils trouvèrent en lui un cœurveïu (Steph. Byz. v.. 'Avôavia).
(1) Pausanias, IV, 15, I.
Peut-être Leotychidês fut-il roi pendant la dernière révolte des Ilotes ou Messêniens en 464 avant J.-C, qui est appelée la troisième guerre Messe nienne. Il paraît qu'il était alors en exil, par suite de sa vénalité dans Pexpédition Thessalienne, mais qu'il n'était pas encore mort (pérod. VI, 72).
Je ne vois rien qui prouve suflSsamment la réalité de ce que M. Clinton appelle la troisième guerre Messênienne
en 490 avant J.-C. (V. Fast. Helleu.
vol. I, p. 257).
Le poëme de Rhianos était intitulé MeffOYiviaxà. Il composa aussi 6e(j(ja- Xtxà, 'HXiaxà, 'Axaïxà. V. les fragments (ils sont très-peu nomhreux) dans la collection 'de Diiiitzer, p. 67-77.
Il semble avoir mentionné Nikoteleia, mère d^Aristomenês (Fragm. 2, p. 73); cf. Pausanias, IV, 14, 5.
Je peux faire remarquer que Pausanias, dans tout le cours de son récit de la seconde guerre Messêniennc, nomme le roi Anaxander comme commandant les troupes lacéda?moniennes ; mais il le fait sâ,ns autorité, comme nous le voyons par IV, 15, 1. C'est un pur calcul de sa part d'après les iraTSpwv Tratépe; de Tyrtée.
phes, et reçurent Tordre de demander un général à Athènes. Les Athéniens remplirent la volonté de l'oracle en envoyant Tyrtée, que Pausanias et Justin représentent comme boiteux et comme ,maitre d'école, expédié en vue d'obéir pour la forme à l'oracle, et cependant de ne rendre aucun service réel (1). Ceci paraît être une couleur ajoutée au récit par des écrivains postérieurs ; mais l'intervention des Athéniens dans l'affaire d'une manière quelconque mérite peu de crédit (2). Il semble plus probable que ce fut la connexion légendaire qui rattachait les Dioskures à Aphidnae, célébrée à cette époque ou peu après par le poëte Alkman, qui amena par l'oracle de Delphes la présence du poëte Aphidnaeen à Sparte. Quant à la claudication de Tyrtée, nous ne pouvons ^ rien dire ; mais il est extrêmement probable que c'était un maître d'école (si nous sommes obligés d'employer un terme mal approprié); car, à cette époque, des chanteurs qui composaient et chantaient des poèmes étaient les seules personnes de qui la jeunesse reçût quelque éducation intellectuelle. De plus, son influence sur l'esprit des jeunes gens est signalée particulièrement dans le compliment que le roi Léonidas lui fit plus tard : « Tyrtée excellait à chatouiller l'àme de la jeunesse (3). »» Nous en voyons assez pour nous , convaincre qu'il était étranger de naissance, bien qu'il soit devenu Spartiate, grâce au droit de cité qui lui fut accordé plus tard comme récompense ; qu'il fut envoyé par l'oracle de Delphes; que, comme chanteur, il produisit une impression efficace, et qu'il avait, de plus, assez de sagacité pour appliquer ses talents à des buts présents et à des besoins divers, capable comme il l'était non-seulement de ranimer le courage languissant du guerrier vaincu, mais encore d'apaiser
(1) Pausanias, IV, 15, 3 ; Justin, III, p. 362) ; Philochor. Fragm. 56 (Didot).
5, 4. Cf. Platon, Legg. II, p. 630; (2) Plutarque, Theseus, c. 33; Pau-
Diodore, XV, 66; Lycurg. cont. Léo- sanias, I, '41, 5; Welcker, Alkman.
crat. p. 162. Philochore et Kallisthèno Fragm., p. 20.
le représentaient aussi comme natif (3) Plutarque, Kleomen. c. 2. 'Aya-
d'Aphidnae en Attique ; ce que Strabon 6ôç vêwv 4/uyàÇ «ixàXXetv. combat par de faibles raisons (VIII,
le mécontentement des mutins. Il n'y a pas de raison pour douter que ses chants, qui conservèrent longtemps leur popularité entière parmi les Spartiates (1), n'aient beaucoup contribué à amener l'issue définitive de cette gu^^rre ; et son nom n'est pas non plus le seul qui atteste la sensibilité de l'esprit Spartiate à cette époque à l'égard de la musique et de la poésie. Le premier établissement à Sparte de la fête Karneienne avec son concours musical tombe pendant la période que Pausanias assigne à la seconde guerre Messênienne : le harpiste lesbien Terpandros, qui gagna à cette solennité le premier prix dont il soit parlé, avait été appelé, assure-t-on, par les Spartiates, conformément à un ordre de l'oracle Delphién, et avait servi à apaiser une sédition. C'est ainsi que le Krètois Thalètas y fut appelé pendant une peste, que son art (comme on le prétend) contribua à guérir (vers 620 av. J.-C); et Alkman, Xenocritos, Polymnastos et.Sakadas, tous étrangers de naissance, trouvèrent un accueil favorable et acquirent de la popularité grâce à leur musique et à leur poésie. A l'exception de Sakadas, qui est un j)eu postérieur, tous ces noms tombent dans le même siècle que Tyrtée, entre 660 et 610 avant J.-C. Le genre que la musique Spartiate conserva pendant longtemps dans la suite est attribué particulièrement au génie de Terpandros (2).
La discipline dans laquelle un Spartiate passait sa vie consistait en exercices guerriers, sociaux et religieux, mêlés ensemble. Tandis que l'individu, fortifié par la gymnastique, pratiquait ses pénibles leçons de fatigue, de patience et d'agression, les citoyens collectivement étaient maintenus dans rhabitudè constante de mouvements simultanés et réglés dans la marche guerrière, la danse religieuse et la procession d'une nature purement sociale. La musique et le chant, étant constamment employés pour diriger la mesure et entretenir la vie (3) de ces mouvements dans la multitude.
(1) Philocliore,Fragin.56,éd.Didotî (3) Thiicyd. V, 69; Xenopb. Rep. Lyciirg. cont. Leoc. p. 163. Laoed. c. 13. ^
(2) Plut. De Mus. p. 1134, 1142,1146.
s'associèrent aux sentiments les plus puissants que laissait naître l'abnégation habituelle d'un Spartiate, et particulière-^ ment à ces sympathies que l'on communique d'un seul coup à une foule assemblée. En effet, le. musicien et le chanteur étaient les seules personnes qui s'adressassent jamais aux sentiments d'une assemblée lacé'daemonienne. En outre, la musique simple de cette époque reculée, bien que dépourvue de mérite artistique, et remplacée dans la suite par des combinaisons plus compliquées, avait néanmoins un caractère moral prononcé. Elle agissait bien plus puissamment sur les mouvements et les résolutions des auditeurs, bien qu'elle chatouillât l'oreille moins agréablement que les compositions savantes des temps postérieurs: De plus, chaque genre particulier de musique, avait son propre effet intellectuel approprié : le mode phrygien inspirait un enthousiasme sauvage et allant jusqu'à la folie; 1^ mode dôrien produisait une résolution ferme et réfléchie, exempte à la fois de sentiments désespérés et de sentiments impétueux (1). Ce qu'on appelle le mode dôrien semble être en réalité l'ancien mode grec originel, en tant que distingué du phrygien et du lydien ; cesjnodes, subdivisés et combinés seulement à une époque postérieure, furent les trois modes primitifs avec lesquels se familiarisèrent les premiers musiciens grecs. Il dut probablement son titre de dôrien à la célébrité musicale de Sparte et d'Argos pendant le septième et le sixième siècle avant l'ère chrétienne ; mais il appartenait autant aux Arkadiens et aux Achaeens. qu'aux Spartiates et aux Argiens. Et les effets moraux marqués, produits et par le mode dôrien et par le mode phrygien dans les temps anciens, sont des faits parfaitement attestés, et cependant on peut difficilement les expliquer par quelque théorie générale de musique.
(1) V. le traité de Plutarque, De ' mis par M. Boeckh en tête de son édi-
Musicâ, passim, particulièrement c. 17, tion de Pindare, est plein de rensei-
p. 1136, etc.; 33, p. 1143. Platon, Rep. gnements instructifs sur ce point aussi
III, p. 399; Axislot. Polit. VIII, 6, bien que sur tous les autres se ratta-