‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 3)Chapitre 7 sur 143 · V. également Athénée, XIII · texte numérisé non relu

V. également Athénée, XIII

avec le fragment ^e Pécrivain comique

Alexis. Il y est dit que Lysimacbos

Aussi, roi de Thraoe, avait banni les

, philosophes de ses États,

Democharês pouvait trouver (outre les personnes nommées dans Athénée,

V, 215; XI, 508) d'autres exemples authentiques de disciples de Platon et d'Isokratc qui avaient* été des tyrans atroces et sanguinaires dans leurs villes natales- — V. le cas de Klearchos d'Hêrakleia, Memnon ap. Photium, Cod. 224, c. 1. Chiôn et Leonidês, les ^ deux jeunes citoyens qui tuèrent Klearchos, et qui périrent en s'efibrçant d'affranchir leur pays, — étaient anssi disciples de Platon (Justin, XVI, a).

Dans le fait, il était naturel que des jeunes gens ambitieux, dans des desseins de toute sorte, cherchassent ce mode de perfectionnement. Alexandre le Grand aussi, la véritable personnification de la force dominanle, avait été le disciple d'Aristote-

présent considérable 'd^ 150,000 médimnes de froment, avec du "bois suffisant pour construire 100 vaisseaux. En même temps, il ordonna à Deme trios de réunir à Athènes un congrès de députés des cités grecques alliées, dans lequel on pourrait prendre des résolutions pour les intérêts communs de la Grèce (1). Il était de son intérêt en ce moment d'élever en Grèce une autorité temporaire qui se soutînt seule, en vue de maintenir Falliance avec lui-même pendant l'absence de Demetrios; car il était obligé de faire venir en Asie avec son armée ce dernier, dont les services lui étaient nécessaires pour la guerre contre Ptolemseos en Syria et dans l'île de Kypros.

Voici comment Bemetrios occupa les trois années sui- Tantes : — 1 . Il fit près de Kypros des opérations victorieuses, dans lesquelles il défit Ptolemseos, et se rendit maître de Tîle ; puis Antigonos et Demetrios prirent le titre de rois, et leur exemple fut snivi par Ptolemseos en Egypte, — par Lysimachos en Thrace, — et par Seleukos en Babylonia, en Mesopotamia et en Syria (2), — abolissant ainsi le souvenir honorifique de la famille d'Alexandre. 2- Il tenta sans succès en Egypte, par terre et par mer, une invasion, qui fut repoussée avec de grandes pertes. S. Il assiégea Rhodes. Les intelligents et brayes citoy-eiis de cette île résistèrent pendant plus d'un an aux plus YÎgoureuses attaques et au plus formidable attirail de siège de Demetrios Poliorketês. Cependant tous leurs eflforts auraient été vains s'ils n'eussent été aidés par des renforts et des proTisions considérables que leur envoyèrent Ptolemseos, Lysimachos et Kassandre. Telles sont les conditions qui .actuellement reifftent seules aux plus résolus et aux plus intelligents d'es ■Grecs pour cons^ver leur sphère circonscrite d'autonomie. A la fin, le siège se termina par un compromis ; les Rhodiens consentirent à s'insorire comme alliés de Demetrios, à •condition toutefois de ne pas agir contre Ptolemseos

(1) Diodore, XX, 46. (3) Diodore, XX, 99. Probablement

(2) Diodore*, XX, 5S; Plutarque, cette clause conditionnelle s'étendait Pemetr. 18. aussi à Lysimachos et à Kassandre (qui

Ils poussèrent leur dévouement reconnaissant à Tégard de ce dernier jusqu'à lui élever un temple, appelé le Ptolemseon, et à Tadorer (sous la sanction de Toracle d'Ammon) comme un dieu (1). Au milieu des rochers et des écueils où les cités grecques furent • alors condamnées à gouverner , menacées de tous les côtés par des rois plus puissants qu'elles-mêmes, et plus tard par la gigantesque république romaine, — les Rhodiens conduisirent leur barque politique avec plus de prudence et de dignité qu'aucune autre cité grecque.

Peu après 'que Demetrios eut quitté la Grèce pour se rendre à Kypros, Kassandre et Polysperchôn renouvelèrent la guerre dans le Péloponèse et dans son voisinage (2) (307-303 av. J.-C). Nous ne découvrons aucun détail relativement à cette guerre. Les ^Etoliens furent en hostilité avec Athènes et commirent des déprédations fâcheuses (3). La flotte d'Athènes, réparée ou accrue, grâce au bois reçu d'Antigonos, dut fournir trente quadrirèmes pour assister Demetrios dans l'ile de Kypros, et fut employée dans certaines opérations près de l'île d'Amorgos, où elle essuya une défaite (4). Mais nous ne pouvons reconnaître que peu de chose relativement à la marche de la guerre, si ce n'est que Kassandre gagna du terrain sur les Athéniens, et que, vers le commencement de 303 avant J.-C, il bloquait ou menaçait de bloquer Athènes. Les Athéniens invoquèrent l'aide de Demetrios Poliorketès qui, ayant récemment conclu un accommodement avec les Rhodiens, revint

tous deux assistèrent Rhodes), aussi bien qu'à Ptolemaeos, — bien que Diodore ne le dise pas expressément.

(1) Diodore, XX, 100.

(2) Diodore, XX, 100.

(3) Que les ^Etoliens fussent précisément alors des ennemis très-fôcheux pour Athènes, c'est ce que l'on peut voir par l'ode Ithyphallique adressée à ■Demetrios Poliorketès (Athénée, VI, p. 253).

(4) Diodore, XX, 50; Plutarque, Demetr. 11. Par rapport à cette défaite

près d'Amorgos, Stratoklês (rorateur complaisant qui proposa les votes de flatterie à l'égard de Demetrios et d'Antigonos) l'annonça, dit-on, d'abord comme une victoire, à la grande joie du peuple. Bientôt arrivèrent des-, preuves de la défaite, et le peuple fut irrité contre Stratoklês. « De quoi vous plaignez-vous ? répliqua-t-il; n'avezvous pas eu deux jours de plaisir et de satisfaction ? » C'est en tout cas une très-bonne histoire.

d'Asie, avec une armée et une flotte puissantes, à Aulis en Bœôtia (1). Il fut reçu à Athènes avec des démonstrations d'honneur égales ou supérieures à celles qui avaient marqué sa visite antérieure. Il semble avoir passé une année et demie, en partie à Athènes, en partie dans des opérations militaires faites avec succès dans beaucoup de parties de la Grèce. Il força les Bœôtiens à évacuer la cité eubœenne de Chalkis, et à renoncer à leur alliance avec Kassandre. Il repoussa ce prince de l'Attique, — chassa ses garnisons des deux forteresses frontières de ce pays, — Phylê et Panakton, -r- et le poursuivit jusqu'aux Thermopylae. Il prit ou obtint, en corrompant les garnisons, les villes importantes de Corinthe , d'Argos et de Sikyôn, et se rendit maître également d'-^gion, de Bura, de toutes les villesarkadiennes (à Texception de Mantineia) et de diverses autres villes du Péloponèse (2). Il célébra, comme présidât, la grande fête des Heraea à Argos, occasion dans laquelle il épousa Deidameia, sœur de Pyrrhus, le jeune roi d'Épire. Il détermina les Sikyoniens à transporter à une petite distance l'emplacement de leur cité, en donnant à la nouvelle ville le nom de Demetrias (3). A un congrès de Grecs, réuni à Corinthe sur ses propres lettres d'invitation, il reçut par acclamation le titre de chef ou empereur des Grecs, qui avait été conféré à Philippe et à Alexandre. Il étendit même ses attaques jusqu'à Leukas et à Korkyra. La plus grande partie de la Grèce paraît avoir été ou occupée par ses garnisons ou inscrite parmi -ses subordonnés.

Kassandre fut tellement intimidé par ces succès, qu'il envoya à Athènes des députés pour demander la paix à Antigonos, qui, cependant, fier et plein d'arrogance, refusa d'entendre toute autre condition qu'une reddition à discré-

(1) Diodore, XX, 100; Plutarque, cité fut éloignée en partie de la mer, et Demetr. 23. rapprochée de très-près de TaUropolis.

(2) Diodore, XX, 102, 103 ; Plu- La nouvelle cité , resta d'une manière tarque, Demetr. 23-25. permanente ; mais le nouveau nom de

(3) Diodore, XX, 102 ; Plutarque, Demetrias fit place à l'ancien nom, Si- Demetr. 25; Pausanias, II, 7, 1. La kyôn.

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tion. Kassandre, poussé aiijsi au désespoir, renouvela ses demandes à Lysimachos, à Ptolemseos et à Seleukos. Tous ces princes se sentirent également menacés par la puissance et les dispositions d'Antigonos, — et tous résolurent de former une coalition énergique pour le renverser (1).

Après une prospérité non interrompue en Grèce pendant tout l'été de 302 avant J.-C, Demetrios retourna de Leukas à Athèn*, vers le mois de septembre, à peu près à l'époque des mystères d'Eleusis (2) (302-301 av. J.-C). H fut accueilli par des processions de fête, par des hymnes, des pseans, des chœurs de danse et des odes bachiques de joyeuse félicitation. L'un de ces hymnes est conservé; il était chanté par un chœur d'Ithyphalli, — joyeux compagnons masqués, la tête et les bras entourés de couronnes, — revêtus de tuniques blanches et en costume de femme descendant presque jusqu'aux pieds (3)..

• Ce chant est curieux, en ce qu'il indique les espérances et les craintes qui régnaient parmi les Athéniens de cette époque, et en ce qu'il donne une mesure de l'appréciation qu'ils faisaient d'eux-mêmes. En outre, il est du nombre des plus récents documents grecs que nous possédions ayant trait à une réalité actuelle et présente. Le poëte, parlant à Demetrios comme à un dieu, dit avec orgueil que deux des ■êtres divins les plus grands et les plus aimés visitent l'Attique au même moment, — Dêmêtêr (qui vient pour l'époque de ses mystères) et Demetrios, fils de Poséidon et d'Aphrodite. « C'est toi que nous prions (continue l'hymne); car le^ autres dieux sont bien loin, — ou ils n'ont pas d'oreilles, — ou ils n'existent pas, — ou ils ne s'occupent pas de nous; mais toi^ nous te voyons devant nous, non en bois ni en marbre, mais présent réellenàent. Avant tout, établis la paix, car tu en as le pouvoir, — et châtie ce Sphinx qui

(1) Diodore, XX, 106. V. aussi Duris ap. Athenœ. XII,

(2) Qu'il revînt de Leukas vers le p. 535.

temps de ces mystères, c'est ce qui est (3) Semus ap. Athenaeum , XIV,

attesté et par Democbarês et par Tode p. 622. Ithyphallique dans Athénée^ VI, p. 253.

domine non-seulement sur Thêbes, mais sur toute la Grèce, — r^tolien qui (semblable au Sphinx antique) s élance de son poste sur le rocher pour saisir et enlever nos personnes, et contre lequel nous ne pouvons combattre. En tout temps, les iEtoliens ont pillé leurs voisins; mais aujourd'hui ils pillent au loin aussi bien que près (1). »»

Des effusions telles que celles-ci, tout en montrant une idolâtrie et une soumission sans mesure à Tégard de Demetrios, sont encore plus remarquables, en ce qu'elles trahissent une perte de force, une sénilité, et la conscience d'une position dégradée et sans défense, que nous sommes étonné de voir proclamée publiquement à Athènes. Ce n'est pas seulement contre les potentats étrangers que les Athéniens s'avouent incapables de se défendre par eux-mêmes, c'est même contre les incursions des ^toliens , — Grecs comnae eux, quoique belliqueux, grossiers et toujours en mouvement (2). Si tels étaient les sentiments d'un peuple jadis le plus hardi, le plus confiant et le plus habile à organiser, — et cependant le plus intelligent, — en Grèce, nous pouvons voir que l'histoire des Grecs comme nation ou race séparée touche à sa fin, et que, dorénavant, ils doivent être absorbés dans l'un ou dans l'autre des courants plus forts qui les entourent.

Après ses succès passés, Demetrios passa quelques mois â Athènes dans les jouissances et la débauche (301 av*

(1) Athénée, VI, p. 253.

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"H cvx l^ovatv (ora, ''H oOx eiffiv, f^ ou wpocéj^oxxnv /.j^iv

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OiSiicoûv Ttv' eSpg, T»iv Sçtyya TauT»iv ô<jti; ^ xaxa-

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(2) Comp. Pauisanias, YII, 7, 4.

J.-C). Il était logé dans le Parthenôn, étant considéré comme l'hôte de la déesse Athênè. Mais ses habitudes dissolues provoquèrent les commentaires les nroins mesurés^ parce qu'il s'y adonnait dans un pareil domicile, taudis que les violences qu'il essaya sur de beaux jeunes gens de famille amenèrent diverses scènes véritablement tragiques. Toutefois les manifestations soumises des Athéniens à son égard continuèrent sans être affaiblies. On affirme même que, pour compenser quelque chose qu'il avait pris mal, ils rendirent, sur la proposition de Stratoklês, un décret formel, déclarant que tout ce que pourrait commander Demetrios était saint à l'égard des dieux, et juste à l'égard des hommes (1). Le bannissement de Democharês fut dû, dit-on, à ses commentaires sarcastiques sur ce décret (2). Dans le mois de munychion (avril), Demetrios rassembla ses forces et ses alliés grecs pour une marche en Thessalia contre Kassandre; mais, avant son départ, il désira être initié aux mystères d'Eleusis. Ce n'était cependant pas le temps régulier pour cette cérémonie, les Petits Mystères étant célébrés en février, les Grands en septembre. Les Athéniens vinrent à bout de la difficulté en rendant un vote spécial qui lui permettait d'être initié sur-le-champ , et de recevoir, dans une succession immédiate, l'initiation préparatoire et la finale, cérémonies entre lesquelles on exigeait habituellement une année d'intervalle. En conséquence, il se remit désarmé entré les mains des prêtres, et reçut et

(1) Plutarque, Demetr. 24.

^2) Telle est l'assertion de Plutarque (Demetr. 24); mais elle ne- semble pas en harmonie avec le contenu du décret d'honneur rendu en 272 avant J.-C, après la mort de Democharês, rappelant ses mérites par une statue^ etc.

(Plutarque, Vit. X Orat. p. 850). Il y est dit que Democharês rendit des services à Athènes (en fortifiant et en armant la cité, en concluant paix et alliance avec les Bœôtiens, etc.) 'Eirt Tou TSTpasTOu; 7coXÉ{Ji.ou, àvô' tùv èU' Tceaev Oirô twv xaTaXixyàvxwv tov 5>i-

(JLOv. 01 xaTaXuffavTeç tov 6^(/.ov ne peuvent vouloir dire ni Demetrios Poliorketês, ni Stratoklês. De plus, nous île pouvons déterminer quand se fit la « guerre de quatre ans », ni ralliance avec les Bœôtiens. Ni la discussion de M. Clinton (F. H. 302 av. J.-C, et Append. p. 380), ni Th^othèse différente de Droysen ne sont satisfaisantes sur ce point. — V. la discussion de Cari Millier sur les Fragments de Democharês, Fragm. Hist. Grsec. V, II, p. 446.

la première et la seconde initiation dans le mois d'avril, immédiatement avant son départ d'Athènes (1).

Demetrios conduisit en Thessalia une armée de 56,000 hommes, dont 25,000 étaient des alliés Grecs, — tant son empire à ce moment sur les cités grecques était étendu (301 av. J.-C.) (2). Mais après deux ou trois mois d'hostilités, heureuses en partie, contre Kassandre, il fut appelé en Asie par Antigonos pour qu'il l'aidât à tenir tête à la formidable armée des alliés, — Ptolemseos, Seleukos, Lysimachos et Kassandre. Avant de quitter la Grèce, Demetrios conclut avec Kassandre une trêve par laquelle il était stipulé que les cités grecques, tant en Europe qu en Asie, seraient autonomes et exemptes de garnison et de surveillance d'une manière permanente. Cette stipulation ne servit que de prétexte honorable pour s'éloigner de la Grèce ; Demetrios espérait peu qu'elle fût observée (3). Le prin-

(1) Diodore, XX, 110. Ilapaôoù; ouv avTov dvoir)>ov toi; lepeO<ji, xai -Trpô TÎ); cbpKTfxévr,;. T?i{Ji.Êpa; {AUTiOeîç, àveJ^ÊuÇev èx tôv 'AÔyivwv.

L^exposé de cette affaire dans le texte est emprunté à Diodore et est simple ; un vote fut rendu qui accordait à Demetrios la licence spéciale de recevoir ies mystères immédiatement, bien que ce ne fût pas le temps voulu.

Plutarque ( Demetr. 26 ) ajoute d'autres circonstances, dont plusieurs ont plutôt ^apparence de la plaisanterie que de la réalité. Pythodôros le dadouchos, ou porte - flambeau des TVIystères, fut seul à protester contre une célébration de la cérémonie hors du temps régulier; cela est sans doute très-croyable. Alors (suivant Plutarque) les Athéniens rendirent des décrets, sur la proposition de Stratoklês, À l'effet que le mois de Munychion fût -appelé Anthesterion. Après cela, on «élébra les petits mystères, auxquels Demetrios fut initié. Ensuite, les Athéniens rendirent un autre décret à l'efiet que le mois de Munychion fût ap-

pelé Boêdromion, — puis les Grands Mystères (qui appartenaient à ce dernier mois) furent célébrés sur-le-champ.

L'auteur comique Philippidès disait de Stratoklês qu'il avait resserré toute l'année en un seul mois.

Cette assertion de Plutarque a tout l'air d'une caricature, due à Philippidès ou à quelque autre homme d'esprit, du simple décret mentionné par Diodore, — licence spéciale accordée à Demetrios d'être initié en dehors du temps voulu. Cf. un autre passage de Philippidès contre Stratoklês (Plutarque, Demetr. 12).

(2) Diodore, XX, 110.

(3) Diodore, XX, 111. C'a dû être probablement pendant cette campagne que Demetrios commença ou projeta la fondation de l'importante cité de Demetrias sur le golfe de Magnêsia, qui plus tard devint un des grands boulevards de l'ascendant macédonien en Grèce (Strabon, IX, p. 436-448, passage dans lequel l'allusion à Hîeronymos de Kardia semble prouver que l'historien faisait une description com-

temps suivant fut livrée la bataille décisive d'Ipsus en Phrygia (300 av. J.-C.) par Antigonos et Demetrios contre Ptolemseos, Seleukos et Lysimachos, avec une armée considérable et beaucoup d'éléphants des deux côtés. Anti» gonos fut défait complètement et tué, à Tàge de plus de quatre-vingts ans. Son empire asiatique fut détruit, surtout au profit de Seleukos, dont la dynastie acquit désormais l'ascendant depuis la côte de Syria, vers Test, jusqu'aux Portes Caspiennes et à la Parthie ; quelquefois, bien qu'imparfaitement, encore pliïs à l'est, presque jusqu'à l'Indus (1). Les effets de la bataille d'Ipsus ne tardèrent pas à se faire sentir en Grèce. Les Athéniens rendirent un décret par lequel ils se déclaraient neutres et excluaient de l'Attique les deux parties belligérantes (300 av. J.-C). Demetrios, se retirant avec les restes de son armée défaite et s'embarquant à Ephesos pour faire voile vers Athènes, fut rencontré en route par des députés athéniens, qui lui apprirent respectueusement qu'il ne serait pas admis. En même temps, son épouse Deidameia, qu'il avait laissée à Athènes, fut renvoyée à Megara par les Athéniens, avec une escorte honorable, tandis que plusieurs vaisseaux de guerre qu'il avait laissés dans Peirœeus lui furent aussi rendus. Demetrios, indigné de cette défection inattendue d'une cité qui l'avait récemment comblé d'une si honteuse adulalation, fut plus mortifié encore par la perte de la plupart de ses autres possessions en Grèce (2). Ses garnisons furent en grande partie chassées, et les cités passèrent sous la garde ou la domination de Kassandre. Dans le fait, sa fortune fut

plète de Demetrias et de sa fondation).

V. au sujet de Demetrias, Mannert, Geogr. Griech. V, VII, p. 591.

(1) M. Fynes Clinton (Fast. Hellen.

301 av. J.-C.) place la bataille d*Ipsus en août 301 avant J.-C. ; ce qui me paraît quelques mois plus tôt que la réalité. Il est clair d'après Diodore (et dans le fait d'après Vaveu même de M. Clinton) qu'il y eut des quartiers

d'hiver en .\sie entre le moment .où Demetrios quitta Athènes en avril 301 avant J.-C, ou peu après, et la bataille d'Ipsus. De plus, Demetrios, immédiatement après avoir quitté Athènes, Ht plus d'une opération contre Kassandre en Thessalia avant de passer en Asie rejoindre Antigonos (Diodore, XX, 110, 111).

(2; riutarque, Defaetr. 31.

rétablie en partie par une paix conclue avec Seleukos^ qui épousa sa fille. Cette alliance attira Demetrios en Syria, tandis que la Grèce paraît être tombée de plus en plus sous le parti de Kassandre. Ce fut l'un de ces partisans, Lacha> rês » qui , secondé par des soldats de Kassandre , acquit à Athènes un despotisme semblable à celui qu'avait possédé le Phaléréen Demetrios, mais dont il fit un usage beaucoup plus cruel et plus oppressif. Divers exilés, chassés par sa tyrannie, appelèrent Demetrios Poliorketês, qui repassa d'Asie en Grèce, recouvra des portions du Péloponèse et mit le siège devant Athènes. Il bloqua cette cité par mer et par terre, de sorte que les soufirauces de la faim devinrent bientôt intolérables. Lacharês s'étant enfui, le peuple ouvrit les portes à Demetrios, non sans grande crainte dii traitement qui les attendait. Mais il montra de la tolérance et même de la générosité. Il épargna tous les habitants, leur fournit un grand don de blé, et se contenta d'occuper la cité militairement, en nommant ses propres amis comme magistrats. Toutefois, il mit des garnisons non-seulement dans Peiraeeus et Munychia, mais encore sur la colline appelée Muséum, portion de l'enceinte des murs d'Athènes elle-même (1)

(298av. J.-C).

Tandis que Demetrios se fortifiait ainsi en Grèce, il perdait tout pied, tant dans l'ile de Kypros et en Syria qu'en Kilikia,. qui passèrent dans les mains de Ptolemaeos et de Seleukos. Toutefois, de nouvelles perspectives s'ouvrirent pour lui en Macédoine par la mort de Kassandre (son beaufrère, frère de son épouse Phila) et par les querelles de famille qui survinrent à cette occasion (298-296 av. J.-C). Philippe, fils aîné de Kassandre, succéda à son père; mais il mourut de maladie après un peu plus d'un an. Entre les

(l) Plutarque , Dcmetr. 34 , 35 ; toutes ces positions. Si cela est exact,

Pausan. I, 25, 5. Pausanias dit (I, Munychia et Peirœeus ont dû être re-^

26, 2) qu'un Athénien vaillant nommé conquis plus tard par les Macédoniens,

Olympiodoros ( nous ne savons pas car Antigonos Gonatas y avait une

quand) encouragea ses concitoyens à garnison (aussi bien qu'à Salamis et à

attaquer le Muséum, Munychia et Pei- Sunion) (Pausanias, II, 8, 5; Plu-

rseeus, et chassa les Macédoniens de tarque, Aratus, 34).

deux autres fils, Antipater et Alexandre, il éclata des hostilités sanglantes. Antipater tua sa mère Thessalojiikê et menaça la vie de son frère, qui à son tour demanda l'aide et de Demetrios et de Pyrrhus, roi d'Épire. Pyrrhus, étant prêt le premier, s'avança en Macédoine et chassa Antipater ; il reçut en récompense le territoire appelé Tymphaea (entre rÉpire et la Macédoine), avec l'Akarnania, l'Amphilochia et la ville d'Ambrakia, qui ' devint désormais sa capitale et sa résidence (1). Antipater chercha asile en Thrace auprès de son beau-frère Lysimachos, par ordre duquel toutefois il fut bientôt tué. Demetrios, occupé d'autres affaires, fut plus lent à obéir à l'invitation ; mais, en entrant en Macédoine, il se trouva assez fort pour déposséder et tuer Alexandre (qui l'avait appelé, il est vrai, mais qui, dit-on, avait dressé des embûches pour l'assassiner), et il s'empara de la couronne macédonienne, non sans l'assentiment d'un parti considérable, auquel le nom et les actes de Kassandre et de ses fils étaient également odieux (2) .

Demetrios devint ainsi maître de la Macédoine, ainsi que de la plus grande partie de la Grèce, y compris Athènes, Megara et une portion considérable du Péloponèse (294 av. J.-C). Il entreprit une expédition en Bœôtia, dans le dessein de conquérir Thêbes, tentative dans laquelle il réussit, non sans un double siège de cette ville, qui fit une résistance opiniâtre. Il laissa comme vice-roi en Boeôtia l'historien Hieronymos de Kardia (3), jadis l'ami dévoué et le concitoyen d'Eumenês. Mais la Grèce, comme un tout, fut administrée par Antigonos (appelé plus tard Antiçonos Gonatas), fils de Demetrios, qui conserva sa suprématie entière pendant tout le temps de la vie de son père , même bien que Demetrios fût privé de la Macédoine par la coalition temporaire de Lysimachos et de Pyrrhus, et qu'il restât ensuite (jusqu'à sa mort, en 283 av. J.-C.) captif entre les mains de Seleukos. Après que Seleukos, Ptolemseos Keraunos, Melea-

(1^ PlutArqiift, Pyrrhus, 6. p. 264 seq. Paus. IX, 7, 3; Just. XVI, 1,2.

(2) Plut. Dem. 36; Dexipp. ap. Sync. (3) Plutarqiie, Demetr. 39.

gros, Antipater et Sosthenês eurent occupé pendant peu de temps et successivement la couronne macédonienne, — Antigonos Gonatas la regagna en 277 avant J.-C. Ses descendants les rois antigonides la conservèrent jusqu'à la bataille de Pydna, en 168 avant J.-C, époque à laquelle Perseus, le dernier d'entre eux, fut renversé, et son royaume incorporé aux conquêtes romaines (1).

Quant à la Grèce pendant cette période, nous n'en pouvons rien dire, si ce n'est que le plus grand nombre de ses cités furent dépendantes de Demetrios et de son fils Antigonos, soit occupées par des garnisons macédoniennes, soit gouvernées par des despotes locaux qui s'appuyaient sur des mercenaires étrangers et le soutien macédonien. L'ardeur des Grecs était détruite, et leurs habitudes de sentiment et d'action combinés avaient disparu. Il est vrai que l'invasion des Gaulois les réveilla et les poussa à une union temporaire pour la défense. des Thermopylae, en 279 avant J.-C. La cruauté et les spoliations de ces envahisseurs barbares furent si intolérables que les cités, aussi bien qu'Antigonos, furent réduites par la peur à faire les efforts nécessaires pour les repousser (2). Une vaillante armée de confédérés helléniques se rassembla. La plus grande partie de la horde gauloise, avec son roi Brennus, périt dans les montagnes d'Jîtolia et dans le voisinage de Delphes. Mais cette explosion d'ardeur n'interrompit point la durée de la domination macédonienne en Grèce, qu'Antigonos Gonatas continua de posséder pendant la plus grande partie d'un long règne. Il étendit beaucoup le système inauguré par ses prédécesseurs, d'isoler chaque cité grecque d'alliances avec d'autres cités de son voisinage, — d'établir dans la plupart d'entre elles* des despotes locaux, — et de maintenir les plus importantes

(1) V. Fasti HeUen. de M. Clinton, povTt à^ûva, gOîc {jTrèp éXsuÔépiaç yz- Append. 4j^ p. 236-239. vyiffopisvov, xa6à ItcI toO Myîôou iroxe....

(2) Pausanias, I, 4, 1 ; X, 20, 1. Toîç cb; ouv à7ro>a)>évai béo^ fi eTrDcpaxecrôé ye "EXXr.di xaxeTceTCTWxet (lèv èç Tépou; eivai, xax* àvÔpa Tê l8Ca xai ai a;rav rà çpovYi|i,aTa, to 6è l(T5^upèv toû ttoXêiç ôisxetvTO èv xoivw (à Tapproclie osijxaTo; 7rpoy,yev è; àvaYXYiv -qj 'EXXà6t des envahisseurs gaulois) .

àfJtyveiv • êtopt^v ôè tov ts êv tô ira-

au moyen de garnisons (1). Parmi tous les Grecs, les Spar* tiates et les JEtoliens restèrent les plus exempts de la domination étrangère et les moins paralysés dans leur pouvoir d'agir par eux-mêmes. La ligue achaeenne aussi se développa plus tard comme un jet nouveau de l'arbre ruiné de la liberté grecque (2), bien qu'elle n'arrivât jamais à rien de plus qu'à une vie faible et chétive, et qu'elle ne fût pas capable de se soutenir sans une aide étrangère (3).

Quant à ce regain ou à ce demi-retour à la vie, je ne m'en occuperai pas. Il forme le sujet de l'histoire delà Grèce par Polybe ; cet auteur regarde ce pays, avec raison, selon moi, comme n'ayant pas d'histoire particulière (4) , mais comme une dépendance attachée à quelque centre étranger et tenant le premier rang entre les États voisins, — la Macédoine, l'Egypte, la Syrie, Rome. Chacun de ses voisins influa sar les destinées de la Grèce plus puissamment que les Grecs eux-mêmes. Les Grecs auxquels ces volumes ont été consacrés, — ceux d'Homère, d'Archiloque, de Solôn, d'oEschyle, d'Hérodote, de Thucydide, de Xénophon et de Démosthène, — présentent comme leur trait caractéristique le plus marqué une agrégation peu serrée des tribus ou communautés autonomes, agissant et réagissant librement entre elles-mêmes, avec peu ou point de pression de la part d'étrangers. Le principal intérêt du récit a consisté dans le groupement spontané des différentes fractions helléniques, — dans les coopérations et les conflits spontanés, — dans les tentatives avortées faites pour créer quelque chose qui ressemblât à une organisation fédérale réelle, ou pour maintenir deux confédérations rivales permanentes, — dans l'ambition énergique et l'héroïque patience d'hommes pour lesquels la

(1) Polybe, II, 40, 41. lIXetcjTOVç tsç yàp àXXoTptai; (jw^eaôat xsp<^''v> yàp Sï) {jiovàpxoyç outoç (Antigonos xat toi; MaxeSovoiv ôicXoiç aÙTOÙc Gonatas) ifxçvTeûjat Soksî toÏç "EXXtj- OîcecrraXxoTe; (les Achaeens), etc. Cf. <yiv. Justin, XXVI, 1. aussi c. 12, 13, 15, par rapport aux

(2) PausaDias, YII, 17, 1. "Ate i% prenaières demandes faites à Ptole ôévôpou >£Xct>êY]{A£vou, àveêXdffXYjffev èx mseos, roi d'Kgypte.

T7ÎÇ *EXXot5o? xà 'Axaïxov. ' (4) Polybe, I, 3, 4; II, 37.

(3) Plutarque, Aratiis, 47. 'Eôiaôév-

Hellas était le monde politique entier. La liberté de la Hellas, vie et âme de cette histoire depuis son début , disparut complètement pendant les premières années du règne d'Alexandre. Après avoir suivi jusque dans sa tombe la génération des Grecs ses contemporains, hommes tels que Démosthène et Phokiôn, nés dans un état de liberté, — j'ai continué l'histoire jusque dans cet abîme de nullité grecque qui marque le siècle suivant , ^n présentant les tristes preuves de la servilité dégradante et de l'humble culte rendu à des rois , dans lesquels les compatriotes d'Aristeidès et de Periklès avaient été jetés par leur faiblesse, dont ils avaient conscience, sous la pression écrasante du dehors.

Je ne puis mieux compléter ce tableau qu'en montrant ce que devint le principal citoyen démocratique dans l'atmosphère chargée qui obscurcissait actuellement sa cité. Demo- Charès, neveu de Djsmosthène, a été mentionné comme l'un des quelques Athéniens distingués dans cette dernière génération. Il fut élu plus d'une fois aux emplois publics les plus élevés (1); il se fit remarquer par son libre langage, tant comme orateur que comme historien, en face d'ennemis puissants; il resta pendant une longue vie fidèlement attaché à la constitution démocratique, et il fut banni pendant un temps par ses adversaires. Dans l'année 280 avant J.-C, il détermina les Athéniens, à élever un monument public, avec une inscription commémorative, à son oncle Démosthène. Sept ou huit ans plus tard, Democharês lui-même mourut, âgé de près de quatre-vingts ans. Son fils Lâchés proposa et obtint un décret public ordonnant qu'il serait élevé en son honneur une statue, accompagnée d'une inscription. Nous lisons dans le décret un exposé des services publics distingués qui valurent cet hommage à Democharês de la part de ses compatriotes. Tout ce que l'auteur du décret, son fils et concitoyen, peut trouver à dire pour glorifier la dernière partie de la vie publique de son père (de-

(1) Polybo, XII, 13.

puis son retour d'exil) est comme il suit : — I. Il diminua les dépenses publiques et introduisit une gestion plus économique. 2. Il se chargea d'une ambassade auprès du roi Lysimachos, de qui il obtint deux présents pour le peuple, l'un ' de trente talents, l'autre de cent talents. 3. Il proposa un vote à l'effet d'envoyer des députés au roi Ptolemaeos en Egypte, de qui cinquante talents furent obtenus pour le peuple. 4. Il alla commo ambassadeur auprès d'Antipater, reçut de lui vingt talents et les remit au peuple à la fête d'Eleusis (1).

Quand de pareilles missions de mendiants sont les actes pour lesquels Athènes employait et récompensait les plus éminents de ses citoyens, un historien accoutumé au monde grec tel que le décrivent Hérodote, Thucydide et Xénophon, sent que la vie a abandonné son sujet, et c'est avec tristesse et humiliation qu'il met fin à son récit.

(1) V. le décret dans Plutarque, <cr, bien qu'il puisse être vrai que De-

Vit. X Orator. p. 850. L'Antipater mocharês fût en bons termes avec An-

mentionné ici est le fils de Kassandre, tigonos Gonatas (Diog. Laërce, VIT,

et non le père. Il n^est pas nécessaire 14).

d'admettre la conjecture de M. Clinton Cf. Cari Millier ad Democharis

(F. H. App. p, 380) qui croit que le nom Fragm. ap. Fragm. Hist. Graec. vol. U,

devrait être Antigonos, et non Antipa- p. 416, éd. Didot.

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