III
Il ne semble pas certain que Thucydide entende désigner Themistoklês comme ayant été archonte éponyme, ou même comme ayant été un des neuf archontes. U peut avoir voulu dire c ^ndant Tannée où Themistoklês éiait stratêgos (ou général), ■ et TexpUofttion du scholiaste, qui emploie le nust ^7E(ifa)v, implique plutôt qu'il le comprenait ainsi. Les stratèges étaient annuels aussi bien que les arcdiontas.
Or nous savons que Themistoklês fut un des généraux en 480 avant J.-C, et
rade ouverte de Phalêron manquait complètement de sécurité, et il les avait décidés à améliorer et à employer en partie les ports plus spacieux de Peirseeus et de Munychia, — trois bassins naturels, tous capables d*être fermés et défendus. On avait déjà fait quelque chose en vue d'agrandir ce port, bien qu'il eût été subséquemment ruiné par les envahisseurs perses. Mais Themistoklês reprit alors le plan sur une échelle beaucoup plus grande qu'il n'aurait pu alors oser le proposer, — échelle qui montre les vastes augures présents à son esprit relativement aux destinées d'Athènes. Peirœeus et Munychia, dans son nouveau plan, constituaient un espace fortifié aussi considérable qu'Athènes agrandie, et avec un mur beaucoup plus élaboré et inattaquable. Le mur qui les entourait, d'un circuit de soixante stades (1), était destiné par lui à être si prodigieux tant en hauteur qu'en épaisseur, qu'il rendrait tout assaut inutile, et permettrait à toute la population militaire de servir à bord, en ne laissant pour garnison que les vieillards et les enfants (2). Nous pouvons juger de l'étendue de son projet, en apprenant que le mur, bien qu'en pratique il se trouvât toujours suffisant, ne fut élevé qu'à la moitié de la hauteur qu'il avait projetée (3). Toutefois, quant à l'épaisseur, ses idées furent exactement suivies : deux chariots se croisant apportaient des pierres qui étaient posées à droite et à gauche du côté extérieur de chacun d'eux, et formaient ainsi deux premiers murs parallèles, entre lesquels l'espace intérieur (naturellement au moins aussi large que la largeur des deux chariots) était rempli, « non pas avec du moellon brut, suivant la manière des Grecs, mais construit, dans toute l'épaisseur, en pierres carrées, cramponnées ensemble avec
qu'il commanda en Thessalia, à Arte- (8) Thucyd. I, 93. Tô 6è ^^oç ri[Lia\j
mision et à Salamis. Le Peirœeus peut {làXidra 6Te)ia67i ov ôtevoeïxo • èêou-
avoir été commencé dans la première Xeto yàp tû {jLeyéÔet xal tû iràxet
partie de 480 avant J.-C, quand Xerxês àçioxàvai xà; tûv TroXejjiiwv ÈTtiêouXà;,
était déjà en marche, ou du moins à àvÔpwTTwv 6è èvojitÇev ôXiywv xal xtSv
Sardes. àxpeiOTaTWV àpxsoeiv x^jv çuXaxYjv, tovç
(1) Thucyd. II, 13. ô' àXXou; èç xà; vauç èffêrjffSdOai.
(2) Thucyd. I, 93.
AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASION DES PERSES 217
du métal (1). » Le résultat fut un mur solide, n'ayant probablement pas moins de quatorze ou quinze pieds d'épaisseur, puisqu'il était destiné à avoir une hauteur si extraordinaire. Dans les exhortations à l'aide desquelles il animait le peuple à ce fatigant et dispendieux travail, il s'appliquait à le pénétrer de l'idée que Peiraeeus était d'une plus grande importance pour eux qu'Athènes elle-même, et qu'il offrait un asile dans lequel, si leur territoire venait à être couvert de nouveau par une armée de terre supérieure, ils pourraient se retirer en sécurité, en conservant la pleine liberté de cette action maritime dans laquelle ils pouvaient tenir tête à tout le monde (2). Nous pouvons même soupçonner que si Themistoklês avait pu suivre ses propres inspirations, il aurait changé la situation de la ville et transporté Athènes à Peirseeus : l'attachement du peuple pour son saint et antique rocher l'empêcha sans doute de faire toute proposition de ce -genre. Il ne songea probablement pas non plus à cette époque à la possibilité de ces longues murailles qui, peu d'années plus tard, des deux cités n'en firent qu'une seule.
Quarante-cinq ans après, au commencement de la guerre du Péloponèse, nous entendrons Periklês, qui épousa et mit à exécution les grandes idées de Themistoklês, tenir le même langage sur la possibilité où était Athènes d'appuyer une grande puissance exclusivement ou principalement sur une action maritime. Mais l'empire athénien était alors une réalité établie, tandis que du temps de Themistoklês c'était encore un rêve; et ses prédictions hardies, surpassées comme elles le furent par la future réalité , marquent cette faculté extraordinaire de divination pratique que Thucydide exalte si expressément en lui. Et ce qui prouve l'exubé-
(1) Thucydide, I, 93. Les expressions Cf. Aristophane, Aves, 1127, sur l'é-
sont celles du colonel Leake, résultant paisseur du mur de Nephelokokkygia. de Texanien des restes rares de ces (2) Thucydide, I, 93 (cf. Comel.
fameuses murailles que l'on peut voir Nepos, Themist. c. 6). Taiç vau<xi Trpôç
encore. — Topography of Athens , aTravTa; àvÔCaTaffOat. ch. IX, p. 411 : V. trad. allem., p. 293.
rance de l'espoir qui avait pénétré l'esprit du peuple athénien, c'est que nous le voyons, sur la foi de ces prédictions, se mettre à une nouvelle entreprise qui exigeait tant de fatigues et de dépenses ; et cela encore quand ils revenaient de l'exil dans une contrée désolée, à un moment de détresse privée et d'appauvrissement public.
Toutefois, Peiraeeus servit à d'autres desseins, outre son usage direct comme arsenal pour la marine militaire. La sécurité de ses fortifications et la protection de la flotte athénienne étaient bien faites pour rappeler ces metœki ou étrangers domiciliés, qui avaient été chassés par Tinyasion de Xerxês, et qui auraient considéré leur retour comme peu sur, si on ne leur eût offert quelque moyen de protection nouveau et évident. Pour les faire revenir et pour attirer de nouveaux habitants du même genre , Themistoklês proposa de les exempter du metoikion ou taxe annuelle, que payait l'homme dépourvu du droit de cité (1); mais cette exemption n'a pu durer que pendant un certain temps, et la grande tentation qui les engageait à revenir a dû consister dans les garanties et les facilités nouvelles que présentait maintenant Athènes, avec ses ports fortifiés et sa flotte. La présence de nombreux metœki fut profitable aux Athéniens, tant au point de vue privé qu'au point de vue public. Une grande partie du commerce, des professions et des métiers manuels était entre leurs mains; et la législation athénienne, tout en les excluant des privilèges politiques, était sous d'autres rapports équitable et favorable pour eux. Quant aux opérations commerciales, les metœki avaient cet avantage sur les citoyens, — qu'ils étaient moins fréquemment emmenés pour le service militaire à l'étranger. Le grand accroissement de leur nombre, à partir de cette époque, tout en contribuant considérablement à augmenter la valeur des biens dans toute l'Attique, mais surtout à Peiraeeus et à Athènes, nous sert à expliquer la prospérité extraordinaire ainsi que l'excellente culture que l'on trouvait dans tout le
(1) Diodore, XI, 43.
AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASÎON DES PERSES 219
pays avant la guerre du Péloponèse. L'orge, les légumes, les figues et l'huile, produits dans la plus grande partie du territoire, — le charbon de bois préparé dans le dême florissant d'Acharnae (1), — et le poisson obtenu en abondance près de la côte, — trouvaient tous de riches acheteurs et des demandes constantes de la part de la population de la ville qui augmentait sans cesse.
On nous dit encore que Themistoklês (2) décida les Athéniens à construire chaque année vingt nouveaux vaisseaux de ligne, — c'est ainsi que nous pouvons désigner la trirème. S'attacha-t-on toujours rigoureusement à ce nombre, c'est ce qu'il est impossible de dire ; mais réparer les vaisseaux aussi bien que maintenir leur nombre, fût toujours compté parmi les obligations les plus indispensables du pouvoir exécutif.
Il ne paraît pas que les Spartiates aient fait d'opposition à la fortification du Peirseeus, bien que ce fût une entreprise plus grande , plus nouvelle et plus menaçante que , celle d'Athènes. Mais Diodore nous dit, avec assez de probabilité, que Themistoklês jugea nécessaire d'envoyer une ambassade à Sparte (3), donnant à entendre que son projet était de préparer un port sûr pour la marine collective de la Grèce, dans le cas d'une attaque future des Perses.
(1) V. la peinture animée des dêmotse achamiens dans la comédie d'Aristophane de oe nom.
Relativement anx avantages que procundent la résidence des metœki et le passage des vîâteurs étrangers, eomp. les oluservations d'Isokrate, plps d'un siècle après cette période, Orat.
IV, De Pace, p. 163, et Xénophon, De Vectigàlibus, c. IV.
(2) Diodore, XI, 43.
(3) Diodore, XI, 41, 42, 43. Je veux dire que le fait de l'envoi de cette ambassade à Sparte est assez probable, — en séparant ce fait des diioiiaBi<ms préliminaires qui, snî^faat Diodore, l'agent précédé âans l'asseBoblée
d'Athènes, et qui semblent aussi insi gnifiantes quUncrojables. U raconte que TbemistoMês dit à rassemblée qu'il avait conçu un plan de grande im- ,por tance pour l'État, mais qu'il ne pouvait pas ^tre rendu public à T»vanoe; alors que l'assemblée ncnnma Aristeidês et Xanthippos pour l'entendre confidentiellement et le juger. Cette histoire semble indiquer que Diodore avait lu le conte bien connu du projet formé par Themistoklês de brûler la flotte grecque dans le port de Pagasœ, et qu'il le confondait dans sa mémoire avec eet autre projet d'agrandir et de fortifier le Peiiaeeva.
Des travaux sur une si vaste échelle doivent avoir pris un temps considérable et absorbé une grande partie des forces athéniennes; cependant ils n'empêchèrent pas Athènes de prêter une aide active à l'expédition qui , l'année après la bataille de Platée (478 av. J.-C), fit voile pour l'Asie sous le Spartiate Pausanias. Vingt vaisseaux des diverses villes du Péloponèse (1) étaient sous son commandement; les Athéniens seuls en fournirent trente, sous les ordres d'Aristeidês et de Kimôn; d'autres trirèmes vinrent aussi des alliés ioniens et insulaires. Ils se rendirent d'abord à Kypros (Cypre), île dans laquelle ils délivrèrent la plupart des cités grecques du gouvernement des Perses. Ensuite ils se dirigèrent vers le Bosphore de Thrace, et entreprirent le siège de Byzantion, qui, comme Sestos dans la Chersonèse, était un poste de grande importance aussi bien que de grande force, — occupé par une armée persane considérable, avec plusieurs Perses de distinction et même des parents du monarque. La ville fut prise (2), vraisemblablement après un long siège; il se pourrait qu'elle ait tenu même plus longtemps que Sestos, ayant été attaquée moins à l'improviste. La ligne de communication entre le Pont-Euxin et la Grèce fut ainsi délivrée d'obstacle. ,
La prise de Byzantion devint le signal d'un changement capital et inattendu dans les relations des diverses cités grecques ; changement dont la cause prochaine fut la mauvaise conduite de Pausanias, mais auquel contribuèrent aussi d'autres causes, profondes aussi bien que variées. En racontant l'histoire de Miltiadês (3), je mentionnais la déplorable facilité qu'avaient les principaux chefs grecs à se laisser gâter par le succès. Ce mal agit avec une rapidité singulière sur Pausanias. Comme vainqueur de Platée, il avait acquis un renom sans pareil et sans exemple en Grèce , avec une
(1) Thucyd. I, 94; Plutarque, Aris- accepter son assertion, en opposition à
teidês, c. 23. Diodore (XI, 44) dit que Thucydide, les vaisseaux péloponésiens étaient au (2) Thucyd. 1, 94.
nombre de cinquante ; on ne doit pas (3) V. t. VI, ch. 5 de cette histoire.
AFFAIRES GRECQUES AfRÈS l'iNVASION DES PERSES 221
part prodigieuse du butin. Les concubines, les chevaux (1), les chameaux et la vaisselle d'or, qui étaient devenus ainsi sa possession, étaient bien faits pour le dégoûter de la sobriété et de la discipline de la vie Spartiate, tandis que son pouvoir aussi, quoique grand quand il commandait à l'étranger, devint subordonné à celui des éphores quand il rentra dans sa patrie. Son insolence de fraîche date se manifesta immédiatement après la bataille, dans le trépied commémoratif dédié par son ordre à Delphes , trépied qui le proclamait par son nom et seul comme commandant des Grecs et destructeur des Perses : vanterie inconvenante, dont les Lacédaemoniens eux-mêmes furent les premiers à marquer leur mécontentement, en faisant effacer l'inscription et énumérer sur le trépied tous les noms des villes qui avaient pris part au combat (2). Néanmoins, il fut encore chargé du commandement contre Kypros et Byzantion, et ce fut lors de la prise de cette dernière ville que son ambition et son mécontentement atteignirent pour la première fois les proportions d'une trahison formelle. Il entra en correspondance avec Gongylos, Texilé érétrien (alors sujet de la Perse, et investi de la propriété et du gouvernemerït d'un district en Mysia), auquel il confia sa nouvelle acquisition de Byzantion et la garde des prisonniers importants qu'il y avait faits.
On laissa bientôt échapper ces prisonniers, ou plutôt on les renvoya sous main à Xerxès, avec une lettre écrite par Pausanias lui-même, à l'effet suivant : — « Pausanias, le commandant Spartiate, ayant fait ces prisonniers, les renvoie
(1) Hérodote, IX, 81.
(2) Dans les inscriptions athéniennes sur les offrandes votives consacrées après la prise d^Eiôn, aussi bien qu'après les grandes victoires près du fleuve Ëurymedôn, le nom de Eimôn, le commandant, n'est pas même mentionné (Plutar^e, Kimôn, c. 7; Dibdore, XI, 62).
Une énergique protestation, familière apparemment au sentiment grec,
contre le fait de choisir le général en particulier et de le désigner seul pour recevoir les honneurs de la victoire, se voit dans Ëuripid. Andromach. 694 : — vers frappants, que Ton dit (à tort ou à raison) avoir été répétés avec indignation par Kleitos (Clitus), dans l'ivresse du banquet où il fut tué par Alexandre (Quinte-Curce, VIII, 4, 29 (VIII, 4); Plutarque, Alexand.
dans son extrême désir de t'être agréable. J'ai l'intention, si cela te convient, d'épouser ta fille, et de placer sous ta domination et Sparte et le reste de la Grèce; avec ton aide, je me crois capable d'y parvenir. Si ma proposition t'agrée, envoie à la côte une personne sûre, par laquelle nous puissions correspondre désormais. » Xerxês, extrêmement charmé de l'ouverture qui lui était ainsi faite, envoya immédiatement Artabazos (le même qui avait commandé en second en Bœôtia) pour remplacer Megabatês dans la satrapie de Daskylion. Le nouveau satrape, mtfni d'une lettre en réponse portant le sceau royal, fut chargé d'encourager activjgment les projets de Pausanias. Le sens de la lettre était celui-ci : ^ Ainsi dit le roi Xerxês à Pausanias. Ton nom est à jamais enregistré dans notre maison comme celui d'un bienfaiteur, à cause des hommes que tu as récemment sauvés pour ipoi au delà de la mer, à Byzantion; et j'agrée les propositions que tu me fais maintenant. Ne te relâche ni le jour ni la nuit pour accomplir ce que tu me promets ; ne te laisse arrêter ni par la dépense, soit d'or, soit d'argent, ni par le nombre d'hommes, situ te trouves en avoir besoin; mais fais en toute confiance avec Artabazos, homme habile que je t'ai envoyé, nies affaires et les tiennes, de la manière qui sera la meilleure et la plus convenable pour nous deux (1). » Pendant tout le cours de cette expédition , Pausanias avait montré un esprit d'insolence et de domination; il dégradait les alliés aux quartiers et aux aiguades de la façon la plus offensante, comparativement aux Spartiates, et il traitait tout l'armement d'une manière que les guerriers grecs ne pouvaient tolérer, même dans unHêraklide Spartiate et un général victorieux. Mais quand il reçut la lettre de
(1) Thucydide donne ces lettres mot conservant cette brusque transition de à mot (I, 128, 129) î il les avait vues ou la troisième personne à la première, en avait obtenu des copies {ôç u<rre{}ov qui est une de leurs particularités. Cor- ÂveupéOY]) ; — elles furent'sans doute nélius Nepos, qui traduit la lettre de communiquées avec les révélations Pausanias, a e&cé ce trait particulier, finales de Tesclave de confiance argi- Il conserve la troisième personne delien. Comme elles sont autographes, puis le commencement jusqu'à la fin je les ai transcrites littéralement, en (Comel. Nop. Pausan. c. 2).
AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASION DES PERSES 223
Xerxês et qu'il se trouva en communication immédiate avec Ârtabazos, aussi bien que muni des fonds pour tenter la corruption (1), ses folles espérances ne connurent plus de bornes, et il se crut déjà gendre du grand roi aussi bien que despote de la Hellas. Heureusement pour la Grèce, ses plans de trahison ne furent ni dressés avec réflexion, ni voilés jusqu'à ce qu'ils fussent mûrs pour l'exécution, mais il les manifesta avec une impatience puérile. Il revêtit le costume persan (conduite que l'armée macédonienne, un siècle et demi plus tard, ne put tolérer (2) même dans Alexandre le Grand) ; — il traversa la Thrace avec une troupe de gardes mèdes et égyptiens ; — il copia les chefs des Perses tant dans le luxe de la table que dans sa conduite à l'égard des femmes libres de Byzantion. Kleonikê, jeune fille byzantine d'une famille distinguée, ayant été enlevée à ses parents par son ordre, fut amenée de nuit dans sa chambre; il se trouvait qu'il dormait à ce moment; et s'étant soudainement réveillé, il ne sut pas d'abord quelle était la personne qui ^prochait de son lit, mais il saisit son épée et la tua (3). De plus, sa réserve hautaine, avec des éclats violents de colère, le rendit inabordable ; et les alliés finirent par le regarder plutôt comme un despote que comme un général. La nouvelle de cette conduite outrageante et les preuves manifestes de son alliance avec les Perses furent bientôt transmises aux Spartiates, qui le rappelèrent pour qu'il rendit compte de sa conduite, et vraisemblablement les vaisseaux Spartiates avec lui (4).
Malgré les actes flagrants de Pausanias, les Lacédsemoniens l'acquittèrent (477-476 av. J.-C.) sur l'allégation de tort positif et individuel; toutefois, se méfiant de sa conduite
(1) Diodore, XI, 44. Thistoire de la mort de Kleonikê de la
(2) Amen, Exp. Alex. IV, 7, 7 ; bouche d'un citoyen de Byzance de son VII, 8, 4; Quinte-Curce, VI, 6, 10 propre temps, et qu'il semble croire (VI, 21, 11). qu'elle n'avait trouvé jamais place
(3) Pluturque, Eimôn, c. 6 ; et Plu- dans aucun ouvrage écrit.
tarque. De Ser. Numin. Vind. c. 10, (4) Thucydide, I, 95-131 : cf^Duris
p. 565. PauîianiM, III, 17, 8. H est k et Nymphi» apud Athenwum, XII,
remarquer que ce dernier entendit p. 5d5«
par rapport à une collusion avec l'ennemi, ils envoyèrent Dorkis pour le remplacer comme commandant. Mais une révolution, d'une importance immense pour la Grèce, s'était opérée dans l'esprit des alliés. Le commandement ou hégémonie était entre les mains d'Athènes, et Dorkis le Spartiate trouva les alliés peu disposés à reconnaître son autorité. Même avant la bataille de Salamis, on avait soulevé (1) la question de savoir si Athènes n'avait pas droit au commandement sur mer, par suite de la prépondérance de son contingent naval. La répugnance des alliés pour tout commandement autre que celui de Sparte, soit sur terre, soit sur mer, avait engagé les Athéniens à se désister de leurs prétentions à ce moment critique. Mais les victoires subséquentes avaient considérablement élevé ces derniers aux yeux de la Grèce ; tandis que l'armement qui servait actuellement , composé autrement que celui qui avait combattu à Salamis, contenait dans une proportion considérable des Grecs ioniens nouvellement affranchis, qui non-seulement n'avaient pas de préférence pour le gouvernement Spartiate, maia. qui même étaient attachés aux Athéniens par toutes les raisons, — aussi bien par communauté de race que parla certitude qu'Athènes avec sa flotte supérieure était le seul protecteur sur lequel ils pussent compter contre les Perses. De plus, il se trouvait que les généraux dans cette expédition, Aristeidês et Kimôn, étaient personnellement justes et d'un esprit conciliant, et formaient un contraste frappant avec Paùsahias. Aussi les Grecs ioniens de la flotte, quand ils trouvèrent que la conduite de ce dernier était non-seulement oppressive à l'égard d'eux-mêmes., mais encore révoltante pour le sentiment grec en général, — s'adressèrent-ils aux commandants athéniens pour obtenir protection et réparation, sur le motif plausible de communauté de race (2) ;
(1) Hérodote, VIII, 2, 3. Cf. le lan- (2) Thucyd. I, 95. 'H^'ouv aOroùç
gage de l'envoyé athénien, tel qu'il :?)Ye(jL6vaç (rçcav yevéffôat xarà rè Çufys-
est dans Hérodote (VH, 156), adressé vè; xal IlauaavCa (xi^ lircTpçireiv ^v wou
à GelÔn. . piàÇTixat.
AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASION DES PERSES 225
ils demandèrent avec instance qu'il leur fût permis de sei'vir sous Athènes comme chef, au lieu de Sparte.
Plutarque nous dit qu'Aristeidôs, non-seulement essaya de faire des remontrances à Pausanias, qui le repoussa avec arrogance , — ce qui est extrêmement probable, — mais qu'il demanda encore, comme condition de son consentement à la requête des alliés ioniens, qu'ils insultassent personnellement Pausanias, de manière à rendre une réconciliation impraticable : et qu'alors un capitaine de Samos et un de Chios attaquèrent de propos délibéré le vaisseau amiral Spartiate dans le port de Byzantion et lui firent des avaries (1). Les historiens sur qui Plutarque copia ce dernier renseignement ont dû présumer dans les Athéniens une dis- .position à provoquer cette querelle avec Sparte, qui plus tard s'éleva pour ainsi dire spontanément : mais les Athéniens n'avaient pas d'intérêt à le faire, et nous ne pouvons pas ajouter foi à ce' conte, — qui, en outre, n'est pas mentionné par Thucydide. Donner aux Spartiates un juste motif d'indignation eût été une imprudence manifeste de la part d'Aristeidês. Toutefois, comme il avait toute raison pour accueillir la requête des alliés, il commença à prendre ses mesures pour agir comme leur protecteur et leur chef. Et ce qui lui rendit les choses plus faciles, ce fut cette circonstance que le gouvernement Spartiate vers ce temps rappela Pausanias pour le soumettre à un examen, par suite des plaintes universelles dirigées contre lui qui étaient parvenues à ieur^ oreilles. Il semble n'avoir laissé aucune autorité Spartiate derrière lui, — même la petite escadre Spartiate l'accompagna dans sa patrie ; de sorte que les généraux athéniens eurent la meilleure opportunité pour s'assurer et exercer ce commandement dont les alliés les suppliaient de se charger. Ils profitèrent du moment d'une manière si efficace, que quand Dorkis arriva pour remplacer Pausanias, ils possédaient déjà pleinement la suprématie, tandis que Dorkis,
(1) Plutarque, Aristeidês, c. 23.
S26 &1STCHSE IH5 TA OBÈCB
qui n'avait ijue peu de forces et n'était pas en état d^employer la contrainte, seijrouva obligé de retourner à Sparte (1).
Cet incidfimt, ^qaoiqn'il »e fùtpas nne déclaration de guerre centre Sparte, était la première renonciation ouverte à son autorité oomane État «ayant la suprématie parmi les Chrecs ; la première manifestation avouée d'un compétiteur aspirant à cette dignité, avec des partisans nombreux et dévoués; la première séparation de la Grèce (considérée seule en ellemême et à part des sollicitations étrangères telles que l'invasion periMHie) en deux camps distincts organisés, chacun avec des intérêts et des projets collectifs et personnels. Malgré sor orgueil mortifié, Sparte fut réduite, et même â quelques points de vue assez disposée à donner un acquiescement patient. Elle n'avait aucun moyen de contraindre, les dispositions des alliés ioniens, tandis que la guerre avec la Perse, - — qui n'avait plus maintenant un caractère rigoureusement défensif, et était en même temps maritime aussi bien qu'éloignée de son propre territoire, — avait complètement cessé d'être en harmonie avec sa routine domestique et sa sévère discipline. Ses graves sénateurs, particulièrement un ancien Hèraclide, nommé Hetœmaridas, réprouvaient l'impatience des citoyens plus jeunes et désapprouvaient l'idée d*un commandement maritime permanent comme une innovation dangereuse. Ilsooottsidéraient môme comme un avantage que les Athéniens prissent de commandement en poursuivant la guerre contre les Perses, puisqu'on ne pouvait le laisser tomber complètement; et les Athéniens n'a^ai^nt pas encore montré de sentiments positivement hostiles pour exciter leurs alarmes (2). Qui plus est, les Spartiates furent réelle-
(1) Thucydide, 1, 95; Diodore, XI, Ephore ponr guide. Le nom d'Hetoema- 44-47. ridas, comme homme d'État Spartiate
(2) Thucyd. I, 95. Tout en suivant influent dans cette occasion, est i
Thucydide dans sa manière de conce^ prohable; mais son prétendu .discours
voir ces événements, j'ai incorporé sur les malheurs de l'empire maritime,
dans le récit tout ce qu'il y « de com- que Diodore semble avoir -eu «ous les
patible avec lui chez Diodore (XI, 50), yeux , et composé par Ephore, aurait
qui évidemment n'a pas copié ici Thu- probablement représenté les idées et
cydide, mais qui avait probablement les sentiments de Faraifie 360 «wmt
AFFAIRES GRBOQUBS APRÈS x'iNVASION DES PERSES 227
mexrt ]MMaaréfi aux yeux d'AtkèoBfis, environ un siècle plus tard, ^oair «v©k conseillé eui-mêmes de séparer ainsi le «coimsasideiiientisiu* mer du coxomandement mir terre (1). De -plus,;»! la guerre eùtcontiimé sous la direction des Spartiates, il yamsait eu «Qe nécesKité oontiuue d'envoyer leurs rois ou leurs principasos: persoimages pour commander ; et l'exemple de Pausanias leur montrait l'effet corrupteur d'un tel pouvoir militaire, éloigné aussi bien que non contenu.
L'exenaçle de leur roi Leotychidès aussi, à peu près vers cette époçu©, fut une seconde preinre de cette même tendance. Dans le même temps, apparemment, où Pausanias s'embarquait pour l'Asie afin de poursuivre la guerre contre les Perses, Leotychidès fut env-oyé avec une armée en Thessalia pour aibattre les Aleuadœ etoeux des Thessaliens qui s'étaient rangés du côté de Xerxès et .de Mardonios. Heureux dans msi expédition, il se laissa gagner, et fut même décoirvert avec une somme xîGusidérable d'argent qu'il avait alors sur lui; en conséquence, lesLacédsemoniens le condamnèrent an bannissement -et rasèrent sa maison jusqu'au sol. Il mourut plus tard en exil à Tegea (2). Deux exemples pa-
J.-Cv et non ceux de 476 avant J.-C.
Le sujet aurait été traité de la même manière qu'Isokrate, le maître d'Ephore, le traite dans son Orat. VIII, De Pace, p. 179, 180.
(1) Xénophon, Hellen. VT, 5, 34.
C'était au moment où les Spartiates sollicitaient Taide des Athéniens, après leur défaite à Leuktra. 'rwofjLijjLvifidxov- TEç (jLèv, ûç t5v pàpêapov xoiv^ àirefittyéfTccvxo — àva(«pLViq(ncovTBç 6è, ôc 'ABTjvaïoC TE ÔTcè t<Sv ^X^i^vwv ^péÔTjoav iFi^epioveç tou vauTtxoû, xal t<3v xoiv&i*^ Xç^jià'tfo'^ çuXaxEç, twv Aaxe- SaipLOvCcov TavTa oupiêouXeyopiévwv ■• aw- TOt TS xaxà x'T** 6\u>>Jr(0M\ïÀyo>ç "Oç' .
àTîavTWv TWV ^ *EXXi^v(i)v :?iye[ji6veç irpoxpi6etT}<Tav, (7V{JL6ov>evo{iiv(ov aîi TaOra Tôv 'AÔTivaCtDv.
(2) Hérodote, YI, 72; Drodore, XI, 48 ; Pausanias, III, 7, 8 : cf. Plutar-
que, De Herodoti Malign. c. 21, p. 859.
Leotychidês mourut, suivant Diodore, en 476 avant J.-C; il avait commandé à Myfcale en 479 avant J.-C.
L'expédition en Thessalia doit dono avoir été dans Tune des deux années intermédiaires, si la chronologie de Diodore éitait dans ceeofi entièrement digne. de foi. Mais M. Clinton (Fasti Hellenici, Appendix, ch. IH, p. 210) a montré que Diodore ert contredit par Plutarque*, au sujet de la date de l'avénement d'Archidamos, — et par d'autres, au 'sujet de la date de la lé- Tolte de Sparte. M, Clinton place Tavénement d^Archidamos et le bannisflement de Leotychidês (naturellement donc l'expédition de Thessaha) en 469 avant J.-C. J'incline plutôt à croire que l'expédition de Leotychidês contre
reils étaient bien Çaits pour inspirer aux Lacédaemoniens de la défiance au sujet de la conduite de leurs chefs hêraklides quand ils servaient à l'étranger, et ce sentiment contribua beaucoup à leur faire abandonner rhégémonie asiatique en faveur d'Athènes. Il paraît que leurs alliés péloponésiens se retirèrent de ce débat en même temps qu eux, de sorte que le soin de poursuivre la guerre fut ainsi laissé à Athènes, — comme chef des Grecs nouvellement émancipés.
Ce fut par ces considérations que les Spartiates furent amenés à se soumettre à cette perte du commandement que leur avait valu la mauvaise conduite de Pausanias. Leur acquiescement facilita l'immense changement qui était près de s'effectuer dans la politique grecque. •
D'après les tendances en état de progrès antérieurement à l'invasion des Perses, Sparte était devenue graduellenaent de plus en plus l'État président d'une sorte d'union panhellénique, compreiiant la plus grande partie des États- grecs.. Tel était du moins le point vers lequel semblaient tendre les choses ; et si maints États séparés se tenaient loin de cette union, aucun d'eux du moins ne cherchait à former une contre-union, si nous exceptons les prétentions surannées et impuissantes d'Argos.
les Aleuadsg thessaliens s'effectua dans Tannée qui suivit la bataille de Platée ou dans la seconde année après, parce qu'ils avaient été les alliés ardents et dévoués de Mardonios en BœôUa, et que la guerre n'aurait pas semblé achevée si l'on ne les avait abattus et si l'on n'avait assuré la prédominance au parti contraire en Tbessalia.
Si l'on considère combien nous connaissons in^parfaitement la chronologie lacédœmonienne de cette «époque, il est très-possible que quelque confusion soit née dans le cas de Leotychidês de la difFérence entre la date de son bannissement et ceUe de sa mort. Le roi Pleistoanax, dans la suite, ayant été banni pour le même tort que celui dont
Leotychidês s'était rendu coupable, et ayant vécu bien des années en exil, fut rétabli plus tard ; et les années qu'il avait passées en exil furent comptées comme une partie de son règne (Fast. Hellen. l. c, p. 211). ïl se peut que la date d'Archidamos ait été calculée dans un compte à partir du bannissement de Leotychidês, — dans un autre à partir de sa mort; d'autant plus qu'Archidamos doit avoir été fort jeune, puisqu'il régna quarante-deux ans même après 469 avant J,-C. Et la date que Diodore a donnée comme celle de la mort de Leotychidês peut réellement n'être que la date- de son exil, dans, lequel il vécut' jusqu'en 469 avant J.-C.
. AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASION DES PERSES 229
Les volumes précédents de cette Histoire ont montré que Sparte avait du un tel ascendant, non à sa capacité supérieure, dans la gestion d'intérêts coUectife, ni même, en général, à d'ambitieux efforts qu'elle aurait faits pour l'acquérir, — mais aux tendances convergentes' du sentiment des Grecs, qui voulaient qu'un État fût ainsi à leur tète, ainsi qu'à la* ■ puissance militaire imposante, à la rigoureuse discipline et à Tancienne constitution encore intacte, qui attiraient ce sentiment vers Sparte. Les nécessités d'une défense commune contre la Perse augmentaient beaucoup ces tendances ; et le succès de la défense, par laquelle furent émancipés tant de Grecs qui demandaient une protection contre leur ancien maître, semblait destiné à produire plus encore un effet semblable. Pendant un instant, après les batailles de Platée et de Mykale, — quand la ville de Platée fut mise à part comme un terrain neutre consacré pour une confédération armée contre la Perse, avec des solennités et des assemblées de députés à époques fixes, — Sparte fut élevée à la dignité de chef d'une union panhellénique complète, Athènes en étant seulement un des principaux membres. Et si Sparte avait été capable, soit d'une politique compréhensive, d'efforts personnels et persévérants, soit de la flexibilité de conduit^ nécessaire, embrassant les Grecs éloignés aussi bien que les voisins, — à ce moment sa position était telle, que son propre ascendant, avec une union panhellénique compacte, aurait pu se conserver longtemps. Mais elle manquait d'une manière déplorable de toutes les qualités requises, et plus l'union s'étendit, plus son insuflSsance fut manifeste. D'autre part, Athènes, qui. alors se posait en rivale comme une sorte de chef d'opposition, possédait toutes ces qualités à un degré remarquable, outre cette puissance navale réelle qui était tin besoin du moment ; de sorte que l'ouverture faite par l'incapacité et le crime Spartiates (en ce qui concernait Pausanias) la trouva préparée à tous égards.
Mais les sympathies dee Péloponésiens restaient encore attachées à Sparte, tandis que celles des Grecs ioniens avaient tourné vers Athènes : et c'est ainsi que non-seulement les symptômes éphémères d'une union panhellénique constante.
HISTOIHE DE LA GaÈCK
mai» même toutes les tendances à rétablir, disparaissent dès ce moment. Il se présente maintenant, un schLsme manifeste, ayec deux partis prononce,, vers Tun desquels gravitent presque tous les atomes constitutifs du monde grec ; les États maritimes nouvellement aSranebis de laPersev vers Athènes, — les États de terre,, qui avaient formé la plus graruie partie de Tarmée confédérée kPlatée, vers Sparte (1). En môme
(1) Thucyd. 1, 18. Kaî (ifYotXou xtvSvvoulTcexpéfxaffOévTo; ot te Aaxe6ai(x6vioi Tc3v IvixiroXsixiiiaàvTcov "EXXiqvîùv i?jfTQcflcvTO 6uvà{ji£t lïpoùxovTSç, xoU ol 'A6y]vatot, StavoTiOévxe; êxXtTreïv t9jv tcoXiv xai • àvaoTteuao-àjASvoi, èç Tàç vavç epLêàvreç . VQ(UTtxol èyévoVTO. Kow^ 6è àrcoxrdfAevot TÔv pàp6apov, û<TT£pov oO TcoXXqi ôiexpt9y)ffav irpo; Te 'AOyivatou; xai Aaxe- SatfjtovCouç, oY ts àwoordtVTeç ^aiXécdç "EXXyjveç xai ol ÇufMroXejx^^ffavxeç. Auvà- [Lzi yàp TauTa {liY^*^* Siecpàvri • ta- Xuov yàp ol (xèv xarà y^v, o^ 5s vavo-C.
Kal dXCyov [xàv xpovov (iW6fi.eivev :^ ôixaixiJt-iaj êiieiTa Ôè ôtsvex^évrsç ol Aaxe6at{x6viot xat ol 'AÔyivaïoi èTroXéjxyjffav (xexà tôv |u[X(jl(£xwv Tupô; àXXiQ- Xouç • xal Twv iXXcûv 'EXXi^vcov et Ttvé; wou StadTaïev, icpoç toutouç ^ôrj èxtopouv. "Ûore àwà twv M7i5txc5v èç TovSe àet tôv iroXeptov, etc.
C'est un exposé clair et concis de la grande révolution opérée dans les affaires grecques, comparant la période qui ^précède et celle qui suit la guerre des Perses. Thucydide retrace ensuite brièvement les conséquences de cette bissection de la Grèce en deux grandes:
lignes : — les progrès de plus en plus, grands dans Thabileté militaire, et le déploiement croissant d'efforts militaires des dlsnx côtés depuis Tinvasion des Perses jusqu'à la guerre* du Péioponèse. Il fait aussi remarquer la différence entre Sparte et Athènes danar leur manière d*agir ayee leurs alliés respectivement. H expose ensuite o»
fait frappant, que les forces militaire»
mises en avant séparément patr Athènes
et ses alliés d'un côté, et par Sparte et ses alliés de Tautre, étaient de part et d'outre plus considérables que l'année entière qui avait été employée par les deux États réunis au moment le plus puissant de leur confédération contre les envahisseurs perses : — Kal èyéveTo auToTç Êç TÔvSe xôv îroXefxov ii ISia TcapaffxgUYj (i^2[u>v ^ Cèç ^xà xpà- TttT'Tà Tzoxe (xeTà àxpai^voûc T.yjç ^u(jL(ji.axiaç T^vÔricrav (I, 19).
Je mentionne spécialement ce dernier passage (en l'expliquant comme le scholiaste semble la faire), moins parce qu'U offre une comparaison intéressante, que parce qu'il a été compris par le docteur. Arnold, par Goéller et par d'autres commentateurs dans un sens qui me paraît erroné. Selon eux, — aÙTOÏ; signifie les Athéniens seulement, et non les lAcédemoniens ;— *$ Idt» irapamcsuyi indique les fôsces équipées par Athènes elle-même, séparément des alliés; — et àxfatçvovc Çv[xfiaxta; serapporte » à raUiance athé* nienne seulement^ à une époque qui précède un peu la conclusion du traité de Tlrente^Ans, quand les Athénien»' étaient maîtres non-seulement des tles^ et des colonies grecques asiatiques, mais avaient encore ajouté à leur confédération la Bœôti» et l'Aohaia SUT le continent même de la- Gixèea »
(note du docteur Arnold), Or, en s'en tenant aux mots, le sens assigné par 1a dootenr. .Aznoid. ]^ikxfxaitâtrs admiasible ; mais si n<His sni* vous le fil des idées dans Thucydide, nous verrons qu» la comparaison, ^telle-
AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASION DES PERSES 231
temps que cersclûsine national et ^pelé par lui à agir, parait le schisme intérieur politique dans chaque cité séparée entre l'oligarchie et la démocratie. Naturellement le germe de ces partis avait déjà existé antérieurement dans les Etats séparés. Mais rénergique démocratie d'Athènes, et la tendance prononcée de Sparte à s'appuyer sur les oligarchies indigènes dans chaque cité séparée comme sur son principal soutien, commencèrent alors à donner au conflit des partis politiques intérieurs une importance hellénique et un nouvel acharnement qu'il n'avait jamais eus auparavant.
Le départ du Spartiate Dorkis laissait libres les généraux athéniens, et leur situation leur imposait le devoir d'organiser la nouvelle confédération qu'ils avaient voulu conduire. Les alliés ioniens étaient à ce moment non-seulement bien disposés et unanimes, mais ils agissaient comme les moteurs ardents de l'entreprise ; car ils avaient un besoin évident de protection contre les attaques de la Perse, et ils n'avaient aucune bienveillance ultérieure à attendre de Sparte ni des Péloponésiens. Mais même n'eussent-ils pas été pressés par la nécessité, la conduite d'Athènes et celle d'Aristeidês comme représentant d'Athènes, auraient suffi pour les amener à une coopération harmonieuse. Le nouveau chef n'était pas moins équitable à l'égard des confédérés qu'énergique contre l'ennemi commun. Lea conditions générales de la
qno ces commentateoiis la conçoivent, entre Athènes seule et Athènes aid^e par ses alliés, — entre l'empire athénien tel qu'il était pendant la guerre du Péloponèse, et le mSme empire tel qu'il avait été avant la trêve de Trente- Ans, — est tout à fait étrangère à ses pensées. Thucydide n'avait pas non»
plus dit un setd mot pour apprendreau lecteur que Tempire athénien au commencen^ent de la guerre du Péloponèse avait diminué en grandeur, et ainsi n'était plus àxpaupvYJç; et sans cette notification antérieure, la compaxaiso» que suppose 1* èactmu Axnoid Bft pourrait, daîremaiit la com^fBsaàtû.
Je pense qull y tu deux périodes, et deux séries de circonstances^ que Thucydide a l'intention d'opposer dans tout ce passage : d'ahord la Grèce confédérée à l'époque de la guerre des Perses ; ensuite la Grèce partagée en deux dans un état de guerre, sous la douhle hégémonie de Sparte et d'Athènes. — Au- TQic se rapporte aussi bien à Sparte qu'à Athènes ; — àxpai9Vouc Tijc &4(&- {Aax^«Ç veut dire ce qui avait été. exprimé par ôfJiAixC'ia; — et ttote opposé à -cévôe xàv woXsjjlov équivaut à l'expression qui avait été employée auparavantt •— àvi xâv Mrifitaûv èç Tovde
confédération furent réglées dans une assemblée commune des membres, qui devaient se réunir périodiquement en vue de délibérer, dans le temple d'Apollon et d'Artemis, à Dêlos, — jadis Tend.roit vénéré des fêtes religieuses des cités ioniennes, et en même temps centre commode pour les membres. Une obligation définie, soit en vaisseaux de guerre équipés, soit en argent, était imposée à chaque ville séparée, et les Athéniens, comme chefs, déterminaient sous quelle forme chacune d'elles devait fournir la contribution. Leur imposition a dû naturellement être reçue par l'assemblée. Ils n'avaient pas à cette époque le pouvoir d'imposer un règlement qui ne fut approuvé par ce corps.
C'avait été uii bonheur pour Athènes de profiter du génie de Themistoklês dans deux occasions critiques et récentes (la bataille de Salamis et la reconstruction de ses murs), qui demandaient de la sagacité , de l'habileté et de la décision dans une mesure extraordinaire, et où la probité pécuniaire était moins nécessaire. Ce ne fut pas un moindre bonheur alors pour elle, — dans l'affaire délicate d'asseoir une nouvelle taxe, et de déterminer la part que devait supporter chacun, affaire où une honnêteté inattaquable dans la personne chargée d'établir l'assiette était la première de toutes les qualités, — de ne pas avoir Themistoklês, mais d'employer la probité bien connue, nous pourrions presque dire fastueuse, d'Aristeidês. On doit regarder cette circonstance comme une bonne fortune; puisque au moment où l'on envoya Aristeidês, les Athéniens n'avaient pu prévoi;: qu'un pareil devoir lui tomberait en partage. L'assiette d'impôt qu'il établit, nonseulement trouva faveur au moment où elle fut proposée dans l'origine, et où elle a dû être discutée librement par les alliés assemblés, — mais encore elle conserva sa place dans l'estime générale, comme équitable et modérée, après que l'hégémonie d'Athènes, jadis responsable, avait dégénéré en un empire impopulaire (1).
(1) Thucyd. V, 18 ; Plutarque, Aris- alliés demandèrent expressément aux teidês, c. 24. Plutarque avance que les Athéniens d'envoyer Aristeidês pour
AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASION DES PERSES 233
Relativement à cette première imposition établie, nous ne savons guère qu'un seul fait, — le total en argent était de 460 talents (= environ 2,700,000 fr.). Quant aux articles composant ce total, — aux cité^ individuelles qui le payaient, — à là répartition d'obligations de fournir des vaisseaux ou de l'argent, — nous ne savons absolument rien. Le peu de renseignements que nous possédons sur ces points se rapporte à une période considérablement plus récente, peu avant la guerre du Péloponèse, pendant l'empire sans contrôle exercé alors par Athènes. Thucydide, dans sa brève esquisse, nous fait clairement comprendre la différence entre Athènes présidente avec ses alliés autonomes et régulièrement assemblés en 476 avant J.-C, et Athènes soumraine avec ses sujets alliés en 432 avant J.-C. Le mot grec équivalent à allié laissait sous-entendue l'une ou l'autre de ces épithètes, par une ambiguïté excessivement commode pour les États puissants. Ce même auteur nous apprend aussi les causes générales du changement ; mais il ne donne que peu de détails quant aux circonstances, et aucun absolument quant au premier point de départ. Il se borne à. nous dire que les Athéniens, nommèrent un conseil particulier d'oflSciers appelés les Hellênotamiae, chargés de recevoir et
établir Tassiette du tribut. Cela n'est pas du tout probable : Aristeidês, comme commandant du contingent athénien sous Pausanias, était à Byzantion quand éclata le soulèvement des Ioniens contre le général Spartiate, et ce fut à lui qu'ils s'adressèrent pour être protégés. Comme tel, il était naturellement désigné pour être chargé des devoirs qui tombaient en partage ti Athènes, sans qu'il soit nécessaire de supposer qu'il fut demandé spécialement dans ce but.
Plutarque dit encore quMne certaine contribution avait été levé-e sur les Grecs pour la guerre, même pendant l'hégémonie de Sparte. Cette assertion aussi çst extrêmement improbable.
L'hégémonie de Sparte n'occupe qu'une seule campagne, dans laquelle Pausanias avait le commandement. Les Grecs ioniens envoyèrent leurs vaisseaux à la flotte, ce qui fut tenu pour suffisant, et il n'y eut pas de temps pour calculer un changement en argent.
Pausanias dit, mais je crois d'une manière tout à fait erronée, que le nom d'Aristeidês fut privé de l'honneur qu'il méritait parce qu'il fut le premier qui ExoÇe çopowç toÏç "EXXTjai (Pausan.
VIII, 52, 2). Ni l'assiette établie par Aristeidês, ni son nom ne manquèrent un instant de popularité.
Aristote emploie le nom d'Aristeidês comme symbole d'une probité sans pareiUe (Rhetor. II, 24, 2).
234 HisTomK im ia osèce.
d'administrer les fonds commtms, — que Dèlos fut constituée trésor général, où l'argent devait être gardé, — et que le payement ainsi levé était appelé le phoros (1), nom qui paraît avoir été mis alors pour la première fois en circulation, bien que plus tard il fût usuel, — et n'avoir pas eu d'abord de sens dégradant, bien que dans la suite il devint si odieux qu'on le changea pour un synonyme plus innocent.
Essayant autant qu'il nous est possible de concevoir l'alliance athénienne dans son enfstnce, nous sommes d'abord frappé de la grandeur de la somme totale payée comme contribution, ce qui paraîtra d'autant plus remarquable si nous songeons qu'un grand nombre des villes qui contribuaient fournissaient en outre des vaisseaux. Nous pouvons être certains que tout ce qui fut fait dans le commencement le fut du consentement général, et par une majorité- décidant librement; car, à l'époque oix les alliés ioniens sollicitaient sa protection contre l'arrogance Spartiate, Athènes n'aurait pas eu le pouvoir de contraindre des partis mal disposés, surtout lorsque la perte de la suprématie, bien que supportée tranquillement, était encore fraîche et envenimée chez les compatriotes de Pausanias. Un total si considérable implique, dès l'abord, un grand nombre d'États qui contribuaient, et nous apprenons par là à apprécier le mouvement pui^ssant, répandu au loin et volontaire qui réunissait alors les Grecs ma^;*itimes et insulaires répartis d'une extrémité à l'autre de la mer JEgée et de l'Hellespont.
La flotte phénicienne et l'armée de terre des Perses pouvaient à tout moment reparaître, et il n'y avait d'espoir de résister à l'une et à l'autre que par une confédération. De sorte qu'une confédération dans de telles circonstances fut pour ces Grecs exposés non seulement un sentiment naturel, mais encore à cette époque le premier de tous leurs sentiments. Ce fut leur crainte commune plutôt que l'ambition athénienne qui donna naissance à l'alliance, et ils furent reconnaissants envers Athènes de l'avoir organiséje* Le sens
(1) Tliucyd. I, 95, 96.
AFFAIRES GRECQUES APRÈS iJlNVASION DES PERSES 2^
' public du nom Hellênôtamîse, créé pour la circonstance, — le choix de Dêlos comme centre^ — et la précaution de fixer des assemblées régulières des membres, — montrent le dessein patriotique et fraternel que la ligue était destinée à servir. En vérité, protéger la mer Mgée contre des forces maritimes étrangères et contre une piraterie en dehors des lois,, aussi bien que l'Hellespont et le Bosphore contre le passage d'une armée persane, était un dessein easentieUement public, à Taccomplissement duquel toutes les parties intéressées étaient en toute justice obligées de pouryoir par voie de contribution commune. Toute île ou tout port da mer qui pouvait s'abstenir de contribuer, gagnait ans. dépens des autres. Le sentiment général de. ce commun danger, aussi bien que d'une juste obligation à un moment où la crainte causée par la Perse était encore sérieuse, fut la cause réelle qui réunit tant de membres dans une contribution commune, et permit aux parties empressées de faire honte à celles qui étaient plus tardives,, et d'obtenir ainsi leur concours. Comment Athènes en vint-elle dans la srflte à faire servir la confédération à ses projets ambitieux? c'est ce que nous verrons en temps convenable; mais dans son origine c'était une alliance égale, autant que peut jamais l'être l'alliance entre les forts et les faibles, — mais non un empire athénien. Qui plus est, c'était une alliance dans laquelle tout membre individuel était plus exposé, mois» défendu, et profitait davantage, sous le rapport de la protection; qu'Athènes. Nous avons ici réellement un des rares moments de l'histoire grecque* oà un dessein à la fois eommunv ^al, utile et innoceat, réunit spontanément maints fragments de cette race désunie^ et étouffa, pour un temps ce penchant exclusif à une autonomie petite et isolée qui finit parfaire d'eux tous des esclaves. Ce fut un acte équitable et prudent, en principe aussi bien que dans le détail, promettant à l'époque les conséquences les plus avantageuses, nonseulement une protectioia contre les Perses, mais eacore une police constante dkns fe mer Mgé&f réglée par une autorité commune chargée de la surveillance. Et si cette promesse ne fut pas réalisée, nous verrons que les défiants inhérents
au caractère des alliés, qui les détournaient de l'appréciation sincère et du ferme accomplissement de leurs dev^oirs comme confédérés égaux, sont au moins aussi accusables de l'insuccès que l'ambition d'Athènes. Nous pouvons ajouter que par le choix de Dèlos pour centre, on se concilia les alliés ioniens, en renouvelant les solennités auxquelles leurs pères, à l'époque de l'ancienne liberté, étaient venus assister en foule dans cette île sacrée.
A l'époque où fut formée cette alliance, les Perses occupaient "encore non-seulement les postes importants d'Eiôn sur le Strymôn, et de Doriskos en Thrace, mais encore plusieurs autres points (1) qui ne nous sont pas spécifiés* Nous pouvons ainsi comprendre pourquoi les cités grecques situées dans la péninsule Chalkidique et dans le voisinage, — Argilos, Stageiros, Akanthos, Skôlos, Olynthos, Spartôlos, etc., — qui, comme nous le savons, entrèrent dans l'association lors de la première imposition d' Aristeidês , n'étaient pas moins désireuses (2) de chercher une protection dans le sein de *la nouvelle confédération , que les îles dôriennes de Rhodes et de Kôs, les îles ioniennes de Samos et de Chios, les seoliennes Lesbos et Tenedos, ou des villes continentales, telles que Milêtos et Byzantion, qui toutes doivent avoir considéré l'adhésion à cette alliance, en 477 ou 476 avant J.-C, comme la seule condition qui leur permettrait de s'affranchir de la Perse. Il ne fallait rien de plus pour assurer le succès d'un ennemi étranger contre la Grèce en général, que l'autonomie complète de toutes les cités grecques , grandes et petites, — telle que celle que le monarque persan recommanda et tâcha d'imposer quatre-vingt-dix ans plus tard par le Lacédaemonien Antalkidas dans la pail qui porte le nom de ce dernier. Une sorte d'union, organisée et obli-
(1) Hérodote, VII, 106. "rîcopxoi *v (2) Thucyd. V, 18. Tàç Se iroXeiç,
T7J ©pYiixr) xal Tou *EXXïi(T7uovTOU irav- çepouaaçTov^çopov t^v Oti' 'Apicrrsfôov,
Tax^. OuTot œv Ttàvxsç, oï ts èx aOTOvojJLOUç eïvat.... eiai 6è, ^ÀpyiXoc,
0pr,ixY]ç xal TOU 'EXXec-îiovTou, uXr^v tou STayeipoç, 'AxavÔoç, SxcoXoç, 'OXuvOo;,
iv Aopidxtj), \)Tzb *EXXtqvwv uffTSpov Tau- S7ràpTa>).o;. TTi; Tï5; <7TpatYiXàat7i; èÇTjipéÔriaav , etc.
AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASION DES PERSES 237
gatoire pour chaque ville était indispensable au, salut de toutes. Dans le fait, même avec cette aide, à l'époque où la confédération de Dêlos fut formée pour la première fois, il n'était nullement certain que l'ennemi asiatique serait tenu au loin d'une manière efficace, surtout en ce que les Perses étaient forts, non-seulement de leur propre force, mais encore de l'aide . de partis intérieurs dans beaucoup d'États grecs, — traîtres à l'intérieur aussi bien qu'exilés au dehors.
Parmi ces traîtres, le premier par le rang aussi bien que le plus formidable était le Spartiate Pausanias. Rappelé de Byzantion à Sparte, afin qu'on examinât les vives plaintes dirigées contre lui, il avait été acquitté (1) des charges d'injustice et d'oppression contre des individus. Cependant les présomptions de Mêdisme (ou correspondance perfide avec les Perses) parurent si fortes que, bien qu'il ne fût pas reconnu coupable, on ne le renomma pas au commandement. Ce traitement semble avoir servi seulement à l'enhardir à poursuivre ses desseins contre la Grèce. Dans ce but, il se rendit à Byzantion sur une trirème appartenant à Hermionè, sous prétexte d'aider en qualité de volontaire sans aucune - autorité formelle dans la guerre. Il y renoua ses négociations avec Artabazos. Son haut rang et sa grande réputation lui donnaient encore tant d'autorité sur les esprits, qu'il paraît avoir établi une sorte d'empire à Byzantion, d'où les Athéniens, déjà chefs reconnus de la confédération, furent obligés de le chasser de force (2). Et nous pouvons être sûrs que la terreur excitée par sa présence aussi bien que par ses desseins connus, contribua considérablement à accélérer l'organisation de la confédération sous Athènes. Il se retira alors à Kolônse dans la Troade, où il continua pen-
^ (1) Cornélius Nepos dit qu'il fut (2) Thucyd. I, 130. 131. KaHy. xoO
condamné à une amende (Pausanias, BuCavTiou pCa Ofrà tc5v 'AÔrivatcov sx^ro-
c. 2), ce qui n'est ni mentionné par XiopxTiôsiç, etc. Ces mots semblent im-
ThUcydide, ni du tout probable, si pliquer qu'il avait acquis une forte po-
Ton considère les circonstances subsé- sition dans la ville, quentes qui se rattachent à lui.
HISTOIRE sas lA GRâCE
dant quelque temps à poursuivre encore ses projets, essayant de former un parti des Perses, envoyant des émissaires disteibuer Tor persan dans différente cités de la Grèce, et probablement employant le nom de Sparte pour mettre obstacle k la formation de ia nouvelle confédération .(1); lorsqu'à h. fin les autorités Spartiates, informées de sa conduite, lui envoyèrent un héraut avec l'ordre péremptoire de revenir immédiatement à Sparte en même temps que le héraut : s'il désobéissait, « les Spartiates lui déclareraient la guerre, » c'est-à-dire le constitueraient ennemi publi-c.
Comme l'exécution de cette menace aurait fait manquer • tous les projets ultérieurs de Pausanias, il jugea prudent d'obéir; d'autant plus qu'il avait l'entière confiance d'échapper à toutes les accusations portées à Sparte contre lui par
(1) C'est à oette époque gtie je rapporte la mission d'Arthmios de Zeleia (ville asiatique, entre le mont Ida et la côte méridionale de la Propontis), envoyé pour gagner autant de Grecs qu'il pourrait au moyen de Tor persan.
Dans le cours de sa visite en Grèce, Arthmios vint à. Athènes. Son projet fut découvert, et il fut obligé de fuir; tandis que les Athéniens, à là prière de Themistokles, rendirent dans leur indignation un décret, le déclarant lui et sa race ennemis d!Athënes et de tou£ les alliés de cette ville, — et procliamant que quiconque le tuerait serait tenu pour innocent, parce qu'il avait ■apporté de Tor persan pour corrompre les Grecs. Ce décret fut gravé sur une colonne d'airain, et placé comme souvenir dans l'akropolis, où il était près de la grande statue d'Athênô Promachos, même du temps de Démosthène et des orateurs ses contemporains. Voir * Demosth. Philippie. III, c. 9, p, 122, et De Fais. Légat, c. 76, p. 428; -Eschin. cent. Etesiph. ad iin. Harpokrat. V. 'ATipio;. — Diaarque ^xmt, Aristogeit. Sect. 25, 26.
Plutarque (Themistokles, c. 6, et Aristeidês, t. II, p. 218) noua dit que
Tlœmistcklês proposa ce décret contre Arthmios et le fit passer. Mais Plutarque le rapporte au temps où Xerxês était -sur le point d^envahir la Grèce.
Or, il me paraît que l'incident ne peut pas hlen appartenir à ce moment.
Xerxds ne comptait pas sur le pouvoir 4es présents, mais sur d^autres moyens différents pour conquérir la Grèce ; en outre, la teneur même du décret prouve qu'il a dû être re&du sprëe la formation de la confédération de Dêlos ; — car il déclare Arthmios ennemi d'Athènes et de tous les aQiés d'Athènes. Pour un homme jiatif de Zeleifl, ce pouvait être une punilion sérieuse que d'être exclu et proscrit de toutes les vlUes alliées d'Athènes, beaucoup d'entre elles étant sur la côte d'Asie. Je ne connais pas de moment auquel on puisse aussi " convenablement rapporter la mission d' Arthmios que celui-ci où Pausanias et Artabazos étaient occupés dans cette même partie de l'Asie à former des complots pouQr gagner une partie de la Grèce. Pausanias fut occupé ainsi pendant quelles années — avaat le bannissement de Themistokles.
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l'emploi de présents (1), dont le moyen lui était sans doute abondammeik foorni jpar Artabazos. En conséquence, il revint en même tena^ que îe héraut, et fut, dans les premiezs moments d'indignation, ^emprisonné par ordre des ^épkores, — qui, à €e qu'U paraît, étaient légalement oompétents pour l'emprisonner, mêaaa^ eut-^U été roi au lieu de régent. Mais il fut bientôt relàcàé , sur sa demande et .en vertu d'un arrangement particulier avec sesumis et^ses partisans, pour passer en jugement et se défendre contre tout accusateur (2). Se fiaettre en avant comme accusateur contre un homme si puissant était déjà un sérieux péril : entreprendre de prouver contre lui un fait déterminé de trahison était «ncore plus sérieux; aussi ne paraît-il $^as qu'aucun Spartiate ait osé faire l'un ou l'autre. On savait que ri-en, &i ce n'est la preuve la plus -évidente et la pks invincible , ne suffirait ptfur jaistifier sa condamnation, et au milieu d'une longue chaîne d'actes entraînant conviction, à les prendre dans leur ensemble, il n'y avait pas une .seule trahison assez démontrable pour atteindre ce but. En conséquence, Pausanias m^n-seulement resta en liberté, mais il ne fut pas accusé, et il persista «acore audackfisement tant dans ses intrigues k l'intérieur que dans sa correspondance au dehors avec Artahazos. Il se hasarda à attaquer le côté faible de Sparte en ouvrant des négociations avec les Ilotes et en les poussant à se révolter; il leur, promit à la fois la liberté at l'admission aux droÉts politiques f(3).. Il le faisait dans la pensée^ d'abord
(1) Thuçyd. I, 131, '*0 SI pou>6{jLevoç ôç ipLiara (îtcotctoc £tvou xtfl wt^reutov Xf ^[Aftcrt ôtaXuffStv xi^v SiaêoXriv, àve- Xwpet x6 8euT£pov êç STçàp-niv.
(2) Thucyd. I, 131. Ktxi êç fjtèv tÎ^v elpxT^jv ècTTtircet t6 lupûTov Otto tûv ^ èçopoiv • ëTceita 8ia7cpa$à(Ji£voç iîcrcepov è^îiX6e, xaî xa0i(rcYifftv éauxov èç xpiaiv ToTç pouXojitivoïc Tcepl avTov èXéyxetv.
Le mot 6ta7rpflt$dl(Ji£VOç indique d'abord que Pausanias lui-même provoqua les efibrts qui devaient lui faire rendre la liberté, — ensuite qu'il en
vint -à un arra&gemenl; sous msàn ; très-çrobabkment parim pilent, bien que le mot ne l'implique pas nécessairement. Le scboliaste le dit d'une manière claire : — Xpyi\txm itoU Xoyoïç 8ia7upaÇà{JL£voç StqXovoti Staxpou<Tà(JL£voç TT?|v xaTTiYoptav. Le docteur Arnold traduit 8ta7cpa|àpL£voç « ayant réglé l'affaire. »
(3) Ajristote, Polit. IV, 13, 13 ; V, I, 5; V, 6, 2; Hérodote, T, 32. Aristarte appelle Pausanias rot, bien qu'il ne fût qxte rêffent ; la vérité est qu'il
Digiti
de détruire le conseil des éphores et de se faire despote dans son propre pays, — ensuite d'acquérir, grâce à l'aide des Perses, la suprématie de la Grèce. Quelques-uns de ces Ilotes auxquels il s'adressa révélèrent le complot aux éphores, qui néanmoins, malgré un si grave péril, n'osèrent pas prendre de mesures contre Pausanias sans avoir de meilleurs renseignements, — tant imposaient encore son nom et sa position. Mais bien qu'un petit nombre d'Ilotes put les éclairer, probablement beaucoup d'autreis entendirent la proposition avec plaisir et gardèrent fidèlement le secret. Nous verrons par ce qui arriva peu d'années après qu'il y avait un nombre considérable d'entre eux dont les Jances étaient prêtes pour la révolte. Quelque suspect que fût Pausanias, cependant les craintes de quelques-<ins et la connivence d'autres lui permirent d'amener ses plans à deux doigts de leur accomplissement; et ses dernières lettres* à Artabazos (1), donnant à entendre qu'il était prêt a agir, et demandant l'exécution immédiate des engagements concertés entre eux, étaient réellement entre les mains du messager. Sparte fut sauvée d'une explosion de la nature la plus formidable , non par la prudence de ses autorités , mais par un simple accident, — ou plutôt par ce fait que Pausanias était non-seulement traître à sa patrie, mais encore bas et cruel dans ses relations privées.
Le messager auquel furent confiées ces dernières lettres était natif d' Argilos en Thrace ; c'était un esclave favori de Pausanias et fidèle à son maître ; jadis lié à lui par ces rela- • tiens intimes que toléraient les mœurs grecques, — et admis même à la confidence complète de ses projets de trahison. Cet Argilien n'avait nullement l'intention de trahir son maître. Mais en recevant la lettre à porter, il se rappela avec quelque inquiétude qu'aucun des messagers antérieurs
avait toute la puiséance d'un roi spar- (1) Thucyd. I, 132. '0 {jléUwv ràç
tiate, et vraisemblablement plus, si xeXsuTata; pamXeî ÈTriffroXàc irpo?
nous comparons Son traitement avec i\pTà€aÇov xo|itetv, àvi?jp ^Açyiho^, etc. celui du roi proklide Leotychidês.
AFFAIRES GRECQUES APRÈS l'iNVASION DES PERSES 241
n'était jamais revenu. Eu conséquence, il brisa le sceau et la lut, pleinement disposé à la porter à sa destination, s'il ne trouvait rien d'incompatible avec sa sûreté personnelle ; il avait de plus pris la précaution de contrefaire le sceau de son maître, de sorte qu'il pouvait facilement refermer la lettre. En la lisant, il trouva ses soupçons confirmés par une injonction expresse de mettre à mort le porteur, — découverte qui ne lui laissa pas d'autre alternative que de la livrer aux éphores. Mais ces magistrats, qui n'avaient pas auparavant ajouté foi aux révélations des Ilotes, refusèrent encore de croire même cet esclave de confiance avec l'autographe et le sceau de son maître, et avec le récit complet, que sans doute il leur communiqua en même temps, de tout ce qui s'était passé antérieurement dans la correspondance avec les Perses, sans omettre des copies de ces lettres entre Pausanias etXerxês, que j'ai déjà citées d'après Thucydide, — car ce n'est que de cette manière qu'elles ont pu devenir publiques. En partie par suite du soupçon qui, dans l'antiquité, s'attachait toujours au témoignage des esclaves, excepté quand il était obtenu sous la prétendue garantie de la torture, — en partie à cause du péril de la conduite à tenir à l'égard d'un criminel d'un rang si élevé, — les éphores ne voulurent s'en rapporter qu'à ses propres paroles et à leurs propres oreilles. Ils ordonnèrent à l'esclave argilien de se placer comme suppliant dans l'enceinte sacrée de Poséidon, près du cap Tsenaros, sous l'abri d'une double tente ou hutte, derrière laquelle deux d'entre eux se cachèrent. Informé de cette marque inattendue d'alarme, Pausanias se rendit en toute hâte au temple et en demanda la raison ; alors l'esclave ne lui cacha pas qu'il connaissait le contenu de sa lettre, et se plaignit amèrement qu'après un long et fidèle service, — avec un secret qui n'avait jamais été trahi une fois dans tout le cours de cette dangereuse correspondance, — îl n'avait à la fin pour récompense rien de plus que le même sort misérable qu'avaient subi les premiers messagers. Pausanias, reconnaissant tous ces faits, s'efi'orça d'apaiser l'inquiétude de l'esclave et lui donna l'assurance solennelle qu'il serait en sûreté s'il voulait quitter le sanctuaire ; il le T. vu. 16
pressa en même temps de poursuivre sans tarder son voyage, afin que les projets ne fussent pas arrêtés dans leur marche.
Les éphores cachés entendirent tout ; à la fin, pleinement convaincus, ils se déterminèrent à arrêter Pausanias immédiatement à son retour à Sparte. Us le rencontrèrent en pleine rue, non loin du temple d'Athênê Chalkiœkos (ou de la maison d'airain). Mais quand ils approchaient de lui, soit à leurs regards menaçants, soit à un mouvement de tête significatif de Tun d'eux, cet homme coupable comprit leur dessein. Il s'enfuit pour chercher un refuge dans le temple, qui était si voisin qu'il y parvint avant qu'ils pussent l'atteindre. Il se plaça comme suppliant, avec beaucoup moins d'espoir que l'esclave argilien auquel il avait parlé si récemment à Taenaros, dans une chambre étroite et couverte d'un toit, appartenant au bâtiment sacré. Là les éphores, qui n'avaient pas droit de le toucher, enlevèrent le toit, murèrent les portes, et veillèrent jusqu'à ce qu'il fût sur le point de mourir de faim. Selon un récit courant (1), non reconnu par Thucydide, compatible toutefois avec les mœurs Spartiates, — sa propre mère fut la personne qui plaça la première pierre pour murer la porte, dans la profonde horreur que lui inspirait sa trahison. Ses derniers moments étant soigneusement observés , on l'enleva juste à temps pour qu'il expirât dehors, et qu'ainsi le temple ne fût. pas souillé. Le premier mouvement des éphores fut de jeter son corps dans le ravin ou abîme appelé Kaeadas, lieu ordinaire de punition pour les criminels : probablement ses puissants amis détournèrent ce déshonneur, et il fut enseveli à une faible distance, jusqu'à ce que, quelque temps après, sur Tordre de l'oracle de Delphes, son corps fut exhumé et transporté au lieu même où il était mort. Cependant l'oracle, ne se contentant pas même de cette seconde sépulture, déclara que tout ce qui s'était fait était une profanation de la sainteté d'Athênê, et il ordonna que deux corps fussent
^1) Diodore, XI, 45; Cornel. Nepos, Pausan. c. 5; Polyen, VIII, 51.