‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 4)Chapitre 12 sur 31 · AFFAIRES GRECQUES APRÈS L*1Î)VASI0N DES PERSES · texte numérisé non relu

AFFAIRES GRECQUES APRÈS L*1Î)VASI0N DES PERSES

offerts à la déesse comme expiation pour celai qui avait été enlevé. Dans les plus anciens temps de la Grèce, — ou chez les Carthaginois, même à cette époque, une telle injonction aurait probablement amené le meurtre de deux victimes humaines ; dans Toccasion actuelle, Athênê, ou Hikesios le dieu tutélaire des suppliants, fut supposée satisfaite de deux statues d'airain, non toutefois sans quelques tentatives pour prouver que l'expiation était insuôîsante (1).

Ainsi périt un Grec qui parvint à la plus grande renommée, simplement grâce au hasard de sa haute origine et de son commandement comme général à Platée, où il ne paraît pas qu'il ait déployé aucune qualité supérieure. Ses projets de trahison compromirent et déshonorèrent un homme beaucoup plus grand que lui, — TAthénien Themistoklês.

La chronologie de cette importante période n'est pas assez complètement connue pour que nous puissions établir les dates précises d'événements particuliers. Mais nous sommes obligé (par suite des incidents subséquents qui se rattachent à Themistoklês , dont la fuite en Perse est assez bien marquée à cette date) d'admettre un intervalle de neuf années environ entre le moment où Pausanias est retiré de son commandement à Byzantion et sa mort. Le supposer engagé dans une correspondance perfide pendant un si long intervalle est embarrassant, et nous ne pouvons nous l'expliquer que trèsimparfaitement en considérant que les Spartiates étaient habituellement lents dans leurs mouvements, et qu'il se peut que le régent suspecté ait communiqué avec des partisans, réels ou espérés, dans beaucoup de parties de la Grèce. Parmi ceux qu'il cherchait à enrôler comme complices fut Themistoklês, qui jouissait encore d'un grand pouvoir à Athènes, — bien que, à ce qu'il semblerait, ce pouvoir déclinât. La charge de collusion avec les Perses se rattache au mouvement antérieur des partis politiques dans cette ville.

La rivalité de Themistoklês et d'Aristeidês avait été fort

(1) Thucydide, I, 133, 134 ; Pausanias, III, 17, 9.

apaisée par l'invasion de Xerxês, qui leur avait imposé à tous deux la nécessité péremptoire d'une coopération contre un ennemi commun. Et apparemment elle ne fut pas reprise pendant les temps qui succédèrent immédiatement au retour des Athéniens dans leur pays ; du moins on nous parle de tous deux comme étant en service effectif et occupant des postes éminents. Themistoklês se fait remarquer comme l'auteur des murs de la ville et l'architecte de Peirseeus ; Aristeidês est commandant deja flotte et le premier organisateur de la confédération deDêlos. De plus, nous croyons découvrir un changement dans le caractère de ce dernier. Il a^ait cessé d'être le champion des anciens intérêts des agriculteurs athéniens contre Themistoklês en tant que créateur des innovations maritimes. Ces innovations étaient alors, depuis la bataille de Salamis, devenues un fait accompli ; fait d'une influence toute-puissante sur les destinées et le caractère publics aussi bien que privés des Athéniens. Pendant l'expatriation à Salamis, tout homme, riche ou pauvre, propriétaire foncier ou artisan, avait été pour le moment marin, et l'anecdote de Kimôn, qui consacra dans l'akropolis la bride de son cheval comme signe qu'il était sur le point de passer de la cavalerie au service à bord (1), est un type de ce changement de sentiment qui doit avoir été plus ou moins marqué dans l'esprit de tous les hommes riches à Athènes. Dorénavant la flotte est chère à tout homme comme la grande force, oflensive et défensive, de l'État, caractère avec lequel tous les chefs politiques s'accordent à l'accepter. Nous devons ajouter en même temps que ce changement ne fut accompagné d'aucun détriment causé soit à l'armée de terre, soit à la culture du sol en Attique, qui, comme nous le verrons, acquirent toutes deux un développement extraordinaire pendant l'intervalle qui sépare la guerre des Perses de celle du Péloponèse. Toutefois les trirèmes et les hommes qui les montaient, pris collectivement, étaient alors l'élément déterminant dans l'État. De plus, les

(l) Plutarque, Kimôn, c. 8.

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hommes dont se composaient leurs équipages ne faisaient que de revenir de Salamis ; ils sortaient tout récemment d'un théâtre d'épreuves et de dangers ; ils venaient de recueillir une victoire qui avait égalisé pour le moment tous les Athéniens comme victimes, comme combattants et comme patriotes. Cette prédominance du mouvement maritime, étant devenue prononcée immédiatement après le retour de Salamis, fut encore fort accrue par la construction et la fortification du Peirseeus, — nouvelle Athènes maritime aussi considérable que l'ancienne ville de l'intérieur, — aussi bien que par la formation inattendue de la confédération à Dêlos, avec tout son avenir inconnu et tous ses devoirs, source d'ardeur pour les confédérés.

Le changement politique qui en résulta dans Athènes ne fut pas moins important que le changement militaire. « La multitude maritime, cause de la victoire de Salamis (1), » et instrument de la nouvelle vocation d'Athènes comme chef de la confédération dèlienne, parait maintenant prédominer aussi dans la constitution politique ; nullement comme classe séparée ou privilégiée, mais comme pénétrant toute la masse, fortifiant le sentiment démocratique, et protestant contre toutes les inégalités politiques reconnues. Dans le fait, pendant la lutte à Salamis, toute la cité d'Athènes n'avait pas été autre chose qu'une « multitude maritime, » dans laquelle les propriétaires et les principaux personnages avaient été confondus, jusqu'à ce que, par les efforts de tous, la patrie commune eût été reconquise. Et il n'était pas vraisemblable que cette multitude, après une période pénible d'égalité forcée, pendant laquelle les privilèges politiques avaient été effacés, acquiescerait patiemment au rétablissement complet de ces privilèges, une fois revenue dans ses foyers. Nous voyons par l'actif sentiment politique du peuple allemand, après les grandes luttes de 1813 et de 1814, combien un effort mili-

(1) Aristote, Polit. V, 3, 5. Kaî 6à>aaaav SOvafJLiv , xi^v 8r,|ioxpaTiav

iràXiv 6 vauTixà; ôx^o;, yis6{i.s,yoç loxupoTépav iTuoiricev.

aÏTioç Tï^ç irepl £<xXa(i?va vixti;, xaX Stà *0 vauTixoç oyi^^oi; (T..ucyd. VIII,

TaOrnc TÏiç "fiyt^oyioLç xal $ià t^jv %am 72 etpaaim).

taire énergique et heureax du peuple en liberté, uni à la souffrance de peines sérieuses, contribue à stimuler le sens de dignité politique et le besoin de droits civiques développés ; et si telle est la tendance môme dans un peuple habituellement passif sur de tels sujets , à plus forte raison devait-on s'attendre à la trouver dans la population athénienne, qui avait traversé une éducation antérieure de près de trente années sous la démocratie de Kleisthenês. AFépoque où cette constitution fut établie pour la première fois (1), elle était peut-être la plus démocratique qui fût en Grèce. Elle avait fonctionné extrêmement bien, et avait répandu dans le peuple un sentiment favorable à des droits civiques égaux et hostile aux privilèges avoués; de sorte que les impressions faites par la lutte à Salamis trouvèrent l'esprit populaire préparé à les recevoir.

Bientôt après le retour en Attique, la constitution kleisthénéenne fut agrandie en ce qui regarde l'éligibilité aux magistratures. D'après cette constitution, la quatrième ou dernière classe sur le cens solonien, comprenant la grande majorité des citoyens, n'était pas admissible aux charges de l'État, bien qu'elle possédât des votes en commun avec le reste : aucune personne n'était éligible pour être magistrat si elle n'appartenait à l'une des trois plus hautes classes. Cette restriction fut annulée alors, et l'éligibilité étendue à tous les citoyens. Nous pouvons apprécier la force de sentiment avec laquelle cette réforme fut demandée quand nous trouvons qu'elle fut proposée par Aristeidês, homme le contraire de ce qu'on appelle un démagogue, et ami zélé de la constitution kleisthénéenne. Aucun système politique n'aurait fonctionné après la guerre des Perses, qui excluait formellement « la multitude maritime » de la possession des magistratures. J'imagine plutôt (comme je Fai déjà dit dans le chapitre 13 du tome V de cette Histoire) que l'élection des magistrats fut conservée encore après, et non pas changée en tirage au sort pendant un certain temps,

(1) Pour la constitntioxi de Skîitiie&ès, Y. T. Y. du 13 de wttB Hirtoiiew

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bien que ce ne fût pas pour longtemps. Ce que le sentiment public demandait d'abord, c'était la reconnaissance du principe égal et ouyert à tous ; après une expérience d'un certain laps de temps on trouva que les hommes pauvres, bien qu'ayant la capacité légale pour être choisis, l'étaient de fait rarement : ensuite vint le sort, pour leur donner une chance égale à celle des riches. Le principe de sortitiOy ou choix par le sort, ne fut jamais appliqué (comme je l'ai lait remarquer auparavant) à toutes les charges à Athènes, — jamais par exemple aux stratègi ou généraux, dont les fonctions étaient plus importantes et imposaient une plus grande responsabilité que celles de toute autre personne au service de l'État, et qui continuèrent toujours d'être choisis par mains levées.

Dans la nouvelle position dans laquelle Athènes était alors jetée, avec une si grande extension de ce qu'on peut appeler ses relations étrangères, et avec une confédération qui imposait la nécessité d'un service militaire lointain, les fonctions des stratègi tendaient naturellement à devenir à la fois plus absorbantes et plus compliquées ; tandis que l'administration civile devint plus fatigante, sinon plus difficile, par suite de l'agrandissement de la cité et de l'agrandissement plus considérable encore de Peiraeeus, — menant à un accroissement de la population urbaine et surtout à un accroissement des metœki ou hommes résidants, ne jouissant pas de franchises- Et ce fut probablement vers cette période, pendant les années qui succèdent immédiatement à la bataille ^e Salamis, — quand la force des anciennes habitudes et de la tradition avait été afiEaiblie en partie par tant de nouveautés excitantes, — que l'on retira complètement aux archontes les devoirs politiques et judiciaires, et qu'on les <xmfina dans l'administration civile ou judiciaire. Â la bataille de Marathon, le polémarque est un commandant militaire, président des dix stratègi (1) : nous ne le connaissons dans la suite que comme un magistrat civil» administrant la jus-

Ci) Hérodote, VI, 109.

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tice aux metœki ou hommes ne jouissant pas de franchises, i

tandis que les stratôgi s'acquittent de leurs devoirs militaires sans lui : changement assez semblable à celui qui ]

s'effectua k Rome, quand le préteur fut créé pour se charger de la partie judiciaire des vastes attributions primitives du '

consul. Je pense que cette altération indiquant, comme elle I

le fait, un changement dans le caractère des archontes en I

général, a dû s'opérer à l'époque à laquelle nous sommes |

parvenu maintenant (1), temps où les établissements athé- i

niens de tous côtés demandaient une répartition plus exacte |

de fonctionnaires. La distribution de tant de corps de fonc- ,

tionnaires athéniens pour remplir les devoirs en partie dans la cité, en partie dans le Peirseeus,' ne peut avoir commencé qu'après cette période, quand Peiraeeus avait été élevé par Thenaistoklês à la dignité de ville, de forteresse et de port de l'État. Ces conseils étaient les Astynomi et les Agoranomi, qui maintenaient la police des rues et des marchés, — les Metronomi, qui veillaient sur les poids et mesures, — les Sitophylakes, qui faisaient exécuter divers règlements de l'État relatifs à la garde et à la vente du blé, — avec divers autres qui agissaient non moins au Peirseeus que dans la ville (2). Nous pouvons présumer que chacun de ces conseils fut créé dans l'origine selon que le besoin paraissait le demander, à une période plus avancée que celle à laquelle Hous sommes arrivé maintenant ; la plupart de ces devoirs de détail ayant d'abord été remplis par les archontes, et dans la suite (quand ces derniers devinrent trop chargés d'occupation) confiés à des administrateurs séparés. Le changement spécial et important qui caractérisa la période suivant immédiatement la bataille de Salamis, fut la ligne plus exacte tirée entre les archontes et les stratêgi ; le département des affaires étrangères et militaires assigné entière-

(1) Aristote, IIoXiTeiâv, Fragm. 47, (2) Y. Aristote, IIoXtTeiwv, Fragm.2.

éd. Neumann. Harpokrat. v. TcoXéjiap- V, XXIII, XXVIII, 1, éd. Neumann ;

Xoç ; Pollux, Vin, 91 : cf. Meier und Schoemann, Antiq. jur. pnbl. Grœc.

Schoemann , der Attische Frozess , c. 41, 42, 43. ^^ ch. 2. p. 50 seq.

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ment aux stratêgi, et les archontes rendus magistrats purement civils, — chargés de l'administration aussi bien que de la justice : tandis que la première création des conseils nommés ci-dessus fut probablement un agrandissement ultérieur qui résultait de l'accroissement de la population, du pouvoir et du commerce, entre la guerre des Perses et celle du Péloponèse. Ce fut par quelques mesures de ce genre que l'administration athénienne atteignit graduellement ce développement complet qu'elle présente en pratique pendant le siècle qui commence à la guerre du Péloponèse, et auquel se rapportent presque tous nos renseignements positifs et directs.

Aristeidês semble avoir sympathisé avec cette expansion tant de sentiment démocratique que d'activité militaire à Athènes. Et la popularité qu'il s'assura ainsi, augmentée probablement par quelque regret de son ostracisme antérieur, était faite pour acquérir de la durée grâce à son caractère droit et incorruptible, mis alors en relief d'une manière frappante par la fonction dont il fut chargé d'établir l'assiette de la taxe à la nouvelle confédération dêlienne.

D'autre part, l'ascendant de Themistoklês, bien que si souvent élevé par son génie et son audace politiques incomparables, aussi bien que par l'importance signalée de ses recommandations publiques, fut aussi souvent renversé par la duplicité des moyens qu'il employait et par sa soif éhontée de richesses. De nouveaux adversaires politiques surgirent contre lui, hommes qui entraient dans les sentiments d' Aristeidês, et beaucoup plus violents dans leur antipathie qu'Aristeidês lui-même.. Les principaux d'entre eux étaient Kimôn (fils de Miltiadès) et Alkmseôn ; de plus, il semble que les Lacédaemoniens, quoique pleins d'estime pour Themistoklês immédiatement après la bataille de Salamis, lui étaient à ce moment devenus extrêmement hostiles, — changement que peuvent expliquer suffisamment son stratagème relativement aux fortifications d'Athènes, et ses ambitieux projets subséquents par rapport au Peiraeeus. L'influence lacédsemonienne, alors assez considérable à Athènes, fut employée pour seconder les combinaisons politiques dirigées

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contre lui (1). .On dit qu'il offensa par des manifestations de vanité personnelle, — en se vantant continuellement des grands services qu'il avait rendus à l'État, et en élevant une chapelle particulière, attenante à sa maison, en l'honneur d'Artemis Aristoboulô, ou Artemis d'admirable conseil; précisément comme Pausanîas avait irrité les Lacédaemoniens en inscrivant son nom seul sur le trépied delphien, et comme les amis d'Aristeidês avaient déplu aux Athéniens par des éloges sans fin de sa justice (2).

Mais la principale cause de son discrédit fut la prostitution de sa grande influence pour des desseins arbitraires et corrompus. Dans l'état mal assis de tant de communautés grecques différentes, récemment affranchies du joug de la Perse, où il avait à tirer vengeance d'une tyrannie ancienne , des auteurs de méfaits à déposer et peut-être à punir, des exilés à rappeler, et où régnaient tout le trouble et tous les soupçons qui accompagnent un si grand changement de condition sociale aussi bien que de politique étrangère, — l'influence * des personnages principaux à Athènes a dû être grande pour déterminer le traitement d'individus en particulier. Themistoklês, placé à la tète d'une escadre athénienne et naviguant parmi les îles, en partie dans des vues de guerre contre la Perse, en partie pour organiser la nouvelle confédération, — accepta, assure-t-on, des présents sans scrupule, pour exécuter des sentences justes et injustes, — rétablissant quelques citoyens, en chassant d'autres, et mettant même quelques uns à mort. C'est ce que nous apprend un ami et un hôte de Themistoklês, — le poète Timokreôn d'Ialysos dans l'île de Rhodes, qui avait espéré qu'il serait réintégré par le commandant athénien, mais qui trouva son rétablissement traversé par un présent de trois talents, don de ses adversaires ; de sorte qu'il fut maintenu encore en exil sur l'accusation de mêdisme. Les assertions de Timokreôn,

CL) PlntMKiin, KîmÔD, c 16; Sefao- KimCn, c 5^; Axisteidâs, e. 3£f ; IHolie 2, ad Aristoph. Equit. 84, dore, XI, 54.

(2)Plutarque (Themistoîdês, c. 22;

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