‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 4)Chapitre 15 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ACTES' DE LA CONFÉDÉaiATION BOUS ATHÈNES COMME CHEF. * — PRBMIÈBB FORMATION ET EXPANSION RAPIDE PB I^'eMPIRE ATHÉNIEN.

Oonséqtiene* de laforaaaliondelaoonfédératioii d^Pêlos, f— Bilujcation delà politique grsoqiui entre Atbènea et Sparte. -^ Distii^ctioii fmtre la confédération de Dêlos, arec Athèoe» comme présideatet ^^ et rempire athéiiifin dont elle fnt la sooree. — Teodanoe à confondre oea dâu^ états et à iioput^ir à Athènes-des )»iK>jels d'ambitioA à hautes vi&ées. — Let premières années qui Boivivent la formation de la confédération de Dêloe fureut des années dWorts aotifs de la paît d' Atliènes^ '—• Nous les connaissons imparfaitement. -^ Nécessité d^une action continue eontre les Perses, même après les bataiUe& de Platée et de Mykale. -^ Cette néoeesité fut la canse et de l'organisation volontaire (ie la confédéiatMm de Dêios, et des progrès maritimes d'Athènes. — Confédération de Dêlos, — jurée par tous les membres, — perpétuelle et obligatoire, --* ne peisettent ni retraite ni défaite. <«- Saootion d'Athènes chargée d'imposer les léflolutioBS, exercée yi^ureusement, d'aooord avec rassemldée générale. — Chfliigioment graduel d^is les relation&dea alliés. — - Substitution d'un payement en argent- à un service personnel, demandée par Us alliéi^ emi^'^mêmes, en harmonie a\'eo les intéiêts et les sentiments d'Athènes. — • Changement daxiS la position aussi bien que dans les sentiments d'Athènes. -^ Impopularité croissante d'Athènes dant toute la Grèee, -*< Ses causes. — Assemblée de Dèlos, — déeline graduellement en importance et disparaît. -^ Qualités et mérite supérienis des Athénien* en tant que comparés avec les ooniédévés de Dâlœ en général. -^ Tribut levé pour la première fois par rassemblée de Dêl^. — Imposctioii d'Acisteidès. — Événements entre 476-466 avant J.-Ç. «*£iôn, — SkytOB^ — Ku7«tos. «^ Athènes en tanl que gardienne de la mer ^^gée eontre la pixatonift. — » Le héros Thêa^ns. — Vers 467-466 avant J.-C. — Première xévolle ptxni les mân^r«i4e la eonfédérationde Dâlos. — . Nax^os se révolte et Qst reconquise. — ■ Ve». 466-465 avant J.-^» ««•> Opérations d'Athènes et de la confédération contre la Pdise. <~ Déûûta des Perses par Kimôn au fleuve Ënry- «Mdôn« -<- Révolta 4e Thases qui se sépare de la confédération de Dêlos. — ^ge de Tàasos (aar 1«6 i^àénienssous Kimôn. '•— Mines de Thra<^ -.<* Première tentati<ve4'AthèM»faur fonder une ville àEunaa Hodol sur le Strymon au^^wsus ^'Ëi6n. La tentative éoh^utt^t les colons sont tués*^»«^ 464-463 avant i^Ct — îiéduotwa de TkMM après un iaiocnb ^p iWsiz -^? *, — elle i*t àéutmè^ «t

démantelée. — Les Tliasiçns réclament l'aide de Sparte. — Secours accordé, mais non suivi d'effet. — Signes d'hostilités entre Sparte et Athènes. — Procès et acquittement de Kimôn à Athènes. — Grand accroissement de la puissance athénienne. — Événements qui s'accomplissent dans la Grèce centrale entre 470-464 avant J.-C. — Thêbes et les villes bœôtiennes. — Discrédit de Thêbes.

— Sparte rétablit et soutient la suprématie de Thêbes sur les villes bœôtiennes inférieures. — Événements dans le Péloponèse, — Arkadia, — Elis, etc. — Terrible tremblement de terre à Sparte. -^ 464 avant J.-C. — Révolte des Dotes.

— Les Lacédœmoniens invoquent l'aide de leurs alliés contre les Ilotes révoltés.

— Marche des Athéniens sous Kimôn en Laconie pour les secourir. -^ Méfiance conçue par les Lacédaemoniens au sujet de leurs auxiliaires athéniens, qui sont renvoyés de Laconie. — Mécontentement et changement de politique à Athènes.

— Les Athéniens renoncent à l'alliance de Sparte et s'allient avec Argos. -^

— Position d'Argos. — Elle conquiert Mykênae et d'autres villes. — Vers 461- 460 avant J.-C. — Megara devient l'alliée d'Athènes. — Haine croissante de Corinthe et des États péloponésiens voisiYis à l'égard d'Athènes. — Action énergique et simultanée des Athéniens, — à Cypre, en Phénicie, en Egypte et en Grèce. — Ils construisent le premier « Long Mur » de Megara à Nisaea. — 459-458 avant J.-C. -^Guerre d'Athènes contre Corinthe, -^Egina, etc. — Défaite totale des .^ginètes sur mer. — Les Athéniens assiègent ^gina. — Les Corinthiens, les Épidauriens, etc., attaquent, — sont défaits par les Épidauriens sous Myrônidês. — 458-457 avant J.-C. — Les Longs Murs entre Athènes et Peirœeus sont projetés ; — projet épousé par Periklês, combattu par Kimôn. —Luttes politiques à Athènes. — Importance des Longs Murs. •— Expédition des Lacédsemoniens enBœôfcia; — ils rétablissent l'ascendant de Thêbes. — L'armée Spartiate en Bœôtia destinée à menacer Athènes, et à soutenir le parti oligarchique athénien, opposé aux liOngs Murs. — Bataille de Tanagra. — Défaite des Athéniens. — Effets de la bataille. — Conduite généreuse de Kimôn ; — il est rappelé de l'exil. — Compromis et réconcilii^tion entre les chefs et les partis rivaux à Athènes. — 456 avant J.-C. — Victoire d'Œnophyta gagnée par les Athéniens; — ils acquièrent l'ascendant sur toute la Bœôtia, la Lokris^ la Phokis. — 455 avant J.-C. — Achèvement des Longs Murs. — Conquête d'-^E- .r^'nn, qui est désarmée, démantelée et rendue tributaire. — Les Athénien? font, pour la première fois, par mer, le tour du Péloponèse ; — leurs opérations dans le golfe de Corinthe. — 454 avant J.-C. — Défaite .et pertes des Athéniens en Egypte. — 455 avant J.-C. — Les Ilotes révoltés en Laconie ca4)itulent et quittent le pays. — Trêve de cinq ans conclue entre Athènes et les Lacédaemoniens, par

- l'influence de Kimôn. — Nouvelles expéditions de Kimôn contre la Perse. ■— 455- 452 avant J. -C . — 452-447 avant J .-G. — Mort de Kim ou à Kypros. — Victoires de la flotte athénienne ; — elle retourne à Athènes. — Les Athéniens ne font plus

• d'autres expéditions contre la Perse. — Convention conclue entre eux. —-Erreurs et exagérations relativement à cette convention ; ~ doutes élevés au sujet de sa réalité historique. — Examen de ces doutes; — données de Thucydide à l'appui.

— Position d'Athènes avec de nombreux alliés tant parmi les États de l'intérieur que parmi les États maritimes. — Thucydidês, fils de Melôâas, succède h Kimôn comme principal adversaire de Periklês. -^ 449 avant J.-C. — Le fonds

' commun de la confédération est transféré de Dêlos à Athènes. — La confédé- " ïation se transforme graduellement en un empire atbénien. — La translation du trésor fut proposée par les Samiens. — Position d'Athènes avec de nom- ' breux alliés tant de l'intérieur que maritimes. — Commencement des rêver? " et du déclin de la puissance pour Atiiènes. — "447 avant J.*C. -^.Rév0lte de là ■ -■ Vîmôtia coDtrVî AthèABS; — défaite des Athéniens à Korôneia: — *- ils évp^nont 1«

CONFÉDÊRAilON GRECQUE SOUS ATMÈNES 205

Bœotia. — 445 avauit J.-C — Révolte ^e la Phokis, de la Lokris, de VEubœa et de Megara ; — invasion de F Attiquo par les Péloponésieiis sous le roi lacédsemonien Pleistoanax. — L'Eubœa reconquise par Perikles. — Humiliation et désespoir d^Athènes. — Conclusion de la trêve de trente ans. — Diminution de ]a puissance athénienne. — Querelle entre Athènes et Megara.

J'ai déjà raconté, dans le chapitre précédent, comment les Grecs asiatiques, débarrassés du Spartiate Pausanias, prièrent Athènes d'organiser une nouvelle confédération et de prendre le rôle de cité présidente ( Vorort), — et comment cette confédération, formée non-seulement pour des objets communs et urgents, mais aussi sur des principes de droits égaux et de contrôle constant de la part des membres, obtint bientôt l'adhésion spontanée d'une partie considérable de Grecs, insulaires ou maritimes, près de la mer -^gée. Je mentionnais aussi cet événement comme donnant naissance à une nouvelle ère dans la politique grecque. Car s'il y avait eu auparavant une tendance, non pas très-forte, cependant en général constante et croissante, vers une sorte de ligue unique de tous les Hellènes sous la présidence de Sparte, — dorénavant cette tendance disparaît et une bifurcation commence. Athènes et Sparte se partagent le monde grec, et appellent un nombre plus considérable de ses membres à coopérer, soit avec l'une, soit g^vec l'autre, qu'on ne l'avait jamais vu auparavant.

Thucydide marque d'une manière précise, autant que le permettent des termes généraux, le caractère de la nouvelle confédération pendant les premières années qui suivirent ses débuts. Mais malheureusement il ne nous donne guère de faits particuliers ; et, dans l'absence de telles preuves propres à servir de contrôle, l'habitude s'est établie de décrire d'une manière vague la période entière qui s'écoule entre 477 et 405 avant J.-C. (la dernière date est celle de la bataille d'^gos-Potami) comme constituant « l'empire athénien. « Ce mot désigne assez exactement la dernière partie, peut-être les quarante dernières années des soixante-douze ans indiqués ; mais il trompe quand on l'applique à la première partie: et à vrai dire l'on ne peut trouver un seul VQot qui carpcté^i.?e ftdèlement aussi bien une partie aue

HISTOIRE BS LA GBÈGB

Taatre. Ub grand et sériecEX ekangement s'était opérée et nous déguisons le fait de ce changement si nous parlons de rhégémonie ou suprématie athénienne comme portion de l'empire athénien. Thucydide distingue les deux avec soin, en parlant des Spartiates comme ayant perdu et des Athéniens oMBane ayant aequis, non Tempire, mais la suprématie ou ikégémoiûe (1).

(1) Thucydide, I, H, 'EÇ£7to>iôpy.Y]ffotv (BwÇdrrtoY) èv T^e ttj iJjysjiovia, i. f. aous VlaésémoniA Spartiate, avant que les Athéniens fussent invités à prendre Phégémonie. Cf. :?)YY)(ià|X€voi, I. n, et Hérodote, VTII, 2, 3. Ensuite nous avons (I, 95) fotT&vréç Te (les Ioniens, etc.) wpôç tovç 'A6r)vatou; ■^Çiouv aÙToùç :?iye{jt,6vaç cooiv yevs- <TÔai xaTà TÔ ÇuYYtvéc. De plîis, quand les Spartiates envoyèrent Dorkis à la place de Pausanias, les alliés oOxen èçfeaavTTiv :?iyeiioviav. Puis, quant à la conduite suivante dfis Athéniens (I, 96), — TrapaXaêovTEC oè oi 'AOr^vaiot TT^v -i^yejiovtav toutw ttji Tpû7r(|> ix6vT(0v Tôv Çu[jL(iàx**v 4tà rà ilauvoi* vtou fûaoç, etc. : cf. I» î5 — Tf)pûv oà xpo(TeX66vTa)v tûv ^u[jL[JLàx(i>v xal aO- TcSv Ô£r,6évTa)v :?)y£ji.6vaç xaxaaTTîvai, et VI, 76.

Ensuite la transition de P^^yefJiovta à ràp/TQ (I, 97) — r^You{J.£Voi Ôè aùxovo-

ÈTT^XÔov TTQXéfjLt}) T6 xtti ÔtaxeipiffEi TUpaytiaTtov (AeraSù toîjSe toû 7ro>i[ioi> xaî Toû MTiîtxou,

Thucydide ensuite oontinoa on disant qu'il mentionne ces « nombreux pas en Avant, » — que fît Athènes, en partant de SB pvexBÎère hégémonie, de manièfe à montrer de quelle &çon Tempire athénien ou àpx^^ fut formé dans Tori- |Sne — Sjiœ. 8ê. x«l t^ç àpx^v ««6- ^i^iv Ixei Tïjç Twv 'A^qtiwv, èv qï^ xpÔTTCf) xaTscTTi. La mômc transition de rfiycjiovia à Tàpyri est; décrite dans le discours de rambasiiadeFar att»énj#Mi

à Sparte, peu avant la guerre du Pélo- ^nèse (I, 75). Mais eom»» il était plutôt de Vintérêt de roxoteur aibéni«n de confondre la différence entre iQyejxovia et àpx^j après qu'il a clairemeut exposé dans quel rapport Athènes avait été d'abord à l'égard de ses alliés, et comment dans la suite ce rapport finit par changer totalement, Thucydide le fait glisser sur eette distinction, et dire : — outo); o08' i^iLzlz ^QtM\LOL<rtby

oOoèv 7C£7:ot:Qxa|iev £l àpx^QV re

Éi8apL£v?]v èSeÇaiicOa xal Tavnpr [lil av£îfi£v, etc.; et il continue ensuite à défendre le droit d'Athènes au commandement en raison de ses forces et de son mérit» supéarieun ; maisons que quelques années plu» tard les orateurs athéniens avancent d'une manière plus nue et plus choquante encore. Lire attBsif leB paroks: d& l'AtbémeiL Ëuphêmos à Kamarina (YI, 82), où. paratt une confusion semblable, comme étant appropriée à l'argument.

IJ^ &m.t se rappeler que le root higèmonte pu commandement est extrêmement géné"ral ; il dénote un cas oîi Ton suit OBI chef, ou d'obéittanee; toutefôil temporaire,, adoucie, ou à vrai dire guère plus qu'honorifique* Il est employé ainsi par les Thôbains pour «xpriœer leiar relation à Tégard do9 villes confédéréea bœotiennes ('jjyqxoveue(r9ai Oo' i^fuôv, Thucydide, III, 61, où fe jy Arnold attire l'attunition sur la distinction entre ce verbe ait ôpxan, et tient relativement à Vàçx'h athénienne un langage plus précis que 9shi\ due l'on trouve dans sa nota Ad

CONFÉDéR&TKlN €ffiBOQUB SOUB ATHÈNES

La transition de rbégémeme athénieime àTempire athé- Diaif«t sans doute graduelle, de sorte que Yim ne pourrait pas déterminer dWoM manière précise où finit Tune et où commence L'autre; mais elle aTait été accomplie avant la trêve de teente ans» qui fut conclue quatorze ans ayant la guerre du Péloponèse, —et elle fut, en effet, la cause réelle de cette guerre. Afiièancs en vint alors à posséder Ferapire, -^en partie oostme um fait établi, reposant sur un acquiescement plutôt que sur de rattachement ou un consentement dans Tesprit des sujets, — en partie comme une conséquence de la nécesnté d'union combinée ayec ses forces supérieures ; tiédis qviS ce dernier point, supériorité de forces coœme titre légitime, devenait de plus en plus saillant et daoks le langage de ses orateurs et dans les conceptions de ses citoyens. Bien plus, les orateurs athéniens du milieu de la guerre du Péloponèse osent affirmer que leur empire avait toujours eu ce même caractère depuis Téchec des Perses : inexactitade si manifeste que, si nous pouvions supposer que le discours fait par TÂthénien Eaphêmos, à Kamarina, ea 415 avant J.-C, eût été entendu par Tbemistoklês ou par Aristeidês cinquante ans auparavant, il aurait également choqué la prudence de Tun et la justice de Tautre.

La condition souveraine d'Athènes, telle qu'elle roccupa au commencement de la guerre du Péloponèse, époque où

Thucydidem» I, 94), et par les Corinthiens pour exprimer leurs droits co&u&e métropole de Sbrkyra, diroîts qui en réalité n^étaient gaère plus qu'honorifiques, — ItzI xcji :?)Yeji.6veç T£ sîvai xal xà sUora 6av(iaU<ï6at fThncyd. I, 38) : cf. VII, 55. Il est vrai, Û sà^aààe lui t 'm g it qBdqiefiûs un guida 4iH, 98; VII, 50).

Mais hà note àp%^ «p^nv» àçi^ffto- 6ottr voix: pMC, sont j^naprafoes dans lenr «ignificatmi, afe ûafÂîquent à la fois une dignité supérieure etuna aatA»

nté ooamtiré dans ime ine«nre plus

ou moins grande: cf. Thucydide, V.

69; II, 8, etc. La iro^iç àp^^v ëxouaa est analogue à &v^p Tvpocvvoç.

Hérodote est moins soigneux que Thucydide à distinguer le sens de ces mots. V. la discussion Je l'ambassadeur lacédsemonien et de l'athénien ttvee Gtèên (VTI, 155-162). Maù a est à reraanjiier qu'il £ut çhamaadftr à GtHôtL r:^cfbOVta et Béti l'àpx^ "" "®^* tant 1* éaaatoàèaoïaa la fonne ht bmhbs UeBSBute. Cf. anas» la demaado des ArgiŒaa pour Frnrspiovta (VII, 148^.

^68 BffscroraB naa LA iaHÈCB

,ses alliés (excepté Chios et Lesbos) étaient ides sujets tri- ^)utaires, et ou laïuer iEgéé était un lac athénien, --^ cette condition, disons-nous, fut naturellement la période de sa plus grande splendeur et de sa plus grande action sur le monde grec. Ce fut aussi la période qui fit le plus d'impression sur les historiens, les orateurs et lés philosophes; elle suggéra l'idée d'un seul État exerçant la domination sur la mer ^Egée, comme condition naturelle de la Grèce, de sorte que si Athènes perdait cette domination, elle serait transférée â Sparte ; elle offrit les Grecs maritimes dispersés comme une proie tentante pour les plans agressifs de quelque nouveau conquérant, et même elle introduisit par association dans les imaginations des hommes le Minos mythique de Krète et autres, comme ayant été maîtres de la roer -^gée dans des temps antérieurs à Athènes.

Même ceux qui vivaient sous l'empire athénien parvenu à son complet développement n'avaient pas sous les yeux de bonnes relations des événements entre 479-450 avant J.-C. Car nous pouvons conclure de ce que donne à entendre Thucydide, aussi bien que de sa stérilité sous le rapport des faits, que, s'il y avait des chroniqueurs tant pour l'invasion des Perses que pour les temps qui la précédaient, personne ne s'occupa des temps qui la suivirent immédiatement (1). Aussi le peu de lumière qui est tombé sur cette lacune at-il été emprunté en entier (si nous exceptons le soigneux Thucydide) d'une époque subséquente ; et l'hégémonie athénienne a été considérée comme étant simplement le commencement de l'empire athénien. On a fait honneur à Athènes d'une ambition à longue vue, visant dès la guerre des Perses à des résultats qu'il se peut que Themistoklês (2) ait

(1) Thucyd. I, 97, Toïç itpo èpu^i» Ainsi HêUanicos n'ftvait rien fait de

éîiraffiv èxXiTtèç ^v toOto ta x<«>ptov, xact plus que de toucher les -évéï^éments de

t") xà Tcpô Tûv Mr)Stx&v ÇuvwiÔeffav ^ <îette période ; et il tEOuvait si peu de

avtà xà MriÔixà • toutwv ôs ôejTrep itaJ bons renseignements à sa portée, qu'il

^i^axo èv T^ Amx^ Çu-fYpoup^ ^EXXà- .tombait dab^ dés bévues .chronûlo^

vtxoç, Pçiàxétùç T£ xoil ToTç xço^ûiç oOx giques. ' '

àyotêwc ÈTteitivriCTOYi. {2) Thucydide, I, 93. Tijî yàp&h ôa-

devines eh partie,' mais que le temps seul et des accidents successifs réTélèrent même à un spectateur éloigné. Mais cette ahticipatioii systématique de résultats subséquents est fataie à toute intelligence exacte soit des agents réels, soit de' l'époque réelle : on doit les expliquer tous deux par les circonstances précédentes et réellement présentes, en s' aidant, bien qu'avec mesure et précaution, de la connaissance que nous avons dé ce qui était alors un avenir inconnu. Quand Aristeidês et Kimôn congédièrent l'amiral lacédaemonien Dorkis et chassèrent Pausanias de Byzantion à sa seconde arrivée, ils avaient à résoudre le problème qui se préifeentait imm^édiatement à eux. Ils avaient à achever la défaite de la puissance persane, encore formidable, — et à créer et à organiser une confédération qui n'était encore qu'ébauchée. C'était tout à fait suffisant pour occuper leur attention, sans leur attribuer des vues éloignées d'un empire maritime athénien .

Dans cette brève esquisse des incidents qui précèdent la guerre du Péloponèse, et que Thucydide présente comme « une digression dans son récit (1), »♦ il ne donne ni ne déclaré donner une énumération complète de tout ce qui arriva réellement. Pendant l'intervalle qui s'écoule entre le moment où les alliés asiatiques abandonnent pour la première fois Pausanias pour Athènes, en 477 avant J.-C, — et la révolte deNaxos, en 466 avant J.*C., — il rapporte trois

dexTÉtt icTi, xal tVJv àpx^v eûOix; Çw^xa- TeaxÊuaî^e. .

Le }> Arnold dit dans «£i sole :

« E06vt signifie probablement aussitôt après Ifi retraite des Pei^àés* » Je crois qu'il se rapporte à une période plus ancienne, -^ à ce moment où TbeiQiâtoklêd eonseiUa pour lapremière fois tcax. Athéniens lacoQStruetiob de la flotte, ou au moins où il leur conseilla â'^abandonne]^ leur cité -et de se confier entièrement à leurs vaisseaux. C'est setlletnent par oett« supposition que nous obtenons un

sens raisonnable pour le mots èToXjxyjae eltteîv, « il fut le premier qui osa dire »

ce qui implique uu conseil d'une hardiesse extraordinaire. « Car il fut le premier qui osa leur donner l'avis de vouloir s'emparer de la mer, et, dès ce, moment, il contribua à établir leur empire. Le mot Çu-p^ocrecncevaÇe semble indiquer une conséquence indirecte, non pas vue directement, bien que devinée peut-être par Themistoklês.

{!) Thucydide, I, 97. ''Eypa4;a Û aOrà xal r-f^v éx6oX^v toO Xoyoy èirotYï<idl|iiTV Ôià x6^z\ etc.

HI3T0IBS DS LA QBÈG&

incidents seal^agi».t : d'abord le siège «t la prise â'Eidii< le Strymôn, ayec sa i^arnison pensane,^— ensuite la prisa de Skyros, et Tappropriation de l'Ile anx Elâroctii athéniens ou citoyens du dehors; — en troiaièœeiiea, la gnêrre avec Earystos en Eubœa, et la rédaction de la place par capitula* tix>n. C'a été trop rusage de raisonaer comme si <3es trois évè-nements étaieat Thistoire entière de dix. ou de onze aiméas. En considérant ce que 4it Thucydide relativement A ïob^ curité de cette période, nous pourrions soupçonner que ce fût tout ce qu'il put apprendre à son âaj>et sur de bonnes autorités : et ce sont tous, en vérité^ cbès événements q«i trouvent un appui prochain et spécial dans rJhistoire subséquente d'Athènes elle-même, — car Eiôn fcit lie premier marchepied à l'important établissement d'Ampkipolis , et Skyros, à l'époque de Thucydide, était la prapriété dé citoyens athéniens résidant au dehors ou JHètvcti. Cepea^ dant on nous laisse dans une ignorance pre$qU/e absoluie de la conduite d'Athènes, ^en tant que dirigeant les forces confédérées nouvellement établies; car il est certain que les dix premières année^ de l'hégémonie athénienne oui dû être des années de guerre très-active contre lès Perses. Unrseul témoignage po^tif à cet effet nous a. été >cassier.ié'aGoideiitellement par Hérodote^r qui mentionne que, « avant l'inva^ sien de Xerxès, il y avait partout» en Thrace et dians riïellë&pont, des commandants perses et des garnisons persanes (I),

(l) Hérodote, VII, 106,107. Kafév*

laaav yàp Iti 3UfOT£p9v xavnoc. ta9c

'£XX7}<movxov irapraxîi* Ovrot 6v ic«v-

TSÇ, OÎ Z£ ix Gpn'£xY)Ç XflU TOW '£X>I99-

èÇyjpéDrjdocv • tôv fié èv Ao^i<n((|> MaaxA- [LTi^ oOôaftoL xcâ ifiuvdaOïiaotv èJyùsX^

Il fout peu se fier à la ^vauol^p vagiie de , Plutai^uei, mais lui, anisi, reconuatt la durée de roGcupaiionper<> sane de points jea Thzace, avec Taid*

tévi«ttte à la . l>al«îUe à& l'Snxynedôà (Plutarque, Kimôn, c. 14). ,

C'est «ne eireur de enpposae, «vec le D' Arnold, dass aanatevar Thney^ diàtf^ Yin, 62^ t -qQeSMftiNiivtpreaqw la ddrikièra Tille oeeupéeparles Pênes ^Europe, x

Wei«seiBli«»B^HfllleB,^dsr BciUamege zor gemmire» £rs£D^nÎ9h«iig 4er tUtr grieobiiofaen Ges<anohitt< ^Saoik^ àBéà^ p. 144v«i»tedD »>lH^«M0«lièB à.^>et importaai pi^qga d^H^Bodote, Mnai l»iea c^u^è œloi de Fluta|9|tteî mai^tâ

CONFEDERATION GROCQUS SOGS ATHÈNES 271

qae les Graos yainquireiit tovs «^rès cette îwasioa, excepté settkmmit Maskamèi^ gfmyetneam* de fieriskos, qui ne pat jawais ôtm pris, bien ) que les Greos euseant fait mainies tentatives sur cette forteresse. .i>

AtuMine de ces villes» qui tarent prises par les Grecs, ne ât unetàéfeise sitfâsante p«mr attirer l'adsikinutioa ée Xerxès, excepté Bogès, geuyeaniesrdrËiikii. Be^ès^ âpcèssetre bra« yeiBent tdéfeodtt et 4nro:r retfasé ées dffres de capitniilatioii, vit ses profisioas 'épcdsées et lto«te résistance ultérieure im* praitîcabid. Alci^rs il aUmnaflOB'immeitBe budier fdnelre^ — taft'Ses épouses, ses eilf ants; ses^bovDnbiitts et sa faniitlle, et ies jr jeta, «^lançaees e&ts pnécisincfttr'^saiie ieeuan:* dans le Strymôn , -^ et enfin se* précipita dans les iSammes (1). Son vaillant ^désespoir fnt rolxjet 'd'élèges entfacnisiastes chez les Perses, et ses parents en^ Berse. fiairenit libémlement récompensés* par Xerstès. La porise d!Eiil&, efibctaée par Kimon, a été «M^rtionnée '(console xkons Tavcais déjà dit) par Thucydide ; i»iais Hérodote mms donœ ici k eirteifedre qrn'elle ât partie isenileiaeiit d'xine série d*enib^risQs, dont Thucydide: lie -signale: aoedae, faites ^oonitre les iPerses^ Bien pins, ses paroles feraient croire que Maskamàs se main/tintià Do^risko» pédant tout le règne deXerxèSyteit peut-être plus longteia^ps» repoussant des assauts )gveos.' suooessifs^

L'importante indkatîcm. citée dGiid*â^ès.iiéPddK)te serait à elle seisleiiue preuve 8ufiisaariB'qae!lôs>preiKÎères années de rhégémonie athénienne furent remplies d'hostilitésac" tives et heureuses contre les Perses. Et, en vérité, c'est ce à quoi nons devions nous attendre. Les batailles de Salamis, de Platée et de Mykale chassèrent les Perses de la Grèce et tEiomphèrent de lears prineipami: armements; inais elles ne les éloignèrent pas d'un seul coup de tous les •divers postes

.tu«'V«HpM«uiilN«a.neTi]|»«nciumioiite .rio Cim<mis 9/tque. Pjegrklis tempore

tealativo tanàaat à «étuUîr uœ chxa- .consiituto. GximsQ, 1837^ CoîumeiitatiQ

4><kl4g^ vfifiitoiofl V^vt ce» àmoL ou trois . X, .9 . B^ iio\it& khqsi ^oU du Jitp^tagème

éy4»M]i9i9Bt» qiM'Thuoydide nouft^âûnoe aiktri|mé à Kimon . jpar PtuB^aiiias -( yJIJ,

,69t]».476-466;avai>t;J.-C. 8, 2) pourlaprise^i'^iâcj... (V lC«ti3e» {D^ AthienÎMisiiun Imp«-

qu'ils occupaient d'une extrémité à l'autre de la mer ^Ëgée et de la Thrace. Sans doute les Athéniens eurent à purger les côtes et les îles d'un grand nombre de détachements persans, opération ni courte ni facile, avec les moyens imparfaits de siège à cette époque , comme nous pouvons le voir par les cas de Sestos et d'Eiôn, ni, à vrai dire, toujours praticable, comme nous l'apprend le cas deDoriskos. La crainte de ces Perses, restant encore dans le voisinage (1), et même la chance d'un nouvel armement persan, <lestiné à une troisième invasion, étaient pour les cités grecques une raison urgenta de former la nouvelle confédération, tandis que l'expulsion de l'ennemi lui donnait ces villes qu'il avait occupées. Ce; fut par ces années d'opérations actives sur mer contre l'ennemi commun, que les Athéniens établirent (2) pour la première fois dans leurs équipages maritimes cette éducation constante , systématique et laborieuse qui se transmit avec des perfectionnements continuels jusqu'à la guerre du Péloponèse. Ce fut par elles, combinées avec une crainte présente, qu'ils furent mis en état d'organiser la confédération la plus considérable et la plus efficace qui ait jamais été connue parmi les Grecs, — de réunir des députés délibérants, — d'établir leur propre ascendant comme chargés d'imposer les résolutions collectives, — et de lever une taxe énorme au moyen d'une contribution universelle. Enfin ce fut par les mômes opérations, poursuivies assez heureusement pour éloigner Talarme présente, qu'ils

(1) C'est à ces « opérations qui restaient à faire contre les Perses, » que fait aUasion Tambassadeur athénien à Lacédœmone, dans son discours antérieur à la guerre du Péloponèse — 0(a«5v jièv (vous Spartiates), oùx èOeXiQoàvTuv irapafJLStvat Tcpèc Ta ÙTroXotTca ToO papêàpoy, ^(iiv 8è irpooïX- ^ovTwv Ttov ^(i[jLdx(i>v xotî auTtov ôaj- ■ftévTwv ^Y^tA^voç xaTavrijvat, etc. (Thtt- •cydide, I, 75), et encore, III, 11. Ta {jTroXowra tôv Ipy^iv.

Cf. aussi Platon, Menexen. c. 11.

AÙTÔ; 8e TiXyùy^txo pafftXei^ç Stavoela- 6ai <àç êwixeipi^ffwv wdXtv è«i xo^ç *'E>- Xy)va;, etc.

(2) L'éducation navale des Athéniens commence directement après Técheo des Perses. Tô 8à rf^ç Oot^do-or^c £7rt(7TiQ(iova< yevéaOai (dit Periklês relativement aux Péloponéftidn», précisément au commencement de la guerre du Péloponèse) où ptiBitàç avtotç icpov- T8vifj<TCTat • ovôè y^P OfUiïç, (icX£T«3(VTec aÙTÔ e06ù( àicÀ tôv Mn6tX€Âv, iUi^^(M%i«^ (Tkac7di4d, I, l4Sj.

finirent par fatiguer les membres de la confédération plus tièdes et moins actifs, et par créer en eux un désir soit de changer un service personnel en contribution pécuniaire, soit d'échapper à l'obligation de servir de quelque manière que ce fût. Les Athéniens n'auraient jamais acquis leur éducation navale, — la confédération n'aurait jamais fonctionné réellement, — la fatigue et les mécontentements n'auraient jamais pris naissance parmi ses membres, — s'il n'y avait eu une crainte réelle des Perses et une nécessité urgente d'opérations vigoureuses et organisées contre eux, pendant les dix années qui s'écoulèrent entre 477 et 466 avant J.-C. Ainsi, quant à ces dix années, nous ne pouvons nullement admettre que les incidents particuliers mentionnés par Thucydide au sujet d'Eiôn, de Skyros, de Karystos et de Naxos, constituent la somme totale des événements. Pour contredire cette supposition, j'ai déjà insinué une preuve suffisante, bien qu'indirecte, qu'ils n'étaient qu'une partie de ce que renfermait une période très-active, — dont nous sommes condamnés à ignorer les autres détails, indiqués comme digression par Thucydide dans son langage général et large. Nous ne sommes pas non plus admis à assister à l'assemblée de Dêlos qui, pendant tout ce temps, continua ses réunions périodiques : bien qu'il eût été extrêmement intéressant de suivre les phases par lesquelles une institution qui promettait d'abord de protéger non moins les droits séparés des membres que la sécurité du corps entier, manqua si tristement son but. Nous devons nous rappeler que cette confédération, formée pour des objets communs à tous, limitait à une certaine mesure l'autonomie de chaque membre ; elle conférait à la fois des droits définis et imposait des obligations définies. Jurée solennellement par tous, et par Aristeidês au nom d'Athènes, elle était destinée à lier les membres à jamais, — ce que marquait même la formalité du serment, accomplie en jetant dans la mer de lourds morceaux de fer qu'on ne devait jamais revoir (1). Comme cette

(1) Plutarque, Ariiteidêa, c. 24.

T. VII. 18

confédération était à la fois perpétuelle et obligatoire, qu'elle liait chaque membre au reste san^ permettre ni retraite ni défaite, il était essentiel qu elle fût soutenue par une autorité déterminante et par une sanction qui pût imposer. L'autorité déterminante fut fournie par l'assemblée à Dêlos, la sanction qui devait imposer fut exercée par Athènes, en qualité de présidente. Et il y a tout lieu de présumer que, pendant longtemps, Athènes remplit ce devoir d'une manière légitime et honorable, agissant en exécution des résolutions de rassemblée, ou du lupins en pleine harmonie avec ses desseins généraux. Elle efCigea de chaque membre la quotepart fixée d'hommes ou d-'argent, employant la coercition contre les récalcitrants^; et punissant par des châtiments Tabandon du devoir militaire. Dans toutes ces demandes, elle s'acquittait seulement de ses fonctions appropriées comme chef choisi de la- confédération. Il ne peut y avoir lieu de douter raisonnablement que l'assemblée générale ne la soutînt cordialement (1) dans la rigueur à montrer à regard de ceux qui obtenaient protection sans supporter leur part du fardeau.

Mais après un petit nombre d'années, plusieurs des confédérés, finissant par se fatiguer du service militaire personnel, obtinrent des Athéniens qu'ils fourniraient à leur l)lace des vaisseaux et dee hommes, et s'imposèrent en échange un payement en argent d'une quantité convenable. Ce changement, introduit probablement d'abord pour obvier à quelque cas spécial où il leur était difficile de fournir ce contingent, se trouva être tellement du goût de toutes les parties, qu'il s'étendit graduellement à la plus grande portion des confédérés. Pour des alliés peu belliqueux, haïssant la peine et les privations, ce fut un soulagement heureux ;

(1) Ce concours de rassemblée gêné- des personnes entièrement hostiles à

raie est impliqué en fait dans le dis- Athènes (Thucydide, III, 11). — "A^w»

cours que Thucydide fait tenir aux jièv -yàp (xaprupCc)> éxpâvTo (les Athd-

ambassadeurs mi tylénseens à Olympia, niens) {jli^ &v rotjç yt tao^^^çouc

dans la troisième année de la guerre âxovTac, el (jii^ ti ^dtxovv olc iir^e-

du Péloponèse ; discours prononcé par 9oev, |u<rTpaTeijeiv.

tandis que pour les Athéniens, pleins d'ardeur et supportant la fatigue aussi bien que la discipline pour Tagrandissement de leur pays, il leur procura une paye constante pour une flotte plus nombreuse que celle qu'autrement ils auraient pu garder à flot. Il est évident, d'après l'attestation de Thucydide, que ce changement dans la pratique fut introduit sur la demande des confédérés eux-mêmes, et non par suite d'une pression ou d'un stratagème de la part d'Athènes (1). Mais bien que telle fût sa source réelle, il n'en dégrada pas moins fatalement les alliés par rapport à Athènes, et éteignit le sentiment primitif d'égalité de droits et de société dans la confédération, avec une communauté de danger aussi bien que de gloire, qui les avait unis naguère. Les Athéniens en vinrent à se considérer comme chefs militaires et comme soldats, avec un corps de sujets payant tribut, sur lesquels ils étaient autorisés à dominer et qu'ils pouvaient retenir, à la fois quant à la politique étrangère et au gouvernement intérieur, dans la mesure qu'ils jugeaient utile, — mais qu'ils étaient aussi obligés de protéger contre les ennemis étrangers. Les forces militaires de ces États sujets furent ainsi en grande partie transférées à Athènes de leur propre fait, précisément comme celles de tant de princes indigènes dans l'Inde ont été cédées aux Anglais. Mais la puissance militaire de la confédération contre les Perses s'accrut beaucoup, à mesure que les résolutions vigoureuses d'Athènes (2) furent de moins en moins paralysées par les luttes et l'irrégularité d'une assemblée; de sorte que la

(ly Thucydide, I, 97-99. — AttMti 8è &XXai ^aav Twv àwocrraoécov, xai jtéytorat, al tôv ^opiDV xal veûv èxSeïai, %a\ XetTcoarpdTiov, et tco i^évÊTO • ol yàp *A6nvatoi &xpiêû>< ^TTpaaffov, xal Xuanipol v]<jav, oOx elti>6ô<nv o06à §ovXo|jLévoiç TaXaiTCcopeTv «podàYovxe; to^ àvàyxac. ''Hffav Ù. Ktùç xal âXXcoc ol *A^votloi oûxert ô|ioC(i>c èv in^ov^ ApxovTec, xal oÛTe. ^vEirrpàTeuov àith tov laou, péfBi&v Te irpoffàysffOai ^v aùtoîç toùç &9tOTa|iivov; * wv aOroC atxioi iyé-

vovTO oî Çti|i(iaxoi • ôià yàp ti^v àir6*VTi(Ttv xa<tn\>t tûv «rpaTeiûv, ol TrXeiou; avTà>v, tva (jii^ àir* olxou wffi, Xp^fiATa iTàÇavTO &vtI Tt5v veâv x6 Sxvot3|JLevov &vdlX(i>(ta çépetv, xal toïç |iiv 'A6T}vaioic TiOÇsto t6 vourtxàv ànb xfiç SaTcàvY); i^v ixeivoi Çuiiçépoiev, aùtol es £iTOTe &ico(rra7ev, àirapàoxeuot xal ànti" pot le ràv 7c6Xe|iov xaOïoravTO.

(2) y. les méprisantes remarques de Periklês sur les débats des alliés lacé* dsemontens à Sparte (Thucyd. 1, 141).

guerre fut poursuivie avec un plus grand succès que jamais, tandis que ces motifs d'alarme qui avaient servi d'abord de stimulant pressant à la formation de la confédération finirent par s'éloigner de plus en plus chaque année.

C'est dans ces circonstances que plusieurs des États confédérés se fatiguèrent même de payer leur tribut, — et devinrent contraires à l'idée de rester comme membres. Ils firent des essais successifs pour se séparer ; mais Athènes, agissant vraisemblablement de concert avec l'assemblée, réprima leurs tentatives les unes après les autres, — elle vainquit les révoltés, leur imposa des amendes et les désarma; ce qu'elle fit d'autant plus aisément que, dans la plupart des cas, leurs forces navales lui avaient été transmises en grande partie. Comme ces événements arrivèrent, non pas tout d'un coup, mais successivement en dilBFérentes années, — le nombre des simples alliés payant tribut aussi bien que de révoltés soumis croissant continuellement, — il n'y eût jamais un seul moment de changement apparent dans le caractère de la confédération. Les alliés passèrent insensiblement, et sans en avoir conscience, à l'état de sujets; tandis qu'Athènes, sans aucun plan déterminé à l'avance, de chef devint despote. En imposant rigoureusement les obligations du pacte aux membres mal disposés, et en employant la coercition contre les révoltés, elle était devenue impopulaire à mesure qu'elle acquérait une nouvelle puissance, — et cela aussi sans aucune faute de sa part. Dans cette position, même si elle avait incliné à relâcher son empire sur les sujets tributaires, des considérations de sûreté personnelle l'auraient détournée de le faire ; car il y avait lieu de craindre qu'ils ne missent leurs forces à la disposition de ses ennemis. Il est très*-certain qu'elle n'y inclina jamais. Il aurait fallu une moralité publique plus disposée à l'abnégation que ne l'a jamais pratiquée aucun Ëtat^ soit ancien, soit moderne, même pour concevoir l'idée d'abandonner volontairement un immense ascendant aussi bien qu'un revenu lucratif; il était encore moins vraisemblable qu'une telle idée fût conçue par des citoyens athéniens, dont l'ambition grandissait avec leur pouvoir, et chez qui

Tamoar de Tascendant athénien était en même temps de la pas-» sion et da patriotisme. Mais bien que les Athéniens fussent à la fois disposés et aptes à pousser tous les avantages offerts et même à en chercher de nouveaux, — nous ne devons pas oublier que les fondements de leur empire reposaient sur les causes les plus honorables : invitation volontaire, — efforts à la fois infatigables et heureux contre un ennemi commun, — impopularité encourue dans Taccomplissement d'un devoir impératif, — et impuissance de rompre la confédération sans se mettre en danger eux-mêmes et sans laisser la mer ^Egée ouverte aux Perses (1).

Il y eut deux autres causes, outre celle qui vient d'être signalée, de l'impopularité d'Athènes souveraine. D'abord, l'existence de la confédération, imposant des obligations permanentes, était en lutte avec l'instinct général de l'esprit grec, qui tendait vers une autonomie politique séparée de chaque cité, — aussi bien qu'avec le tour particulier de l'esprit ionien, incapable de cet effort personnel et constant, qui était nécessaire pour maintenir l'assemblée de Dêlos sur sa première base large et égale. Ehsuite, — et c'est là la principale cause, — Athènes, après avoir défait les Perses, et les avoir repoussés au loin, commença à employer les forces et le tribut de ses alliés sujets à faire aux Grecs une guerre

(1) Le discours de rambassadenr Athénien à Sparte, un peu avant la gnerre du Péloponèse, expose le développement de l'empire athénien, en général, avec une justesse parfaite (Thucjd. I, 75, 76). Il admet et même exag^e son impopularité, mais montre que cette impopularité était, dans une grande mesure et certainement quant à son origine première, inévitable aussi bien quUmméritéa. Naturellement il omet, comme on pouvait s'y attendre, ees autres actes par lesquels Athènes Favait aggravée elle-même.

Ka\ Yàp aOx^v xifivôe (tt^v àpx^v) èXà- Co|iCv oO §(a<rà(t£voi 2| avrov Sa

irpoaY«ïeïv aOr^v Iç toSê, (x^Xiora (jièv <nzb 5É0VÇ, liretTa ôè xal tijjltîç, Oerrepov xai (oçeXeioç. Kal oOx àcrçoéXèc îxi iBo- XÊÏ eîvai, Toïç iroXXoï; QL7Vf^bri\U^^0MQ, xai Ttvcùv %a\ ^8ri àuodTavTwv xexetpwfii- V6>v, {>(iâv T8 ^{itv ovxsTi ô{toia>c fiXuv àXX* ÛTcôitTuv xal Siaçopcov dvTtav, àvIvTaç xiv6uveuÊiv • xaî yàp àv al àico(rrà<TÊtç icpè; <>\mç èYi^vovro • vSm ôè àvenCfdovov xà Çvjiçépovra tôv 1*8yCffTwv it&çl xivôuvwv eCl xîÔeaÔai.

Tout le discours mérite bien une étude attentive. Cf. aussi celui de Periklês à Athènes, dans la seconde année de la guerre du Péloponèse (Thucyd, II, 63).

OÙ ces alliés n'avaient rien à gagner à la suite du succès, — avaient tout à craindre après la défaite, — et une bannière à défendre, blessante pour des sympathies helléniques. C'est sous ce rapport que les alliés sujets eurent tout lieu de se plaindre, pendant les guerres prolongées de Grecs contre Grecs en vue de soutenir la prééminence athénienne. Mais sous celui de griefs ou d'oppression pratiques, il y eut peu de motifs pour être mécontents, et ils éprouvèrent peu de mécontentement réel, comme je le montrerai ci -après d'une manière plus complète. Dans le corps général de citoyens des cités alliées et sujettes, le sentiment à l'égard d'Athènes était plutôt de l'indifférence que de la haine. Le mouvement de révolte contre elle partit de petites fractions d'hommes importants, agissant à part des citoyens, et en général avec des vues particulières d'ambition pour eux-mêmes. La haine positive envers elle fut ressentie surtout par ceux qui n'étaient pas ses sujets.

Il est probable que le même éloignement pour un effort personnel, qui poussa les confédérés de Dêlos à offrir un payement en argent à la place d'un service militaire, les engagea aussi à négliger l'assiduité à l'assemblée. Mais nous ne savons pas les phases par lesquelles passa cette assem-^ blée, qui fut d'abord une réalité effective, pour ne devenir graduellement qu'une pure formalité et pour finir par disparaître. Toutefois, rien ne peut montrer plus fortement la différence de caractère entre les alliés maritimes d'Athènes et les alliés péloponésiens de Sparte que ce fait, — que tandis que les premiers reculaient devant un service personnel et jugeaient avantageux de se taxer pour le remplacer, — les derniers étaient «« suffisamment prêts de leurs personnes », mais inflexibles et intraitables quant aux contributions (1), Le mépris ressenti par ces hommes de terre Dôriens pour la capacité militaire des Ioniens revient souvent, et parait même avoir dépassé ce que justifiait la réalité. Mais quand

(1) Thucyd. I, 141. Jm>\lcl(ji 8à iroipiÔTepot ot aOTOup^ol tûv àvOpiMVOftv ^ XpirjfjLaai iro>.e(ieîv, etc.

nous songeons à la conduite de ces dernières vingt années antérieures à la bataille de Ladê, dans la crise même de la révolte ionienne contre la Perae (1), — nous découvrons le même défaut d'énergie, la même impuissance quant à la peine et aux efforts personnels que ceux qui rompirent la confédération de Dèlos avec toutes ses avantageuses promesses. Pour apprécier complètement l'activité et l'audace infatigables, en même temps que la patience à endurer une laborieuse éducation maritime, qui caractérisaient les Athéniens de cette époque, — nous n'avons qu'à les mettre en contraste avec ces confédérés si remarquablement dépourvus de ces quali-^ tés. Avec des inégalités si frappantes de mérite, de capacité et de pouvoir, maintenir une confédération de membres égaui était impossible. Il était dans la nature des choses que la confédération se brisât ou bien qu'elle se transformât en un empire athénien.

J'ai déjà mentionné que la première imposition collective de tribut, proposée par Aristeidês et adoptée par l'assemblée de Dêlos, était de quatre cent soixante talents en argent. A cette époque, bien des confédérés payaient leur quote-part, non en argent, mais en vaisseaux. Mais cette coutume diminua graduellement, à mesure que se multiplièrent les changements cités plus haut, d'argent à la place de vaisseaux, tandis que le tribut collectif devint naturellement plus considérable. Il ne dépassait pas six cents talents (2) au commencement de la guerre du Péloponèse, quarante-six ans après la première formation de la confédération : d'où nous pouvons conclure qu'il ne fut jamais augmenté au détriment de membres individuels pendant cet intervalle. Car la dififérence entre quatre cent soixante talents et six cents peut entièrement s'expliquer par les nombreux changements de service en argent, aussi bien que par les acquisitions de nouveaux membres, que sans doute Athènes eut plus ou moins l'occasion de faire. On ne doit pas s'imaginer que la confé-

(1) V.Hérodote, VI, 12, etle tome VI, (2) Thucyd. II, 13.

ch. 4 de cette Histoire.

dération ait atteint son maximum comme nombre à la date de la première imposition du tribut : il a dû y avoir diverses cités, telles que Sinopè et iEgina, ajoutées subsé- •quemment (1).

Sans un exposé préliminaire semblable à celui que nous venons de faire , relativement au nouvel état de la Grèce entre la guerre des Perses et celle du Péloponèse, commençant avec le commandement ou hégémonie athénienne, et finissant avec l'empire athénien, — le lecteur aurait de la peine à comprendre la portée de ces événements particuliers que nos autorités nous mettent à même de raconter; événements peu nombreux par malheur, bien que la période ait dû être pleine d'action, — et mal constatés quant aux dates. La première entreprise des Athéniens que nous connaissions dans leur nouvelle qualité (fut-ce absolument la première ou non? c'est ce que nous ne pouvons déterminer), entre 476 et 466 avant J.-C, fut la conquête du poste important d'Eiôn sur le Strymôn, où le gouverneur persan Bogês, réduit par la faim, après une résistance désespérée, — au lieu de capituler, aima mieux se détruire avec sa famille et ses effets précieux, — comme nous l'avons déjà dit. Les événements suivants que Ton cite sont leurs entreprises contre les Dolopes et les Pélasges dans l'île de Skyros (vraisemblablement vers 470 av. J.-C), et contre les Dryopes dans la ville et le district de Karystos, en Eubœa. Ces derniers, qui étaient d'une race, différente de celle des habitants de Chalkis et d'Eretria, et qui ne reçurent d'eux aucune aide, obtinrent une capitulation : les premiers furent traités avec plus de rigueur et chassés de leur île. Skyros était stérile et avait peu de chose qui la recommandât, si ce n'est une bonne position maritime et un excellent port; tandis que ses habitants, vraisemblablement parents des Pélasges résidant à Lemnos antérieurement à l'occupation de cet endroit par les Athéniens, étaient à la fois adonnés à la piraterie et cruels. Quelques marchands thessaliens, récemment pillés et em-

(1) Thucyd. I, 108; Plutarque, Periklês, c. 20.

prisoimëfl par eax, avaient porté plainte contre eux devant rassemblée amphiktyonique, qui condamna File à faire une restitution. La masse des insulaires rejeta la charge sur ceux qui avaient commis le crime : et ces hommes, afin d'échapper au payement, invoquèrent Kimôn avec l'armement athénien. n s'empara de l'Ile, en chassa les habitants, et la peupla de colons athéniens.

Cet acte qui purgeait l'île fut utile et approprié au nouveau caractère d'Athènes, comme gardienne de la mer iEgée contre la piraterie ; mais il semble aussi se rattacher à des plans athéniens. L'île était très-commode pour la communication avec Lemnos (que les Athéniens avaient sans doute occupée de nouveau après l'expulsion des Perses) (1), et elle devint, aussi bien que Lemnos, une adjonction reconnue ou portion avancée de l'Attique. De plus, il y avait d'antiques légendes qui rattachaient les Athéniens à elle, comme tombe de leur héros Thëseus, dont le nom, en qualité de champion mythique de la démocratie, était en faveur particulière à l'époque qui suivit immédiatement le retour de Salamis. C'était dans l'année 476 avant J.-C. que l'oracle leur avait ordonné d'apporter de Skyros à Athènes les ossements de Thèseus, et de préparer pour ce héros une sépulture et un monument magnifiques dans leur nouvelle cité. Us avaient essayé de le faire ; mais les mœurs insociables des Dolopes avaient empêché toute recherche, et ce ne fut qu'après que Kimôn eut pris cette île qu'il trouva ou prétendit trouver le corps. Il fut apporté à Athènes dans Tannée 469 avant J.-C. (2).

(1) Xénophon. Hellen. 5, I, 31.

(2) M. Fynes Clinton (Fasti Hellenic. ad ann. 476 avant J.-C.) place la conquête de Skyros par Kimôn dans Tannéo 476 avant J.-C. Après avoir cité un passage de Thucydide, I, 96, et on de Plutarque, Thêseus, c. 36, aussi bien qu'une correction proposée par Bentley, qu'il rejette avec raison, il dit :

— « L'Ue fut réellement conquise dans l'apnée de l'archonte Phœdon, 476 avant J.-C. C'est ce que nous savons

par Thucydide, I, 98, et par Diodore- ZI, 41-48, en combinant leur témoi> gnage. Plutarque nommait l'archonte Phaedon par rapport à la conquête de l'Ile ; ensuite, par une négligence qui n'est pas rare chez lui, il rattachait l'oracle à ce fait, comme un événement contemporain, bien qu'en réalité on n'obtint l'oracle que six ou sept ans plus tard. »

Plutarque a à répondre de bien des fautes contre l'exactitude chronologi-

Et après avoir été bien accueilli par le peuple dans une procession solennelle et joyeuse, comme si le héros fût revenu

qne; mais raccusation portée ici contre lui n'est pas méritée. Il dit que Toracle fut rendu dans Tannée (476 av. J.-C.) de l'archonte Phœdon, et que le corps de Thêseus fut rapporté à Athènes dans Tiannée (4r>9 av. J.-C.) de l'archonte Aphepsion. Il n'y a rien qui contredise Tune ou l'autre de ces affirmations ; et les passages de Thucydide et de Diodore que cite M. Clinton ne prouvent pas ce qu'il avance. Les deux passages de Diodore n*ont en effet aucun rapport avec l'événement ; et en tant que Diodore peut dans le cas actuel servir d'autorité, il est contraire à M. Clinton ; car il dit que Skyros fut conquise en 470 avant J.-C. (Diodore, XI, 60). Thucydide nous dit seulement que les opérations contre £iôn, Skyros et Earystos se firent dans Tordre indiqué ici, et à quelque moment entre 476 et 466 avant J.-C. ; mais il ne nous met pas à même de déterminer positivement la date de chacune d'elles.

D'après quelle autorité M. Clinton dit-il que f Ton n'obtint l'oracle que six ou sept ans plus tard > (t. 0. après la conquête)? c'est ce que j'ignore : le renseignement de Plutarque prouve plutôt qu'il fut obtenu six ou sept ans avant la conquête, et Ton peut s'en contenter jusqu'à ce qu'il se présente un témoignage meilleur qui le contredise. Dans l'état actuel de nos connaissances, nous n'avons pas de témoignage quant à Tannée de la conquête, si ce n'est celui de Diodore, qui la plî^ce en 470 avant J.-C ; mais, comme il attribue et la conquête d'Eiôn et les expéditions de Kimôn contre la Karia et la Pamphylia avec les victoires d'Eurymedôn, toutes à la même année, nous ne pouvons nous fier beaucoup à son autorité. Néanmoins j'incline à le croire quant à la date de la conquête de Skyros, parce qu'il me semble très-probable que

cette conquête s'effectua Tannée qui précéda immédiatement celle dans laquelle le corps de Thêseus fut apporté à Athènes, événement que Ton peut rapporter avec grande conffance à Tan 469 avant J.-C, par suite de l'intéressante anecdote que raconte Plutarque au sujet du premier prix gagné par le poète Sophokle.

M. Clinton a donné dans son appendice (n- VI, — VIII, p. 248-253) deux dissertations relatives à la chronologie de la période qui s'étend depuis la guerre des Perses jusqu'à la fin de celle du Péloponèse. Il a rendu un grand service en corrigeant Terreur de Dodwell, de Wesseling et de Mitford (fondée sur une explication inexacte d'un passage d'Isokrate), et qui consiste à supposer, après l'invasion des Perses en Grèce, une hégémonie Spartiate, durant dix années, avant le cornmencemeut de l'hégémonie athénienne. Il a démontré qu'on doit calculer la dernière comme commençant en 477 on 476 avant J.-C, immédiatement après le soulèvement des alliés contre Pausanîas, — dont cependant il n'est pas nécessaire de restreindre péremptoirement le commandement à une seule année, comme M. Clinton (p. 252) et Dodwell le soutiennent; car les mots de Thucydide, èv x^ôe t$ i?iYet*ov£qt, n'impliquent rien quant à la durée annuelle, et désignent simplement ■ l'hégémonie qui précéda celle d'Athènes. »

Mais la réfutation de cette erreur no nous met à même d'établir aucune bonne chronologie positive pour la période entre 477 et 466 avant J.-C. D ne sera pas possible d'^pliquer irpw- Tov pièv (Thucyd. I, 98) par rapport à la conquête d'Eiôn parles Athénien!^ comme s'il devait nécessairement signifier ■ Vannée après » 477 avant J.-C.

Si nous pouvions imaginer que Thuoy-

lui-même, il fut déposé dans Tintérieur de la ville. A l'endroit même on construisit le monument appelé, le Thêseion, avec son enceinte sacrée, investi du privilège de servir de sanctuaire à des hommes de condition pauvre qui pouvaient avoir des raisons pour craindre Toppression des gens puissants, aussi bien qu'à des esclaves soumis à de cruels traitements (1). Telles étaient les fonctions tutélaires du héros mythique de la démocratie, dont Tinstallation est intéressante en ce qu'elle marque l'intensité croissante du sentiment démocratique à Athènes depuis la guerre des Perses.

dide Bons ait dit toutes les opérations militaires entre 477 et 466 av. J.-C, nous serions forcés d'admettre une grande partie de cet « intervalle dUnactien i contre lequel M. Clinton proteste si fortement (p. 252) . Malheureusement Thucydide ne nous a dit qu'une petite portion des événements qui arrivèrent réeUement,

M. Clinton compare les diverses périodes de durée assignées par des auteurs anciens à ce qui est improprement appelé ' l'empire • athénien — entre 477-405 avant J.-C. (p. 248, 249). J*avoue que je suis plutôt d^accord avec le docteur Gillies, qui admet la contradiction entre ces auteurs ouvertement et sans déguisement, qu'avec M. Clinton, qui cherche à les mettre dans un accord relatif. Son explication n'est heureuse que par rapport à l'un d'eux, •— Démosthëne ; deux assertions, comme U le prouve (quarante-cinq ans dans un endroit, et soixante-treize dans l'autre), sont d'accord l'une avec l'autre aus^i hien que justes sous le rapport chronologique. Mais assurément il n'est pas raisonnable de corriger le texte de l'orateur Lykurgue en substituant éêSo{AiQXOVTa à èwevVjxovta, et de dire ensuite que « Lykurgue peut être ajouté au nombre de ceux qui disent que la période est de soixante-dix

ans > (p. 750). Nous ne devons pas mettre Andocide en harmonie avec d'autres, en supposant que c son calcul monte jusqu'à la bataille de Marathon, événement à partir duquel (490 av. J.-C), jusqu'à la bataille d'^Egos- Potami, s'écoulent juste quatre-vingtcinq ans » {ibid.). Et nous ne devons pas justifier un calcul de soixante-cinq ans fait par Démosthëne, en disant « qu'il se termine à la défaite athénienne en Sicile » (p. 249).

La vérité est qu'il y a plus ou moins d'inexactitude chronologique dans tous ces passages, excepté dans ceux de Démosthëne, et de l'inexactitude historique dans tous, sans même excepter ces derniers. Il n'est pas vrai que les Athéniens 9ip|av -riic 6a>àîT<ririç — ^pÇav Tûv ^EXXtjvwv — wpodTàTat ^<rav Twv "EXXrjvwv — pendant soixantetreize ans. Le langage historique de Démosthëne, de Platon, de Lysias, d'Isokrate, d' Andocide, de Lykurgue, demande à être soigneusement examiné avant qu'on s'y fie.

(1) Plutarque (Kimôn, c. 8; Thêseus, c. 36). '£<rrî 6à «fvÇiov olxixonçxoX izcL(jt toi; TaTTSivoTépoiç xal SeÔio<n xpeCrrovotç, 6; xaî toO OiQ<ré(i>c «poora- TixoO Tivoç xal por|07]Tixou yevojJiévou xal TTpoaSexoptévou fiXocyOpuTco); ràc tûv

Ce fut environ deux ans, ou plus, après cet incident, que l'union de la confédération de Naxos se rompit pour la première fois. L'importante île de Naxos, la plus vaste des Cyclades, — île qui, trente ans 9,uparavant, s'était vantée d'avoir une marine considérable et huit mille hoplites, — se révolta; sur quel motif particulier? c'est ce que nous ignorons; mais il est probable que* les îles plus grandes se croyaient plus en état de se passer de la protection de la confédération que les plus petites, — en même temps qu'elles étaient plus jalouses d'Athènes. Après un siège dont la durée est inconnue, par Athènes çt l'armée confédérée, elle fut forcée de se rendre, et réduite à la condition de sujette soumise à un tribut (1); sans doute ses vaisseaux armés furent enlevés et ses fortifications rasées. Une amende ou une peine ultérieure fut-elle imposée ? c'est ce qu'on ne nous dit pas.

Nous ne pouvons douter que la réduction de cette ile puissante, bien que fâcheuse dans ses effets sur le caractère égal et indépendant de la confédération, n'ait augmenté ses forces militaires en mettant toute la flotte naxienne avec de nouvelles contributions pécuniaires entre les mains de son chef. Il n'est pas non plus surprenant d'apprendre qu'Athènes chercha à la fois à employer ces nouvelles forces et à effacer le dernier acte de sévérité par un redoublement d'efforts contre l'ennemi commun. Bien que nous ne connaissions paa de détails relativement aux opérations contre la Perse depuis l'attaque d'Eiôn, ces opérations ont dû continuer; mais l'expédition sous ELimôn, entreprise peu de temps après la révolte naxienne, fut suivie de résultats mémorables. Ce commandant, ayant sous ses ordres 200 trirèmes d'Athènes et 100 des divers confédérés, fut envoyé pour attaquer les Perses sur la côte sud et sud-ouest de l'Asie Mineure. Il attaqua plusieurs de leurs garnisons et les chassa de divers

(1) Thucydide, I, 98. J'ai déjà dit de Naxos pendant qu^elle était assiégée, dans le chapitre précédent que Themis- et courut grand risque d'être pris. toklês^ comme fugitif, passa tout près

établissements grecs, tant en Karia qu'en Lykia; entre antres, l'importante cité commerçante de Phasêlis, bien que d'abord elle résistât et soutînt même un siège, fut décidée par les suggestions amicales de ceux de Chios qui étaient dans l'armement de Kimôn, à payer une contribution de dix talents et à se joindre à l'expédition. Le long temps occupé dans ces diverses entreprises avait permis aux satrapes persans de réunir une armée puissante, tant de mer que de terre, près de l'embouchure du fleuve Euiymedôn, en Pamphylia, sous le commandement de Tithraustês et de Pherendatês, tous deux de sang royal. La flotte, principalement phénicienne, semble avoir consisté en 200 vaisseaux ; mais on attendait un autre renfort de 80 vaisseaux phéniciens, qui étaient alors près de là, de sorte que les commandants n'étaient pas disposés à hasarder une bataille avant son arrivée. Kimôn, désireux pour la même raison de hâter le combat, les attaqua vigoureusement. En partie à cause de Tinfériorité du nombre, en partie par suite du découragement que leur causa l'absence du renfort, ils ne semblent pas avoir fait une vaillante résistance. Ils furent mis en fuite et poussés à la côte si promptement, et avec si peu de pertes dtt côté des Grecs, que Kimôn put débarquer ses hommes sur-le-champ et attaquer l'armée de terre, qui était rangée sur le rivage pour les protéger. La bataille sur terre fut longue et bravement disputé; mais Kimôn finit par remporter une victoire complète, dispersa l'armée, fit une foule de prisonniers, et prit ou détruisit la flotte entière. Quand il se fut assuré de sa victoire et de ses prisonniers, il fit voile vers Kypros, dans le dessein d'intercepter le renfort de quatrevingts vaisseaux phéniciens dans sa marche, et il fut assez heureux pour l'attaquer pendant qu'il ignorait encore les victoires sur l'Eurymedôn. Ces vaisseaux aussi furent tous détruits, bien qu'il semble que la plus grande partie des équipages se sauva sur la côte de l'île. Deux grandes victoires, une sur mer et l'autre sur terre, comptèrent avec raison parmi les plus glorieux de tous les exploits grecs, et furent célébrées comme telles dans l'inscription placée sur l'offrande commémorative à Apollon, composée du dixièdè

des dépouilles (1). Le nombre des prisonniers, aussi bien que le butin pris par les vainqueurs, fut immense.

Une victoire aussi remarquable, qui rejeta les Perses dans le pays à Test de Phasêlis, fortifia sans doute considérablement la position de la confédération athénienne contre eux. Mais elle ne contribua pas moins à élever la réputation d'Athènes, et même à la populariser auprès des alliés en général, à cause de la quantité considérable du butin à partager entre eux. Probablement cette augmentation de puissance et de popularité lui fut avantageuse dans toute sa lutte prochaine avec Thasos, en même temps qu elle explique

(1) Pour les bataiUes sur TEurymedôn, V. Thucyd. I, 100 ; Diodore, XI, 60-62 ; Plutarque, Kimôn, 12, 13.

Les récits des deux derniers écrivains paraissent tirés surtout d'Éphore et de Eallisthëne, auteurs du siècle suivant, et de Phanodêmos, auteur encore plus récent. Je leur fais peu d'emprunts, et je prends seulement ce qui est compatible avec le bref exposé de Thucydide. X^ récit de Diodore est excessivement confus, et, à vrai dire, il n'est guère intelligible.

Phanodêmos portait le nombre de la flotte persane à six cents vaisseaux; Ëphore à trois cent cinquante. Diodore (qui suit le dernier] donne trois cent quarante. Plntarque mentionne le renfort attendu de quatre-vingts vaisseaux phéniciens; ce qui me paraît une circonstance très-croyable, qui explique la facile victoire navale de Kimôn à TËurymedôn. Par Thucydide, nous savons que la flotte vaincue à TEurymedôn ne comprenait pas plus de deux cents vaisseaux. Car c^est ainsi que je me hasarde à expliquer les mots de Thucydide, malgré Tautorité du docteur Arnold : — Kal elXov ('AOYivatot) TpiYJpetc Ootvixcdv xal 5iif0eipav toc iràaoïc iç (toc) hiaxociaç. Sur ce, le docteur Arnold fait observer, — c montant en tout à deux cents, c'est-à-dire que

le nombre total des vaisseaux pris ou détruits fut de deux cents, — et non pas que la flotte entière n'en comprenait pas davantage. » En admettant l'exactitude de cette explication, (qui peut être défendue par Vlll, 21), nous pouvons faire remarquer que la flotte phénicienne défaite, selon Tusage universel dans Tantiquité, se jeta à la cote ponr être protégée par l'armée de terre qui raccompagnait. Lorsque donc cette armée de terre était eUe-même défaite et dispersée, les vaisseaux tombaient tout naturellement au pouvoir des vainqueurs ; ou s^il s'en échappait, c'é*tait simplement par accident. En outre, le plus petit nombre dans le cas actuel se rapproche plus vraisemblablement de la. vérité, en ce que nous devons supposer une facile victoire navale, afin de ûiisser de la force pour une bataille acharnée sur terre le même jour.

U est remarquable que l'inscription commémorative spécifie seulement c cent vaisseaux phéniciens aveo leurs équipages » comme ayant été pris (Diodore, XI, 62). Les cent autres furent probablement détruits. Diodore représente Kimôn comme ayant pris trois cent quarante vaisseaux, bien qu'il cite lui-même l'inscription qui n'en mentionne que cent.

raccroissement de la crainte et du mécontentement des Péloponésiéns.

Thasos était membre de la confédération de Dôlos ; mais sa querelle avec Athènes semble être née de causes tout à fait distinctes de rapports entre confédérés. Nous avons déjà dit que les Athéniens avaient dans les quelques dernières années chassé les Perses du poste important d'Eiôn sur le Strymôn, le . poste le plus commode à cause de la contrée voisine de Thrace, qui n'était pas moins distinguée par sa fertilité que par sa richesse en mines. Pendant qu'ils possér daient ce poste, les Athéniens avaient eu le temps d'apprendre à connaître le caractère productif du pays adjacent, occupé surtout par des Thraces Edoniens, et il est extrêmement probable que beaucoup de colons particuliers arrivèrent d'Athènes dans le dessein de se procurer des concessions ou de faire leur fortune en s'associant avec des Thraces puissants pour l'exploitation des mines d'or qui entouraient le mont Pangaeos. En agissant ainsi, ils ne tardèrent pas à se trouver en conflit avec les Grecs de l'île du mont Thasos placée en face, qui possédaient une bande considérable de terre avec diverses villes dépendantes sur le continent de Thrace, et tiraient un revenu abondant des mines de Skaptê lîylê, aussi bien que d'autres, dans le voisinage (1). La condition de Thasos à cette époque (vers 465 av. J.-C), nous indique les progrès que les États grecs de la mer .^ée avaient faits depuis qu'ils étaient délivrés de la Perse. Elle avait été privée tant de ses fortifications que de ses forces navales par ordre de Darius, vers 491 avant J.-C, et doit être restée dans cet état jusqu'après l'échec de Xerxês;

(l) Sur Thasos, V. Hérodote, VI, 46- 48 ; Yll, 118. La position de Raguse dans TAdriatique, par rapport aux despotes de Servie et de Bosnie au quinzième et au seizième siècle, ressemblait beaucoup à celle d'Athènes et de Thasos par rapport aux princes thraces de Tintérienr. Dans Phistoire

de Raguse d*£ngel, nous trouvons un relevé des gains considérables faits dans cette viUe par ses contrats pour exploiter les mines d*or et d*argent appartenant à ces princes (Engel, Geschichte des Freystaates Ragusa, sect, 36, p. 163. Wien, 1807).

mais nous la trouvons actuellement bien fortifiée et possédant de puissantes forces maritimes.

De quelle manière exacte la querelle entre les Thasiens et les Athéniens d'Eiôn se manifesta-t-elle ^ relativement au commerce et aux mines de Thrace? c'est ce que nous ignorons. Mais elle en vint à un tel point que lés Athéniens furent amenés à envoyer un puissant armement contre l'île, sous le commandement de Kimôn (1). Après avoir vaincu l'armée thasienne sur mer, ils débarquèrent, gagnèrent diverses batailles, et bloquèrent la ville aussi bien par terre que par mer. Et en même temps ils entreprirent, — ce qui gemble avoir été une partie du même plan, — l'établissement d'une colonie plus considérable et plus puissante sur la terre de Thrace à peu de distance d'Eiôn. Sur le Strymôn, à environ trois milles (4 kil. 800 m.) au-dessus d'Eiôn, près de l'endroit où le fleuve se rétrécit de nouveau aprèsune large expansion de la nature d'un lac, était située la ville édonienne ou colonie appelée EnneaHodoi (Neuf Routes), un peu au-dessus du pont qui servait ici de communication importante pour tous les peuples de l'intérieur. Histiaeos et Aristagoras, les deux despotes milésiens, avaient été tentés tous deux, par les avantages de ce lieu, d'y commencer un établissement : tous deux avaient échoué , et un troisième échec sur une échelle plus grande encore était alors sur le point d'être ajouté aux deux premiers. Les Athéniens y envoyèrent un corps considérable de colons, au nombre de dix mille, composé en partie de leurs propres citoyens, en partie de leurs alliés : les tentations de l'emplacement appelèrent probablement de nombreux volontaires. En ce qui concernait Ennea Hodoi, ils réussirent à la conquérir et à en chasser les possesseurs édoniens. Mais en essayant de s'étendre plus loin à l'est, jusqu'à un endroit appelé Drabêskos, commode à cause de la région des mines, ils rencontrèrent une résistance plus formidable de la part d'une ligne puissante de tribus thraces, qui étaient venues au secours des Édoniens en

(1) Thucydide, 1, 100, 101. Plutarque, KimÔn, o. 14; Diodore, XI, 70.

hostilité prononcée avec la nouvelle colonie, — probablement non sans y avoir été poussées par les habitants de Thasos. Tons les dix mille colons,, ou la plupart d'entre eux, furent tués dans cette guerre, et la nouvelle colonie fut pour le moment complètement abandonnée. Nous la trouverons reprise ci-après (1).

Tout désappointés que fussent les Athéniens dans cette entreprise, ils n'abandonnèrent pas le blocus de Thasos, qui tint plus de deux ans et ne se rendit que dans la troisième année. Ses fortifications furent rasées ; ses vaisseaux de guerre, au nombre de trente-trois, emmenés (2); ses possessions et ses établissements de mines sur le continent opposé furent abandonnés. En outre, on demanda aux habitants une contribution immédiate en argent, outre le payement annuel qui leur fut imposé pour l'avenir. La réduction de cette lie paissante fut une autre phase dans la domination croissante d'Athènes sur ses confédérés.

Toutefois, l'année qui précéda celle où les Thasiens se rendirent, ils avaient fait une démarche qui mérite une mention particulière, comme indiquant les nuages qui commençaient à se former dans l'horizon politique de la Grèce. Ils s'étaient adressés secrètement aux Lacédsemoniens pour obtenir du secours, les suppliant de détourner l'attention d'Athènes par une invasion en Attique; et les Lacédaemoniens, à l'insu d'Athènes, qui s'étaient réellement engagés à accéder à leur requête, ne furent empêchés de remplir leur promesse que par un grave et terrible malheur survenu

(1) Thucydide, I, 101* Philippe de Macédoine, dans ]a dispute qu'il eut plus d'un siècle après cette époque avec les Athéniens relativcâoent à la possession d'Amphipolis, prétendait qu'un de ses ancêtres, Alexandre, avait été le premier à acquérir la possession de l'endroit après que les Perses avaient été chassés de laThntoe (V. Philippi Epistola ap. Demosthen. p. 164, K.).

Si cette prétention avait été vraie, la

TiUe d^Ennea Hodoi aurait été la possession des Macédoniens au moment où fut faite sur elle la première tentative athénienne ; mais le renseignement de Thucydide prouve que c'était alors un municipe édonien.

(2) Plutarque, Kimôn, c. 14. Galêp- SOS et Œsymê étaient au nombre des établissements thasiens sur le continent de Tbraoe (Thuçyd. IV, 108).

chez eux (1). Bien qu^un hasard seul se soit opposé à son accomplissement, cette promesse hostile est un événement des plus significatifs. Elle marque les progrès de la crainte et de la haine de la part de Sparte et des Péloponésiens à l'égard d'Athènes , uniquement sur les motifs généraux de la grandeur de son pouvoir et sans aucune provocation spéciale. Bien -plus, Athènes n'avait fait aucune provocation; mais elle était encore efiFectivement comprise comme membre de l'alliance lacédsemonienne, et nous la verrons bientôt appelée en cette qualité et agissant comme telle. Nous entendrons tellement parler d'Athènes, et cela aussi avec vérité comme entreprenante et agressive, — et de Sparte comme sédentaire et se tenant sur la défensive, — qu'il devient important de faire remarquer l'incident que nous venons de mentionner. La première pensée d'une hostilité gratuite et même perfide, — germe de la future guerre du Péloponèse, — est conçue par Sparte et réduite par elle en un engagement.

Plutarque nous dit que les Athéniens, après que Thasos se fut rendue et que l'armement fut libre, avaient attendu de Kimôn quelques autres conquêtes en Macedonia, — et que même il était réellement entré dans ce dessein en promettant si bien le, succès que l'accomplissement en était certain aussi bien que facile. Il l'abandonna dans ces circonstances et retourna à Athènes ; aussi fut-il accusé par Periklès et par d'autres d'avoir été acheté par des présents du roi macédonien Alexandre; mais il fut acquitté après un jugement public (2).

Pendant la période qui s'était écoulée entre la première formation de la confédération de Dêlos et la prise de Thasos (treize ou quatorze ans environ, 477-463 av. J.-C), les Athéniens semblent avoir été occupés presque entièrement à leurs opérations maritimes, surtout contre les Perses, —

(1) Thucydide, I, 101. 01 Se Otc£(txovto {tèv xpljça tûv ji6T)vaiCi>v, xal ëf&eX- >ov, 8iexa>Xu6Y)aav 8è Onà toO ^evofiévou aeiafjiov.

(2) Plutarque, Kimôn, c. 14.

ayant été délivrés de tout embarras immédiatement autour de FAttique. Mais cette liberté ne devait pas durer beaucoup plus longtemps. Pendant les dix années suivantes, leurs relations étrangères près de chez eux deviennent à la fois actives et compliquées ; tandis que leur force s'étend d'une manière si merveilleuse qu'on les trouve en état de remplir à la fois leurs obligations sur les deux côtés de la mer Mgée, à distance aussi bien que dans le voisinage.

Quant aux incidents qui étaient survenus dans la Grèce centrale pendant les douze ou quinze années qui suivent immédiatement la bataille de Platée, nous n'avons guère de renseignements sur ce point. Les sentiments du temps, entre ceux des Grecs qui avaient appuyé l'envahisseur persan et ceux qui lui avaient résisté, doivent être restés hostiles, même après la fin de la guerre ; tandis que la seule occupation de la nombreuse armée des Perses doit avoir causé un sérieux dommage, tant à la Thessalia qu'à la Bœôtia. A la réunion de l'assemblée amphiktyonique qui suivit l'expulsion des envahisseurs, on mit à prix la tête du Mêlien Ephiàltês, qui avait livré à Xerxês le sentier de la montagne sur l'OEta, et causé ainsi la ruine de Léonidas aux Thermapylae. De plus, si nous pouvons en croire Plutarque, Lacédaemone proposa même que tous les Grecs qui médisaient fussent chassés de l'assemblée (1), — proposition à laquelle résistèrent heureusement les vues de Themistoklês à plus longue portée. Même la mesure plus radicale de raser les fortifications de toutes les villes en dehors du Péloponèse, dans la crainte qu'elles ne fussent employées à sfider quelque invasion future, s'était présentée à l'esprit des Lacédœmoniens, — comme nous le voyons par leur langage à l'occasion de la reconstruction des muraille» d'Athènes. Quant à la Bœôtia, il paraît que l'hégémonie de Thêbes, aussi bien que la cohérence de la fédération, fut pour le moment presque suspendue. Les villes détruites de Platée et de Thespiae furent réparées, et la dernière repeuplée en partie (2), sous l'in-

(1) Plutarque, TJ^emist. c. 20. (2) V. le cas de Sikinnos, la per-

fluence d'Athènes. Le sentiment général du Péloponèse, aussi bien que d'Athènes, aurait soutenu ces villes contre Thèbes, si cette dernière avait essayé à C/ette époque de leur imposer sa suprématie au nom de «« l'ancien droit et usage bœôtien (1). » Le gouvernement thêbain était alors en discrédit à cause de son mêdisme antérieur, — même aux yeux des Thèbains (2) ; tandis que le parti opposé à Thèbes dans les autres villes était si puissant que beaucoup d'entre elles se seraient probablement séparées de la confédération pour devenir alliées d'Athènes comme Platée, si l'intervention des LacédaBmoniens n'avait arrêté une telle tendance. Lacédsemone était dans toutes les autres parties de la Grèce ennemie d'un agrégat oi^ganisé de villes, soit égales, soit inégales» et elle était constamment appliquée à tenir séparées les petites communautés autonomes (3) : par là elle devenait quelquefois par accident la protectrice des cités plus faibles contre une alliance obligatoire que leur imposaient les plus fortes. L'intérêt de son propre ascendant était sous ce rapport analogue à celui des Perses quand ils dictèrent la paix d'Antalkidas, — des Romains dans l'administration de leurs conquêtes étendues, — et des rois de l'Europe du moyen âge quand ils brisaient l'autorité des barons sur leurs vassaux. Mais bien que telle fût la politique de Sparte ailleurs, sa crainte d'Athènes, qui s'accrut pendant les vingt aiïnées suivantes, la fit agir diflféremment à l'égard de la Bœôtia. Elle n'avait pas d'autre moyen de conserver ce pays comme son allié et comme l'ennemi d'Athènes, si ce n'est en organisant la fédération d'une manière efficace, et en fortifiant l'autorité de Thèbes. C'est à cette révolution dans lu politique Spartiate que Thèbes dut de recouvrer son ascen-

sonne par laquelle Themistoklês com- xoivà twv wàvrwv Boicoxâv Tiàrpia

munîqua avec Xerxês avant la bataille (Thucyd. m, 61-66).

de Salamis, et à laqueUe '^ procura en- (2) Thucyd. m, 62.

suite Tadmission dans la foumée de (3) V. entre beaucoup d^autres preu-

nouveanx citoyens introduits à Thespise ves le cas remarquable de la confédéra-

(Hérod. VIII, 75). tion olynthienne (Xénophon, Hellen.

(1) Ta Twv BoifiOTÔv «dTpia — xà V, 2, 16).

dant (1), — révolution marquée si évidemment que les Spartiates même aidèrent à agrandir son enceinte et à perfectionner ses fortifications. Ce ne fut pas sans difficulté qu^élle maintint cette position, même quand elle Teut recouvrée, contre le dangereux voisinage d'Athènes, — circonstance qui fit d*elle non-seulement un partisan ardent de Sparte., mais même qui lui inspira contre Athènes une antipathie plus furieuse que celle des Spartiates, jusqu'à la fin de la guerre du Péloponèse.

La révolution que nous venons de signaler dans la politique Spartiate à Tégard de la Bœôtia, n« se manifesta qu'environ vingt ans après le commencement de la confédération maritime athénienne. Dans le cours d^ces vingt années, nous savons que Sparte avait eu plus d'une hataille à soutenir en Arkadia contre les villes et les villages de ce pays, et qu'elle fut victorieuse ; mais nous n'avons pas de détails relativement à ces incidents. Nous savons aussi que peu d'années après l'invasion des Perses, les habitants de^l'Elis, quittant de nombreux municipes dispersés, se concentrèrent dans la seule ville principale d'Elis (2) ; et il semble probable que Lepreon en Triphylia, et une ou deux des villes de l'Achaia , furent ou fermées ou agrandies par un f recédé semblable presque à la même époque (3). Une telle agrégation de villes, formée de villages séparés préexistants, n'était ni conforme aux vues, ni favorable à l'asceiidant de Lacédaemone. Mais il n'y a guère lieu de douter que sa politique étrangère après l'invasion des Perses n'ait été à la fois gênée et discréditée par la mauvaise conduite de ses deux rois contemporains , Pausanias (qui bien que régent seulement équivalait en pratique à un roi) et Leotychidês, — pour ne pas mentionner le rapide développement d'Athènes et de Peirseeus.

De plus, dans Tannée 464 avant J.-C. (année qui précède la reddition de Thasos se soumettant à l'armement athé-

(1) Diodore, XI, 81 ; Jnatin, HI, 6. (3) Strabon, VDI, p. 337, 348, 356.

(2) Diod.,XI,54;Strab., Vin,p. 337.

nien), un malheur d'une importance plus terrible encore vint frapper Sparte. Un violent tremblement de terre se fit sentir dans le voisinage immédiat de Sparte elle-même, et détruisit une portion considérable de la ville et un nombre immense d'hommes, dont beaucoup étaient des citoyens Spartiates. C'était un châtiment infligé par Poséidon, le dieu qui ébranle la terre (dans la pensée des Lacédaemoniens euxmêmes), à cause d'une violation récente de son sanctuaire à Taenaros, d'où l'on avait arraché peu de temps auparavant, pour les punir, certains Ilotes suppliants (1) : — c'étaient assez probablement quelques-uns de ces Ilotes que Pausanias avait poussés à la révolte. Le sentiment des Ilotes, de tout temps hostile à l'égard de leurs maîtres, paraît à ce moment avoir été extraordinairement inflammable : de sorte qu'un tremblement de terre à Sparte, surtout un tremblement de terre expliqué comme une vengeance divine pour du sang d'Ilotes récemment versé , suffit pour en faire révolter un grand nombre avec quelques-uns même des Periœki. Les insurgés prirent les armes et marchèrent directement sur Sparte, dont ils furent sur le point de se rendre maîtres pendant les premiers moments de consternation, si la présence d'esprii et la bravoure du jeune roi Archidamos n'eussent ranimé les citoyens survivants et repoussé l'attaque. Mais, bien que refoulés, les insurgés ne furent point réduits. Ils tinrent la campagne contre l'armée Spartiate , parfois avec un avantage considérable, puisque Aeimnôstos (le guerrier sous les coups duquel Mardonios avait succombé à Platée) fut défait et tué avec trois cents compagnons dans la plaine de Stenyklêros, accablé par la supériorité du nombre (2). Quand à la fin ils furent défaits, ils occupèrent et fortifièrent la mémorable colline d'Ithômê, l'ancienne citadelle de leurs ancêtres messêniens. Ils y firent une défense longue et obstinée, se procurant sans doute leur subsistance par des incursions dans toute la Laconie. La défense dans le fait n'était

(1) Thucyd. I, 101-128; Diodore, (2) Hérodote, IX, 64.

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