‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 4)Chapitre 16 sur 31 · XI · texte numérisé non relu

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pas difficile, si ron songe que les Lacédaemoniens étaient à cette époque, de leur aveu, incapables d'attaquer même la fortification de la nature la plus imparfaite. Après que le siège eut duré quelque deux ou trois ans, sans aucune perspective de succès, les Lacédaemoniens, commençant à désespérer de pouvoir suffire seuls à l'entreprise, invoquèrent l'aide de leurs divers alliés, au nombre desquels nous trouvons spécifiés les iEginètes, les Athéniens et les Plataeens (1). Les troupes athéniennes, dit-on, consistaient en quatre mille hommes, sous le commandement de Kimôn, Athènes étant encore comprise dans la liste des alliés lacédaemoniens.

Les moyens d'attaquer les murailles à cette époque étaient si imparfaits, même pour les Grecs les plus intelligents, que cette augmentation de forces ne produisit pas d'efiet immédiat sur la colline fortifiée d'Ithômê. Et quand les Lacédaemoniens virent que leurs alliés athéniens n'étaient pas plus heureux qu'ils ne l'avaient été eux-mêmes, ils passèrent bientôt de la surprise au doute, à la méfiance et à l'appréhension. Les troupes n'avaient fourni aucun motif pour un tel sentiment, tandis que l'attachement de Kimôn, leur général, pour Sparte, était notoire. Cependant les Lacédaemo- ' niens ne purent se défendre de suspecter l'énergie et l'ambition toujours en éveil de ces étrangers ioniens qu'ils avaient introduits dans l'intérieur de la Laconie. Se rappelant leur promesse, — bien que secrète sans doute, — d'envahir l'Attique peu de temps auparavant, dans l'intérêt des Thasiens, — ils commencèrent même à craindre de voir les Athéniens se tourner contre eux et prêter l'oreille aux sollicitations qui leur étaient faites d'épouser la cause des assiégés. C'est sous l'influence de ces appréhensions qu'ils congédièrent sur-lechamp le contingent athénien, sous prétexte qu'ils n'avaient plus besoin de lui , tandis qu'ils retinrent tous les autres alliés, et que le siège en blocus continua comme auparavant (2).

(1) Thucydide, I, 102 ; III, 54 ; IV, où ÔYiXoûvtec, elitévtec Se Ôtt ov5èv 57. wpoffSéovTat avTôiv In.

(2) Thucyd. 1, 102. Ti^v piàv v«oi|;îav, M. Fynes Clinton (Fast. HeUen. ann.

Ce renvoi, extrêmement peu gracieux, et probablement rendu plus blessant par la rudesse habituelle de la conduite

464-461 av. J.-C), suivaait Plutarque, reconnaît deux requêtes lacédsmoniennes adressées à Athènes, et deux expéditions athéniennes envoyées au secours des Spartiates, toutes les deux sous Kimôn : la première en 464 avant J.-C, immédiatement après le tremblement de terre et la révolte qui le suivit; — la seconde en 461 avant J.-C, après que la guerre avait duré pendant quelque temps.

A mon avis, il n^y a pas de raison pour supposer plus d^une demande faite à Athènes, et plus d'une expédition.

La duplication a sa source dans Plutarque, qui a expliqué trop eomme une réalité historique Texagération comique d'Aristophane (Aristoph. Lysistijat. 1138; Plutarque, Kimôn, 16).

L'héroïne de ce dernier, Lysistrata, désirant faire la paix entre les Lacédsemoniens et les Athéniens, et rappelant à chacun des deux peuples les services qu'il a reçus de l'autre, pouvait se permettre de dire aux Lacédaemoniens : — « Votre ambassadeur Perikleidas vint à Athènes, pâle de terreur, et il se plaça comme suppliant à l'autel pour solliciter notre aide comme question de vie et de mort, tandis que Poséidon était encore en train d'ébranler la terre et que les Messêniens vous pressaient rudement; alors Kimôn, avec quatre mille hoplites, vint et acheva votre salut complet. » Tout celft est très-significatif et très-frappant, comme portion de la pièce d'Aristophane ; mais il n'y a pas de vérité historique, si oe n'est le fait d'une demande adressée et d'une expédition envoyée en conséquence.

Nous savons que le tremblement de terre se produisit à Pépoque où le siège de Thasos durait encore, parce que ce fut la raison qui empêcha les Lacédœmoniens de secourir les assiégés au

moyen d'une invasion en Attique. Mais Kimôn commandait an siège de Thasos (Plutarque, Kimôn, c. 14); conséquemment il n'aurait pu aller comme commandant en Laconie à Pépoque où on prétend que fut entreprise eette première expédition.

Ensuite Thucydide ne reconnaît pas plus d'une «xpédition ; et dans le tait Diodore non pins (XI, 64), bien que ceci soit de conséquence moindre. Or, le silence seul de Tlmcydide, par rapport à des événements d'une période qu'il déclare seulement examiner brièvement, n'est pas toujours un argument négatif très-fort. Mais dans le cas actuel, son récit de l'expédition de 461 avant J.-C, avec ses conséquences très-importantes, est tel qu'il exclut la suppositiom qu'il connaissait une première expédition antérieure de deux ou trois ans. S'il en avait connu une, il n'aurait pas oomposé le récit qui est aetoeUement dans le texte. Il insiste spécialement sur la prolongation de la guerre, et sur l'impuissance où sont les Lacédsemoniens d'attaquer des murs, comme étant les raisons qui les déterminèrent à invoquer les Athéniens aussi bien que les autres alliés ; il implique qu9 la présence des derniers en Laconie fut im incident nouveau et menaçant ; en outre, quand il nous dit combien les Athéniens furent irrités de leur renvoi brusque et plein de méfiance, il n'aurait pas omis de mentionner, comme une aggravation de ce sentiment, que seulement deux ou trois ans auparavant, ils avaient sauvé Lacédaemone sur le penchant de sa ruine.

Ajoutons que supposer Sparte, la première puissance militaire en Grèce, et distinguée par son incessante discipline, réduite tout d'un ooup à un tel état d'extrême impuissance qu'elle dut son salut à une intervention étrangère,

CONFÉDÉRATIOîï GRECQUE SOUS ATHÈNES 297

Spartiate, excita la plus Tiolente exaspération chez les sol> dats athéniens et dans le peuple athénien, — exaspération augmentée par des circonstances qui le précédaient immédiatement. Car la résolution d'envoyer des auxiliaires en Laconie, quand les Lacédsemoniens s'adressèrent à eux pour la première fois, n'avait pas été prise sans de grands débats à Athènes. Le parti de Periklês et d'EpMaltês, habituellement en oppositioTi avec Kimôn, favorable au mouvement démocratique avancé, l'avait fortement désapprouvée et avait conjuré ses compatriotes de ne pas aider à faire renaître et à fortifier leur rival le plus formidable. Peut-être l'engagement antérieur qu'avaient pris les Lacédsemoniens d'envahir l'Attique en faveur des Thasiens était-il venu à leur connaissance, bien que non assez formellement pour motiver xm refus. Et même, en supposant que cet engagement fût resté inconnu de tous à cette époque, il ne manquait pas d'autres- motifs pour rendre plausible la politique de refus. Mais Kimôn , — avec une ardeur que même le philo-lacopien Kritias appelait dans la suite un sacrifice de la grandeur d'Athènes à l'intérêt de Lacédsemone (1), — employa tout son crédit et toute son influence à appuyer la demande. Maintenir l'alliance avec Sparte sur un pied d'égalité, — entretenir la paix entre les grandes puissances de la Grèce et faire en oommim la guerre à la Perse, — tout en empêchant tout nouveau changement démocratique en Attique, — tels étaient les principaux points de sa profession de foi politique. Jusqu'à ce moment son ascendant tant personnel que politique l'emportait encore sur ses rivaux; jusqu'à ce moment on n'avait pas encore vu se manifester ce conflit qui ne venait de commencer à se montrer que dans le cas de Thasos, entre la puissance maritime d'Athènes et l'union des forces de terre sous Sparte ; et Kimôn pouvait encore

— c'est en soi extrêmement improba- jette la première expédition eu Laconie

ble, et inadmissible, si ce n'est sur de mentionnée dans Plutarque. très-boimes preuves. (1) Platarqne, Kimôn, c. 16.

Pour les raisons exposées ici, je re-

considérer ces deux phénomènes comme des nécessités coexistantes du bien-être hellénique. Bien qu'il ne se distinguât nullement comme orateur, il entraîna rassemblée athénienne en faisant appel à un patriotisme large et généreux qui lui interdisait de souffrir que Sparte fût humiliée. «« Ne consentez pas à voir la Hellas boiter d'une jambe et Athènes tirer le joug sans son compagnon d'attelage (1). » Tel fut son langage, comme nous l'apprend son ami et compagnon le poëte de Chios, lôn ; et dans la bouche de Eimôn il fut efficace. C'est un discours d'un intérêt presque triste, puisqu'il se passa quatre-vingt-dix ans avant qu'un tel appel fût jamais adressé de nouveau à une assemblée athénienne (2). L'envoi des auxiliaires fut dicté ainsi par un généreux sentiment, au mépris de ce qui pouvait paraître de la prudence politique. Et nous pouvons nous imaginer la violente réaction qui s'opéra dans le sentiment des Athéniens, quand les Lacédsemoniens les récompensèrent en isolant leurs troupes de tous les autres alliés comme un objet de soupçon insultant. Nous pouvons nous imaginer le triomphe de Periklês et d'Ephialtês, qui s'étaient opposés à la mesure, — et la perte considérable d'influence que fit Kimôn, qui l'avait fait réussir, — quand Athènes reçut dans son assemblée publique les hoplites renvoyés d'Ithômê.

Ce fut en effet à la fois dans la constitution intérieure (ce dont je parlerai bientôt plus longuement) et dans la poUtique extérieure d'Athènes que le renvoi de ces soldats fut fécond en résultats. Immédiatement les Athéniens adoptèrent une résolution formelle de renoncer à l'alliance entre eux et Lacédsemone contre les Perses. Ils firent plus : ils cherchèrent des ennemis qu'avait Lacédœmone sur terre, pour faire alliance avec eux.

Parmi ces alliés, celui qui était de beaucoup le premier,

(l)Plutarque,Kimôn,c.l6. *0 8'lwv -nfjv TcoXtv ixzçàl^yjycLj icepttSeiv fefevt)àno(i.vT](i.ovevei xal t6v X6yov, w |ià- jxevYiv.

Xiffra Toù; 'AÔYivaCovç èxivr.cre, iapa- (2) V. Xénophon, Hellcnic. VI, 3.

xaXûv lAi^Te r?iv *EXXà8a x^X^jv, (nfite —Vers 372 av. J.-C, un peu avant la

bataille de Leuktra.

tant par le rang parmi les Hellènes qu'en pouvoir réel, était Argos. Cette ville, neutre pendant l'invasion des Perses, s'était actuellement remise des effets de la destructive défaite que lui avait fait essuyer environ trente ans auparavant le roi Spartiate Kleomenês. Les fils des anciens citoyens étaient devenus des hommes, et la prédominance temporaire des Periœki, acquise par suite de la perte ruineuse de citoyens dans cette défaite, avait été de nouveau abattue. Dans le voisinage d' Argos, et dépendantes d'elles, étaient situées Mykênae, Tyrins et Midea, — petitéÉen pouvoir et en importance, mais riches en renommée mythique. Dédaignant le honteux exemple d'Argos au moment du danger, ces villes avaient fourni des contingents tant aux Thermopylse qu'à Platée , ce que leur puissante voisine n'avait pu empêcher sur l'instant ni punir dans la suite, par crainte de l'intervention de Lacédaemone. Mais aussitôt qu'on vit cette dernière en danger et occupée chez elle, par une formidable révolte messênienne, les Argiens profitèrent de l'opportunité pour attaquer non-seulement Mykênae et Tyrins, mais encore Omeae, Midea et d'autres villes à demi dépendantes autour d'elles. Plusieurs de ces villes furent réduites, et les habitants, privés de leur autonomie, furent incorporés dans le domaine d'Argos ; mais les Mykénseens, en partie à cause de la vaillance supérieure de leur résistance, en partie à cause de leur renommée mythique , furent ou vendus comme esclaves ou bannis (1). Grâce à ces victoires, Argos fut alors plus puissante que jamais, et les propositions d'alliance que lui fit Athènes, tout en les fortifiant toutes les deux contre Lacédaemone, lui ouvrirent une nouvelle chance de recouvrer son hégémonie perdue dans le Péloponèse. Les Thessaliens devinrent membres de cette nouvelle alliance, qui était une alliance défensive contre Lacédaemone; et on nourrit

(1) Diodore, XI, 65 ; Strabon, VIII, après le tremblement de terre à Sparte,

p. 372 ; Pausan. II, 16, 17, 25. Diodore nous devons supposer qu'il arriva vers

place cet incident en 468 avant J.-C; 463 avant J.-C. V. M. Fynes Clinton,

mais comme il vient indubitablement Fasti Hellenici, Appendice, 8.

sans doute l'espoir d'y entraîner quelques-uns des amis habituels de cette dernière.

Le nouveau caractère que la ville d'Athènes avait pris ainsi, comme compétiteur pour des alliances sur terre, non moins que pour un ascendant maritine, vint à propos pour protéger la ville voisine de Megara. Il paraît que Corinthe, peut-être poussée comme Argos par l'état de faiblesse des Lacédaemoniens, avait fait des empiétements sur les frontières de Kleônse d'un côté et de Megara de l'autre (1). Sur ce motif, la dernière, désespérant probablement d'être protégée par Lacédaemone, renonça à l'alliance lacédœmonienne, et obtint la permission de s'inscrire au nombre des alliés d'Athènes (2). Ce fut une acquisition d'une valeur signalée pour les Athéniens, puisqu'elle leur ouvrait à la fois toute l'étendue du territoire, en travers de la partie extérieure de l'isthme -de Corinthe, jusqu'à l'intérieur du golfe Krissaeen, sur lequel était situé le port mégarien de Pêgae, — et les mettait en possession des défilés du mont Geraneia, de sorte qu'ils pouvaient arrêter la marche d'une armée péloponésienne sur l'isthme et protéger l'Attique contre une invasion. Cet acte fut en outre d'une grande importance dans ses eflfets sur la politique grecque : car il fut regardé comme une injure par Lacédaemone, fit une ofiense mortelle aux Corinthiens, et alluma les flammes de la guerre entre eux et Athènes, leurs alliés les Epidauriens et lesiEginètes, prenant parti pour eux. Bien qu'Athènes ne se fût encore rendue coupable d'empiétement injuste sur aucun État péloponésien, son ambition et son énerçie avaient inspiré une terreur universelle; tandis que les États maritimes du voisinage, tels que Corinthe, Epidauros et iEgina, voyaient ces qualités eflfrayantes les menacer à leurs propres portes, grâce à son alliance avec Argos et Megara. De plus, il est probable que l'ancienne querelle entre les Athéniens et les ^Eginètes, . bien qu'assoupie déjà un peu de temps avant l'invasion des Perses, n'avait jamais été apaisée ni oubliée, de sorte que

(1) Plutarque, Kimôn, c. 17. (2) Thucydide, I, 103.

les iEginètes qui habitaient en Yue de Peirœeus, étaient à la fois les plus aptes à apprécier et les plus disposés à craindre rénorme puissance maritime que possédait actuellement Athènes. Periklês avait coutume d'appeler ^Egina la bête noire de Peirseeus (1) : mais nous pouvons être sûrs que Peiraeeus, devenu un vaste port fortifié dans la génération actuelle, était à un bien plus haut degré la bête noire d'iEgina.

Les Athéniens étaient à ce moment activement engagés dans la poursuite de la guerre contre la Perse : ils avaient une flotte qui ne comptait pas moins de deux cents voiles, équipée par la confédération, ou composée de ses vaisseaux collectivement, et qui servait alors à Kypros et sur la côte de Phénicie. De plus, la révolte des Egyptiens sous Inaros (vers 460 av. J.-C.) leur ouvrit un nouveau moyen d'action contre le grand roi. Leur flotte, sur l'invitation des révoltés, remonta le Nil jusqu'à Memphis, où se présentait d'abord un bon espoir de rejeter la domination des Perses. Cependant, malgré une si grande distraction de leurs forces disponibles, leurs opérations militaires près de chez eux furent conduites avec une vigueur non diminuée ; et l'inscription qui reste, — où sont rappelés les noms de leurs citoyens de la tribu Erechtéide, tués dans une seule et même année à Kypros, en Egypte, en Phénicie, chez les Halieis, à /Egina et à Megara, — nous représente d'une manière frappante cette énergie qui étonnait et môme alarmait leurs contemporains.

Leur première manière d'agir à Megara fut d'une nature tout à fait nouvelle, dans l'état actuel de la Grèce. Il était nécessaire pour les Athéniens de protéger leur nouvelle alliée contre la supériorité d'une armée de terre péloponésienne, et de s'assurer une communication constante avec elle, par mer. Mais la cité (comme la plupart des anciennes villes helléniques) était située sur une colline à quelque distance de la mer, séparée de son port, Nisaea, par un espace de près d'un

(1) Plntsrqoe, PenUês, o. 8.

mille (1 kil. 600 m.). Une des premières choses que firent les Athéniens fut de construire deux lignes de murs, rapprochées Tune de l'autre et parallèles, rattachant la cité à Nisaea; de sorte que la ville et le port formaient ainsi une seule forteresse continue, où était maintenue une garnison athénienne permanente, avec le moyen constant de recevoir du secours d'Athènes en cas de besoin. Ces « Longs Murs, « bien que copiés plus tard dans d'autres endroits et sur une échelle plus considérable, furent dans cette conjoncture une invention ingénieuse, en vue d'étendre le bras maritime d'Athènes jusqu'à une ville de l'intérieur des terres.

Toutefois, les premières opérations de Corinthe ne furent pas dirigées contre Megara. Les Athéniens, ayant tenté un débarquement dans le territoire des Halieis (population de la péninsule argolique méridionale, confinant à Trœzen et à Hermionè), furent défaits sur terre par les forces de Corinthe et d'Epidauros : il est possible que ce soit dans cette expédition qu'ils acquirent la possession de Trœzen, que nous trouvons plus tard dans leur dépendance, sans savoir quand il en arriva ainsi. Mais dans une bataille navale qui fut livrée à la hauteur de l'île de Kekryphaleia (entre ^Egina et la péninsule argolique) les Athéniens gagnèrent la victoire. Après cette victoire et cette défaite, — ni l'une ni l'autre n'étant à ce qu'il paraît très- décisives, — les ^Eginètes commencèrent à prendre une part plus énergique à la guerre, et réunirent toutes leurs forces navales à celles de leurs alliés, — Corinthiens, Epidauriens et autres Péloponésiens : tandis qu'Athènes équipait une flotte d'une grandeur correspondante, et convoquait également ses alliés; bien que nous ignorions le nombre réel de l'un ou de l'autre côté. Dans la grande bataille navale qui s'ensuivit à la hauteur de l'île d'iEgina, la supériorité que les Athéniens avaient acquise dans la tactique navale par une pratique de vingt ans, depuis la guerre des Perses, — sur les anciens vaisseaux et marins helléniques, tels qu'on les voit dans ces États où à l'époque de la bataille de Marathon avait résidé la force maritime de la Grèce, — cette supériorité , disons-nous, fut démontrée par la victoire la plus complète et la plus décisive. Les

marins péloponésiens et dôriens n'avaient pas encore fait répreuve de l'habileté perfectionnée d'Athènes sur mer, et en voyant combien ils furent déconcertés par elle, môme vingt-huit ans plus tard au commencement de la guerre du Péloponèse, nous ne serons pas surpris de voir ses effets destructifs sur eux dans cette première bataille. La puissance maritime à'Mgma. fut ruinée sans retour. Les Athéniens prirent soixante-dix vaisseaux de guerre, débarquèrent des forces considérables dans l'île et commencèrent le siège de la ville par terre aussi bien que par mer (1).

Si les Lacédaemoniens n'avaient pas été occupés chez eux par le blocus d'Ithômè, ils auraient probablement été amenés à envahir l'Attique pour faire une diversion en faveur des ^Eginètes; d'autant plus que le Perse Megabazos vint à Sparte à cette époque de la part d'Artaxerxês pour les déterminer à agir ainsi, afin de forcer les Athéniens' à se retirer de l'Egypte. Ce Perse apportait avec lui une somme considérable d'argent; néanmoins il fut obligé de s'en retourner sans accomplir sa mission (2). Cependant les Corinthiens et les Epidauriens, tout en amenant à ^Egina un renfort de 300 hoplites , firent de leur mieux pour l'aider encore par une attaque dirigée contre Megara, ville que, supposait-on, les Athéniens ne pourraient probablement pas secourir sans retirer leurs forces d'iEgina, surtout lorsqu'un si grand nombre de leurs hommes servaient dans le môme temps en Egypte. Mais les Athéniens firent face à ces trois exigences à la fois, — au grand désappointement de leurs ennemis. Mjo^ônidès se rendit d'Athènes à Megara à la tête des citoyens qui étaient aux deux extrêmes de l'âge du service militaire, les vieillards et les jeunes gens, ceux-ci étant les seules troupes qui se trouvassent à Athènes. Il combattit les Corinthiens près de la ville, et remporta un avantage léger, mais contestable, qu'il célébra par un trophée, aussitôt que les Corinthiens furent retournés chez eux. Mais ces derniers, de

(10 Thucyd. I, 105; Lysias, Orat. (2) Thucydide, I, 109.

funebr. o. 10; Diodore, XI, 78.

304 mSTOIRB DE LA G6ÈCS

retour à Corinthe, reçurent tant de reproches des vieillards de leur propre cité, pour n'avoir point vaincu le rebut des forces militaires athéniennes (1), qu'ils retournèrent au bout de douze jours et élevèrent un trophée de leur côté, prétendant avorr été victorieux dans la dernière bataille. Les Athéniens, quittant Megara les attaquèrent une seconde fois et dans cette occasion remportèrent une victoire décisive. Les Corinthiens défaits furent encore plus malheureux dans leur retraite; car un corps de leurs solda+«, en s'égarant, s'engagea dans l'espace d'un terrain particulier fermé .de tous les côtés pai* un fossé profond, et n'ayant qu'une seule entrée é'^roite. My*ô lidês, découvrant la fatale méprise, établit oes hoplites à l'entrée, pour empêcher les ennemis de s'écbanper, pa^s il entoura l'enclos de ses troupes légères, qui avec leurs armes de trait tuèrent tous les hoplites corinth 'eus, sans qu'il leur fi)t possible de fuir ni de résister. Le gros de l'armée corinthienne eff-^xiaa sa retraite, mais la destruction de ce détachement fut un grand naalheur pour la cité (2).

Brillants comme l'avaient été les succès des Athéniens pendant cette année > tant sur terre que sur. mer, il leur était facile de prévoir que la puissance de leurs ennemis serait bientôt augmentée par les Lacédaemon'ens se mettant en campagne. Engagés en partie par cette raison, — en partie aussi par la phase plus énergique de la dénr.ocratie, et par les vues à longue poriée de Periklès, qui commençaient alors à dominer dans la cité, — les Athéniens entamèrent la prodigieuse entreprise de rattacher Athènes à la mer au moyen de longs murs» L'idée de cette mesure avait sans doute été suggérée pour la première fois par la récente

{1) Lysias, Orat. fnnebr. e. 10. "Evi^ tour, est un signe extrêmement eane-

xoïv fiaxotievot anaffav Triv 6uva{xiv t^jv téristiqiie des mœurs gr cques, — txxr

êxeivcov toi; ^Stj àr-etpyixoffi xaî toÏç xi^6[i.evoi Cjttô twv èv t^ itoXei irpegêu-

ouTTco Suvc.[i.évoi;, etc. TÉpwv, etc.

Uincident mentionné par Thucydide (2) Thucydide, I, 106. IlàOoç \fJhftL au sujet des Corinthiens, à savoir Tin- toOto Koptvôiot; bçé^zrzo. Cf. Diodore, dignation avec laqueUe les vieillards XI, 78, 19, — dont ?a chronologie cède leur ville les accueillirent à leur re- pendant est très-pxopre à égarer.

érection de Longs Murs , bien que pour une distance beaucoup plus petite, entre Megara et Nisaea : car sans ce marchepied intermédiaire, le projet d'un mur de quarante stades (environ 4 1/2 milles =7 kil. 240 met.) pour réunir Athènes à Peiraeeus, et d'un autre mur de trente-cinq stades (près de 4 milles = 6 kil. 430 met.) pour la réunir à Phalêron, aurait paru extravagant même au caractère ardent des Athéniens, — comme il l'aurait semblé certainement quelques années auparavant à Themistoklês lui-même. Venant comme suite immédiate de victoires importantes et récentes, et tandis qu'^Egina, la grande puissance navale dôrienne, était accablée et bloquée, il excita la plus vive alarme parmi les Péloponésiens, qui le regardèrent comme le second grand pas (1), à la fois évident et d'un effet durable, dans J'ambition athénienne, après la fortification de Peiraeeus. Mais, outre ce sentiment dans le cœur d'ennemis, la mesure fut aussi entremêlée d'une lutte formidable des partis politiques qui existaient alors à Athènes. Kimôn avait été récemment frappé d'ostracisme , et le mouvement dépocratique poussé par Periklês et par Ephialtês (dont nous parlerons bientôt plus longuement) était en plein succès, non toutefois sans une opposition violente et sans scrupules de la part de ceux qui appuyaient la constitution existant alors. Or les Longs Murs faisaient partie de la politique étrangère de Periklês, continuant sur une échelle gigantesque les plans de Themistoklês quand il conçut le Peiraeeus pour la première fois. Us étaient destinés à rendre Athènes capable de soutenir la guerre contre toute attaque supérieure par terre, et de défier les forces combinées du Péloponèse. Mais bien que calculés pour des éventualités qu'un homme doué d'une vue à longue portée pouvait voir s'amasser à distance, les nouveaux murs étaient, presque pour les mêmes raisons, odieux à un nombre considérable d'Athéniens ; au parti

(1) Kai tûvSe Opicic aiTtot, t6 re jc^ta- par les Corinthiens aux Spartiates, par

tov èouravTCC aOioùç -dlv icoXtv |UTà xà rapport à Athènes, un peu avant la

Mvtôtxà xpatûvoci, xal O^epov Ta |Mtxpà guerre du Péloponèse (Thucyd, I, 69). oTÎiaai Teixn, — est le langage adressé

T. VII. 20

306 HISTOIRE DB lA ORÊCIS

récemment commandé par Kimdn, qui était attaché à Fal* liance lacédsemonienne^et désirait par-dessus tout maintenir la paix en Grèce, réservant les forces de l'État pour une entreprise contrôles Perses; à beaucoup de proprîétait*es fonciers en Attique, qu*ils semblaient menacer d'une invasion et d'une destruction prochaines de leurs possessions territoriales; aux riches et aux aristocrates d'Athènes, opposés à un contact encore plus rapproché et à une amalgamation avec la multitude maritime dans Peiraeus; enfin, peut-être, à une certaine veine d'ancien sentiment attique, qui pouvait considérer l'union d'Athènes avec les Dêmes séparés de Peiraeeus et de Phalêron comme effaçant les associations spéciales rattachées au saint rocher d'Athênê. Si à tous ces motifs d'opposition, nous ajoutons les frais et les peines de l'entreprise elle-même, l'intervention dans la propriété privée, la violence particulière de parti qui se trouvait alors portée à un haut degré et l'absence d'une partie considérable de citoyens servant comme soldats dans l'expédition d'Egypte, — nous ne serons guère surpris de voir que les Longs Murs projetés exposèrent à un danger du caractère le plus sérieux et Athènes et sa démocratie. S'il fallait une autre preuve de l'immense importance de ces longs murs, aux yeux et de leurs amis et de leurs ennemis, nous la trouverions dans ce fait que leur destruction fut la marque saillante de l'humiliation athénienne après la bataille d'^gos-Potami, et leur rétablissement lé bienfait immédiat de Pharnabazos et de Konôn après la victoire de Knidos.

Sous l'influence de l'alarme répandue alors par la conduite d'Athènes, les Lacédsemoniens se déterminèrent à entreprendre une expédition hors du Péloponèse, bien que les Hôtes renfermés dans Ithômê ne fussent pas encore réduits à livrer la place. Leur armée consistait en 1,500 hommes fournis par eux et en 10,000 hommes de leurs divers alliés, sous le régent Nikomôdôs. Le motif ostensible, ou le prétexte de cette marche, était la protection du petit territoire de DÔris contre les Phokiens, qui l'avaient envahi récemment et en avaient pris une des trois villes. L'approche seule

CONFÉDIÊRÀTION QRBCQUfi SOUS ATHÈNES 307

d'one armée si considérable obligea immédiatement les Pho* kiens à abandonner leur conquête; mais Ton yit bientôt que ce n'était qu'une petite partie des plans de Sparte, et que son dessein principal, à l'instigation des Corinthiens, était d'arrêter l'agrandissement d'Âtbènes. Il ne pouvait échapper à la pénétration de Corinthe que les Athéniens enrôleraient bientôt dans leur alliance les villes de la Bœôtia ou les obligeraient à y entrer, comme ils avaient récemment acquis Megara, outre Platée , leur ancienne alliée ; car la fédération boDÔtienne était à cette époque fort désorganisée, et Thêbes, son chef, n'avait jamais recouvré son ascendant depuis le déshonneur dont elle s'était couverte en prêtant son appui à l'invasion des Perses. Fortifier Thêbes et rendre son ascendant efficace sur les cités bœô tiennes, était le meilleur moyen de donner un voisin à la fois puissant et hostile aux Athéniens, de manière à empêcher leur agrandissement ultérieur sur terre ; c'était la même politique que celle que poursuivit Épaminondas quatre-vingts ans plus tard, en organisant l'Arkadia et Messênê contre Sparte. En conséquence, l'armée péloponésienne fut employée en partie à agrandir les fortifications de Thêbes elle-même et à leur donner plus de force, en partie à soumettre les autres cités bœôtiennesà une obéissance effective à sa suprématie ; probablement en plaçant leurs gouvernements entre les mains de citoyens d'une politique oligarchique connue (1), et peut-être en bannissant des adversaires suspects. Les Thêbains se prêtèrent à ce dessein avec ardeur, et ils promirent de tenir dans le respect leurs voisins des frontières, de manière à épargner la nécessité d'armées venant de Sparte (2).

Mais il y avait aussi un autre dessein, encore plus impor-

(1) Dîodore, XII, 81 ; Justin, III, 6. Bœôtia, à quelque moment vers cette Tïjç (ilv Tûv 0Ti6aiû>v 7c6Xeb); \s.vXfis(x. époque, remplies comme elles l'étaient rdfv icEpiéoXov xaxefficeitfoujiQiv, Ta; d* èv de dissensions intestines, que font allu- Bownie^ TCoXoç ^và')fita(racv {inoTàTreoOai sion le mot et la similitude de Periklês, Toîç OTiêaCotc. — qu'Aristote mentionne dans sa Rhé-

(2) Diodore, l. c. Ce doit probable- torique, III, 4, 2. meut être aux aflains inté^sores d«

tant, qu'avaient en vue les Spartiates et les Corinthiens. Les membres de l'opposition oligarchique à Athènes étaient hostiles avec tant d'acharnement aux Longs Murs, à Periklês et au mouvement démocratique, que plusieurs d'entre eux ouvrirent une négociation secrète avec les chefs péloponésiens; ils les appelaient en Âttique et leur demandaient leur aide pour un soulèvement intérieur destiné non-seulement à arrêter les Longs Murs, mais encore à renverser la démocratie. L'armée péloponésienne, tout en poursuivant ses opérations en Bœôtia, attendait dans l'espérance de voir les mécontents athéniens en armes, et campait à Tanagra, sur les frontières mêmes de l' Attiqae , dans le dessein de coopérer immédiatement avec eux. La conjoncture était indubitablement pleine de danger pour Athènes , surtout en ce que Kimôn frappé d'ostracisme et ses autres amis dans la ville étaient soupçonnés d'être impliqués dans la conspiration. Mais les chefs athéniens, qui connaissaient les opérations lacédaemoniennes en Bœôtia, savaient aussi ce que signifiait la présence de l'armée sur leurs frontières immédiates, — et ils prirent des mesures décisives pour détourner le danger. Après avoir obtenu un renfort de mille Argiens et quelques cavaliers thessaliens, ils sortirent pour marcher sur Tanagra avec toutes les forces athéniennes alors à Athènes, qui naturellement devaient se composer surtout des vieillards et des jeunes gens, les mêmes qui avaient combattu à Megara sous Myrônidês; car le blocus d'^Egina continuait encore, et il n'était pas non plus possible à l'armée lacédaemonienne de retourner dans le Péloponèse sans combattre ; car les Athéniens, maîtres de la Megaris, étaient en possession des hautes terres difficiles de Geraneia, la route de marche le long de l'Isthme ; tandis que la flotte athénienne, au moyen du port de Pêgse, était prête à leur couper le passage s'ils essaj'aient de venir par mer en traversant le golfe Krissaeen, voie par laquelle il semblerait qu'ils fussent sortis du Péloponèse. Près de Tanagra, il se livra entre les deux armées une sanglante bataille, dans laquelle les Lacédaemoniens furent victorieux, surtout par suite de la désertion de la cavalerie thessalienne, qui passa de leur côté au plus fort de

rengagement (1). Mais bien qu'ils eussent l'avantage, il ne fut pas assez décidé pour favoriser le soulèvement projeté en Attique. Et les Péloponésiens n'y gagnèrent rien autre chose que de pouvoir se retirer sans être inquiétés en franchissant les hautes terres de Geraneia, après avoir ravagé partiellement la Megaris.

Bien que la bataille de Tanagra fût une défaite, il s'y rattacha des circonstances qui en rendirent les effets extrêmement avantageux pour Athènes. Kimôn, le banni par ostracisme, se présenta sur le champ de bataille, aussitôt que l'armée eut franchi les frontières de l' Attique, demandant qu'on lui permit d'occuper son poste comme hoplite et de combattre dans les rangs de sa tribu, — l'Œnêis. Mais les membres du sénat et ses ènnemispolitiques actuels étaient tellement convaincus qu'il était complice de la conjuration que l'on savait être en train, que l'autorisation lui fut refusée et qu'il fut forcé de se retirer. En partant, il conjura ses amis personnels, Euthippos (du dême Anaphlystos) et autres, de se conduire de manière qu'il pût effacer la tache imprimée en partie sur sa fidélité, et en partie aussi sur la leur. Ses amis gardèrent son armure et lui assignèrent dans les rangs la place qu'il aurait occupée lui-même : ensuite ils se jetèrent dans le combat avec la résolution du désespoir, et cent d entre eux tombèrent côte à côte dans leurs rangs. Periklês, de son côté, connaissant la demande et l'échec de Kimôn, crut de son devoir de déployer non-seulement son courage personnel ordinaire, mais une insouciance inusitée de la vie et du salut, bien qu'il arrivât qu'il échappa sans blessure. Tous ces incidents amenèrent une sympathie généreuse et un esprit d'accommodement dans les partis rivaux à Athènes; tandis que le patriotisme inébranlable de Kimôn et de ses amis découragea et désarma ces conspirateurs qui étaient entrés en correspondance avec l'ennemi, en même temps qu'il faisait naître une admiration pleine de repentir à l'égard du chef lui-même que l'ostra-

(1) Thucydide, I, 107.

HISTOntB VE LA ORtk»

cîsme ayait frappé. Uactîon de ce Bouveaa sentiment fat si heureuse qu'un décret fut> peu de temps après, proposé et rendu, — proposé aussi par Perikiês lui-môme, — destiné à abréger les dix années de l'ostracisme de Kimôn, et à permettre son retour immédiat (1). Nous pouTons nous rappeler que, dans des circonstances analogues en partie, Themistoklès ayait lui-même proposé le rappel de sonriyalAristeidês, banni par Fostracisme, un peu ayant la bataille de Sala-mis (2) ; et dans les deux cas, la suspension de l'inimitié entre les deux chefs fut en partie le signe, en partie aussi la cause auxiliaire, d'une réconciliation et d'un renouyellement de fraternité dans le corps général des citoyens. Ce fut un mçment analogue à ce mouyement salutaire d'accommodement et d'harmonie entre les partis qui suivit l'extinction de l'oligarchie des Quatre Cents, quarante-six ans plus tard, et sur lequel Thucydide insiste expressément comme étant le salut d'Athènes dans sa détresse, — moment rare dans les communautés libres en général, non moins que parmi les riyaux jaloux aspirant à l'ascendant politique à Athènes (3).

(1) Plutarque, Kimôn, c. 14; Perikiês, c. 10. Plutarque représente les Athéniens comme ayant rappelé Kimôn par crainte des Lacédsemoniens qui venaient de les battre à Tanagra, et dans la pensée de se procurer la paix. U fgoute quB Kimôn obtint la paix pour eux sur-le-champ. Ces deux assertions sont inexactes. Les succès extraordinaires, qu'on remporta si vite après la défaite à Tanagra, montrent que les Athéniens n'étaient pas sous Timpressiou de la crainte dans cette circonstance, et que le rappel de Kimôn fut dû. à des sentiments tout à fait différents. De plus, la paix avec Sparte ne fut faite que quelques années après.

(2) Plutarque, Themistoklds, c. 10.

(3) Plutarque, Kimôn, c. 17 ; Perikiês, c. 10; Thucyd. Vin, 97. Plutarque fait observer, relativement à cette réconciliation des partis après la bataille de Tanagra, après avoir

mentionné que Perikiês lui-même proposa le rétablissement de Kimôn : —

OOtcd totc iroXtTixal (lèv ^o-oey ai 6ta9opai, (jitpioi Se ol Odjjloi xal irpoc TÔ xoivôv EuavdtxXyiTot aufiçspov, i^ 8è çiXonjjia TcàvTcov êTnxporoOva tcov TcaOôîv xoXq TYfi TcaTpiSoç îiKtytù^zi xa£potç.

Remarque! qui sont très-analo^aes à cdiles de Thucydide quand il ra* conte les actes mémorables de rannée 411 avant J.-C, après la déposition de roligaiohie des Quatre Cents (Thucyd.

Vm, 97).

KoU oOx i^xiaxa 69) tôv TcpûTOv xpovov ini ye è{toO *AOY]vaiot çaCvovrai e^ ttoXi- TsiSaavTSc * ^Jtxçia, yàp ^ te iç toiic àXifouc tmlI to{k itoXXoùc Çupepaaiç éyé- VETO, xal èx TcovYipâv Twv Tcpayiidroiv- Yevo(iév(dv toOto Tcpûrov àvi^veyxe tt^v TcoXiv.

Le Dr Arnold dit dans sa note : — K II parait que la constitution telle-

CONFÉDÉaiTION GBECQUEl 80XTS ATHÈNES

Cette explosion d'un nouveau patriotisme et d'une nouvelle unanimité après la bataille de Tanagra, qui amena le rappel de Kimôn et paraît avoir triomphé de la conspiration préexistante, fut si puissante que les Athéniens furent bien vite en état d'effacer la tache de leur défaite. Ce fut le soixante-deuxième jour après la bataille qu*ils entreprirent une marche agressive sous Myrônidès pour se rendre en Bœôtia : l'extrême précision de cette date, — qui est le seul cas dans tout le résumé des événements entre la guerre des Perses et celle du Péloponèse où Thucydide soit si précis, — marque quelle forte impression ,elle fit sur la mémoire des Athéniens. A la bataille d'Œnophyta, engagée entre les forces réunies des Thêbains et des Bœôtiens, — ou, s'il faut en croire Diodore, dans deux batailles, dont celle d'Œnophyta fut la dernière, — Myrônidès fut complètement victorieux (456 av. J-C). Les Athéniens devinrent maîtres de Thêbes, aussi bien que des autres villes bœôtiennes ; ils renversèrent tous les

qu'elle fut fixée alors fut d'abord, dans l'opinion de Thucydide, la meilleure dont Athènes eût jamais joui, autant qu'il s'en souvenait, c'est-à-dire la meilleure depuis Tascendant complet de la démocratie obtenu sous Periklés. Mais de queUo losgiteizr est la pédode que donnent à entendre les mots TÔv TcpùTov xpovov, et quand et comment s'opéra le changement impliqué? Tèv «pârov xp^vov ne peut guère s'appliquer à tout le reste du temps de la guerre, comme si cette constitution améliorée eiltété renrersée pour la pxemièra fois par le triompha de l'oligarchie sous les Trente, et ensuite remplacée par le rétablissement de l'ancieniie démocratie après leur Tfiuversement. Cependant Xénophon ne mentionne pas de changement intermédiaire dans le gonvemem^it entre le commencement de son histoire et la fin de la guerre, etc. »

Je crois que le D*^ Arnold comprend les mots eu TCoXtTEuaavTsç dans un sens trop spécial et trop limité, — ^ comme

indiquant seulement la nouvelle constitution, ou lois organiques positives, que les Athéniens introduisir^it alors.

Il me semble que les mots ont une aignification plus étendue ; ils signifient le camctère général des partis politiques, et réciproquement à l'égard les uns des autres et à l'égard de la république; leur inclination à abandonner des antipathies, à accommoder des points de dififérence, et à coopérer les uns avec les autres sincèrement contre l'ennemi, en suspendant ces tSCaç çtXo- Tt(JiioiC, l8iaio{a6oXàc iceptTf}c toû 5^(iou wpooraaCaç (U, 66) que l'on mentionne comme ayant été si funestes auparavant. Naturellement des changements censtitutionnels introduits à oette époque participaient de l'esprit mo-* déré et harmonieux dominant alors, et faisaient oonséquemment partie de ce que louait Thucydide ; mais son éloge ne se borne pas à eux spécialement. Cf.

la phrase, II, 38 : 'EXeuôépw; 6è xi xe icpàcTà xotvàv 7coXiTeuo(iev, etc.

arrangements faits récemment par Sparte; ils établirent des gouvernements démocratiques, et forcèrent les chefs aristocratiques, favorables à l'ascendant thôbain et à l'alliance lacédsemonienne, de s'exiler. Et ce ne fut pas la Bœôtia seule que les Athéniens acquirent ainsi : la Phokis et la Lokris furent successivement ajoutées toutes deux à la liste de leurs alliés dépendants, — la première étant en général disposée amicalement pour Athènes et non éloignée du changement, tandis que la seconde était hostile d'une manière si prononcée, que cent de ses chefs furent retenus et envoyés à Athènes comme otages. Les Athéniens étendirent ainsi leur influence,

— maintenue par la direction intérieure des partis, appuyée par la crainte d'une intervention du dehors en cas de besoin,

— depuis les limites du territoire corinthien, Megara et Pêgae y comprises toutes deux, jusqu'au défilé des Thermopylse (1).

Ces importantes acquisitions furent bientôt couronnées par l'achèvement des Longs Murs etlaconquête d'JEgina(455av. J.-C). Cette île, réduite sans doute à la famine par son blocus prolongé, fut forcée de capituler sous condition de détruire ses fortifications, de livrer tous ses vaisseaux de guerre, et de se soumettre à un tribut annuel comme alliée dépendante d'Aèhènes. La réduction de cette cité maritime jadis puissante désigna Athènes comme maîtresse de la mer sur la côte du Péloponèse, non moins que sur celle de la mer JEgée. Son amiral Tolmidès montra ce qu'elle pouvait faire en naviguant autour du Péloponèse, et même par l'insulte faite aux Lacédaemoniens de brûler leurs ports de Methônè et de Gythion. Il prit Chalkis, possession des Corinthiens, et Naupaktos, appartenant aux Lokriens Ozoles, près de l'entrée du golfe corinthien, — débarqua des troupes près de Sikyôn, avec quelque avantage dans une bataille contre des opposants venus de cette ville, — et gagna à l'alliance athénienne ou força à y entrer, non-seulement Zakynthos et Kephallênia, mais encore quelques-unes des villes d'Achaia :

(1) Thucydide, 1, 108 ; Diodore, XI, 81, 82.

CONFÉDélUTION GRBCQUB SOUS ATHÈNES 313

en effet, nous troavons plus tard ces dernières attachées à Athènes sans savoir quand Fanion commença (1). L'année suivante, les Athéniens renouvelèrent leur attaque sur Sikyôtt, avec une armée de millo hoplites sous Periklès luimême» en partant du port mégarien de Pègse dans le golfe krissseen. Cependant cet homme éminent ne remporta pas d'avantage plus grand que Tolmidès, — en battant les forces sikyoniennes en rase campagne et en lesrepoussant dans leurs murailles. Il fit ensuite une expédition en Akarnania» prit les alliés achseens, qu'il ajouta à ses troupes, mais échoua dans son attaque contre Œniad» et n'obtint aucun résultat (454 av. J.-C). Les Athéniens ne furent pas plus heureux non plus dans une marche entreprise cette même année contre la Thessalia, dans le dessein de rétablir Orestès, un des princes ou nobles exilés de Pharsalos. Bien qu'ils prissent avec eux une armée imposante, comprenant leurs alliés bœôtiens et phokiens, ^ puissante cavalerie thessalienne les força de rester en un corps compacte et les confina au terrain à ce moment occupé par leurs hoplites : tandis que toutes leurs tentatives contre la cité échouèrent, et que leurs espérances d'un soulèvement intérieur furent désappointées (2).

Si les Athéniens avaient réussi en Thessalia, ils auraient acquis à leur alliance à peu près toute la Grèce extra-péloponésienne. Mais même, sans la Thessalia, leur puissance était prodigieuse, et avait alors atteint une hauteur dont elle ne s'écarta que pour décliner. Comme désastre contre-balançant tant de succès, nous avons à compter leur défaite ruineuse en Egypte, après une guerre de six années contre les Perses (460-455 av. J.-C). D'abord, ils avaient remporté de brillants avantages, conjointement avec le prince insurgé Inarôs, et chassé les Perses de tout Meraphis, excepté de la partie la plus forte appelée la Forteresse-Blanche. Et le roi de Perse Artaxerxês fut si alarmé de la présence des Athéniens en Égj^pte, qu'il envoya à Sparte Megabazos

(1) Thucydide, 1,108-115-, Diodore, (2) Thucydide, I, lll;Diodore,

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