‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 4)Chapitre 17 sur 31 · XI, 84. XI · texte numérisé non relu

XI, 84. XI

314 HuraiBS vm ut cnba

avec une somme considérable d'argent, afin qu'il engageit les Lacédadmoni^Eis à enTahir TAttique. Toutefois, cet evr Toyé échoua» et une armée persane plus forte, expédiée en Egypte sous Megabjzos, flls de Zopyros (1), repoussa les Athéniens et leurs idliés, après une lutte obstinée, hors de Memphis, et les jeta dans Tlle du Nilappelée Prosôpitis. Ils y furent bloqués pendant dix-huit mois, jusqu'à ce qu'enfin Megabyzos détournât le bras du fleuve, mit le lit du canal à sec, et donnât l'assaut à l'Ile par terre. Un très-petit nombre d'Athéniens s'échappèrent et se rendirent par terre à Kyrènè : le reste fut ou tué ou fait captif, et Inarôs lui-même fut crucifié. Et le malheur d'Athées fut encore aggravé par l'arrivée de cinquante nouveaux vaisseaux athéniens, qui, arrivant après la défaite, mais sans la connaître, pénétrèrent dans la bouche Mendésienne du Nil, et tombèrent ainsi inopinément au pouvoir des Perses et des Phéniciens; il ne s'échappa qu'un très-petit nombre de vaisseaux oï^d'hommes. Toute rÉgypte devint de nouveau sujette des Perses, excepté Amyrtœos, qui s'arrangea en se retirant dans les marais inaccessibles pour conserver son indépendance. Un des armements les plus considérables qui eussent jamais été envoyés par Athènes et par sa confédération fut ainsi complètement ruiné (2).

Ce fut vers l'époque de la destruction de l'armée athénienne en Ég3rpte , et de la circumnavigation du Péloponèse par Tolmidês, que finit la guerre intestine, faite par les Lacédaemoniens contre les Ilotes ou Messôniens à Ithômè. Les assiégés, n'étant plus en état de résister à un blocus prolongé, furent forcés d'abandonner cette dernière forteresse de l'ancienne indépendance messènienne, en stipulant qu'ils se retireraient du Péloponèse sans être inquiétés, avec leurs

(1) Hérodote, III, 160. revenir en vertu d'une capitulation fa-

(2) Thucydide, I, 104, 109, 110 ; Dio- vorable accordée par les généraux dore, XI, 77 ; XII, 3. Le récit de Dio- perses, — est contredit par ce qu'il dit dore dans le premier de oes deux pas- dans les derniers passages an siiget sages, -^ à savoir que la plspart des d'wia mine totale qui les accabla, anssi soldats athéniens furent autoritéft à bien que par Thucydide.

cc^^FÉDéBATim eotaoQnB sous Athènes

femmes et Irars familles; avee la clause conditionnelle que si Ton d'eux retournait jamais dans le Péloponèse, il deviendrait Tesolave de la première personne qui le saisirait. Toimidès les établit à Naupaktos (prise récemment par les Athéniens sur les Lokriens Ozoles) (1), où on les Terra rendant de bons services à Athènes dans les guerres suivantes. Après la victoire de Tanagra, les Lacédsemoniens ne firent plus d^autres expéditions hors du Péloponèse pendant plusieurs années successives, pas même pour empêcher laBœôtia et la Phokis d*ètre absorbées dans Talliance athénienne. La raison de leur relâchement était en partie dans leur caractère général ; en partie dans la durée du siège d'Ithômê, qui les occupait chez eux; mais plus encore, peut-être, dans le fait que les Athéniens, maîtres de la Megaris, avaient en leur possession la route qui passait sur les hautes terres de Geraneia, et pouvaient, par conséquent, arrêter la marche de toute armée hors du Péloponèse. Même après la reddition d'Ithômê, les Lacédsemoniens restèrent inactifs pendant trois ans (455-452 av, J.-C), et après ce temps une trêve fut conclue avec Athènes par les Péloponésiens en général, pour cinq années encore (2) (452-447 av. J.-C). Cette trêve fut conclue en grande partie grâce à l'influence de Kimôn (3),

(1) Thucydide, I, 103; Diodore, XI, 84.

(2) Thncyd. 1, 112.

(3) Théopompe, Fragm. 92, éd. Didot;I^ntarqtie, KimÔH, c. 18; Diodore, XI, 86.

Il est & présmner qae c'est là la paix qn'iEschine (De Fais. Légat, c. 64, p. 300) et Andocîde (De Paee, o. 1) disent avoir été faite par Miltiadds, fils de Eimôn, prozenos des Lacédsmo»

niens, en admettant qu'ils mettent Miltiadês, fils de Kimdn, par erreur de mémoire, pour Kimdn, fils de Miltia*dês. Mais les passi^^ de ces orateurs renferment tant dlnexaotitudes tant bntoriqaes qneohronologiqaes^ qn'Uest dangereux de les citer, et impoMîble de

les corriger autrement que par conjecture. M. Fynes Clinton (Fasti Hellenici, Appendix, ch. 8, p. 257) a signalé quelques-unes de ces inexactitudes ; et il y en a d'autres, en outre, non moins graTes, surtout dans le discours attribué à Andocide. Il est remarquable que tous deux semblent ne reoonnaitre que deux Longs Murs, le mur septentrional et le méridional ; tandis que du temps de Thueydide il y avait trois Longs Murs : les deux premiers rapprochés et parallèles, rattachant Athènes à Peineeus, et un troisième la rattachant à Phalôron. Ce dernier ne fat jamais renouvelé, lorsqu'ib eurent été tous détruitm en parti* après la fis désastreuse de la guerre du Péloponèse ; et il parait

HISTOIRB DB LA QBÈCB

qui était impatient de reprendre des opérations efficaces contre les Perses , tandis qu'il ne convenait pas moins à l'intérêt politique de Periklês que son rival le plus distingué fût absent pour le service à l'étranger, de manière qu'il ne gênât pas son influence à l'intérieur (1). Conséquemment Kimôn, après avoir équipé une flotte de deux cents trirèmes d'Athènes et de ses confédérés, fit voile pour Kypros, d'où il envoya soixante vaisseaux en Egypte, à la requête du prince insurgé Amyrtaeos, qui se maintenait encore contre les Perses au milieu des marais, — tandis qu'avec le reste de l'armement, il mit le siège devant Kition. En poursuivant ce siège, il mourut soit d'une maladie, soit d'une blessure. L'armement, sous son successeur Anaxikratês, se trouva dans un tel embarras faute de provisions, qu'il abandonna complètement l'entreprise, et alla combattre la flotte phénicienne et kilikienne près de Salamis en Kypros. Ici les Athéniens furent victorieux, d'abord sur mer, ensuite sur terre, bien que non probablement le même jour, comme à l'Eurymedôn ; puis ils retournèrent chez eux, suivis des soixante vaisseaux qui étaient allés en Egypte dans le dessein d'aider Amyrtaeos (2).

A partir de ce moment, Athènes et la confédération n^ entreprirent plus d'opérations contre les Perses. Et il paraît qu'une convention fut conclue entre eux, en vertu de laquelle le Grand Roi, de son côté, promettait deux choses:

avoir été oublié par ^schine, qui parle des deux murs tels quUls existaient à son époque.

(1) Plutarque, Periklês, eh. 10, et Reipub. gerendas Prœcep. p. 812.

Une entente à cet effet entre les deux rivaux est si naturelle, que nous n'avons pas besoin d'avoir recours à la supposition d'un accord secret conclu entre eux par la médiation d'Elpinikê, sœur de Kimôn, • que Plutarque avait lue dans quelques auteurs. Les charmes aussi bien que les intrigues d'Ëlpinikê semblent avoir figuré d'une manière

saillante dans les mémoires des biographes athéniens. Un parti s'en servait comme moyen de calomnier Kimôn, l'autre, de décréditer Periklês.

(2) Thucyd. 1, 112; Diodore, XH, 13.

Diodore mentionne le nom du général Anaxikratês. U affirme que Kimôn vécut non -seulement pour prendre Kition et Mallos, mais encore pour gagner ces deux victoires. Mais l'autorité de Thucydide, supérieure à Diodore à tous égards, l'est bien plus encore quant à la mort de Kimôn, auquel il était lié .par la parenté.

de laisser libres, tranquilles et exempts de taxes les Grecs maritimes asiatiques, et de ne pas envoyer de troupes à une distance donnée de la côte, de s'abstenir d'expédier des vaisseaux de guerre soit à l'ouest de Phasôlis (d'autres placent la limite aux lies Chelidonéennes, un peu plus à l'ouest), soit en deçà des rochers Kyanéens, à l'endroit où le Bosphore de Thrace se réunit au Pont-Euxin. De leur côté, les Athéniens consentit ent à le laisser maître de Kypros et de l'Egypte, sans l'inquiéter dans sa possession. Kallias, Athénien de famille distinguée, avec quelques autres de ses compatriotes, alla à Suse pour négocier cette convention, et certains ambassadeurs d'Argos, alors alliée d'Athènes, en prirent occasion pour s'y rendre en même temps, afin de renouveler l'entente amicale que leur cité avait établie avec Xerxês à l'époque de son invasion en Grèce (1).

Comme c'est généralement le cas pour les traités qui suivent des hostilités, — cette convention ne fit guère plus que de reconnaître l'état de choses existant, sans introduire d'avantage ou de désavantage nouveau d'un côté ou de Tautre, ni provoquer de mesures à prendre à la suite de l'arrangement. Nous pouvons, d'après cela, assigner un motif raisonnable au silence de Thucydide, qui ne mentionne même pas la convention comme ayant été faite : nous devons toujours nous rappeler que dans l'intervalle entre la guerre

(1) Hérodote, VII, 151; Diodore, XII, 3, 4. Démosthène (De Falsa Légat, c. 77, p. 428 R : cf. De Rhodiorum Libert. c. 13, p. 199) parle de cette paix comme de n^v Onè iràvTcov OpuX- XoupiévTtv elpinvTiv. Cf. Lykurgue, Cent.

Leokrat. c. 17, p. 187 ; Isokrate (Panegyr. c. 33, 34, p. 244; Areogagit.

c. 37, p. 150, 229; Panathenaic. o. 20, p. 360).

Le langage vague de ces orateurs rend impossible de déterminer quelle était la limite précise par rapport au Toisinage de la côte. Isokrate est assez n<^gligent pour parler du fleuve Halys comme borne; Démosthène dit que

c'était « une journée de marche pour un cheval. »

Les deux limites marquées par mer, d'autre part, sont à la fois claires et naturelles, par rapport à l'empire athénien, — les rochers Kyanéens à une extrémité, — Phas-êlis ou les îles Chelidonéennes (il n'y a pas une distance considérable entre ces deux endroits) à l'autre.

Dahlmann, à la fin de sa dissertation sur la réalité de cette paix Eimonienne, rassemble les divers passages des auteurs où elle est mentionnée. Dans le nombre il y en a plusieurs du rhéteur Aristide (Forsohungen, p. 140-148).

318 HIST0I1UB DB LA «OtftCB

des Perses «t celle du Péloponèse, il ne déclare pas faire |)liis que de jeter un regard rapide sur les principaux événements. Mais les auteurs vantards et inexacts du siècle suivant, orateurs, rhéteurs et historiens, s'adonnèrent à tant d'exagération et à tant de fausseté relativement à cette convention, tant au sujet de la date que des détails, — et exaltèrent comme quelque chose de si glorieux le fait d'avoir imposé des conditions aussi rigoureuses au Grand Roi, — qu'ils ont fait naitre un soupçon contre eux-mêmes. En particulier, ils ont donné à la critique lieu de faire la question très-naturelle : comment se fit-il que Thucydide laissa isans le signaler cet exploit magnifique d'Athènes? Or la réponse à cette question est que le traité en lui-même n'avait pas une grande importance : c'est l'état des faits et des relations impliqué dans le traité et existant en substance avant qu'il fût conclu, qui constitue la gloire réelle d'Athènes. Mais pour les écrivains plus récents, le traité se présentait comme la preuve lisible de faits qui de leur temps étaient passés et n'existaient plus ; tandis que Thucydide et ses contemporains, qui vivaient dans la plénitude même de l'empire athénien, ne faisaient certainement point appel au traité comme à une preuve, et pouvaient bien l'omettre même comme un événement, quand ils s'attachaient à condenser le récit. Bien que Thucydide n'ait pas mentionné le traité, il ne dit rien qui en détruise la réalité, et il dit beaucoup de choses qui sont en plein accord avec elle. Car nous pouvons démontrer même d'après lui, — 1° que toutes les hostilités ouvertes et directes entre Athènes et la Perse cessèrent, après les victoires que nous avons mentionnées plus haut des Athéniens près de Kypros : qu'Athènes renonce à cette île, qui n'est pas comprise par Thucydide dans son catalogue d'alliés athéniens antérieurement à la guerre du Péloponèse(l); et que cette ville ne donna plus son aide au roi révolté Amyrtfôos en Egypte; 2° que jusqu'à l'époque où la puissance athénienne fut abattue par l'échec ruineux essuyé à Syracuse, les satrapes per-

(l)Thueyd.II,14.

GONFÉDÉBATION ORBOQUI fiOC» ATHÈNES

sans ne levèrent aucun tribut en Asie Mineure enr les villes grecques de la côte, que les vaisseaux de guerre persans ne forent pas autorisés à paraître dans les eaux de la mer iEgée (1), et que le roi de Perse ne fut pas non plus admis

(1) Thucyd. VIII, 5, 6, 56. Comme oed est un poikit soi lequel quelques stTants critiques ont fait des repiésentations très-erronées, et en particulier Dahhns.nn et Manso (V. les traités cités dans la note subséquente, p. 321), je transcris le passage de Thucydide. H parle de rhiver de 412 ayant J.-C.

suivant immédiatement la ruine de l'armée athénienne à Syracuse, et après que des efforts redouUés avaient été faits (même quelques mois avant que cette ruine s'effectuât réellement) pour exciter une conduite hostile et active contre Athènes de tous les côtés (Thucyd. VII, 26) : osr on voyait que o^était une ooeasion propice de porter à la puissance athénienneun coup sérieux .

Le satrape Tissaphemês encouragea les habitants de Chios et les Erythraeens à se révolter, il envoya avec eux un ambassadeur à Sparte chargé de paroles persuasives et de promesses d'aide, — èitfJYCTO xaî 6 TtortfafipvTi; toùç HsXo- TCOWT)o{ouc xai incifFjiyéix^ Tpo^^v «capé^Eiv. *Y'ttb ^mkétùç yàp vscocTi iTuy^avÊ ire^rpocytiivoc toùç sx tî); éatUToO àpx^ç ç6pov;, ouç 8* 'AOrivatouc àirè Tûv ^£XXyjvi5(ov noXeuv oO iuvdjievoç •rcpdi<r(reaf6ai iictiif eîXYjore. ToOç Te oSv 96pov; (jaXXov èv6(iiCe xo(uei(T- Qat, xax(ib(7tt< tovc *A6t)voi(Ou;, xai &\ut, ^<TtXeT|u(Ji(ju£xouc Aaxe$ai(iov(ouc iroti^- (TE IV, etc. Dans le chapitre suivant, Thucydide nous dit que le satrape Phamabazos eut bes<wn d'obtenir l'aide lacédasmonienne de la même manière que Tissaphemds pour sa satrapie éga^ lement, afin de pouvrâr. détacher d'Athènes les cités grecques et d'dtre an état de lever le tribut sur elles^ Deux Grecs vont à Sparte, envoyés par Phamabazos, — Sircoc vewç xo(A(9tuev

èc TÔv *£XXiQ(ncovTov, xoU auxoç, et fiuvatTO &nsp 6 Ttaaaif épvT)c itpo00v(jLe(TO, xdç xs èv «qp éonrroû &pxi ^oXeic *A!^' vaCcov àTTOODQaeis 6ià Toiiç çépouç, xecl àf* lauTOv pourtXei ti^v ^|JL{&axCav Tfaiv Aaxedai{Aovia)v icoiinvete.

Ces passages (c'est étrange à dire) sont considérés par Manso et par Dahlmann comme montrant que les cités grecques sur la côte asiatique, bien que soumises à l'empire athénien, continuaient néanmoins à payer régulière^ ment leur tribut à Suse. Quant à moi, ces passages me paraissent réfuter cette même supposition; ils prouvent qu'il était essentiel pour le satrape de détacher ces cités de l'empire athénien, «omme moyen de procurer à la Perse un tribu tiré d'elles : que l'empire athénien, tant qu'il dura, l'empêcha d'obtenir aucun tribut des villes sujettes de cet empire. Manso et Dahlmann ont négligé le sens important d^e l'adverbe de temps vewcrl — « dernièrement. »

Par oe mot, Thucydide donne à entendre expressément que la cour de Suse avait récemment seulement demandé à Tissaphemês et h Phamabazos un tribut des Grecs maritimes compris dans leurs satrapies : et il implique que >tMf«'â un temps récent aucune demande pareille ne leur avait été faite. Xa cour de Suee^ informée sans doute par des exilés grecs et des agents, des embarras dans lesquels Athènes était tombée, regarda oe moment comme &vorable pour exiger des tributs, auxquels elle se considéorait toujours sans doute camme ayant droit, bien que la puissance d'Athènes l'eût forcée à y renoncer. En conséquence, la demande fut alors pour la première fois envoyée à Tissaphecnfit, et il « en devint débiteur >

à être souverain du pays jusqu'à la côte. Accordant donc que nous fussions même obligés, par le silence de Thucydide, de

envers la cour (èircoçsCXYias), jusqu'à ce qu'il pût les percevoir; ce qu'il ne put faire, même alors, malgré les embarras d'Athènes, — et ce que, à fortiori, il n'aurait pu faire auparavant, quand Athènes était dans la plénitude de sa puissance.

Ces passages nous apprennent deux faits importants :

1. Que les cités asiatiques maritimes appartenant à l'empire athénien ne payèrent pas de tribut à Suse, depuis la date de l'organisation complète de la confédération athénienne jusqu'à une époque qui suivit la défaite des Athéniens en Sicile.

2. Que néanmoins ces cités continuèrent toujours, pendant toute cette période, de rester enregistrées sur les livres du roi de Perse, chacune pour son tribut particulier ; la cour de Perse attendant un moment propice pour se présenter, quand elle serait en état d'imposer ses demandes, par suite d'un malheur fondant sur Athènes.

Cet état de relations entre les Grecs asiatiques et la cour de Perse sous l'empire athénien, prouvé par Thucydide, nous permet d'expliquer un passage d'Hérodote, sur lequel Manso et Dahlmann ont insisté tous deux aussi (p. 94) avec uneplausibilité un peu plus apparente, comme prouvant leur manière de voir le cas. Hérodote, après avoir décrit le nouvel arrangement et le nouveau mesurage des territoires des cités ioniennes par le satrape Artaphemês (vers 493 avant J.-C, après la répression de la révolte ionienne), continue en disant qu'il établit l'assiette du tribut popr chacune d'eUes selon ce nouveau mesurage, et que l'assiette resta sans changement jusqu'à s<m propre temps (d'Hérodote). — Kal xàç /(opoi; açétdv (teTpTJaac xorà icâpaffdyyaç fopouc lx9.lt ixàoTOiffi, ol

.xarà X(>>pT!v SiaxeXsowt l^omeç èx tov- Tou ToO xpovov aUi Iti xai Iç gjtè, û; èTàxOrierav i| ApTaçépvsoç • èxâx^frav 8è oxe86v xatà xà aùxà xà xai irpotspov eîxov (VI, 42). Or, Dahlmann et Manso prétendent qu'Hérodote affirme ici que le tribut des cités ioniennes à la Perse avait été payé d'une manière continueet régulière jusqu'à son époque.

Mais, à mon avis, c'est une erreur; Hérodote ne parle pas du payement, mais de Vimpwilion : et c'étaient deux choses très-différentes, comme Thucydide le donne clairement à entendre dans le passage que j'ai cité plus haut. Vimpoêition de toutes les cités ioniennes inscrites sur les livres du roi de Perse resta sans aucun changement pendant l'empire athénien ; mais le payemmt ne fut exigé qu'à une époque précédant immédiatement 412 avant J.tC, où l'on supposa qae les Athéniens étaient trop faibles pour s'y opposer. Il est évident par le compte des revenus persans en général, dans toutes les satrapies, que nous trouvons dans le troisième livre d'Hérodote, qu'il avait eu accès aux comptes officiels des finances persanes, ou du moins auprès, des secrétaires grecs qui les connaissaient. On lui dit que ces impositions restèrent sans changement à partir de l'époque d'Arta* phemês : furent-elles réalisées ou non?

c'était une autre question à laquelle les « livres » ne répondaient probablement pas, et qu'il pouvait savoir ou ne pas savoir.

Les passages de Thucydide cités plus haut me semblent fournir une preuve positive que les cités grecques sur la côte asiatique ne payèrent pas à,e tribut à la Perse pendant la durée de l'empire athénien. Mais, quand il n'y aurait pas cette preuve positive, je soutiendrais encore la même opinion. Car, si ces Grecs continuaient à payer tribut, que

conclure qu'il ne se signât point de traité, nous le serions encore de conclure également, d'après ses affirmations positives, qu'un état de fait historique tel que celui que reconnaissait et prescrivait le traité, fut eflFectivement réalisé. Mais quand nous songeons en outre qu'Hérodote (1) certifie la visite de Kallias et d'autres ambassadeurs athéniens à la cour de Suse, nous ne pouvons pas donner d'autre explication de cette visite aussi probable que la réalité de ce traité. Certainement aucun ambassadeur n'y serait allé pendant un état de guerre reconnu; et bien qu'on puisse avancer comme possible qu'ils y soient allés dans la pensée de conclure un traité, et que cependant ils n'aient pas réussi, — ce serait restreindre les limites de la possibilité au delà de ce qui est raisonnable (2).

si^niticmt ces phrases, qu'ils s'étaient « révoltés contre la Perse, > qu'ils • avaient, été délivrét du roi, > — (ol àirooravreç poMikitùQ "EXXtjvcc — oi àiro Icoviac xal 'EXXyiottovtov ^^St) àçeoTTixÔTeç àirè paaiXéw; — ôdot àwô pamlùûç vsuxrrl ^XeuOipwvxo. Thucyd.

Voilà pour le payement du tribut.

On trouvera dans Thucydide (VIII, 56) (cf. Diodore, IV, 26) une preuve relative à l'autre point, à savoir que, entre 477 et 412 avant J.-C, on ne souffrait aucun vaisseau persan le long des côtes de Plônia; lesquelles côtes, bien que réclamées par le roi des Perses, n'étaient pas reconnues par les Grecs comme appartenant à ce prince.

(1) Hérodote, VUI, 151. Diodore dit aussi que cette paix fut conclue par KalUas FAthénien (XII, 4).

(2) Je conclus, en somme, en faveur de ce traité comme étant un fait historique, — bien que je sente que quelques* uns des arguments présentés contre lui ne sont pas sans force. M. Mitford et le D' Thirlwall (ch. 17, p. 474), aussi bien que Mànao et Dahlmann, pour n'en pas mentionner d'autres, ont combattu la

T. VII

réalité du traité ; et l'auteur, cité en dernier lieu, a examiné le cas en détail et avancé tous les motifs d'objection ; parmi quelques-uns qui me paraissent réellement sérieux, il en présente d'antres qui me semblent faibles et non défendables (Manso, Sparta, vol. III.

Beylage, X, p. 471 ; Dahlmann, Forschungen auf dem Gebiet« der Geschichte, vol. I. Ueber den Kimonischen Frieden, p. 1*148). Boeckh admet ce traité comme un fait historique.

Si nous nions complètement la réalité historique du traité, nous devons adopter quelque hypothèse semblable à celle de Dahlmann (p. 40): -« « La mention et l'affirmation distinctes de cette paix comme ayant été conclue formellement, me paraissent être nées pour la première fois dans les écoles des rhéteurs à Athènes, peu après la paix d'Antalkidas, et comme une antithèse oratoire à opposer à cette paii(. •>

A ceci nous devons ajouter la supposition que quelques personnes doivent avoir pris la peine de faire graver cette paix fabriquée sur une colonne, et de la faire placer soit dans le Metrôon, soit quelque part ailleurs à

322 HISTOIBE DE LA GStCS

Nous pouvons donc croire à la réalité de ce traité entre Athènes et la Perse , improprement appelé le traité Eimonien; improprement, puisque non-seulement il fut conclu après la mort de Kimdn, mais que les victoires athéniennes qui en amenèrent immédiatement la conclusion furent gagnées après sa mort. Bien plus, — la probabilité est que» si Kimôn eût vécu, il n'aurait pas été conclu du tout. Car son intérêt aussi bien que sa gloire le menait à poursuivre la guerre contre la Perse, puisqu'il ne couvait tenir tête à son rival Periklès, ni comme homme d'Etat ni comme ora-

Athènes parmi les monuments des gloires athéniennes. Car il est certain qa*elle était gravée ainsi sur une colonne (Théopompe ap. Harpokrat. 'At- TixoT; YpàfijJiaffi). Le soupçon avancé par Théopompe (et fondé sur le fait que la paix était gravée non en ancien attique, mais en lettres ioniennes, — cette dernière sorte d'écriture n'ayant été rendue légale à Athènes qu'après Tarchontat d'Ëukleidês), à savoir que le traité fut une invention subséquente et non une réalité historique, n*« pas l»eaucoup de valeur à mes yeux. En admettant que la paix soit réelle, eU© fut naturellement rédigée et gravée dans les caractères employés habitaellement parmi les cités ionieimes dtt TAsie Mineure,- puisquef c'étaient eUes qui y étaient le plus spécialement intéressées; ou eUe pourrait avoir été gravée de nouveau, si Ton songe que près dVn siècle devait s'Ôtre écoulé entre la conclusion du traité et le temps od Théopompe vit la colonne. J'avoue qoe rhypothèse de Dahlmann me paraît plus improbable que la réalité historique du trwt*. A mou avis, il est plus vraisemblable qo'U y •»» hb traité, et que les orateun ont dit à son sujet des choses exagérées et f««w, - q« a n'est probable qu'ils aie«t fiJwqu* !• traité dès le commencement de prapoe délibéré, et en J ajoutant le faux nom 4'un ambassadenr.

Dahlmann expose avec force et justesse (tâche aisée, à la vérité) les assertions vagues, illogiques et vaniteuses des orateurs relativement à ce traité.

L'erreur chronologique à Taide de laquelle on assurait qu'il avait été conclu peu après les victoires de l'Ëurymedôn (et qu'il se rattachait ainsi au nom de Kim^), est une des circonstances qui ont le plus contribué à décréditer les témoins qui Fattestaient ; mais nous ne devons pas oublier qu'Ephora (en admettant que Diodore dans e» cas copie Ephore, ce qui est extrêmement probable, — XII, 3, 4) ne tomba, pas dans cette erreur, mais qn'il mit le traité à sa vraie place chronologique, après l'expédition athénienne sous Kimôn ccmtre Kyprofl et PÊgypte en 450- 449 avant J.-C. Kimôn raoomt avant qne les grands résultats de cette expédition fussent achevés, oomme nous le Mvons par Thucydide. Sur ce point, Diodore parle d'une maniera équivoque, mais qui donne plutôt à entendre que Kimôn vécut pour achever le tout, et qu'il mourut ensuite de maladie.

On a aussi très-jnsteraoït critiqué l'absurde exagération dlsokrate, qui dit qne le traité obligeait les rots <ie Perse à ne pas venir à l'ouest dn fleave Halys* n répète cotte assertion dn&a deux éisconn di£R^rents (Areepagit.

p. 150; Ftoatbenaic. p. 432).

teur, et qu'il ne pouyait conserver sa popularité que par le même moyen qui lui avait servi à l'acquérir, — des victoires et du butin aux dépens des Perses. Sa mort assura un ascen* dant plus complet à Periklês, dont la politique et le caractère avaient une tournure complètement opposée (1); tandis que même Thucydidês, fils de Melêsias, qui succéda à Ki^ m6n> son parent, comme chef du parti opposé à Periklês, était aussi un homme du sénat et de l'assemblée publique plutôt que de campagnes et de conquêtes. Opposé aux entreprises lointaines et aux acquisitions précaires, Periklês était désireux seulement de maintenir entier l'ascendant hellénique d'Athènes, alors à son apogée. Il savait bien que la force et la vigilance d'Athènes sans partage ne seraient pas de trop pour cet objet, — et dans le fait elles ne furent pas suffisantes, comme nous le verrons bientôt. Dans de telles dispositions, il était naturellement content de conclure une paix qui excluait les Perses de toutes les côtes de l'Asie Mineure à l'ouest des îles Chelidonéennes, aussi bien que de toutes les eaux de la mer ^ée, sous la simple condition que les Athéniens renonceraient à de nouvelles agressions contre Kypros, la Phénicie, la Cilicie et l'Egypte. Le grand roi, de son côté, avait eu une expérience suffisante de l'énergie athénienne pour craindre les conséquences de pareilles agressions ^ si elles étaient continuées. Il ne perdait pas beaucoup en abandonnant formellement un tribut qu'à ce moment il avait peu d'espoir de réaliser, et que naturellement il projetait de reprendre à la première occasion favorable. En pesant toutes ces circonstances, nous trouverons que la paix, improprement appelée Kimouienne, résulte naturellement de la position et des sentiments des parties contractantes.

Athènes était alors en paix tant au dehors qu'à l'intérieur, sous l'administration de Periklês, avec un grand empire, une grande flotte et un trésor accumulé considérable. Le fond conimon,, composé des contributions des confédérés, et dé-

fi) Flutarque, Pdriklês, c. 21-28.

posé à Dèlos dans l'origine, avait été, avant cette époque, transféré à rakropolis d'Athènes. A qnel moment précis s'opéra cette translation, c'est ce que nous ne pouvons dire. Nous ne sommes pas non plus en état de déterminer les phases successives par lesquelles la confédération, surtout avec le libre consentement de ses propres membres, finit par être transformée d'un corps de guerriers actifs et armés sous la direction d'Athènes, en payeurs de tribut désarmés et passifs, défendus par les forces militaires de cette république; d'alliés libres, se réunissant à Dêlos et se déterminant d'eux-mêmes en sujets isolés, envoyant leur tribut annuel et attendant des ordres athéniens. Mais il paraîtrait que le changement s'était effectué avant cette époque. Quelques-uns des plus résolus des alliés avaient essayé de se séparer; mais Athènes les avait contraints par la force et réduits à la condition de payeurs de tribut sans vaisseaux ni défense. Chios, Lesbos et Samos étaient alors les seuls alliés libres et armés sur le pied primitif. Chaque changement successif d'un allié armé en tributaire, — chaque réduction d'un séparatiste, — tendaient naturellement à diminuer le nombre et àaffaiblir l'autorité de l'assemblée dêlienne. Et ce qui était pire encore, ils modifiaient les relations et les sentiments réciproques tant d'Athènes que de ses alliés, en faisant de la première un despote en quelque sorte, et en rabaissant les seconds à l'état de simples sujets passifs.

Naturellement la manifestation palpable dû changement a dû être la translation du fonds confédéré de Dêlos à Athènes. La seule circonstance que nous connaissions relativement à cette translation est qu'elle fut proposée par les Sàmiens (1), — la seconde puissance de la confédération, inférieure seulement à Athènes, et moins que toute autre disposée à favoriser quelque entreprise ou quelque mauvais dessein des Athéniens, On dit de plus que, quand les Samiens la proposèrent, Aristeidês la caractérisa comme une motion injuste, mais utile; toutefois, nous pouvons raisonnablement douter

(1) Plutarque, Aristeidês, c. 25.

qu'elle se soit effectaée pendant sa vie. Quand rassemblée de Dêlos cessa d'être assez complètement suivie pour commander le respect ; — quand la guerre fut allumée non-seulement avec la Perse, mais avec ^Egina et le Péloponèse, — les Samiens purent assez naturellement comprendre que le fonds considérable amassé, avec ce qui s*y ajoutait constamment chaque année, serait plus en sûreté à Athènes qu'à Dêlos, île qui demanderait une garnison et une escadre permanentes pour la garantir d'une attaque. Mais quels qu'aient pu être les motifs de la conduite des Samiens , quand nous les voyons se mettre en avant pour proposer la translation, nous pouvons en conclure avec raison qu'elle ne déplut pas, qu'elle ne parut pas injuste aux membres les plus importants de la confédération, et que ce ne fut pas un exercice impérieux et arbitraire de pouvoir, comme on l'a souvent appelé, de la part d'Athènes.

Après la fin de la guerre avec iEgina et les conséquences de la bataille d*Œnophyta, la position d'Athènes changea de plus en plus. Elle acquit un catalogue considérable de nouveaux alliés , en partie tributaires , comme iEgina , — en partie dans les mêmes rapports que Chios, Lesbos et Samos ; c'estnà-dire obligés seulement à une conformité de politique étrangère et au service militaire. Dans cette dernière catégorie étaient Megara, les cités bœôtiennes, les Phokiens, les Lokriens, etc. Tous ces peuples, bien qu'alliés d'Athènes, étaient étrangers à Dêlos et à la confédération contre la Perse ; et en conséquence cette confédération passa insensiblement à l'état de fait historique, et fit place à la nouvelle conception d'Athènes souveraine avec sa liste étendue d'alliés, en partie libres, en partie sujets. Cette transition, née naturellement du caractère et de l'état des confédérés euxmêmes, fut ainsi considérablement hâtée par les acquisitions d'Athènes étrangères à la confédération. Elle fut alors nonseulement le premier État maritime de la Grèce, mais peutêtre l'égale de Sparte même en puissance sur terre ; — car elle possédait dans son alliance Megara, la Bœôtia, la Phokis, la Lokris, avec l'Achœa et Trœzen, dans le Péloponèse. Tout considérable que fût déjà cet agrégat, tant sur terre

que sur mer, cependant la grandeur du tribut annuel, et plus encore le caractère des Athéniens eux-mêmes, supérieurs à tous les Grecs dans cette combinaison d'énergie et de discipline qui est la grande cause du progrès, menaçaient de s'accroître encore davantage. Occupant le port mégarien de Pêgae, les Athéniens avaient tout moyen d'agir sur mer des deux côtés de l'isthme de Corinthe; mais ce qui avait pour eux encore plus d'importance, par leur possession de la Megaris et des hautes terres de Geraneia, ils pouvaient empêcher toute armée de terre de sortir du Péloponèse, et étaient ainsi (si l'on considère en outre leur empire sur mer) complètement inattaquables en Attique.

Toujours depuis l'échec de Xerxês, Athènes avait continué à avancer dans un cours non interrompu de puissance et de prospérité à l'intérieur, aussi bien que de victoires et d'ascendant au dehors, — à une seule exception près, l'entreprise ruineuse en Egypte. En voyant donc l'état de la Grèce vers 448 avant J.-C. , — après la conclusion de la trêve de cinq ans entre les Péloponésiens et Athèhes, et de la paix Kimonienne ainsi appelée entre la Perse et Athènes, — un Grec doué de discernement pouvait bien compter sur un nouvel agrandissement de cet État souverain comme tendance de l'époque. Et accoutumé comme l'était tout Grec à la conception de l'autonomie séparée des villes comme essentielle à im homme libre et à un citoyen, une telle perspective ne pouvait inspirer que de la terreur et de l'aversion. La sympathie des Péloponésiens pour les États insulaires et ultramaritimes, qui constituaient la confédération primitive d'Athènes, n'était pas considérable. Mais quand l'île dôrienne d'^gina fut subjuguée aussi, et passa à l'état d'un tributaire sans défense, ils ressentirent le coup profondément à tous égards. L'ancienne célébrité de cette île mémorable et l'éminent service rendu à la bataille de Salamis, n'avaient pas pu la protéger ; tandis que ces grandes familles seginétaines, dont Pindare célèbre les victoires aux jeux sacrés dans une partie considérable de ses odes, faisaient entendre le langit^ de la plainte et de l'indignation chez leurs nombreux « hôtes » dans toutes les cités h^llé-

CONFÉDéBillION GBSCQUE SOUS ATHÈNES 327

niques. Natorellement , le même sentiment antiathénien régnait dans ces jÉtats péloponésiens qui avaient été engagés dans une hostilité réelle avec Athènes, Corinthe , SikyôHy Epidauros, etc., aussi bien que dans Sparte, jadis le chef reconnu de la Hellas, mais alors tacitement dégradée de cette prééminence, déjouée dans ses projets relativement à là Bœôtia et exposée à voir brûler son port à Gythion sans pouvoir même reprendre sa revanche sur TAttique. En réunissant toutes ces circonstances, nous pouvons comprendre le sentiment puissant de mécontentement et d'appréhension répandu alors si largement en Grèce contre la cité soudainement parvenue au despotisme , dont l'ascendant, récemment acquis, soutenu par des forces supérieures et non reconnu comme légitime, — menaçait néanmoins de s'accroître encore davantage. Seize ans plus tard, on verra «e même sentiment faire explosion et amener la guerre du Péloponèse. Mais il s'enracina dans l'esprit grec pendant cette période à laquelle nous sommes maintenant arrivé, où Athènes était beaucoup plus formidable qu'elle n'était parvenue à l'être au commencement de cette guerre. Nous pouvons difficilement expliquer ou apprécier les idées de <5ette période plus récente, si nous ne les prenons comme transmises à partir de la date plus ancienne de la trêve de cinq ans (vers 451-446 av. J.-C).

Cependant, tout formidable que fût en réalité l'empire athénien et qu'en même temps il parût être , ce sentiment d'antipathie répandu au loin se trouva être plus fort, de sorte qu'au lieu de s'agrandir, comme il menaçait de le faire, l'empire subit une diminution très-considérable. Ce ne fut pas l'attaque d'ennemis déclarés qui en fut la cause, -car pendant la trêve de cinq ans, Sparte n'entreprit qu'un seul mouvement, et cela non pas contre l'Attique ; elle envoya des troupes à Delphes, dans une expédition décorée du nom de Guerre Sacrée, — chassa les Phokiens, qui s'étaient arrogé l'administration du temple, — et la rendirent aux Belphiens indigènes. Les Athéniens ne s'y opposèrent pas directement; mais aussitôt que les Lacédaemoniens furent partis, ils s'y rendirent eux-mêmes et replacèrent le temple

dans les mains des Phokieps , qui étaient alors leurs alliés (1). Les Delphiens étaient membres de la ligue pho* kienne, et il y avait une dispute d'ancienne date quant à l'administration du temple, — sur la question de savoir si elle leur appartenait séparément ou aux Phokiens collectivement. La faveur de ceux qui l'administraient comptait comme un élément d'une importance considérable dans la politique grecque ; les sympathies des principaux Delphiens les conduisaient à embrasser le parti de Sparte ^ mais les Athéniens espéraient alors neutraliser cette tendance au moyen de leur prépondérance en Phokis. On ne nous dit pas que les Lacédsemoniens aient pris aucune mesure ultérieure en voyant leurs projets déjoués par Athènes., — preuve significative de la politique de cette époque.

Le coup qui fit tomber l'empire athénien de cette hauteur, la plus grande qu'il ait atteint, fut frappé parles sujets eux-mêmes. L'ascendant des Athéniens sur la Bœôtia, la Phokis, la Lokris et l'Eubœa était maintenu, non pas au moyen de garnisons , mais par des partis intérieurs favorables à Athènes et par une forme appropriée de gouvernement, — précisément de la même manière que Sparte maintenait son influence sur ses alliés péloponésiens (2)* Après la victoire d'Œnophyta, les Athéniens avaient détruit les gouvernements des cités bœôtiennes établies par Sparte avant la bataille de Tanagra, et les avaient remplacés par des démocraties à Thêbes et ailleurs. Un grand nombre des anciens principaux citoyens avaient ainsi été envoyés en exil ; et comme la même chose s'était passée en Phokis et en Lokris, il y avait à cette époque un corps collectif considérable d'exilés, Bœôtiens, Phokiens, Lokriens, Eubœens, ^ginétains, etc., tous animés d'un sentiment amer d'hostilité contre Athèpes, et prêts à se joindre à toute attaque

(1) Tliucyd. I, 112 ;cf. Philochore. jiàxouç, xax' ôXiYapxtav Se ffçt<nv avTOÏç Fragm. 88, éd. Didot. {jlovov âiriTYiSeicoc Swwç iroXiTevffOUffc

(2) Thucyd. I, 19. Aaxeôatpioviot, ÔepaweuovTe; — le même encore, 1, 76oOx ^woTeXetç ëxovxeç ç opov toùç Çufi.- 144. ,

dirigée contre son pouvoir. Nous apprenons de plus que la démocratie (1). établie à Thêbes après la bataille d'Œnophyta était mal conduite et pleine de désordres : circonstance qui exposait encore plus la Bœôtia aux projets d'assaillants à Taffût de tous les points faibles.

Ces divers exilés, réunissant tous leurs forces et concertant des mesures avec leurs partisans de l'intérieur, réussirent à s'emparer d'Orchomenos, de Chseroneia et de quelques autres places moins importantes en Bœôtià. Le général athénien Tolmidês marcha, pour les chasser, avec mille hoplites athéniens et un corps auxiliaire d'alliés. Il parait que cette marche fut entreprise d'une manière précipitée et irréfléchie. Les hoplites de Tolmidês, principalement volontaires, jeunes, et appartenant aux meilleures familles d'Athènes, dédaignaient trop l'ennemi pour attendre des forces plus considérables et plus imposantes ; et le peuple ne voulut pas même écouter Periklès, quand il l'avertit que l'expédition était pleine de danger, et l'adjura de ne pas la tenter sans des troupes plus nombreuses aussi bien que sans de plus grandes précautions (2). Dans le fait ses prédictions furent justifiées d'une manière fatale. Bien que Tolmidês réussit dans sa première entreprise, — la reprise de Chseroneia, où il mit une garnison , — toutefois pendant sa marche, faite probablement sans précaution et en désordre, en s'éloignant de cette ville, il fut surpris et attaqué à l'improviste, près de Korôneia, par le corps combiné des exilés et de leurs partisans. Il n'y eut jamais dans l'histoire grecque de défaite plus complète ni plus ruineuse. Tolmidês lui-même fut tué avec beaucoup d'hoplites athéniens, tandis qu'un nombre

(1) Aristote, Polit. V, 2, 6. Kai âv eVjSatc («^fà T^v èv OtvoçuTotç iJiàxTiv, xaxûç icoXiTeuofjivwv , ^ ^YifAoxpaTta

(2) Plutarque, Periklès, c. 18 ; et sa comparaison entre Periklès et Fabius Maximns, c. 3.

Kleinias, père du célèbre Alkibia-

dês, fut tué dans cette bataille; il avait servi trente -trois ans auparavant à la bataille navale d^Artemision ; il ne peut donc pas être compté parmi les jeunes guerriers, bien qu^étant un personnage du premier rang (Plut* AÎkibiad. c. 1).

330 HISTOIKB DE ÎA GRÈCE

considérable d'entre eux furent faits prisonniers. Afin de recouvrer ces prisonniers, qui appartenaient aux meilleures familles de la ville, les Athéniens se soumirent à un arrangement en vertu duquel ils convinrent d'évacuer complètement la Bœôtia. Dans toutes les villes de ce pays, les exilés furent rétablis, le gouvernement démocratique renversé, et la Bœôtia, d'alliée d'Athènes qu'elle était, devilit son ennemie acharnée (1). Longtemps, en eflfet, l'issue fatale de cet engagement resta gravée dans la mémoire des Athéniens (2), et leur inspira une appréhension de la supériorité des Bœôtiens pesamment armés sur terre. Mais si les hoplites sous Tolmidès avaient été tous tués dans le combat, leur mort aurait probablement été vengée et la Bœôtia n'aurait pas été perdue, — tandis que dans le cas de citoyens vivants, les Athéniens ne jugeaient pas de sacrifice trop grand pour les racheter. Nous découvrirons ci-après, dans les Lacédaemoniens, un sentiment très-semblable, relativement à leurs frères pris à Spakteria.

Les conséquences calamiteuses de cette défaite fondirent sur Athènes en se succédant rapidement et en grand nombre. Les exilés réunis, étant arrivés à leurs fins en Bœôtia, se mirent en devoir à la fois de chasser le gouvernement favorable à Athènes de la Phokis et de la Lokris, et de porter la flamme de la révolte en Eubœa. C'est vers cette île importante que Periklês lui-même se dirigea sur-le-champ, à la tête d'une puissante armée ; mais avant qu'il eût le temps de la reconquérir complètement, il fut rappelé à Athènes par une nouvelle d'un caractère encore plus formidable. Les Mégariens s'étaient révoltés contre Athènes. Par suite d'une conspiration ourdie antérieurement, une division d'hoplites de Corinthe, de Sikyôn et d'Epidauros, était déjà admise comme garnison dans leur ville; les soldats athéniens qui veillaient sur les Longs Murs avaient été accablés et tués.

(1) Thncjd. 1, 113 ; Biodore, XIT, 6. tia ; elle resta xmîe à Aliènes aussi in- Platée parait avoir été ocmsîdéiée timement qu^auparaYant. comme entièrement séparée de la Bceô- (2) Xénophon, Mem<»a%. IH, S, 4.

CONFÉDÉRÀTIOM OBBCQUB SOUS ATHÈNES 331

excepté un petit nombre qtd échappa et s'enfuit dans le port fortifié de Nisaea, Comme pour faire sentir immédiatement aux Athéniens combien ce désastre les affectait sérieusement, par l'ouverture de la route .qui passait par Geraneia, on annonça que Pleistoanax, roi de Sparte, était déjà en marche pour envahir TAttique. Il conduisit en effet ime armée, composée de Lacédaemoniens et de Péloponésiens mêlés, en Attique, jusque dans le voisinage d'Eleusis et de la plaine Thriasienne. Il était très-jeune, de sorte qu'un Spartiate d'un âge mûr, Kleandridês, avait été attaché à sa personne, par les éphores, comme adjudant et conseiller. Periklês (dit-on) persuada à la fois l'un et l'autre, au moyen de présents considérables, d'évacuer l' Attique sans avancer jusqu'à Athènes. Nous pouvons bien douter qu'ils eussent assez de forces pour s'aventurer si loin dans l'intérieur, et nous ferons remarquer ci-après les grandes précautions qu'Archidamos jugea nécessaires pour conduire son invasion, bien qu'à la tète d'une armée plus imposante. Néanmoins, à leur retour, les Lacédaemoniens, croyant qu'ils auraient pu compléter leur expédition, les reconnurent tous deux coupables de vénalité. Ils furent bannis tous les deux : Kleandridês ne revint jamais, et Pleistoanax lui-même vécut pendant longtemps dans un sanctuaire près du temple d'Athênê à Tegea, jusqu'à ce qu'enfin il se procurât son rappel en pratiquant la prêtresse de Delphes, et en faisant agir des conseils achetés sur les autorités de Sparte (1).

Aussitôt que les Lacédaemoniens se furent retirés de TAttique, Periklês retourna avec ses forces en Eubœa et reconquit llle complètement. Avec cette prévoyance qui le distingua toujours comme militaire, si opposée à la témérité fatale de Tolmidês, il prit avec lui une force écrasante de cinquante trirèmes et de cinq mille hoplites. Il reçut la reddition de la plupart des villes Eubœennes, et changea le gouvernement de Chalkis en chassant l'opulente oligarchie appelée les Hippobotœ. Mais les habitants d'Histiaea, au nord

ÇL) Thucyd. I, 114; T, 16; PlutaT^ne, Periklês, c. 22.

de nie, qui avaient pris un bâtiment marchand athénien et en avaient massacré tout l'équipage, furent traités plus sévèrement; la population libre fut chassée tout entière ou en grande partie, et la terre distribuée entre des Klêruchi athéniens ou citoyens établis au dehors. (1).

Toutefois, l'Eubœa reconquise fut loin de rétablir Athènes dans Tétat qu'elle avait occupé avant le fatal engagement de Korôneia. Son empire, sur terre, était perdu, sans retour, en même temps que son influence nouvellement acquise sur l'oracle de Delphes ; et elle revenait à son ancienne condition de puissance exclusivement maritime. Car, bien qu'elle continuât encore à tenir Nisaea et Pègae, cependant sa communication avec le dernier port était alors coupée par la perte de Megara et du territoire à elle appartenant, de sorte qu'elle perdit ainsi son moyen d'agir dans le golfe de Corinthe, et de protéger aussi bien que de tenir dans le respect ses alliés en Achaia. Le port de Nisaea n'était pas non plus de beaucoup d'importance pour elle, détaché qu'il était de la ville à laquelle il appartenait, si ce n'est comme poste pour inquiéter cette ville.

En outre, l'empire précaire qu'elle possédait sur des alliés mal disposés avait été démontré d'une manière propre à encourager des tentatives semblables parmi ses sujets maritimes, tentatives qui étaient alors secondées par des armées péloponésiennes envahissant l'Attique, La crainte d'une telle combinaison d'embarras, et en particulier d'un ennemi auquel on ne pourrait résister et qui porterait la ruine sur le ter-' ritoire florissant à l'entour d'Eleusis et d'Athènes, prédominait en ce moment dans l'esprit athénien. Nous verrons Periklês, au commencement de la guerre du Péloponèse, quatorze ans plus tard, épuiser toute sa force persuasive ; et ne pas réussir sans grande difficulté, à décider ses compatriotes à endurer le mal de l'invasion, — môme pour défendre leur empire maritime, et quand les événements avaient mûri par degrés de manière à rendre la perspective de la guerre

(1) Tlmcyd. I, 114; Plutarque, Periklês, c. 23; Diodore, XII, 7.

CONFÉDÉRATION ORECQUE SOTJS ATHÈNES

familière, sinon inévitable. Mais la récente série de malheurs avait éclaté sur eux d'une manière assez rapide et assez inattendue, pour décourager même la confiance athénienne, et pour rendre la perspective d'une guerre prolongée, pleine de tristesse et de danger. La prudence de Periklês leur conseillait sans doute de renoncer à leurs autres possessions ou alliances sur terre, qui étaient dès lors devenues inutiles, afin d'acheter la paix. Mais nous pouvons être sûrs qu'il ne fallait rien moins' qu'un extrême découragement temporaire pour amener l'assemblée athénienne à écouter un tel avis et à accepter la paix honteuse qui suivit. Une trêve de trente années fut conclue avec Sparte et ses alliés, au commencement de 445, avant J.-C, en vertu de laquelle Athènes rendait Nisaea, Pêgse, l'Achaia et Trœzen, — abandonnant ainsi complètement le Péloponèse (1), et souffrant que les Méga-

(1) Thucyd. I, 114, 115; II, 21 ; Diodore, XII, 5. Je ne doute nullement que le mot Achaia employé ici ne signifie le pays au nord du Péloponèse, ordinairement connu sous ce nom. Les soupçons de Goeller et d'autres, qui supposent -qu'il signifie non pas ce territoire, mais quelque ville inconnue, me semblent tout à fait dénués de fondement. Thucydide n'a ja« mais mentionné le moment exact où les Athéniens acquirent l'Achaia comme une alliée dépendante, bien qu'il signale les Achœens (1, 111) dans cette qualité.

C'est là un argument, entre bien d'autres, qui prouve que nous devons être prudents en raisonnant d'après le silence de Thucydide contre la réalité d'un événement, — par rapport à cette période entre la guerre des Perses et celle du Péloponèse, où tout son sommaire est si bref.

Quant à la chronologie de ces événements, M. Fynes Clinton fait remarquer : « Les désastres en Bœotia produisirent la révolte de l'Eubœa et de Megara environ dix-huit mois après, en AnUiestêrion, 445 avant J.-C, et l'in-

vasion des Péloponésiens en Attique, à l'expiration de la trêve de cinq ans »

(ad ann. 447 av. J.-C).

M. Clinton me semble admettre un intervalle plus long qu'il n'est probable. J'incline à croire que la révolte de FEubœa et de Megara suivit de plus près les désastres subis en Bœotia, malgré le compte d'archontes donné par Diodore : où itoXX^ Oorepov, l'expression de Thucydide, ne veut pas dire probablement plus de trois ou quatre mois, et toute la série d'événements était évidemment le résultat d'un élan.

La trêve ayant été conclue au commencement de 445 avant J.-C, il semble raisonnable de placer la révolte de l'Eubœa et de Megara, aussi bien que rinvasion de l' Attique par Pleistoanax, en 446 avant J.-C, — et les désastres en Bœotia soit au commencement de 446, soit à la fin de 447 avant J.-C.

En outre, il n'est pas sans danger d'admettre (comme le fait M. Clinton, ad ann. 450, aussi bien que le docteur Thirlwall, Hist. Gr. ch. 17,p. 478) que la trêve de cinq ans a dû réellement expirer avant que Pleistoanax et les

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riens (avec tout leur territoire et leurs deux ports) fossoit comptés parmi les alliés péloponésiens de Sparte.

Ce fut surtout aux Mégariens que fut dû le chauge* ment de position d'Athènes après cette trêve : ce fut leur séparaticHi d'avec TAttique et leur jonction avec les Péloponésiens qui exposèrent T^ttique à une invasicm. De là naquit la haine mortelle que les Athéniens conçurent contre Megara et qui se manifesta pendant les années sui* vantes, — sentiment d'autant plus naturel que Megara avait spontanément recherché Talliance d'Athènes peu d'années auparavant, comme protection contre les Corinthiens, et avait ensuite, sans aucun mauvais traitement connu de la part d'Athènes, brisé l'alliance et s'était déclarée son ennemie, avec la conséquence de la rendre vulnérable du côté de la terre. Dans de telles circonstances, nous ne serons pas surpris de voir l'antipathie d'Athènes contre Megara, fortement prononcée, au point que le système d'exclusion que les Athéniens adoptèrent contre elle fut au nombre des causes les plus marquantes de la guerre du Péloponèse.

Après avoir tracé ce que nous pouvons appeler les relations étrangères d'Athènes jusqu'à la trêve de trente ans, nous devons mentionner les importants changements intérieurs et constitutionnels qu'elle avait éprouvés pendant le même intervalle.

Lacêdaemoniens envaliisBent TAttique: la trêve de trente ans, conclue pins tard, n'acheva pas tout son temps.

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