BATAILLES DE PLATÉE ET DE MYKALB. — ÉCHEC DÉFINITIF DES PERSES
La flotte persane, après avoir qtiitté la Grèce, hiverne à Kymê, et se réunit au printemps à Samos. — 479 avant J.-C. — La flotte grecque se rassemble au printemps à ^gina. — Attachement général des Grecs médisants à Mardonios ;
— révolte de Potidœa, — qui est assiégée en vain par Artabazos. — Mardonios, après avoir hiverné enThessalia, reprend les opérations au printemps en Bœôtia. Il consulte les oracles bœôtiens. — Mardonios envoie à Athènes Alexandre de Macédoine, pour offrir les conditions de paix les plus honorables. — Athènes est tentée d'accepter cette offre ; — les Lacédsemoniens craignent qu'elle ne l'accepte ; — envoyés lacédœmoniens expédiés à Athènes pour l'empêcher. — Réponse résolue des Athéniens, et détermination de faire la guerre, malgré les grandes souffrances actuelles. — Indifférence égoïste manifestée par Sparte et les Péloponésiens à l'égard d'Athènes. — Les Spartiates, ayant fortifié l'Isthme, laissent l'Attique sans défense: Mardonios occupe Athènes une seconde fois.
— Seconde migration des Athéniens à Salamis ; — leur amer désappointement et leur violente colère contre Sparte qui les abandonnait. — Seconde offre de Mardonios aux Athéniens, — refusée de nouveau. Résolution énergique qu'ils montrent. — Remontrance adressée à Sparte par les Athéniens, — lenteur peu généreuse des Spartiates. — Forces Spartiates considérables réunies à l'Isthme sous Pausanias. — Mardonios, après avoir ravagé l'Attique, se retire en Bœôtia. — Découragement dans l'armée de Mardonios en général : Thorsandsos d'Orchomenos au banquet : jalousies entre Mardonios et Artabazos le commandant en second. Zèle et ardeur des Thêbains. — Nombre des Grecs réunis sous Paussmias. — Pausanias franchit le Kithaerôn et entre en BœOtia. — U est attaqué par la cavalerie persane sous Masistios, et fort harcelé. — Les Athéniens se montrent supérieurs à la cavalerie. — Masistios est tué. — Les Grecs abandonnent la protection des pentes de la montagne et prennent une position plus rapprochée de Platée, le long de l'Asôpas. — Mardonios change de position, et se place presque vis-à-vis des Grecs de l'autre côté de l'Asôpos. — Répugnance des deux armées à commencer l'attaque ; — les prophètes des deux côtés détournent d'une première agression. — Mardonios moleste les Grecs avec sa cavalerie, et intercepte leurs approvisionnements à l'arrière-garde. — Impatience de Mardonios ; — malgré la résistance d' Artabazos et d'autres officiers, il décide une attaque générale ; — il tâche de prouver
que les prophéties lui sont favorables. — Son intention communiquée aux Athéniens pendant la nuit par Alexandre de Macédoine. — Pausanias change les plans dans la ligne entre les Spartiates et les Athéniens. — Mardonios les attaque de nouveau avec sa cavalerie. — Par suite du mal causé par la cavalerie persane, Pausanias se détermine à changer la nuit de position pour aller dans nie. — Confusion de l'armée grecque en exécutant ce mouvement de nuit. — Refus du lochagos Spartiate Amompharetos d'obéir à l'ordre donné pour la marche de nuit. — Déliance à l'égard de Pausanias et des Spartiates, manifestée par lès Athéniens. — Pausanias se met en mouvement aan* Amompharetos, qui se hâte de le suivre. — Étonnement de Mardonios en découvrant que les Grecs s'étaient retirés pendant la nuit ; — il les poursuit et les attaque avec une impatience désordonnée. — Bataille de Platée. — Grande bravoure personnelle des Perses.
— Ils sont totalement défaits, et Mardonios est tué. — Les Athéniens à l'aile gauche défont les Thêhains.. — Aitabazos «vec un corps persan coBsidérable abandonne la lutte et se retire de la Grèce ; — le reste de l'armée des Perses prend position dans le camp fortifié. — Faible proportion des deux armées de chaque côté qui combattit réellement. — Les Grecs attaquent et emportent le camp fortifié. — Pertes des deux côtés. — Obsèques faites par les Grecs. — Monuments. — Cadavre de Mardonios ; — distribution du butin. — Pausanias somme Thêbes et demande que les chefs lui soient livrés. — Ceux-ci se rendent eux-mêmes et sont mis à mort. — Honneurs et distinctions parmi les guerriers grecs. — Tribut de respect rendu à Platée, comme théâtre de la victoire, et aux Platœens : on décrète que ces derniers célébreront des solennités périodiquement, en l'honneur des morts. — Les vainqueurs décrètent une confédération grecque permanente, dont les assemblées seraient tenues à Platée. — Opérations de la flotte grecque ; elle se met en mouvement pour délivrer Samos des Perses. — La flotte persane abandonne Samos et se retire à Mykale en lônia.
— Défiance de la fidélité des Ioniens conçue par les généraux persans. — Les Grecs débarquent pour attaquer les Perses sur le rivage ; — la révélation de la victoire de Platée, gagnée par leurs compatriotes le même matin, leur est communiquée avant la bataille. — Bataille de Mykale ; — révolte des Ioniens dans le camp persan ; — défaite complète des Perses. — L'armée persane défaite se retire à Sardes. — Répugnance des Spartiates îi admettre les Ioniens continentaux dans leur alliance ; — proposition de les transporter par la mer^gée dans la Grèce occidentale, — rejetée par les Athéniens. — La flotte grecque fait voile vers l'Hellespont : les Spartiates retournent chez eux, mais les Athéniens restent pour attaquer la Chersonèse. — Siège de Sestos ; — antipathie des habitants de la Chersonèse contre Artayktês. — Prise de Sesto&j — crucifiement d'Artayktês. — Retour de la flotte à Athènes.
Bien que la défaite à Salamis enlevât aux. Perses tout espoir d'attaquer de nouveau la Grèce par mer, ils espéraient encore du succès sur terre de la prochaine campagne de Mardonios, Leur flotte, après avoir traversé au delà de l'Hellespont Xerxès et son armée de terre qui l'accompagnait, alla hiverner à Kymê et à Samos ; dans le dernier de ces endroits, de grandes récompenses îwreni accordées à Theomèstor et à Phylakos, deux capitaines samiens qui
Diaitized bv
Goo<?le
s'étaient distingués dans le dernier engagement. Theomêstor fut même nommé despote de Samos, sous la protection des Perses (1). Au commencement du printemps elle fut rassemblée, — au nombre de quatre cents voiles, mais sans les Phéniciens, — à la station navale de Samos, n'ayant toutefois que l'intention de veiller avec soin sur Flônia, et ne supposant guère que la flotte grecque oserait l'attaquer (2). Pendant longtemps, la conduite de cette flotte fut de nature à justifier une telle opinion chez ses ennemis. Réunie à -^gina au printemps, au nombre de cent dix vaisseaux, sous le roi Spartiate Leotychidês, elle s'avança jusqu'à Dêlos, mais non pas plus loin à l'est ; et toutes les paroles persuasives des envoyés de Chios et des autres contrées ioniennes, expédiés tant aux autorités spwtiates qu'à la flotte, et promettant qu'une révolte éclaterait contre la Perse dès l'apparition de la flotte grecque, ne purent déterminer Leotychidês à une entreprise offensive. L'Iônia et les eaux orientales de la mer ^Egée avaient été alors pendant quinze ans complètement au pouvoir des Perses^ et si peu visitées par les Grecs, qu'un voyage dans ces parages paraissait, surtout au peu d'expérience qu'un roi Spartiate avait de la mer, ress^nbler à une expédition aux Colonnes d'Hêraklès (3); non moins aventureux que le même voyage parut.
(1) Hérodote, Vni, 85.
(2) Hérodote, VIII, 130; Diodore, VI, 27.
(3) Hérodote, VIII, 131, 132. CL Thucyd. Ill^ 29-32.
Hérodote dit que les envoyés de Chios eiurent beaucoup de peine à amener Leotychidês à s'avancer mênie jusqu'à Dfilos. — Tè yàp npootorépco iriv Seivàv ^v Toîcrt "EXXYi^t, oOte tûv ycopcAv èov(Ti ipiiceipouTi, ffxçaxtTJi; ts icàvTa TcXéa àSoxei elvai • rPjv Se Sàfiov èmaxéœzo ôôÇt(i xai 'HpaxXéac (TT^Xa?
îffov ànsxetv.
Cette deruière expression d'Hérodote a été expliquée à tort par quelques -uns des commentateurs comme si c'était
une mesure de l'ignorance en géographie, soit d'Hérodote lui-même, soit de ceux dont U parle. A mon avis, on ne doit pas en tirer des conclusions de cette sorte ; eUe marque la crainte inspirée par un pftys ennemi qu'ils n'avaient pas coutume de visiter, et où ils ne pouvaient pas calculer le danger à Tavance, — plutôt qu'une comparaison sérieuse entre deux distances. En parlant de ceux de nos ancêtres qui avaient peu l'habitude de la mer, nous pourrions dire : — « Un voyage à Bordeaux ou à Lisbonne leur semblait aussi lointain qu'un voyage aux Indes, »
-> et par là nous affirmerLona seulement quelque ehoie quant à leur ma-
cinquante-deux ans plus tard, à l'amiral lacëdaemonieu Alkidas, quand il hasarda pour la première fois sa flotte au milieu des eaux qui avaient été conservées à l'empire athénien.
Cependant la retraite précipitée et désastreuse de Xerxês avait produit moins de désaffection parmi ses sujets et ses alliés qu'on n'aurait pu s'y attendre. Alexandre, roi de Macédoine, les Aleuadae thessaliens (1) et les chefs bœôtiens prêtaient encore un concours dévoué à Mardonios; et il n'y en avait aucun, excepté les Phokiens, dont la fidélité lui parût douteuse, parmi tous les Grecs qui habitaient au nordouest des frontières de l'Attique et de la Megaris. Ce fut seulement dans la péninsule Chalkidique qu'il y eut une révolte réelle. Potidsea, située sur l'isthme de Pallênê, aussi bien que les villes voisines dans la longue langue de terre de Pallênê, se déclarèrent indépendantes; et la ville voisine d'Olynthos, occupée par la tribu à moitié grecque des Bottiseens, fut sur le point de suivre leur exemple. Le général persan Artabazos, revenant d'escorter Xerxês jusqu'à THellespont, entreprit de réduire ces villes, et réussit parfaitement avec Olynthos. Il prit la ville, tua tous les habitants et la remit à une nouvelle population, composée de Grecs chaikidiques sous Kritoboulos de Torônê. Ce fut de cette manière qu'Olynthos, ville dans la suite si importante et si intéressante, devint pour la première fois grecque et chalkidique. Mais Artabazos ne fut pas aussi heureux au siège de Potidaea, à la défense de laquelle contribuèrent des citoyens des autres villes de Pallênê. Un complot qu'il concerta avec Timoxenos, commandant des auxiliaires skiônseens dans la ville, fut découvert accidentellement; un corps considérable de ses troupes périt en essayant de passer à marée basse sous les murs de la ville, qui étaient bâtis dans toute la largeur de l'isthme étroit rattachant la péninsule Pallénsèenne au continent; et après trois mois de blocus, il fut forcé de
nière de sentir, et non quant à leurs (1) Hérodote, IX, 1, 2, 67 ; VIII,
connaissances géographiques. 136.
renoncer à l'entreprise et d'emmener ses troupes pour rejoindre Mardonios en Thessalia (1).
Mardonios, avant de se mettre en mouvement pour la campagne du printemps, jugea utile de consulter les oracles grecs, surtout ceux qui se trouvaient dans les limites de la Bœôtia et de la Phokis. Il envoya un Karien, nommé Mys, familier avec la langue grecque aussi bien qu'avec la langue karienne, consulter Trophoniôs à Lebadeia, Amphiaraos et Apollon Isménien à Thêbes, Apollon au mont Ptôon près d'Akraphiae, et Apollon d'Abae en Phokis. Cette démarche fut faite probablement comme une sorte de respect fastueux pour les sentiments religieux d'alliés dont il dépendait beaucoup à ce moment. Mais ni les questions posées ni les réponses faites ne furent rendues publiques. Le seul fait remarquable qu'Hérodote eût appris, c'est que le prêtre d'Apollon Ptdien fit sa réponse en karien, ou du moins dans une langue qu'aucune personne présente ne comprit, si ce n'est le Karien Mys lui-môme (2). Il paraît cependant qu'à cette époque où Mardonios cherchait une force nouvelle dans les oracles et établissait ses plans pour faire une paix et une alliance séparées avec Athènes contre les Péloponésiens, quelques personnes, dans ses intérêts, faisaient circuler des prédictions annonçant que le jour était proche où les Perses et les Athéniens chasseraient conjointement les Dôriens du Péloponèse (3). Le chemin lui était ainsi frayé pour expédier un
(1) Hérodote, VHI, 128, 129.
(2) Hérodote, YIII, 134, 135. Paosaaias, IX, 24, 3.
(3) Hérodote, VEI, 141. AaxeSaitx6vtoi 6è, ... àva(i,vYi(r6évTCC tûv >oy(a>v, 6c <Tf eoç XP^^ ^^^^ ^I'^ '^^^ âXXoiai Acdpieûfft èxicCirreiv èx IleXoicowi^aov 6ic6 M^8a>v Te xal 'AOrivaicov, xàpTx Te
*A6Y)vaToi, etc.
Ces oracles ont dû être produits par les espérances dn parti médiscmt en Grèce à ce moment particulier. Il n*y a pas d'autre instant auquel on les
T. VII
pourrait adapter en aucune façon, — ni ,d*autre où l'on pouvait même songer à l'expulsion de tous les Dôriens du Péloponèse par les Perses et les Athéniens combinés. On dit ici, à la vérité, que les Lacédsmoniens « se rapp^ent les prophéties, » — comme si elles étaient anciennes, et non pas produites alors pour la première fois. Mais nous devons nous rappeler qu'un fabricateur de prophéties, tel qu'Onomakritos, les faisait très-probablement circuler tout de suite comme antiques; c'est à dire comme faisant partie de quelque vieille
envoyé à Athènes, Alexandre, roi de Macédoine, qui avait pour instructions de faire les offres les plus séduisantes, ^* de promettre réparation de tout le dommage fait en Attique^ aussi bien que l'amitié future et active du Grand Roi, et d'offrir aux Athéniens une acquisition considérable de nouveau territoire comme prix de leur consentement à former avec lui une alliance à des conditions d'égalité et d'indépendance (1). Le prince macédonien exprima en outre avec chaleur l'intérêt qu'il prenait personnellement au bonheur des Athéniens, et leur recommanda en ami sincère d'accepter des propositions avantageuses aussi bien qu'honorables, d'autant plus que la puissance persane devait finir par les accabler, et l'Attique rester exposée à Mardonios et à ses alliés grecs, sans être couverte par aucune défense commune comme le Péloponèse, qui était protégé par son isthme (2). Cette offre, envoyée au printemps, trouva les Athéniens rétablis totalement ou en partie dans leur ville à moitié ruinée* Une simple promesse de merci et de traitement passable, si elle eût été expédiée par Xerxès des Thermopyl» Tannée précédente, aurait peut-être été jusqu'à les détacher de la cause de la Hellas ; et même au moment actuel, bien que le poids d'une terreur accablante eût disparu, il y avait bien des raisons qui les engageaient à accéder à la pro* position de Mardonios. L'alliance d'Athènes assurait au général persan un ascendant incontestable en Grèce, et à Athènes elle-même une protection contre des ravages ultérieurs aussi bien que l'avantage de jouer à coup sûr; tandis que sa force, sa position et ses alliances, même dans l'état actuel, menaçaient d'une guerre désastreuse et douteuse, dont l'Attique supporterait le- principal choc. De plus, les Athéniens souffraient à cette époque des privations du caractère le plus cruel; car non-seulement leurs maisons et leurs temples
coUection, telle que celle de Bakis ou sauce, et les supposait alarmés en « se
de Musgeos. Et Hérodote sans doute les rappelant les prophéties. >
«royait anciennes lui-même ; de sorte (1) Hérodote, IX, 7.
qu'il faisait naturellement honneur aux (2) Hérodote, VIII, 142. Lacédaemoniens de la même connais-»-
BATAILLES DE PLATÉB ET DE MYKALB
ruinés avaient besoin d'être relevés, mais ils avaient perdu la moisson de Vannée précédente avec les semailles du dernier automne (1). L'examen du cas que commandait la prudence étant ainsi plus favorable que contraire à Mardonios., et fortifié surtout par la détresse qui régnait à Athènes, les Lacédaemoniens redoutèrent tellement qu'Alexandre n'en arrivât à ses fins, qu'ils expédièrent des envoyés pour dissuader les Athéniens de l'écouter, aussi bien que pour leur offrir du secours pendant le dénûment actuel de la ville. Après avoir entendu les deux parties, les Athéniens rendirent leur réponse dans des termes d'une résolution solennelle et digne que leurs descendants se plaisaient à répéter. A Alexandre ils dirent : « Ne nous jette pas au visage que la puissance du Persan est bien des fois plus grande que la nôtre : nous aussi nous savon» cela aussi bien que toi ; mais néanmoins nous aimons assez la liberté pour lui résister le mieux que nous pourrons. N'entreprends pas la vaine tâche de nous parler pour nous amener à faire alliance avec lui. Dis à Mardonios que, tant que le soleil suivra sa route actuelle , nous ne contracterons jamais alliance avec Xerxês. Nous nous rencontrerons avec lui pour notre propre défense, mettant notre confiance dans l'aide de ces dieux et de ces héros auxquels il n'a pas témoigné de respect, et dont il a brûlé les demeures et les statues. Ne reviens plus vers nous avec de semblables propositions, et ne nous engage pas, même dans un esprit de bon vouloir, dans des actes sacrilèges : tu es l'hôte et l'ami d'Athènes, et nous ne voudrions pas que tu souffrisses d'injure de nous (2). >»
(1) Hérodote, VIII, 142.ntei;ewfjivoi- <n {jtivTOi OtJLÏv <nivaxOô(i.60a (disent les envoyés Spartiates aux Athéniens), xal 6ti xopirwv è<TTepifiÔYiTe ôiÇôv iJÔY), xal (kt olxo(p06pir](r6e xpo^®*^ ^^*l tcoXXov.
Si Ton considère que ceci est dit avant rinvasion de Mardonios, la perte de deux récoltes doit comprendre lea semailles de l'automne précédent; et ravi» de Thémistoklês à )s compa-
triotes, — xaC Tiç 0ixi7)v TS àvairXaffàffÔw, xal cTTcopou àvaxûc èxé'C(*> (VIII, 109) , — a dû se trouver impossible à suivre dans la plupart des cas.
(2) Lykurgue, Torateur athénien, en faisant allusion à cet incident, un siècle et demi plus tard, représente les Athéniens comme ayant été « sur . le point de lapider Alexandre ■ — (Jiixpoù Seïv xaTÉXeuerav (Lykurg. contra Leociat.,
HISTOIRE P9 LA QRÈCB
La réponse des Athéniens a.ux Spartiates eut un caractère également décidé : ils protestaient de leur dévouement invincible à la cause et aux libertés communes de la Hellas, et promettaient qu'aucune tentation imaginable, soit d'argent, soit de territoire, ne les amènerait à renoncer aux liens de la fraternité, d'un langage commun et de la religion. Tant qu'il survivrait un seul Athénien, jamais il ne serait fait d'alliance avec Xerxôs. Ils remercièrent ensuite les Spartiates de l'aide qu'ils leur ofiraient pendant Jeurs privations présentes ; mais, tout en déclinant ces offres, ils leur rappelèrent que Mardonios, à la nouvelle que ses propositions étaient rejetées, s'avancerait probablement aussitôt, et qu'en conséquence ils désiraient vivement la présence d'une armée péloponésienne en Bœôtia pour les aider à défendre l'Attique (!)• Les envoyés Spartiates, promettant qu'il serait fait droit à cette requête (2) et contents de s'ôtre assurés des sentiments d'Athènes, partirent.
Cette fidélité inébranlable que montrèrent les Athéniens à la cause générale de la Grèce, malgré des souffrances présentes combinées avec des offres séduisantes pour l'avenir, fut l'objet de la juste admiration de leurs descendants ^t un thème fréquent d'éloge pour leurs orateurs (3). Mais, parmi ka Grecs contemporains, elle fut saluée seulement comme un allégement au danger, et payée par un abandon égoïste
e. 17, p, 186), — fpéeîmen entre beau-»
coup d'aatrQ3 de la manière négligée dont ces orateurs traitent Phistoire ancienne.
(1) Hérodote, VIII, 143, 144; Plutarque, Aristeidês, c. 10. Selon Plutarque, oe fut Aristeidês qui proposa et prépara la réponse à rendre. Mais, ici comme ailleurs, le style de Plutarque, vague et exagérant les choses, centraste défavorablement avec la simplicité et la droiture d'Hérodote.
^) Hérodote, IX, 7. 2Àiv0é|uvot Ôè ^plv Tov II&p<niv àyxmaea^QU iç ti^v BoicDxiYiv, etc.
' Diodore donne le récit de cette am-
bassade à Athènes en aubat«nee ^ la 9aâme manière; cependant 11 y joint quelques motifs erronés (XI, 2tf).
(3) Hérodote, IV, 7. *E7ci(rTà|xevoC Te 5x1 xepfiaXet^repov ê<m à[ut\oyéBv* t^ Uépaiçi (jLÔcXXov fi iroXe(jiéeiv, etc.
Les orateurs ne se contenteql; pas toigours de rendre à Athènes l'honneur qu'elle méritait réeUenQient. Ils se permettent de représenter les Athéniens comme ayant refusé ces offres brillantes ûûtes, selon eux, par Xerxês lor« de la première invasion, et non par Mardonioc Pété suivant. XerxÔs ne leiix fit jamais aucune offre. V. Isokiïate, Or.
IV, Panegyr. o. 27, p. 61,
BATAILLES DK PLATÉE ET DE MYKALB 101
et peu généreux. Le mfime sentiment d'indifférence à TégArd de tous leé Orecs en dehors de leur isthme, sentiment qui avait si gravement compromis la marche des affaires avant la bataille de Salamis» se manifesta alors une seconde fois parmi les Spartiates et les Péloponésiens. Le mur en travers de risthme qu'ils avaient été si empressés à construire, et sur lequel ils avaient compté comme sur une protection contre Tarmée de terre de Xerzês, avait été discontinué et laissé inachevé quand ce monarque se retira; mais on le re^^ prit aussitôt qu'on s'attendit au mouvement de Mardonios en avant. Il n'était cependant point encore terminé à l'épo* que de l'ambassade du prince macédonien à Athènes, et cet état incomplet de leur défense spéciale était une des raisons qui leur faisaient craindre que les Athéniens n'acceptassent les conditions proposées. Ce danger étant détourné pour le moment, ils redoublèrent d'efforts à l'isthme ; de sorte que le mur fut promptement mis dans un état suffisant de dé-> fense, et qu on était en train de construire les créneaux le long de sa crête. Ainsi en sûreté derrière leur boulevard, ils ne songèrent plus à leur promesse de rejoindre les Athéniens en Bœôtia, et de les aider à défendre l'Attique contre Mardonios. Dans le fait, leur roi Kleombrotos, qui commandait l'armée à l'isthme, fut si effrayé d'une éclipse de soleil au moment où il sacrifiait pour s'assurer des dispositions des dieux au sujet de la prochaine guerre, qu'il crut même nécessaire de se retirer avec le gros de l'armée à Sparte, où il mourut bientôt après (1). Outre ces deux raisons, — indifférence et présages défavorables , — qui empêchaient les Spartiates de secourir l'Attique , il y en avait encore une troisième. Ils étaient occupés à célébrer la fête des Hyakinthia, et leur principal objet (dit l'historien) (2) était de sa-
li) Hérodote, IX, 10. ï*rès d'un siècle après ceci, on nous
(2) Héi:odote, IX, 7. 01 yàp Aaxe- dit que c'était toujours Tusage des ho-
8ai{JL6vioi 6(>Tal^6v te toOiov xèv xpôvov plites amyklaeens de retourner chez
xat (Tçt ^v *raxiv6ia • wepl TcXetorou eux pour la célébration des Hyakin-
8' ^yov ta TGV •eoO icoptruvciv • &|j.a 6ï thia, dans quelque expédition qu'ils se
TÔ teTxo; 991 xà h Tcp ItrOtiû éteixeov, trouvauent engagés (Xénoph. Hellen.
xaî ^5^1 eicàXfstç é>àa^a^e. ' IV, 6, 11).
tisfaire «• les exigences du dieu. » Comme les Olympia et les Karneia dans Tannée précédente, de môme à ce moment la fête des HyaMnthia remporta sur les nécessités de la défense, et fit oublier à la fois les devoirs de la fidélité envers un allié exposé et l'engagement d'une promesse fornJelle.
Cependant Mardonios , informé de l'accueil défavorable que ses propositions avaient trouvé à Athènes, mit aussitôt son armée en mouvement et partit de la Thessalia, rejoint par tous ses auxiliaires grecs et par de nouvelles troupes venues de Thrace et de Macedonia. Comme il traversait la Bœôtia, les Thêbains, qui épousaient sincèrement sa cause, s'efiTorcèrent de le détourner de nouvelles opérations militaires contre les forces combinées de ses ennemis, et l'engagèrent instamment à essayer la puissance des présents offerts aux principaux personnages des différentes villes, en vue de les désunir. Mais Mardonios, impatient de rentrer lui-même en possession de l'Attique, n'écouta pas leur avis. Environ dix mois après la retraite de Xerxès, il entra dans le pays sans rencontrer de résistance, et établit de nouveau le quartier général des Perses dans Athènes (mai ou juin — 479 av. J.-C.) (1).
Avant son arrivée, les Athéniens s'étaient retirés une seconde fois à Salamis, dans des .sentiments de désappointement amer et de vive indignation. Ils avaient attendu en vain l'accomplissement de la parole des Spartiates qui leur avaient promis qu'une armée péloponésienne les rejoindrait en Bœôtia pour la défense de leur frontière ; enfin, incapables de tenir tête seuls à l'ennemi, ils se trouvèrent dans la nécessité de transporter leurs familles à Salamis (2). La migration fut beaucoup moins terrible que celle de l'été précédent, puisque Mardonios n'avait pas de flotte pour les harceler; mais elle fut plus gratuite et aurait été prévenue si les Spartiates avaient exécuté leur engagement, ce qui aurait fait que la
(1) Diodore, XI^ 28 ; Hérodote, IX, ôdotTîep l{jL^5tt;ov *EX>i^v(«>v tc5v tol-ôti^ , 3, 17. 01 (Jt.èv àXkoi iràvTe; icoif ei/ov olxY)(xév(ov, etc. /Tpaxi^Jv xai (juvEfféêaXov èç !i.6:QVotc (2) Hérodote, IX, 4.
BATAILLES DR PLATÉE BT DE MYKALB
bataille de Platée eût été livrée deux mois plus tôt qu'elle ne le fut réellement.
Mardonios, quoique maître d'Athènes, était si désireux de se concilier les Athéniens, qu il s'abstint d'abord de commetire de dégât) soit dans la ville, soit dans la campagne, et il expédia un second envoyé à Salamis pour répéter les offres faites par Alexandre de Macédoine. Il pensait qu'elles seraient alors écoutées, puisqu'il pouvait offrir l'Attique exemptée de tout ravage comme tentation additionnelle. Murychidès, Grec de l'Hellespont, fut envoyé pour renouveler ces propositions au sénat athénien, à Salamis; mais il éprouva un refus, non moins formel que celui qui avait été < à Alexandre de Macédoine, et presque unanime. Un malheureux sénateur, Lykidas, fit exception à cette unanimité, en hasardant le conseil d'accepter les propositions de Murychidès. Si furieuse fut la colère , ou si fort le soupçon de corruption que provoqua son vote négatif unique, que les sénateurs et le peuple de concert le tuèrent en le lapidant; tandis que les femmes athéniennes à Salamis, apprenant ce qui s'était passé , allèrent de leur propre mouvement à la maison de Lykidas, et lapidèrent sa femme et ses enfants. Au point désespéré de résolution où étaient alors montés les Athéniens , un opposant passait pour un traître : l'unanimité, même arrachée par la terreur, était essentielle à leurs sentiments (1). Murychidès, bien que ses propositions fussent rejetées, fut congédié sans outrage.
(1) Hérodote, IX, 6. Je n'ose pas rejeter cette histoire au sujet de Lykidas (V. Lykurgue cont. Leocrat. o. 30, p.
222), bien que d'autres auteurs racontent le même incident comme étant Burvenu à une personne du nom de Kyrsilos, Tannée précédente, quand les Athéniens^ quittèrent Athènes. Y. Dejnosth. De Coronâ, p. 296, c. 59; et Cicéron, De Officiis, III, 11. n n'est pas probable que deux actes pareils aient été accomplis par les Athéniens ; •t s*il faut choisir entre les deux, le
récit d'Hérodote est de beaucoup le plus probable. Lors de la migration de l'année précédente, nous savons qu'un certain nombre d'Athéniens restèrent réellement derrière dans l'akropolis, et Kyrsilos pouvait avoir été de ce nombre s'il l'avait préféré. De plus, Xerxês ne fit pas d'offres, et ne donna pas l'occasion de délibérer ; tandis que les offres de Mardonios pouvaient réellement paraître mériter attention à un citoyen bien disposé.
Xsokrate (Or. IV, Panegyr. s. 184,
Pendant que les Athéniens donnaient ainsi de nouvelles preuves de leur ferme attachement à la cause de la Hellas, ils expédiaient en même temps, conjointement avec Megara et Platée, des envoyés pour reprocher aux Spartiates leur lenteur et leur manque de foi, et pour les prier même, à Ce moment aussi avancé, de marcher aussitôt en avant et d'aller à la rencontre de Mardonios en Attique, non sans leur donner à entendre que, s'ils étaient abandonnés ainsi, ils seraient réduits à la nécessité impérieuse, contre leur volonté, de traiter avec l'ennemi. Toutefois, les éphores Spartiates étaient si indifférents à l'égard de l'Attique et de la Megaris, qu'ils négligèrent, pendant dix jours de suite, de donner réponse à ces envoyés, tandis que dans le même temps ils pressaient de tous leurs efforts l'achèvement de eurs fortifications à l'isthme. Et après avoir ainsi amusé les envoyés autant qu'ils le purent, ils auraient fini par les congédier avec une réponse négative, — tant était grande leur crainte de s'aventurer*au delà de l'isthme, — si un Tégéen nommé Chileos, qu'ils estimaient beaucoup et auquel ils communiquèrent la demande, ne leur eût rappelé que des fortifications à l'isthme- ne suffiraient pas pour défendre le Péloponèse, si les Athéniens devenaient les alliés de Mardonios et laissaient ainsi la péninsule ouverte par mer.
L'opinion puissante de ce Tégéen respecté prouva aux éphores que leur politique égoïste ne serait pas secondée par leurs principaux alliés du Péloponèse, et les fit songer, probablement pour la première fois, que le danger par mer pourrait reparaître, bien que la flotte persane eût été battue l'année précédente et était actuellement loin de la Grèce. Elle changea leur résolution d'une manière aussi complète
0. 42) dit que les Athéniens condam- cale avec les Perses » — ^v 8à toXç
nèrent plus d'une personne à mort pour avXXoyotç Iti xal vOv àpàç noiovvTai,
médisme (par allusion sans doute à The- eÏTiç è-jriXYipUTceueTat Ilspdatc t(Sv itoXt-
mistoklês comme étant du nombre) ; xûv. Ceci doit avoir été nn ancien
mais il ajoute : — « Même aujourd'hui usage, continué après qu'il avait cetssé
ils font des imprécations contre tout d'être appliqué à propos ou approprié, citoyen qui entre en négociation ami-
que soudaine; de sorte qu'ils envoyèrent sur-le-champ à l'isthme, pendant la nuit, cinq mille citoyens Spartiates, — chaque homme ayant sept ilotes attachés à sa personne. Et quand les envoyés athéniens, qui ignoraient ce changement soudain de politique, vinrent le lendemain notifier péremptoirement qu'Athènes n'endurerait plus une trahison aussi déloyale» mais prendrait sans tarder des mesures pour sa propre sûreté et pour une pacification séparée , — les éphores affirmèrent avec serment que les troupes étaient déjà en marche, et qu'elles étaient probablement au moment même sorties du territoire Spartiate (1). Si l'on considère que cette démarche était une expiation imparfaite, tardive et faite à regret pour un abandon et un manque de parole antérieurs, — les éphores ont pu probablement penser que le mystère de cette marche de nuit et la communication soudaine de ce mouvement comme fait réel aux envoyés , en manière de réponse , feraient une plus forte impression sur l'esprit de ces derniers, qui retournèrent à Salamis avec les bienheureuses nouvelles, et préparèrent leurs compatriotes à agir promptement. Cinq mille citoyens Spartiates, chacun avec sept ilotes armés à la légère comme serviteurs, étaient en marche pour se rendre sur le théâtre de la guerre. Dans tout le cours de l'histoire grecque nous
(1) Hérodote, IX, 10, 11 ; Plutarque, Aristeidês, c, 10. Plutarque avait lu un décret attribué à Aristeidês, dans lequel Eimôn, Xanthippos etMyronidês étsîient nommés ambassadeurs à Sparte.
Mais il est impossible que Xanthippos ait pu prendre part à l'ambassade, si on songe qu'il commandait la flotte en oe moment.
Probablement les ilotes doivent avoir suivi. On voit difficilement comment xm nombre si considérable aurait été réuni en entier soudainement et mis en marche en une seule nuit, aucim préparatif n'ayant été fait à Tavance.
Le D» ThirlwaU (ffist. Gr. ch. 16, p. 366) doute de l'exactitude du récit
d'Hérodote, sur des raisons qui ne me semblent pas convaincantes. H me paraît, après tout, que le récit littéral est plus probable que tout ce que nous pouvons mettre à la place. La politique étrangère Spartiate dépendait entièrement des cinq éphores. Il n'y avait ni discussion ni critique publiques. Or la conduite de ces éphores est logique et intelligible, — bien qu'égoïste, étroite et insensible à tout danger, si ce n'est à ce qui est présent et manifeste.
Je ne puis pas croire non plus (avec le D' ThirlwaU) que le mode de communication adopté finalement tienne de la plaisanterie.
106 HISTOIBE DE LA aRÈCK
n'entendons jamais parler d'un nombre de citoyens Spartiates approchant de cinq mille mis au service étranger 4 la fois. Mais ce n'était pas tout : cinq mille Periœki lacédasmoniens, chacun avec un ilote armé à la légère, destiné à le servir, furent aussi envoyés à Tisthme pour prendre part à la même lutte. Ces efforts sans pareils donnent une mesure suffisante de l'alarme qui, bien que tardive, cependant réelle, régnait alors à Sparte. D'autres cités péloponésiennes suivirent cet exemple, et une armée considérable se trouva ainsi réunie sous le Spartiate Pausanias.
Il paraît que Mardonios était à ce moment en correspondance secrète avec les Argiens qui, bien que professant la neutralité, lui avaient, dit-on, promis d'arrêter la marche des Spartiates au delà de leurs propres frontières (1). S'ils firent jamais une telle promesse, la promptitude de la marche, aussi bien que le nombre imposant des forces, les empêcha de la remplir, et il se peut que telle ait été l'intention des éphores , dans l'appréhension qu'une résistance eût pu être faite par les Argiens. En tout cas, ces derniers furent forcés de se contenter d'informer sur-le-champ Mardonios du fait, par leur courrier le plus rapide. Cette nouvelle détermina ce général à évacuer TAttique et à porter la guerre en Bœôtia, — pays à tous égards plus favorable pour lui. Il s'était pendant quelque temps abstenu de commettre des dévastations dans Athènes ou autour de la ville, dans l'espérance que les Athéniens seraient amenés à écouter ses propositions ; mais les derniers jours qu'il passa dans le pays furent employés à brûler et à détruire tout ce qui avait été épargné par l'armée de Xerxês Tété précédent. Après une tentative infructueuse faite pour surprendre un corps de mille Lacédsemoniens, qui avaient été détachés en vue de protéger Megara (2) , il retira toute son armée en Bœôtia, sans prendre la route étroite qui menait à Platée
(1) Hérodote, IX, 12. ces Perses, que, disait-on, Tinterven-
(2) Il y avait à Megara des histoires tion d'Arterais avait fait périr (Paosan. courantes même du temps de Pausa- I, 40, 2).
nias, relativement à quelques-uns de
par Eleutherae, ni celle qui menait à Thêbes par Phylô, routes qui tontes deux étaient montagneuses et incommodes pour la cavalerie, mais marchant dans la direction nord-est jusqu'à Dekeleia, où il rencontra quelques guides des régions adjacentes près du fleuve Asôpos, et conduit à Tanagra à travers le dème Sphendaleis, Il se trouva ainsi, après une route plus longue mais plus facile» en Bœôtia, dans la plaine de l'Asôpos, fleuve qu'il longea le lendemain à l'ouest jusqu'à Skôlos, ville située dans le territoire de Thêbes, vraisemblablement près de celui de Platée (1). Il prit alors position à une faible distance, dans la plaine sur la rive gauche de l'Asôpos; son aile gauche en face d'Erythrae, son centre vis-à-vis d'Hysise et sa droite dans le territoire de Platée ; et il occupa son armée à construire sur-le-champ un camp fortifié (2) de deux mille mètres carrés, défendu par des murs et des tours de bois, fournis par les arbres du territoire thèbain.
Mardonios se trouvait ainsi avec sa nombreuse armée dans une plaine favorable à la cavalerie, — avec un camp plus ou moins défendable, — la ville fortifiée de Thêbes (3) sur ses derrières, et un fonds considérable de provisions aussi bien qu'une région amie derrière lui, d'où il pouvait en
(1) Hérodote, IX, 15. La situation du dême attique Spfaendalê ou Sphendaleis ne semble pas connue d'une manière certaine (Ross, Ueber die Demen von Attika, p. 138) ; mais le colonel L«ake et M, Finlay pensent qu'il était « près d'Aio Merkurio, qui aujourd'hui donne son nom au défilé conduisant de Dekelia, par les crêtes de Pâmes, dans Textrémité de la plaine Tanagrienne, à un endroit appelé Malakasa • (Leake, Athens and the Demi of Attica, vol.Il,sect. IV, p. 123).
M. Finlay ( Oropus and Diakria^ p. 38) dit que « Malakasa est le seul endroit sur cette route où un corps considérable de cavalerie pourrait faire halte commodément. ■
Il parait que les Bœôtiens du voisinage de l'Asôpos étaient nécessaires comme guides pour cette route. Peutêtre mOme le territoire d'Orôpe faisaitil encore, dans ce temps, partie de la Bœôtia : nous ne savons pas d'une manière certaine à quelle époque il fut conquis pour la première fois par les Athéniens.
Les combats entre Athéniens et Bœôtiens se livrèrent, comme on le verra, le plus souvent dans cette région sudest de la Bœôtia, — Tanagra, Œnophyta, Delion, etc.
(2) Hérodote, IX, 15.
(3) La ville forte de Thêbes était pour lui d'un grand secours (Thucyd, I. 90).
tirer davantage. Cependant peu d'hommes dans son armée étaient ou dévoués sincèrement à sa cause ou assurés dti succès (1); les Perses indigènes eux-mêmes avaient été découragés par la fuite du monarque Tannée précédente et, étaient remplis de tristes augures.
Un banquet splendide, auquel le chef thêbain Attaginos invita Mardonios avec cinquante Perses et cinquante hôtes thèbains ou bœôtiens, offrit des preuves de ce sentiment d'abattement, preuves qui furent plus tard rapportées à Hérodote lui-même par un des hôtes présents, — un citoyen orchoménien de distinction nommé Thersandros. Le banquet étant disposé de manière que chaque lit fût occupé par un Persan et un Thêbain, cet homme fut accosté en grec par son voisin persan, qui lui demanda à quelle ville il appartenait; et quand il eut appris qu'il était Orchoménien (2), il continua ainsi : « Puisque tu viens d*avoir avec moi part à la même table et à la même coupe, je désire te laisser quelque souvenir de mes convictions, surtout afin que tu sois averti toi-même et que tu puisses prendre les meilleures mesures pour ta propre sûreté. Vois-tu ces Perses qui font festin ici et larmée que nous avons laissée là-bas campée près de la rivière? Encore un peu de temps, et de tous ces gens^ tu en verras seulement bien peu survivre. » Thersandros entendit ces paroles avec étonnement, prononcées comme elles l'étaient avec une forte émotion et un flot de larmes, et il répondit : « Assurément tu dois révéler ceci à Mardonios et à ses conseillers intimes. »» Mais le Persan répliqua : « Mon ami, personne ne peut détourner ce dont Dieu à décrété la venue; personne n'ajoutera foi à cette révélation, quelque
(1) Hérodote, IX, 40, 45, 67 ; Plu- (cf. les Scholies ad loc, et au commentarqae, Aristeidês, c. 18. cernent de l'Ode), relativement à la
(2) Hérodote, IX, 16. Thersandros, famille thêbaine d'Hérodotos et Asôbien qu'Orchoménien, passe pour Thê- podôros. ^ancienne querelle mythique bain: — nép(nr]V ts xal 6Y]6aiov èv xXCvif) parait s'être assoupie, mais on verra éxàaTTji — preuve de l'intime connexion qu'il s'éleva dans des temps plus récents qui existait entre Thêbes et Orchome- une haine mortelle entre ces detut nos à cette époque, qui est encore viUes.
expliquée par Pindare, Isthm. I, 51
certaine qu'elle soit. Parmi nous autres Persans, plus d'un le sait bien» et ne sert ici que contraint par la nécessité. Et c'est là -vraiment la plus odieuse de toutes les douleurs humaines, — c'est de savoir bien des choses et en même temps de ne pouvoir rien sur le résultat (1). » — « Ces paroles (fait observer Hérodote), je les ai entendues moi-môme de rOrchoménien Thersandros, qui me dit en outre qu'il avait cité le fait à plusieurs personnes autour de lui, même avant la bataille de Platée. » C'est certainement une dès révélations les plus curieuses de toute l'histoire : non-seulement en ce qu elle présente l'historien avec sa propre personnalité, communiquant avec un ami personnel des chefs thêbains, et pourvu ainsi de bons moyens d'information quant aux événements généraux de la campagne, — mais encore en ce qu'elle nous découvre, sur un témoignage qu'on ne peut suspecter, les dispositions réelles des Perses indigènes, et même des principaux chefs parmi eux. Si un si grand nombre de ces chefs étaient non-seulement apathiques, mais désespérés dans la cause, bien plus prononcée était la même absence de volonté et d'espérance dans leurs soldats et dans les alliés sujets. Suivre le monarque dans sa marche écrasante de l'année précédente, était agréable à bien des égards aux Perses indigènes; mais chacun était dégoûté de l'expédition maintenant qu'on était réduit à la faire sous Mardonios; et Artabazos, le commandant en second, n'était pas seulement lent à agir, il était encore jaloux de son supérieur (2). Dans cet état de choses, nous ne serons pas surpris tout à l'heure de voir l'armée entière disparaître sur-le-champ, aussitôt que Mardonios est tué.
(1) Hérodote, IX, 16, 17. La dernière observation citée ici est frappante et expressive — ix^icvri Sa ôfivvri iori tûv tf àvOpc^oun avr^, noXkk çpovéovra {lYiSsvàc xpaxéeiv. Elle aura be* soin d*être examinée avec soin à une période plus avancée de cette histoire, quand nous en viendrons à toucher la vie scientifique des Grecs et la philoso-
phie du bonheur et du devoir telle que la conçoit Aristote. Développé complètement, ce principe est la négation directe de ce qu' Aristote pose dans ses Ethiques quant au bonheur supérieur du pCoç OewpTjTixôç, ou vie d'observation et de réflexion scientifiques.
(2) Hérodote, IX, 66.
Parmi les alliés grecs de Mardonios, les Thêbains et les Bœôtiens étaient actifs et zélés; la plupart des autres étaient tièdes, et les Phokiens même d'une fidélité douteuse. Leur contingent de mille hoplites, sous Harmokydôs, avait tardé à le rejoindre; il n'était arrivé que depuis qu'il avait quitté l'Attique pour passer en Bœôtia ; et quelques-uns des Phokiena restèrent même derrière dans le voisinage du Parnas* aos, poursuivant des hostilités manifeste» contre les Perses. Instruit des sentiments de ce contingent, que les Thessaliens eurent soin de lui présenter sous un point de vue défavorable, Mardonios se détermina à lui donner une leçon d'intimidation. Il le fit mettre en corps séparé dans la plaine et cerner par sa nombreuse cavalerie , tandis que la Phêmê, ou impression soudaine et simultanée, courut dans les rangs des alliés grecs, aussi bien que des Phokiens euxmêmes, qu'il allait les faire périr sous les traits (1). Le général Harmokydês ordonna à ses hommes de se former en carré et de serrer leurs rangs, et en quelques mots il les exhorta à vendre chèrement leur vie et à se conduire comme des Grecs braves contre des assassins barbares; à ce moment la cavalerie se mit en mouvement comme pour charger, et s'avança tout près du carré, avec les javelines levées et les arcs bandés ; quelques flèches furent même réellement lancées. Les Phokiens, selon l'ordre, maintinrent leurs rangs serrés avec une ferme contenance, et la cavalerie tourna autour d'eux sans attaque ni mal réel. Après cette démonstration mystérieuse, Mardonios condescendit à complimenter les Phokiens sur leur courage, et à les assurer au moyen d'un héraut qu'il avait été très-mal renseigné à leur égard. En même temps il les exhorta à être désormais fidèles et empressés à servir, et il leur promit que toute bonne
(1) Hérodote, IX, 17. AteÇîiXÔe çi^piri, tion, entourés et tués sous des traits
&Z xaxaxovxieî dçéa;. Relativement à par le satrape persan, bien qu'ils ne
9Yi{i7), V. une note un peu plus loin, à fussent pas ses ennemis — neçiarfiaoLç
la bataille de Mykale, dans le même toùc éautou xaT»ixôvTtffe (Thucydide ,