‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 4)Chapitre 6 sur 31 · chapitre. VIII · texte numérisé non relu

chapitre. VIII

Comp. le cas des Dêliens à Adramyt-

conduite serait amplement récompensée. Hérodote semble incertain, — tant il est difficile de faire la supposition, — si Mardonios n'eut pas d'abord l'intention de massacrer les Phokiens sur le terrain, et s'il n'y renonça qu'en voyant combien il faudrait verser de sang pour l'accomplir. Quoi qu'il en soit, la scène elle-même fut une réalité remarquable, et présenta une preuve entre beaucoup d'autres de la tiédeur et de la fidélité suspecte de l'armée (1).

Conformément à la suggestion des Thêbains, c'était en Bœôtia qu'on allait bientôt disputer les libertés de la Grèce ; et non-seulement Mardonios avait pris position, mais encore il avait fortifié son camp avant que l'armée grecque combinée se fût approchée du Kithaerôn dans sa marche en avant après son départ de l'isthme. Lorsque ces forces conjplètes des Lacédsemoniens furent parvenues à l'isthme, elles eurent à attendre l'armée de leurs alliés péloponésiens et des autres confédérés. Les hoplites qui les rejoignirent furent comme il suit : de Tegea, 1,500; de Corinthe, 5,000, outre un petit corps de 300 de la colonie corinthienne de Potidaea; de l'arkadienne Orchomenos, 600; de Sikyôn, 3,000; d'Epidauros, 800; de Trœzen, 1,000; de Lepreon, 200; de Mykênae et de Tyrins, 400; de Phlionte, 1,000; d'Hermionô, 300; d'Eretria et de Styra, 600; de Chalkis, 400; d'Ambrakia, 500; de Leukas et d'Anaktorion, 800 ; de Pâle en Kephallenia, 200 ; d'^Egina, 500. En se rendant de l'isthme à Megara, elles prirent en passant 3,000 hoplites mégariens, et aussitôt qu'elles furent parvenues à Eleusis dans leur marche en avant, l'armée fut complétée par la jonction de 8,000 hoplites athéniens et de 600 Plataeens, sous Aristeidês, qui vinrent de Salamis en franchissant le détroit (2). Le nombre total des hoplites ou troupes pesam-

(1) Oùx l^u) àTpexéoïç eZirsiv, ouxe el qu'Hérodote décrit, n'est pas sans im-

?X8ov {làv àiroXéovTs; toù; <î>(i)xéaç, Seri- portance en ce qu'il fortifie notre con-

6çvT(ov Tûv ©eodûiXûv, etc. (Hérodote, fiance dans l'historien.

IX, 18). (2) Comp. cette liste d'Hérodote avec

Cet aveu d'incertitude quant aux l'énumération que Pausanias lut ins-

motifs et aux plans, établissant une dis- crite sur la statue de Zeus, élevée à

tinction entre eux et les faits visibles Olympia par les Grecs qui prirent part

ment armées était ainsi de 38,700 hommes. Il n'y avait pas de cavalerie , et seulement très-peu d'archers ; — mais, si nous ajoutons ceux qu'on appelle armés à la légère ou non armés en général, quelques-uns peut-être avec des javelines ou des épées, mais aucun avec une armure défensive, — le total général n'était pas moins de 110,000 hommes. De ces hommes armés à la légère ou non armés, il y avait, selon le calcul d'Hérodote , 35,000 au service des 5,000 citoyens Spartiates et 34,500 au service des autres hoplites, avec 1,800 Thespiens qui étaient, à proprement parler, hoplites, mais si mal armés qu'ils ne comptaient pas dans les rangs (1), Tel était le nombre des Grecs présents ou à la portée de la main au combat contre les Perses à Platée, qui fut livré un peu de temps après. Mais il semblait que les contingents n'étaient pas d'abord entièrement au complet, et que de nouvelles additions (2) continuaient d'arriver même peu de jours avant la bataille, avec les convois de bétail et de provisions qui venaient pour la subsistance de l'armée. Pausanias marcha d'abord de l'isthme à Eleusis, où il fut rejoint

à la bataiUe de Platée (Pausan. Y, 23, 1).

Pausanias trouva InBcrits tous les noms indiqués ici par Hérodote, excepté les Paleis de Kephallênia ; et il trouva en plus les Eleiens, les Eéens, les Eythniens, les Tenions, les Naxiens et les Hêliens. Les cinq, derniers noms sont ceux d'insulaires de la mer jEgée :

leurs contingents envoyés à Platée doivent en tous cas avoir été bien faibles, et il est surprenant d'apprendre qu'ils en aient môme envoyé, — surtout si nous nous rappelons qu'il y avait une flotte grecque de service, à laquelle il était naturel qu'ils se joignissent de préférence au service de terre.

Quant au nom des Eleiens, le soupçon de Broendstedt est plausible, à savoir, que Pausanias peut par erreur avoir pris le nom de Paleis de Kephallênia pour le leur, et avoir cru lire EAAËIOI ,

quand il y avait écrit réeUement nA- AEIS, dans une inscription qui avait à cette époque six cents ans de date environ. L'endroit de la série où Pausanias place le nom des Eleiens oonfinne ce soupçon. A moins qu'on ne l'admette, nous serons forcé, comme Taltemativ* la plus probable, de supposer une ftanda commise par la vanité des Eleiens, qui peut facilement les avoir amenés à changer tm nom appartenant clam l'origine aux Paleis. Le lecteur se rappeUera que les Eleiens étaient euxmêmes les surveillants et les administrateurs à Olympia.

Plutarque semble avoir lu la même inscription que Pausanias (De Herodoti Malignit. p. 873).

(1) Hérodote, IX, 19, 28, 29.

(2) Hérodote, IX, 28. Cl lin<poi- Ttôvxéc Te xal ol àpxi^v èXOovteç 'EX- Xi^vwv.

par les Athéniens de Salamis. Â Eleusis, aussi bien qu*à l'isthme, les sacrifices se trouvèrent encourageants, et larmée combinée franchit ensuite la chaîne du Kythserôn, de manière à arriver en vue des Perses. Quand Pausanias les vit occuper la ligne de TAsôpos, dans la plaine au-dessous, il retint son armée sur la pente de la montagne, près d'Erythrae, sans vouloir s'aventurer sur le terrain plat. Mardonios, ne trouvant pas les Grecs disposés à engager la bataille en plaine, envoya pour les attaquer sa nombreuse et excellente cavalerie sous Masistios, Tofficier le plus distingué de son armée. Sur la plupart des points, le terrain était assez inégal pour l'empêcher d'approcher ; mais le contingent mégarien, qui se trouvait être plus exposé que le reste, fut pressé si vivement, qu'il se vit forcé d'envoyer demander du secours à Pausanias. Il parait non-seulement n'avoir pas eu de cavalerie, mais encore pas d'archers de trait, tandis que les Perses, archers excellents et très-habiles à lancer le trait, faisant usage de très-grands arcs et dressés à ces exercices dès leur première enfance, chargeaient par escadrons successifs et accablaient les Grecs de traits et de flèches, — sans oublier des railleries méprisantes sur leur lâcheté à ne pas descendre en plaine (1). La crainte qu'inspirait la cavalerie persane était si générale alors, que Pausanias ne put trouver aucun des Grecs ^excepté les Athéniens, disposé à aller volontairement au secours des Mégariens Cependant un corps d'Athéniens, composé spécialement de trois cents hommes de troupes d'élite sous Olympiodoros, soutenus par quelques archers, se rendit aussitôt à l'endroit et engagea le combat avec la cavalerie persane. Pendant quelque temps, la lutte fut vive et douteuse ; enfin le général Masistios, — homme renommé pour sa bravoure , d'une taille élevée, revêtu d'une armure remarquable et monté sur un cheval nisseen avec des harnais dorés, — char-

(1) Sur les armes de trait et Padresse remploi tant de Parc que de la jave*

des Perses, V. Hérodote, 1, 136; Xéno- line (Xénoph. Anab. I, 8, 26; I, 9, 5

phon, Anab. III, 4, 17. comp. Cyropœd. I, 2, 4).

Cyms le jeune était éminent dans

T. VII. 8

114 HISTOniE ©Ê tA miÈxm

géant à la tète de ses troupes, eot son chera^ frappé d'une flèche dafts le ftaac. L'animal se cabra immédiatement et jeta son maître à terre, tout près des rangs d«s Athéniens, qui, s'élançant en avant, saisirent le ch^rval et accablèrent Masistios avant qu'il i)ût se reîe»ver. Toutefois, son casque et sa cuirasse (1) présentaient un obstacle si impénétrable , qu'ils eurent xme «peine considéralble à le tuer, bien qu'il fût en leur pouvoir; enfin un soldat armé d'une lance lui doima la mort en le perçant à l'œil. Cette mort du général passa inaperçue de la cavalerie persane; mais aussitôt qu'ils s'aperoureift de wm absence et qu'ils fuient certains de sa perte, les Persefs chargèrent av«c fureur en une seule masse pour recouvrer le cadavre. D'abord les Athéniens, trop peu nombreux spotfr résister au choc, furent forcés pendant un certain tenqprs d?ô céder, en abandonnaiït le corps; mais bientôt, des reifforts arrivant â leur appel, les Persesfurent repoussés avec pert«, «et il finit par rester en leur pouvoir (2).

La mort 4e Ifetsiatios, jointie à cet échec final de îa cavalerie qui laissait son corps entre les mains des Grecs, produisit un effet puissaiït sur les deuWL armées, en encourageant l'une autant qu'elle désespéra l'autre. D'une extrémité à l'autre dm -camp de Mardonios, la douleur fut violente et sans bornes, manifestée par des gémissements si forts qu'ils retentirent dans toute la Bœôtia, tandis qu'on coupa abondammient les cheveux des hommes, les crins des chevaux et le poil du bétail en signe ^de deuïl. D'atître part, les Grecs furent enivrés de leur succès, placèrent le cada*vre dans uû chariot et le promenèrent autour de l'armée ; même les hoplites sortirent de leurs rangs pour le voir, non-seulement le saluant comme um important trophée , mais admirant sa taille et -ses proportions (3).

(1) Y. Quinte-Curce^ in,'H, 15; et xpew[jL6vot àwXéTcj) • fiTuacrav .yàp t^v latïi^te de MtLtzd. TSotwTirjv xaTetx.6 ^x^i ^^o.

(2) Hérodote, IX, Sï,'22, 2S; Plu- . Les SémonBtrations exagérées de tarque, Aristeidts, o. 14. douleur attribuées à Xerx^s et à Atossa,

(3) Hérodote, IX, 24, 25. OlfiwY? "^^ dans les Persœ d'iEscliyle, ont souvent

BÂTAILLBS

vultèe et I>S MYKÂLE

Lieur confiaEaee s^accfvt tellement que Paasanias osa alors quitter Ja protection du terrain de la montagne, qoe la faible quantité d'eau que Ton y trouvait rendait incommode, et prendre position dans la plaine située en bas, parsemée seulement d'éminences peu élevées. S'avançant d'Erytbras dans la direction de Touest, le long des pentes duKythserÔn, et passant par Hysiae, les Grecs occupèrent une ligne de camp dans le territoire plataeen, le long de l'Asôpos et sur sa rive droite, avec le4ir aile droite près de la fontaine £çpelée Oargaphia (1), et leur aile gauche près de la chapelle, entourée d'uia bois touffu du héros plataeen Androkratês.

été 'blâmées par des critiqueB ; ce passage nous montre combien elles étaient dans les mœurs des Orientaux de ce temps.

(1) Hérodote, IX, 25-30; Plutarque, Aristeidês, c. 11. Ta toO 'AvSpoxpà- Touc i?ip(j)ov ëfyvç àXaei Ttvxvûv xàî cvffxi'wv èévSpwv irepiexoiievov.

Les expressions d'Hérodote relativement à cette position prise par Pausanias, OOtoi jjièv oOx xaxÔévTe; èul tî^ 'AœmicÇ èoTpaxoKeoSeuovTO, aussi bien que les mots qu'on lit dans le chapitre suivant (31) i — 01 pàpêapai, iruÔofuvo; eîvai Toî)ç 'TEW.Tivac êv FD^aTairiai, TTOtp^ffoev xai ocOroi ènl tàv ^àdcd^àv tàv TauTi(] ^éovTo, — montrent dairement que les troupes grecques étaient campées le long de P Asôpos, sur le côté platssen, taudis que'les Perses, dans leur seconde position, occupaient le terrain sur le côté opposé ou th'êbain du fleuve.

Quelle que fftt l'armée qui comfnfençât l'attaque, elle de^udt d'abord iraxuihir l'Asôpos (c. 36-69).

Pour la topograpliie de cette contrée et des positions occupées par les deux armées, cf. Squire, dans « Turkey » de Walpole, p. 338 ; Kruse, Hellas, vol. II, ch. fi, p. 9 M9.,«et cb. 6, p. 592 Mqr.,cdb les xenBeignonente coosie plus abâ»dantB et pins exacts du ooloDel Loila, Travels in Northern Greece, ch. 1116, vol. II, p. 324-^S«0. Xom dAUxtantAoïouâ

des plans du pays î celui que j'annex© fist emprunté des cartes de Kiepert. Je ne puis m'erapêcher de croire qu'on n'a pas encore reconnu l'identité de la fontaine Gargaphia, et que Eruse etLeake placent tous deux la position grecque plus loin du fleuve Asôpos qu'il ne convient pour qu'elle s'accorde avec les mots d'Hérodote; mots qui semblent spécifier des points voisins des deux extrémités, indiquant que la fontaine de Gargaphia était {)ré« du fleuve vers la droite de la position grecque, et la chapelle d'Androkratês également près du fleuve vers la gauche de cette position, oii étaient postés les Athéniens.

Cette -position .pour une chapelle d'Androkratês ne serait pas non plus incompatible avec Thucydide (III, 24), qui meiïtionne simplement cette chapellB comme étant à main droite du premier mille de la route de Platée à Thêbes.

A considérer la longueur dû temps qui s'est écoulé depuis la bataille, il ne serait pas surprenant que la source do Gargaphia ne fût plus reconnaissable.

En tout cas, ni la fontaine signalée par le colonel Leake (p. 332), ni celle de Vergutiani qu'ont supposée le colonel Sqtdre et le D'Clarke,-ne>meparBiisBiit convenir foor GsFgsphia.

On eompTeiid bien -maintenait les erreurs du plan de la bataille qui accompagne le ^n>ya^>d'AnaGharsis.

Dans cette position, ils furent rangés par nations ou fractions séparées du nom grec, — les Lacédsemoniens à l'aile droite, avec les Tégéens et les Corinthiens tenant à eux immédiatement, — et les Athéniens à l'aile gauche, poste qui, comme étant .le second en dignité, fut d'abord réclamé par les Tégéens, surtout sur des motifs d'exploits mythiques, à l'exclusion des Athéniens , mais que les Spartiates, après avoir entendu les deux parties, finirent par adjuger à Athènes (1). En campagne même, les Lacédsemoniens suivaient ces formes démocratiques qui dominaient si généralement dans les opérations militaires des Grecs : dans le cas actuel, ce ne furent pas les généraux, mais les troupes lacédaemouiennes en corps qui entendirent la discussion et rendirent le verdict par une acclamation unanime.

Mardonios, informé de ce changement de position, fit marcher son armée aussi un peu plus loin à l'ouest, et se posta vis-à-vis des Grecs, séparé d'eux par le fleuve Asôpos. D'après les conseils des Thêbains, lui-même en personne avec ses Perses et ses Mèdes, les hommes d'élite de son armée, il se plaça à l'aile gauche, immédiatement en face des Lacédsemoniens de l'aile droite grecque, et même s' étendant assez pour couvrir les rangs tégéens, sur la gauche des Lacédsemoniens ; les Baktriens, les Indiens, les Sakse, avec d'autres Asiatiques, et les Égyptiens, remplissaient le centre, et les Grecs et les Macédoniens au service de la Perse la droite, — vis-à-vis des hoplites d'Athènes. Quant au nombre de ces Grecs que nous avons mentionnés en dernier lieu, Hérodote ne put l'apprendre, bien qu'il l'estime par conjecture à 50,000 hommes (2) ; nous ne pouvons pas non plus avoir confiance dans le total de 300,000 qu'il nous donne comme appartenant aux troupes de Mardonios, bien que probablement il n'ait pu être beaucoup au-dessous.

(1) Hérodote, IX, 26-29. A en juger tion d^ocouper Taile gaacbe, et avoir

diaprés les bataiUes de Corinthe (396 préféré le poste dans la ligne à côté des

av. J.-C.) et de Mantineia (418 av. Laoédœmoniens (Xénoph. Hellen. lY,

J.-C), les Tégéens semblent dans la 2, 19).

snite avoir laissé tomber cette préten- (2) Hérodote, IX, 31, 32.

I. First Pûsition occupied by the opposinô armiâs 11. Second I^ositioa 111. Third Position. •

a Bpr^l Pereians.

2^ ^BA Athenians.

Q |i-'-'i'ii'.| Lacedemoniana.

d mm Varlûua Greek AUiea.

Grotk's Greeck,

C'est dans cette position que se trouvaient les deux armées, séparées seulement par un espace étroit renfermant le fleuve Asôpos, et chacune d'elles s'attendant à une bataille, tandis qu'on offrait les sacrifices de part et d'autre. Pausanias, Mardonios et les Grecs de l'armée persane avaient chacun un prophète séparé pour faire un sacrifice et pour s'assurer des dispositions des dieux; les deux premiers avaient des hommes issus des familles prophétiques les plus distinguées en Elis, — les derniers en appelèrent un de Leukas (1). Tous reçurent un salaire considérable, et le prophète de Pausanias avait été dans le fait honoré d'une récompense au-dessus de tout salaire, — le don du droit complet de cité à Sparte pour lui -môme aussi bien que pour son frère. Il se trouva que les prophètes des deux côtés firent le même rapport de leurs sacrifices respectifs : favorable pour la résistance, si l'on était attaqué, — défavorable pour commencer la bataille. A un moment où le doute et l'indécision étaient le sentiment régnant des deux côtés, c'était la réponse la plus sûre que le prophète pût donner, et la plus satisfaisante que les soldats pussent entendre. Et bien que la réponse de Delphes eût été assez encourageante, et qu'on eût invoqué solennellement la bienveillance des héros protecteurs de Platée (2), cependant Pausanias n'osa pas franchir l' Asôpos et commencer l'attaque, en face d'une déclaration formelle de son prophète. Hegesistratos luimême, le prophète employé par Mardonios, ne voulut pas, de son côté, conseiller un mouvement agressif, bien qu'il eût personnellement une haine mortelle contre les Lacédsemoniens et qu'il eût été heureux de les voir vaincus. Alors se formèrent des commencements de conspiration, peut-être encouragés par des promesses ou des présents de l'ennemi, parmi les plus riches hoplites athéniens, pour établir une

(1) Hérodote, IX, 36, 38. MefiidOw- que donne Hérodote relativement à

{livoc oOx ôXiYou. leurs aventures. Cf. aussi l'histoire

Ces prophètes étaient des hommes d'Euenios, IX, 93.

de grande importance individuelle, (2) Plutarque, Aristeidês, c. XI ;

comme on peut le voir par les détails Thucjd., U» 74.

HTSTOIRB DE LA 0RÈCB

oligarchie à Athènes sous la suprématie persane, comme celle qui> existait alors à Thèbes, — conspiration pleine de danger à un tel moment, bien que, par bonheur, réprimée (1) par Aristeidês, d'une main à la fois douce et ferme.

Le mal fait par la cavalerie persane sous la conduite des Thêbains était incessant. Leurs constantes attaques et les traits qulls lançaient de l'autre côté de l'Asôpos empêchaient les Grecs de se servir de la rivière pour leur provision d'eau, de sorte que toute l'armée était forcée d'en prendre â la fontaine Gargaphia, à l'extrême droite de la position (2), près des hoplites lacédaemoniens. De plus, le chef thèbain Timogenidas , remarquant les convois qui arrivaient par les défilés du Kithserôn, par derrière le camp grec, et les constants renforts d'hoplites qui les accompagnaient, détermina Mardonios à occuper sa cavalerie à intercepter cette communication. Le premier mouvement de cette sorte, entrepris de nuit contre le défilé appelé les Têtes de Chêne (Dryoskephalse), réussit complètement. Un convoi de cinq cents bêtes de somme avec des provisions fut attaqué, pendant qu'il descendait dans la plaine avec son escorte, dont les soldats furent tous ou tués ou emmenés prisonniers au camp des Perses, de sorte qu'il devint dangereux pour tout nouveau convoi de s'^approcher des Grecs (3). Huit jours s'étaient déjà passés dans Finaction avant que Timogenidas suggérât ou que Mardonios exécutât cette ma-

(1) Plntarqne, Aristeidèa, c. 131

(2) Hérodote, IX, 40, 49, 50. T^ te.

xp7)vr,v T^iv rapyaçtifiv, àsr' ^Jç Oôpeuexo- «èw xh o?rpàTeu(JLa tÎ- *EX>Y)vtx6'v, — èpxqjLEyoi Sa &3cd tou 'Aocmim», a(iT(d 8^ iitl T^ xpïjvyiv SfoCTeov * àizà tov iroTajjLoO yàp 991 oOx i^Yîv {îSeop çopéeerOai, {i7c6 Te t(3v iTCirécov xaî ToÇeu-

(AaTCdV.

Dtodore'(SI, dff) sfBTTmeqtnrlapaaitîoxi' gT6CGpnr était si bîmi déftnidu6 psr la nature du terrain, et si cBiRcile à attaquer, que* Maidonibs ffit emptfolié de faire usage de sa supériorité numé-

rique, n eadt évident d'après le récit d'Hérodote que ceci est tout à fait iaexact. La position ne semble pas avoir e» d!antis protiecti<m qua celle qu'elle tirait du fleuve Asôpos, et les Grecs finirent par @tre forc^ de l'abandonner par suite des attaques incessantes de la cavalerie persane. Tout le récit, à la fois diffus et peu instructif, que fait Bfodore de cette bataille (XT, 30-36), forme un contraste prononcé avee h lUDTKtib]! daire', fiappante eft eireonatandée d^énuïote.

(3) Hérodote, EL, 38, 39.

BATAILLES- DB PUiTiS ST. I» MYKALB 119

nœuvre; il est hexLreox pour les Gkecs qu'il n'en ait pas fait Fessai plus tôt^ et elle prouva claireisbeat combien il pouvait espérer d'un emploi efficace de la cavalerie» sans le hasard ruineux d*uae bataille. Néanmoins» après avoir attendu deux jours encore, son impatience devint irrésistible» et il résolut d'eu venir sur4e-chaiap à une actioa générale (1). En vain Artabazo& s'efforçarfr-il de le dissuader de cette démarche, en adoptant la même manière de voir que les Thèbains, i savoir que, dans une bataille rangée, l'armée grecque combinée était invincible, et que la. seule politique qui pût réussir était celle des délais et de la corruption pour les diviser. Il conseillait de rester sur la défensive, au moyen de Thébes, bien fortifiée et abondamment approvisionnée : on aurait ainsi le temps de distribuer des présents efficaces entre les principaux personnages dans toutes les diverses cités grecques. Ce conseil, qu'Hérodote considère comme sage et de nature à réussir, fut repoussé par Mardonios conuoe lâche et indigne de la supériorité reconnue des armes persanes (2)!

Mais, tandis qu'en vertu d'une autorité supérieure il n'admettait pas les objections de tous ceux qui l'entouraient, Perses aussi bieu que Grecs> il ne put s'empêcher de se sentir effirayé par leur obéissance forcée, qui avait sa source (ainsi le soupçonnait41) dans les oracles ou prophéties d'un augure défavorable, qu'ils avaient entendu. En conséquence, il convoqua les principaux officiers, Grecs aussi bien que Perses, et leur demanda s'ils connaissaient quelque prophétie ajiucioncaattque les Perses étaient condammés à périr en Grèce, Tous gardèrent le silence.; quelques-uns ne connaissaient pas les. prophéties, maie d'autres (Hérodote le donne à entendra) les connaissaient trèi^-bien, quoiqu'ils n'osassent pas parler* Ne recevant pas de réponse, Mardo* nies dît : ^ Puisque vous ne aavei rien« ou que vous ne vou* lez rien dire» moi, qui sais bien, je parlerai moi-même. Il y a un oracle qui fit que des Perses» envahissant la Grèce,

(1) Hérodote, IX, 40, 41. (2) Htedot»» IX, 42^

pilleront le temple de Delphes, et seront ensuite tous détruits. Or nous, sachant cela, nous ne marcherons pas contre ce temple, et nous n'essayerons pas de le piller : ainsi, pour cette raison, nous ne serons pas détruits. Réjouissez-vous donc, vous qui êtes bien disposés pour les Perses, — nous aurons le dessus sur les Grecs. » Puis il donna Tordre de tout préparer pour une attaque et une bataille générales le lendemain (1).

Il n'est pas improbable que l'Orchoménien Thersandros ait été présent à cette entrevue, et qu'il l'ait racontée à Hérodote. Mais la réflexion de l'historien lui-même n'est pas la partie la moins curieuse de l'ensemble, en ce qu'elle jette du jour sur la manière dont ces prophéties pénétraient dans les esprits des hommes, et déterminaient leurs jugements. Hérodote connaissait (bien qu'il ne la cite pas) la prophétie particulière à laquelle Mardonios faisait allusion; et il déclare, du ton le plus affirmatif (2), qu'elle ne se rapportait pas aux Perses ; elle avait trait à une ancienng invasion de la Grèce par les lUyriens et les Encheleis. Mais Bakis (dont il cite quatre vers) et Musseos avaient prophétisé, de la manière la plus claire, la destruction de l'armée persane sur les bords du Thermodôn et de l'Asôpos. Et c'étaient ces prophéties que nous devons supposer avoir été connues aussi des officiers convoqués par Mardonios, bien qu'ils n'osassent pas les dire : ce fut la faute de Mardonios lui-même s'il n'y vit pas un avertissement.

Il n'était pas vraisemblable que l'^-ttaque, avec une multitude telle que celle de Mardonios, fût faite en aucun cas assez rapidement pour prendre les Grecs par surprise ; mais ces derniers en furent prévenus à l'avance par une visite secrète d'Alexandre, roi de Macédoine, qui vint au milieu de la nuit aux postes avancés des Athéniens, et demanda à parler à Aristeidês et aux autres généraux. Il leur fit connaître

(1) Hérodote, IX, 42. 'Eyxs^éwv arpaxàv ot8a irsTcot-

(2) Hérodote, IX, 43. TouTOv 8' lY^^ye ïj^iévov, àXV oùx è; Ilépaa!;. 'A»à fèv x?"^^^"* "^^^ MapSovtoç eÎTCs iç fà (xèv BàxiSi èç TauTY)v ziiv jiàxinv irm Uépaac ëxeiv, èç iXXuoiouç ts xal xèv îcsTcotYijjLéva, etc.

à eux seuls son nom,, protesta de sa vive sympathie pour la cause grecque, leur montra le danger auquel l'exposait cette visite nocturne, et leur apprit que Mardonios, bien qu'impatient de combattre depuis longtemps, ne pouvait par aucun effort obtenir de sacrifices favorables, mais était néanmoins, même malgré cet obstacle, déterminé à attaquer le lendemain matin. « Préparez-vous en conséquence; et si vous réussissez dans cette guerre (dit-il), souvenez-vous de me délivrer aussi du joug des Perses; moi également, je suis Grec d'origine, et c'est ainsi que je risque ma tête, parce que je ne puis supporter de voir la Grèce asservie (1). »

La communication de cet important message, faite par Aristeidês à Pausanias, provoqua de sa part une proposition non pas peu surprenante venant d'un général Spartiate. Il demanda aux Athéniens de changer de place avec les Lacédsemoniens dans la ligne. « Nous autres Lacédsemoniens (dit-il), nous sommes maintenant opposés aux Perses et aux Mèdes, avec qui nous n'avons encore jamais lutté, tandis que vous, Athéniens, vous les avez combattus et vaincus à Marathon. Marchez donc à l'aile droite, et prenez-y notre place, tandis que nous prendrons la vôtre à l'aile gauche contre les Bœôtiens et les Thessaliens, dont les armes et la manière d'attaquer nous sont familières. » Les Athéniens accédèrent avec empressement à cette demande, et le changement réciproque d'ordre fut commandé en conséquence. Il n'était cependant pas tout à fait achevé, quand le jour parut, et les Thêbains alliés de Mardonios remarquèrent immédiatement ce qui s'était fait. Ce général ordonna un changement correspondant dans sa propre ligne, de manière à placer les Perses indigènes encore une fois vis-à-vis des Lacédaemoniens ; alors Pausanias , voyant que sa manœuvre avait échoué, ramena ses Lacédsemoniens à l'aile droite, tandis

(1) Hérodote, IX, 44-45. Le langage dév êfiàxEaOe , etc. Mardonios avait

an sujet des sacrifices est remarquable. tenté maints efiPorts inutiles pour se

— Asyto 8à (ov ÔTi Map8ov((p te xaî procurer des sacrifices meilleurs : cela

T^ OTpaTi^ oO Ôuvaxai Ta açàyia ne put se faire. xaraGOuia ^svécrOat • iràXai yàp

122 HISTCHBE DR LA 6RÔGE.

qti'tErt second momvemeat de. la part de Mardonios replaça lËSt deux armées, dans Tordre^ observé primitiTement (1).

Ancun incident semblable^ celui-ci ne se trouvera dajis tout le cours de l'histoire lacédsamonienne. Éviter de. rencontrer les meilleuîres troupes de la ligne de l'ennemi, et quitter dans cette intention leur poste privilégié à l'aile droite, était un© démarche bien faite pour les abaisser aux. jf eux de la Grèce^ et aurait difficilement manqué de produire eet effet si L'intention avait été réalisée. Ce n'est pas en n^ême temps un médiocre compliment fait à la formidable réputation dies troupes persanes indigènes, — réputatioa reconnue par Hérodote, et bien, souteasue du moins par leur bravoure personnelle (2). Nous ne pouvons paâ non plus nous étonuer que cjette répugnance manifestée publiquement de la part des premières troupes de l'armée grecque n ait beaucoup contribué à exalter la confiancô- téméraire de Mardonios., sentiment qu'Hérodote, dans, un style homérique (3), met dans les paroles d'un héraut persan, envoyé pour faire honte aux Lacédaemoniensy et les défier à un « combat singulier avec des champions d'égal nombre, Lacédaernoniens contre Perses. » Ce héraut, que personne n! écouta ou ne, remarqua, et qui ne sert que comme; organe- pour faire- connaître les sentiments- appartenant au moment, fut suivi par quoique chose de très-réel et de très*-effrayant, — une vigoureuse attaque dirigée contre la. ligne grecque par la cavalerie- persane,, qui par* ses mouvements rapides et sa grêle de â.èck«s et de traits molesta les Grecs ea ce jour plus que jiaBaaîs. Ces[ derniers (comme non» l'avons dit) n'avaient de cavaierie diaucuna sorte; et leurs trou^pes légères, bien qu'«Uiez nom* breusesv ne paraissent avoir rendu aucun servies,, à l'eaicep tion des archers athéniens. Ce qui montre quel grand avantage* gagna la cavalerie' persane,, c'est ce £aÂi(]pa;6 pc^ir un certain temps elle repoussa les Lacédsemoniens de la fon-

(I) Hérodote, DT, 47 ; Prutarqtie, (2) BTéxodote, IT, 71.

Âristeldês, c. 16. Ici, comme dans bean- (3) Comp. les leproches d*Hiakt$r à

coup d'autres occasions, Plutarquegâte Dlomêdês (Uiade, YIII, 161). plutôt le récit d'Hérodote qu'il n'y aide.

taille de Gaargaphia, de manière à l'obstruer et à la mettre hors d'état de servir. Comme la cayalerie avait empêché Tannée de recourir au fleuve Asôpos, cette fontaine avait été récemment le seul lieu où Ton puisât de l'eau ; et, sans elle, la position qu'elle occupait alors devenait non tenable,

— tandis que les provisions étaient aussi épuisées, en ce que les convois, par crainte de la cavalerie persane, ne pouvaient plus descendre du Kithaerôn pour la rejoindre (1).

Dans cette altematire, Pausanias convoqua les chefs grecs dans sa tente. Après un pénible débat, la résolution ffft prise, dans le cas où Mardonios n'engagerait pas une action générale dans le cours de la journée, de changer de position pendant la nuit, s'il n'y avait pas d'interruption de la part de la cavalerie, et d'occuper le terrain appelé l'Ile, à une distance d'environ deux kilomètres dans une direction presque à l'ouest, et vraisemblablement au nord de la ville de Platée, qui était elle-même éloignée d'environ quatre kilomètres. Cette île, nommée ainsi à tort, renfermait le terrain compris entre deux bras de la rivière Oeroè (2), qui tous deux coulent du Kithaerôn, et qui, après avoir suivi un certain temps des lits séparés pendant un- espace d'environ six cents mètres, se réunissent et coulent dans une direction nord-ouest vers un des enfoncements du golfe de Corinthe,

— tout à fait distincts de l'Asôpos, qui, bien que prenant sa source tout à côté dans les pentes les plus basses du Kiliiaerôn, se dirige à l'est et se décharge dans la mer en face de TEubœa. Campée dans ce lieu appelé l'Ile, l'armée serait assurée d'eau, grâce au courant placé sur ses derrières ; et elle ne présenterait pas, comme à ce moment, une largeur étendue de front à une nombreuse cavalerie ennemie séparée d*elle seulemen*- par l'Asôpos (2^. De ptas, 3 fat résolu

(1) Hérodote, IX, 49, 50. Pausanias (2) Voir nne bonne description da

mentionne que Iba FMnens-i^établîrent terruR dfasis le ooIensILerite, Tiayeh

la fontaine de Gargapèis wgtés la vxe^ xn: Nort&eni Crreeee, (£. 19, toI. H,

toire (t5^{{B(0P dÈV£V(A<ToivTo}; mais E ne p. 358.

semble gaëre paxinr«omme t^ rfeyvt f3| Hâredbto, IX, 51. ^ tovtotv ^

vue lui-môme (IX, 4, 2^ tôv x^P^^ ëBmiyeCifjxvxo (letaarifyat,

que dès que l'armée se serait une fois emparée de Tlle, la moitié des troupes marcherait aussitôt en avant pour dégager les convois bloqués sur le Kithserôn et les conduire au camp. Tel fut le plan arrêté en conseil entre les différents chefs grecs; la marche devait s'ouvrir au commencement de la seconde veille de nuit, quand la cavalerie de l'ennemi se serait complètement retirée.

Malgré ce que Mardonios, dit-on, avait décidé, il passa tout le jour sans faire d'attaque générale. Maïs sa cavalerie, probablement exaltée par la démonstration récente des Lacédaemoniens, fut en ce jour p^us entreprenante et plus infatigable que jamais, et elle fit subir aux Grecs beaucoup de pertes aussi bien que de pénibles souffrances (1) ; au point que le centre de l'armée grecque (Corinthiens, Mégariens, etc., entre les Lacédaemoniens et les Tégéens à droite, et les Athéniens à gauche), quand l'heure arriva de se retirer dans l'Ile, commença sa marche, il est vrai, mais il oublia ou négligea le plan concerté à l'avance et les ordres de Pausanias, dans son impatience d'avoir un abri complet contre les attaques de la cavalerie. Au lieu de se diriger vers l'Ile, il marcha pendant un espace de quatre kilomètres directement vers la ville de Platée, et prit position devant l'Heraeon, ou temple de Hêrê, où il fut protégé en partie par les bâtiments, en partie par le terrain comparativement élevé sur lequel était située la ville avec son temple. Entre la position que les Grecs étaient sur le point de laisser et celle qu'ils avaient résolu d'occuper {i. e., entre le cours de l'Asôposet celui de l'Oeroô), il paraît qu'il y avait une chaîne de collines basses. Les Lacédaemoniens, partant de l'aile droite, avaient à franchir directement ces collines, tandis que les Athéniens, partant de la gauche, devaient les tourner et ga-

ïva xaî OSaTi ëx<i><n xP«<ï^^*' àçôôvtj), dues ront contre front, le long du

xai ol iTncéeç (rçéoiç (Ji9j aivoCaTO, â^Tcep cours de PAsôpos.

xaT* iôù è6vT(i)v. (1) Hérodote, IX, 52. KeCvriv |iàv rîlv

Les derniers mots ont trait à la posi- ^{iiipviv Tcâerav, 7z^oa%ti\Uvr\ç Tvjc tincou,

tion des deux armées ennemies, éten- slxo^ ic6vov ârpuTov.

gner la plaine de l'autre côté (1). Pausanias, informé que les divisions du centre avaient commencé leur marche de nuit, et concluant naturellement qu'elles se rendraient à nie, suivant les ordres, laissa passer un certain intervalle de temps afin d'empêcher la confusion, et alors ordonna que les Lacédaemoniens et les Tégéens commençassent aussi leurs mouvements vers la même position. Mais ici il se trouva arrêté par un obstacle inattendu. Le mouvement était rétrograde, s'éloignant de l'ennemi, et incompatible avec l'honneur militaire d'un Spartiate ; néanmoins, la plupart des taxiarques ou chefs des compagnies obéirent sans murmurer; mais Amompharetos, lochagos ou capitaine de cette troupe qu'Hérodote appelle le lochos de Pitana (2), refusa obstinément. Comme il n'avait pas assisté à l'assemblée où la résolution avait été prise, il l'apprenait alors pour la première fois avec étonnement et dédain, et il déclara « que lui, quoique seul, ne déshonorerait jamais Sparte au point de fuir devant l'étranger (3). » Pausanias, avec le commandant en second Euryanax, épuisa tous ses efforts pour triompher de sa résistance. Mais ils ne purent par aucun moyen l'amener à se retirer; et ils n'osèrent pas non plus se mettre en marche sans lui, et laisser son lochos entier exposé seul à l'ennemi (4).

Au milieu de l'obscurité de la nuit, et dans cette scène

(1) Hérodote, IX, 66. IlauaayCac — a7](i,i^vacc àirijye 8ià tôv xoXcovûv toùç 'koiitovç iràvTotç • eïicovTo 8è xal Teye^- Tai. 'AdYjvaToi 8è taxOévTeç iiïaav Ta ëjiicaXiv ^ Aonie8ai(iL6vtoi. 01 (làv yàp Tcûv Te 6x^**^ àvTeCxo^TO xal TiÇç OiccopeCiQC'^ov KiOatpûvoç. !\6Y)vatoi 6è, xdTCa) TpaçOévrec iç tô iccSCov.

Avec ceoi nous devons combiner un autre passage, o. 59, donnant à entendre que la ronte des Atiiéniens les amenait à tourner les collines et à aller derrière elles, ce qui empêchait Mardonios de les voir, bien qu'ils marchassent le long de la plaine : — Mapdovtoc — èntXxt ènl AaxeSat|fcOvCovc xal Teyei^Taç (loii-

vouç. *A6TivaCouc yàp Tpotirojxévovç è; tô iceôCov iyizb tûv 6x0a>v où xaTScopa.

(2) Il y a sur ce point une différence entre Thucydide et Hérodote : le premier affirme qu'U n'y eut jamais de lochos Spartiate appelé ainsi (Thucyd.

Nous n'avons aucun moyen de concilier la différence, et nous ne pouvons pas non plus être certain que Thucydide ait raison dans sa négative comprenant tout le temps passé — "Oç ovS' d^évETO ictoitOTe.

(3) Hérodote, IX, 53, 54.

(4) Hérodote, IX, 52, 53.

1^ HISTOTRE DS LA GBÈCS

d'indécision et de dispute, nu messager a£hénieîi à cheval arriva jusqu'à Pausanias, chargé de s'assurer de ce qui se passait et de demander les derniers ordres. Car, malgré la résolution prise après un débat en forme, les généraux athéniens se défiaient encore des Lacédsamoniens, et doutaient qu'après tout ils agissent comme ils l'avaiiait promis. Le mouvememt de la division cexrtrale étant arrivé à lesr connaissance, ils envoyèrent au dernier moment, avan* de commencer leur propre marche, s'assurer que les Spartiates étaient sur le point de se mettre aussi en 'mouvement. Une méfiance profonde et même exagérée, mjôs tnop bien justifiée par la coi^uite antérieure des Spartiates i l'égard d'Athènes, est visible dans cet acte {1); cependant il fut heureux dans ses résultats : — car si les Athéniens, se contentant d'exécuter leur part dans le plan concerté à l'avance, avaient marché aussiitôt vers l'Ile, l'armée grecque aurait été séparée sans possibilité de se réunir, et l'issue de la bataille aurait été complétenabent différ^ite. Le hérawit athénien trouva les Lacédœmoniens encore statioanaires dans leur position, et les généraux dans une chaude dispute avec Amompharetos, qui méprisait la menace d'être laissé seul pour tenir tête :aux Perses, et, quand ou lui rappela que la résolution avait été prise en vertu du vote général des officiers, il prit des deux mains un énorme rocher bon pour celles d'Ajax et d'Hektôr, et le lança aux pieds de Pausanias en disant : « Voici mon caillou, à moi ; c'est avec cela que je donne mon vote de ne pas fuir devant les étrangers. » Pausanias le déclara fou, — et il demanda au héraut de rapporter la scène d'embarras dont il venait d'être témoin, et de prier les généraux athéniens de ne pas ^commencer leur retraite avant que les Lacédaemomens fussent aussi en marche. En même temps la dispute continuait, et elle fut même prolongée par la méchanceté d'Amompharetos jusqu'à

(1) Hérodote, IX, 54. ''AâvrtaSot — vs^ta, é^ ^QXu fpoveovTisv-xait «XXa «rav, iTciaTàjjLEvoi T»AaxeSat(jLovia)v 9po-

BATAILLXS MB PLATÉE fit DB IdYKALE 127

ce çme He jour commençât à paraître; alors Pausaaâias, craôgnant de re^er plus longtemps, doima le signait la retraite; il comptait que le capitaine pe%e/lle, «n^v^yant son lochos réellement laissé s«ul, se déciderait probablement à suivre. Après aroir manrcbé environ deux kilomètres à travers le "terrain montoeux qui 4e sépwrsdt de l'Ile, il commanda une halte; soit afin d'attendre Amompharetos s^il voulait suivre, soit afin d'être assez près pour lui prêter aide et le sauver, s'il était a^sez téméraire pour défendre seul son terrain. Heureusement ce dernier, voyant que soîi général était réellement parti, fit taire ses sc5rupules et le suivit : il atteignit et rejoignit le oorps principal dans sa première halte près de la rivière Moloeis et «du temp^le de Dêmètêr Elettsinieiine(l). Les Athéniens, commençant leur mouvement en même temps que Pausanias , firent le tour des collines jusqu'à la plaine de l'autre côté et poiffsuivireut leur marche vers l'Ile.

Quand parut îe jour, la cavalerie persane fut «étonnée de trouver 'la position grecque abandonnée. Elle se mit immédiatement à la poursuite des Spartiates, dont la marche longeait le terrain plus élevé et plus en vue, et dont en outre le progrès avait été retardé par le long délai d' Amompharetos ; les Athéniens, au contraire, qui marchaient sans s'arrêter, et qui déjà étaient derrière les collines, ne pouvaient être aperçus. Quant à Mardonios, cette retraite de son ennemi lui inspira une confiance extravagante et pleine de naépris, à laquelle il donna un libre cours auprès des Aleuadae thessaliens. « Voilà vos Spartiates si vantés, qui à l'instant changeaient de place dans la ligne plutôt que de combattre les Perses, et qui montrent ici par une fuite ouverte ce qu'ils valent Téellement! » Après ces paroles, il ordonna imméôiasteme^t à toate son armée de poursuivre et d'attaquer avec la plus gramde célérité. Les Perses franchirent l'Asôpos et coururent après les Grecs de taute leur vitesse, pèlemèlë, sans aucune pensée d^ ordre ni de préparatifs en cas

(1) Hérodote, IX, 56, 57.

de résistance; déjà l'armée retentissait de cris de victoire, ' pleinement assurée d'enlever violemment les fugitifs aussitôt

qu'elle les aurait atteints.

Les alliés asiatiques suivirent tous l'exemple de cet élan désordonné (1); mais les Thôbains et les autres alliés grecs à l'aile droite de Mardonios paraissent avoir conservé un ordre quelque peu meilleur.

Pausanias n'avait pas pu se retirer plus loin que le voisinage du Demetrion ou temple de Dômêter Eleusiuienne, où il avait fait halte pour recueillir Amompharetos. Atteint d'abord par la cavalerie persane et ensuite par Mardonios avec le gros de l'armée, il envoya sur-le-champ un cavalier l'apprendre aux Athéniens, et demander leur secours avec instance. Les Athéniens èe hâtèrent de se rendre à sa requête; mais ils se trouvèrent bientôt engagés eux-mêmes dans une lutte avec les alliés thêbains de l'ennemi, et conséquemmentdans l'impossibilité d'arriver jusqu'à lui (2). Conséquemment les Lacédsemoniens et les Tégéates eurent à rencontrer les Perses seuls sans aucun secours de la part , j des autres Grecs. Les Perses, en arrivant à portée de trait

de leurs ennemis, fichèrent en terre les extrémités pointues de leurs gerrhas (ou longs boucliers d'osier), formant un pa- '^ rapet continu, et de derrière ils lancèrent sur les Grecs une

^ grêle de flèches (3); leurs arcs étaient de la plus grande

) dimension et tirés avec non moins de force que d'adresse.

Malgré les blessures et le mal qu'ils faisaient ainsi, Pausanias persista dans le devoir indispensable d'offrir le sacrifice du combat, et les victimes furent pendant quelque temps

(1) Hérodote, IX, 59. "ESCcoxcdv a>( (loivoïc, etc. (Plut. Arûteid. c. 17.)

7coè(ov ëxaoToç eixov, ovts x6a}Uù où- Plutarque aussi dit que Pausanias ^t

Sevl xoa(iT)6cvTeç, oOte TÔÇi. Kai o^TOt tJ^v âXXv]v Suva|Aiv icpàc Tac ïlla-

|jiv ^0% Te xal àj^Xi^ èiciQîaav, &ç àvap- Tatàç, etc., ce qui est tout à fait con-

7ca(ro|Aevoi toùç 'EXXTjvaç. traire au récit réel d'Hérodote. Pausa-

Hérodote insiste partiouUèrement nias avait l'intention de se rendre à

sur la manière insouciante et désor- l'He, et non à Platée : il ne parvint ni

donnée dont les Perses avançaient : à l'une ni à l'autre.

Plutarque, au contraire, dit de Mar- (2) Hérodote, IX, 60, 61.

donios — Ix^y <ruvTeTaYJi.£vijv (3) Sur Tare persan, Y. Xénophon

Ti^v 6^va(iiv èiceçépeTO toî; Aaxe8ai* Anab. HI, 4, 17.

BATAILLES DE PLATEE ET DE MYKALE

défavorables, de sorte qu'il n'osa pas donner l'ordre d'avancer et de combattre corps à corps. Un grand nombre d'hommes furent alors blessés ou tués dans les rangs- (1), entre autres le brave Kallikratês, le guerrier le plus beau et le plus fort de l'armée ; à ce moment Pausanias, fatigué de ce délai forcé et pénible, leva enfin les yeux vers l'Herseon des Plataeens, qui était en vue, et implora l'intervention miséricordieuse de Hêrê pour écarter cet obstacle qui le retenait dans ce lieu. A peine avait-il parlé, que les victimes changèrent et devinrent favorables (2). Mais les Tégéens, pendant qu'il était encore en train de prononcer sa prière, en prévinrent l'efiet et se hâtèrent de s'avancer contre l'ennemi, suivi par les Lacédsemoniens aussitôt que Pausanias donna l'ordre. Le parapet d'osier qui couvrait les Perses fut bientôt renversé par la charge des Grecs; néanmoins les Perses, bien que privés ainsi de leur abri tutélaire et n'ayant pas d'armure défensive, continuèrent à combattre avec un courage individuel d'autant plus remarquable, qu'il n'était nullement aidé par la discipline ou par un mouvement collectif exercé contre la manière de combattre habile, le pas régulier, les personnes bien protégées et les longues lances des Grecs (3). Ils se jetèrent sur les Lacédaemoniens, sai-

(1) Hérodote, IX, 72.

(2) Hérodote, IX, 62. Kai toi<ti Aaxe5aipi9vioi<rt auxixa [igrà tyiv eùx^v •riiv IIau(Tavie(it> èyivETO OvopiévoKTi xà a<fâ'XiOL xpTQ<rrà. Plutarqne exagère la longanimité de Pausanias (Arlstot.

c* 17, adfînem).

Le site élevé et remarquable de THe- Tseon, visible à Pausanias à la distance où il était, est clairement marqué dans Hérodote (IX, 61).

Pour des incidents qui expliquent les maux endurés par une arméQ grecque par suite de sa répugnance à se mettre en mouvement sans sacrifices favorables, V. Xénophon, Anab. VI, 4, 10-25; HeUenic. HI, 2, 17.

(3)^rodote, IX, 62, 63. Ce qu'il dit du courage des Perses est remarquable :

T. vn.

— Ari[t.aLXi (lév vuv xai ^(0{jiy] oùx ëa<rove; Y}(yav oî nép<rat * àvoirXoi Ôè iovteç, xai Tcpoç, àve7Ci(7TiQ(Jiove; ^<rav, xal oùx ôfjLoïoi TOtai èvavTioKTt aoçtT)v .... TcXeta- Tov yàp ffçea; iÔTiXeeTO îi èffOrJç èpiîfJLo; ioxKTa oTcXcDv, Tcpàç yàp ôicXito^ èôvTeç Y\)[i.viiTec àycôva èTcoieuvTO. Comp. la conversation frappante entre Xerxês et Demaratos (Hérod. VU, 104).

La description que fait Hérodote de Télan courageux de ces Perses mal armés qui se précipitèrent sur la ligne de lances que leur présentaient les rangs lacédœmoniens, peut être cornparée à Tite-Live PCXXII, 17), — descrîptîon des Romains attaquant la phalange macédonienne, — et avec la bataille de Sempach (juin, 13B6), dans laquelle mille quatre cents Suisses mal

sirent leurs lances et les brisèrent ; beaucoup d*entre eux se dévouèrent en petites troupes de dix pour ouvrir par leurs corps une voie dans les lignes et pour arriver à on combat corps à corps individuel avec la lance courte et le poignard (1). Mardonios lui-même, remarquable sur un cheval blanc, était au nombre des guerriers les plus avancés, et les mille hommes d'élite qui formaient sa garde du corps se distinguaient plus que tous les autres. Enfin il fut tué de la main d'un Spartiate distingué nommé Aeimnèstos ; ses mille gardes périrent pour la plupart autour de lui, et le courage des autres Perses, déjà lassé par les troupes supérieures contre lesquelles ils avaient lutté longtemps, fut à la fin complètement abattu par la mort de leur général. Ils tournèrent le dos, s'enfuirent et ne s'arrêtèrent que quand ils furent arrivés dans le camp de bois fortifié construit par Mardonios derrière l'Asôpos. Les alliés asiatiques aussi, dès qu'ils virent les Perses défaits, prirent la fuite sans coup férir (2).

Cependant les Athéniens à la gauche avaient été engagés dans une lutte sérieuse avec les Bœôtiens, particulièrement avec les chefs thêbains et les hoplites qu'ils avaient immédiatement autour d'eux; ils combattirent avec une grande bravoure, mais ils furent repoussés à la fin, après avoir perdu trois cents de leurs meilleurs soldats. Toutefois la ca-

armés vainquirent un corps considérable d'Autrichiens armés complètement, avec un front impénétrable de lances en arrêt, dans lequel pendant quelque temps ils ne purent faire brèche, jusqu'à ce qu'enfin un de leurs guerriers, Arnold von Winkelried, saisit une brassée de lances, et se précipitant sur elles, fit un passage à ses compatriotes sur son cadavre. V. VogeUn, Geschichte der Schweizerischen Eidgenossenschaft, ch. 6, 240, ou à vrai dire toute histoire de Suisse, pour une description de ce mémorable incident.

(1) Pour les armes des Perses, V. Hérodote, VII, 61.

Hérodote dit dans un autre endroit que les troupes persanes adoptèrent les cuirasses égyptiennes (Ocoptixot^) . Cela a pu se faire probablement après la bataille de Platée. Même ^ cette bataille, les chefs Persans à cheval avaient une forte armure défensive, comme nous pouvons le voir par le cas de Masistios, raconté précédemment : à l'époque de la bataille de Kunaxa, l'usage s'était tépanduplus largement (Xénoph. Anab.

I, 8, 6 ; Brisson, De Regno Persarum, lib. m, p. 361), pour la cavalerie di^ moins.

(2) Hérodote, IX, 64, 65.

Valérie thêbaine conserva une bonne ligne de bataille ; elle protégea la retraite de l'infanterie et arrêta la poursuite athénienne; de sorte que les fuyards purent gagner en streté Thèbes, meilleur refuge que le camp fortifié des Perses (1). A Texception des Thêbains et des Bœôtiens, aucun deei autres Grecs médisant ne rendit de service réel. Au lieu de s^iatenir ou de renforcer les Thêbains, ils n'avancèrent jamais une fois à la charge, mais ils suivirent seulement le premier mouvement de fuite. De sorte que, dans le fait, les seules troupes de cette nombreuse armée persogrecque qui combattirent réellement furent les Perses indigènes et les Sakae à gauche , et les Bœôtiens à droite ; les premiers contre les Lacéds&moniens, les derniers contre les Athéniens (2).

Tous les Perses indigènes ne prirent même pas part au combat. Un corps de quarante mille hommes sous Artabazoï^, dont quelques-uns doivent sans doute avoir été des Perses indigènes, quittèrent le champ de bataille sans combattre ni essuyer de perte. Ce général, vraisemblablement l'homme le plus capable de l'armée persane, avait été dès le commencement dégoûté par la nomination de Mardonios comme général en chef, et avait de plus encouru son mécontentement en repoussant toute action générale. Informé que Mardonios marchait en toute hâte en avant pour attaquer les Grecs dans leur retraite, il rangea sa division et la menla vers le théâtre de l'action, bien qu'il désespérât du succès et que peut-être il ne fût pas très-désireux que ses prophéties se trouvassent fausses. Et telle avait été l'impétuosité inconsidérée de Mardonios dans son premier mouvement en avant, — il avait compté si complètement écraser les Grecs quand il s'aperçut de leur retraite, — qu'il ne prit pas la peine de s'assurer de l'action concertée de toute son armée. Aussi, avant qu'Artabazos arrivât sur le •théâtre de

(ly Hérodote, IX, 67, 68. XoxaxeôvTuv ... xal twv àXXwv (ïvïi.|ia-

(2) Hérodote, IX, 67, 68. Twv ôè x^"* ô ira; Ô^iiXoç oûte ôiajiaxeaàiievo; âX>b>v •E>X^vtt)v Tôv \uxà paatXeoç èOe- oùSevi ouxe ti àitoôeÇà^ievoç Içu^ev.

l'action, il vit les troupes persanes, qui avaient été engagées sous le général en chef, déjà défaites et en fuite. Sans faire la moindre tentative soit pour les sauver, soit pour rétablir le combat, il donna immédiatement à sa division l'ordre de la retraite ; toutefois, il ne se rendit ni au camp fortifié ni à Tliêbes, mais il abandonna aussitôt toute la campagne et prit la route directe par la Phokis vers la Thessalia, la Macedonia et l'Hellespont (1).

De même que les Perses indigènes, les Sakae et les Bœôtiens furent les seuls combattants réels d'un côté, de même aussi les Lacédaemoniens, les Tégéens et les Athéniens le furent de l'autre. Nous avons déjà dit que les troupes centrales de l'armée grecque, désobéissant à l'ordre général de marche, s'étaient rendues pendant la nuit à la ville de Platée, au lieu de gagner l'Ile. Elles étaient ainsi complètement séparées de Pausanias, et la première chose qu'elles apprirent au sujet de la bataille fut que les Lacédaemonieris étaient en train de remporter la victoire. Transportées. par cette nouvelle, et désireuses de venir en partager quelque peu l'honneur, elles se précipitèrent vers le théâtre de l'action, sans aucun souci de l'ordre militaire ; les Corinthiens prirent le chemin direct par les collines, tandis que les Mégariens, les Phliasiens et autres marchèrent par la route plus longue le long de la plaine, de manière à tourner les collines et à gagner la position athénienne. La cavalerie thêbaine sous Asôpodôros, occupée à arrêter la poursuite des hoplites athéniens victorieux, voyant arriver ces nouvelles troupes en désordre complet, les chargea avec vigueur et les força à se réfugier sur les hauteurs, avec une perte de six cents hommes (2). Mais ce succès partiel ne mitigea en rien la défaite générale.

Continuant leur poursuite, les Lacédaemoniens se mirent en devoir d'attaquer la redoute de bois où s'étaient réfugiés les Perses. Mais, bien qu'ils fussent aidés ici par toutes les divisions grecques du centre ou par la plupart d'entre elles,

(1) Hérodote, IX, 66. (2) Hérodote, IX, 69.

BATAILLES DE PLATEE ET DE MYKALE

qui n'avaient pas pris part au combat, ils étaient encore si ignorants dans la manière d'attaquer des murs qu'ils ne firent aucun progrès et furent complètement tenus en échec, jusqu'au moment ou les Athéniens arrivèrent à leur secours. La redoute fut alors emportée d'assaut, non sans une résistance courageuse et prolongée de la part de ses défenseurs. Les Tégéens, étant les premiers à pénétrer dans Tintérieur, pillèrent la riche tente de Mardonios; la mangeoire pour ses chevaux, faite d'airain, resta longtemps dans la suite exposée dans leur temple d'Athènê Aléa, — tandis que son trône à pieds d'argent et son cimeterre (1) furent conservés dans l'akropolis d'Athènes, avec la cuirasse de Masistios. Une fois dans l'intérieur du mur, toute résistance sérieuse cessa, et les Grecs massacrèrent sans faire quartier aussi bien que sans s'arrêter; de sorte que si nous devons en croire Hérodote, il ne survécut que 3,000 hommes des 300,000 qui avaient composé l'armée de Mardonios, — à l'exception des 40,000 hommes qui accompagnèrent Artabazos dans sa retraite (2).

Relativement à ces nombres, l'historien avait probablement peu de chose à donner, si ce n'est quelques rapports vagues, sans aucun dessein de calcul; au sujet des pertes grecques, son assertion mérite plus d'attention, quand il nous dit qu'il périt 91 Spartiates, 16 Tégéens et 52 Athéniens. Dans ces chiffres toutefois n'est pas comprise la perte des Mégariens quand ils furent attaqués p|r la cavalerie thêbaine, et le nombre des Lacédsemoniens non Spartiates

(1) Hérodote, IX, 70; Démosth. cont.

Timokrat. p. 741, c. 33. Pausanias (1, 27, 2) doute que ce fût réellement le cimeterre de Mardonios, prétendant que les Lacédœmoniens n'auraient jamais permis aux Athéniens de le prendre.

(2) Hérodote, IX, 70. Comp, iEschyl.

Pars. 805-824. Il signale « la lance dôrienne » comme la grande arme de destraction pour les Perses à Platée, —

avec beaucoup de raison. Le D' Blomfield est surpris de ce compliment; mais il faut se rappeler que toute la première partie de la tragédie a été employée à faire ressortir la gloire d'Athènes à Salamis, et qu'il pouvait bien rendre aux Péloponésiens l'honneur qu'ils méritaient à Platée. Pindare le répartit entre Sparte et Athènes également (Py th. 1,76). : 'l

134 HISTOIRE I>£ LA ORÈCE

tués n'est pas non plus spécifié ; tandis que môme les autres nombres présentés réellement sont incontestablement audessous de la vérité probable, si Ton considère la multitude des flèches persanes et le côté droit de Thoplite grec que ne protégeait pas son bouclier. En général, Taffirmation de Plutarque, qu'il n'y eut pas moins de 1,370 Grecs tués dans l'action, parait probable ; tous hoplites sans doute, — car on tenait peu compte alors des hommes armés à la légère, et dans le fait on ne nous dit pas s'ils prirent une part active au combat (1). Quelle qu'ait été la perte numérique des Perses, cette défaite causa la ruine totale de leur armée; mais nous pouvons bien présumer qu'un grand nombre d'entre eux furent épargnés et vendus comme esclaves (2), tandis qu'une foule de fuyards trouvèrent probablement le moyen de rejoindre la division d'Artabazos qui se retirait. Ce général marcha rapidement à travers la Théssalia et la Macedonia, gardant strictement le silence sur la récente bataille, et prétendant être envoyé pour ime entreprise spéciale par Mardonios, qui, disait-il, approchait en personne. Si Hérodote est exact (bien qu'on puisse douter que le changement de sentiment en Thessalia et dans les autres États grecs médisant ait été aussi rapide qu'il le donne à entendre), Artabazos réussit à traverser ces pays avant que la nouvelle de la bataille devînt généralement connue, et ensuite il se retira par la route la plus directe et la plus courte à travers l'intérieur de la Thrace jusqu'à Byzantion, d'où il passa en Asie. Les tribus intérieures, non soumises et adonnées au pillage , harcelèrent considérablement sa retraité ; mais nous trouverons longtemps après des

(1) Plutarque, Aristeidès, ch. 19. sanias craignait tant le nombre des

Elddemos, cité par Plutarque, disait Perses qu'il défendit à ses soldats d*ao»

que les cinquante-deux Athéniens qui corder grâce ou de faire des prison*

périrent appartenaient tous à la tribu niers (XI, 32) ; mais c^est difficile à

jËantis, qui se distingua dons les rangs croire, malgré son assertion. On peut

athéniens. Mais il semble impossible admettre moins encore ce qu'il avanoe,

de croire qu'aucun citoyen appartenant quand il dit que les Grecs perdirent dix

%vit neuf autres tribus n'ait été tué. mille honmies.

^2) Diodore, il est vrai, dit que Pau-

garnisons persanes en possession de maints endroits importants sur la côte de Thrace (1). On verra que dans la suite Artabazos s'éleva plus haut que jamais dans Testime de Xerxês.

Les Grecs employèrent dix jours, après leur victoire, d'abord à ensevelir les morts, ensuite à réunir et à répartir le butin. Les Lacédaemoniens, les Athéniens, les Tégéens, les Mégariens et les Phliasiens enterrèrent chacun leurs morts à part, et élevèrent en commémoration un tombeau séparé. Les Lacédaemoniens, dans le fait, distribuèrent leurs morts en trois fractions dans trois sépultures diverses : l'une pour les champions qui jouissaient d'une renommée individuelle à Sparte, et au nombre desquels se trouvaient les hommes les plus distingués tués dans la récente bataille, tels que Poseidonios, Amompharetos, le capitaine rebelle, Philokyon et Kallikratês ; — une seconde pour les autres Spartiates et pour les Lacédaemoniens (2), et une troisième pour les ilotes. Outre ces monuments funéraires, érigés dans le voisinage de Platée par les villes dont les citoyens avaient péri, on pouvait voir du temps d'Hérodote plusieurs monuments semblables, élevés par d'autres cités qui prétendaient faussement au même honneur, de connivence avec les Plataeens et aidés par eux (3). Le corps de Mardonios fut dé-

(1) Hérodote, IX, 89. Les aUusions que fait Démosthène à Perdikkas, roi de Macédoine, qui, dit-on, attaqua les Perses quand ils s'enfuirent de Platée, et rendit leur ruine complète, sont trop vagues pour mériter attention, d'autant plus que Perdikkas n'était pas alùrs roi de Macédoine (Démosth. cont. Aristokrat. p. 687, c. 51 ; et Ilepl Xuvxà- |e«ç, p. 173, c. 9).

(2) Hérodote, IX, 84. Hérodote, dans le fait, assigne la seconde sépulture seulement aux autres Spartiates^ séparément des hommes d'élite. 11 ne mentionne les Lacédœmoniens non Spartiates, ni dans la bataille, ni par rapport aux obsèques, bien qu'il nous eût appris

que cinq mille d'entre eux étaient compris dans l'armée. Quelques-uns doivent avoir été tués, et nous pouvons bien présumer qu'ils furent ensevelis avec les citoyens Spartiates en général. Quant au mot tpéot;, ou eîpeva;, ou lirrcsa; (les deux derniers étant tous les deux des leçons conjecturales), il semble impossible d'arriver à aucune certitude.

Nous ne savons pas de quel nom on appelait ces guerriers d'élite.

(3) Hérodote, IX, 85. Tûv Ô' dtXXwv 6(T0i xal 9aivovTai èv HXaTai^ai èôvTeç Toçoi, toutou; ôè, u)ç èyà) TiuvÔàvojxai, èiraiffx^^ojiivovc t^ ànetjxoï Tfjç {xàxYi;, éxdaTOUç x^'^H^'^a x<«><r«i xeivà, Tôv èwiYivoiiivwv el'vexev àvOpcoucov '

couvert parmi les morts, et traité avec respect par Pausanias, qui même, dit-on, repoussa avec indignation l'avis que lai donnait un -^ginète, de venger sur lui par représaille le traitement ignominieux infligé par Xerxês au cadavre de Léonidas (1). Le lendemain, le cadavre fut enlevé à la dérobée et enseveli; on n'a jamais su d'une manière certaine par qui, car il y eut beaucoup de personnes différentes qui, s'en prétendant les auteurs, obtinrent par ce moyen une récompense d'Artyntês, fils de Mardonios. On pouvait encore voir le monument funéraire à l'époque de Pausanias (2).

Le butin fut riche et très-varié, — de l'or et de l'argent en dariques, aussi bien qu'en ustensiles et en ornements, des tapis, des armes et des vêtements magnifiques, des chevaux, des chameaux, etc.; même la magnifique tente de Xerxês, laissée avec Mardonios lors de la retraite du monarque, y était comprise (3). Par ordre du général Pausanias, ]es ilotes

ènel xal AlyivYiTewv èdrl auToSt xa).s6- (xsvoç xàçoç, TÔv èyw àxoub) xai 6éxa ë 760-1 Oirepov jjLSTà TaùTa, ôstjÔsvtwv Tc5v AiytvYiTéwv, x^^^^ KXeàôrjv tôv AÙToStxov, àv6pa IlXaTatéa, îcpoÇetvov èovxa aÔTôiv.

C'est un curieux renseignement que sans doute Hérodote dut à des recherches personnelles faites à Platée.

(1) Hérodote, IX, 78, 78. Cette suggestion, si contraire au sentiment grec, est mise par l'historien dans la bouche de r^ginète Lampôn. Dans ma note précédente, j'ai cité un autre renseignement fourni par Hérodote, assez peu honorable pour les jEginètes : il y en a en outre un troisième (TX, 80), dans lequel il les représente comme ayant trompé les ilotes dans leurs achats du butin. Nous pouvons présumer qu'il avait appris toutes ces anecdotes à Platée : à l'époque où probablement il visita cet endroit, peu avant la guerre du Péloponèse, les habitants étaient unis à Athènes de la manière la plus

intime, et sans doute partageaient la haine d'Athènes contre ^gina. ïl ne s'ensuit pas que les récits soient tous faux. Je ne crois pas, en effet, l'avis donné, dit-on, par Lampôn, de crucifier le corps de Mardonios, — avis qui a plutôt l'air d'un calcul poétique pour produire un sentiment honorable, que d'un incident réel. Mais il ne semble • pas qu'il y ait lieu de douter de la vérité des deux autres histoires. Hérodote ne spécifie que trop rarement ceux de qui il tire ses renseignements : il est intéressant de suivre la piste dans laquelle ses recherches ont été faites.

Après la bataille de Kunaxa et la mort de Cyrus le jeune, son cadavre eut la tête et les mains coupées, par ordre d'Artaxerxês, et clouées à une croix (Xénoph. Anab. I, 10, 1; III, 1, 17).

(2) Hérodote, IX, 84; Pausanias, IX 2 2.

(3) Hérodote, IX, 80, 81 ; Cf. VII, 41-83.

réunirent tous les articles précieux en un seul endroit pour le partage, non sans dérober un grand nombre des ornements d'or que, dans l'ignorance de la valeur, ils vendirent pour de l'airain, sur le conseil des yEgmètes. Après qu'on eut réservé un dixième pour Apollon Delphien, avec d'amples offrandes pour Zeus Olympique et Poséidon l'Isthmique, aussi bien que pour Pausanias comme général, — le reste du butin fut distribué entre les dijBFérents contingents de l'armée en proportion de leur nombre respectif (1). Les concubines des chefs persans furent au nombre des prix distribués ; toutefois il y en avait probablement parmi elles plus d'une de naissance grecque, qui fut rendue à sa famille, et l'une, en particulier, atteinte dans son chariot au milieu des Perses en fuite , avec des riches joyaux et une suite nombreuse, se jeta aux pieds de Pausanias lui-même, implorant sa protection. On reconnut qu'elle était la fille de son ami personnel Hegetôridès de Kos et qu'elle avait été enlevée par le Perse Pharantadès ; et le général eut la satisfaction de la rendre à son père (2). Quelque considérable que fût le butin qui fut réuni, il resta encore enseveli dans le sol de précieux trésors, que les habitants de Platée découvrirent plus tard et s'approprièrent.

Les vainqueurs réels à la bataille de Platée furent les Lacédaemoniens , les Athéniens, les Tégéens. Les Corinthiens et autres, formant une partie de l'armée opposée à Mardonios, n'arrivèrent sur le champ de bataille que quand le combat était terminé, bien que, sans doute, ils concourussent tant à l'attaque du camp fortifié qu'aux opérations subséquentes contre Thèbes, et fussent reconnus universellement, dans les inscriptions et les panégyriques, parmi les champions qui avaient contribué à la délivrance de la

(1) Diodore (XI, 33) mentionne cette grands de Perse, lors de la prise du distribution proportionneUe. Hérodote camp par un ennemi, présente un triste dit aeulement — ëXaêov ?xa(TTOi xûv tableau ici aussi bien qu'à Issus, et i^toi ^(jav (IX, 81). même à Kunaxa. V. Diodore, XVII,

(2) Hérodote, IX, 76, 80, 81, 82. Le 35; Quinte-Curco, III, 11, 21; Xénosort de ces femmes, compagnes des pbon, Anab. I, 10, 2.

Grèce (1). Ce fut seulement après la prise du camp persan que les contingents d'Elis et de Mantineia, qui ont pu faire partie des convois que la cavalerie persane empêchait de descendre des défilés du Kithaerôn, arrivèrent pour la première fois sur le théâtre de l'action. Mortifiés d'avoir perdu leur part dans le glorieux exploit, les nouveaux venus furent d'abord impatients de se mettre à la poursuite d'Artabazos ; mais le commandant lacédaemonien le leur défendit, et ils retournèrent chez eux sans autre consolation que celle de bannir leurs généraux pour ne pas les avoir conduits plus promptement (2).

. Il restait encore l'allié le plus puissant de Mardonios, — la cité de Thêbes : Pausanias la somma onze jours après la bataille, demandant que les chefs médisant lui fussent livrés, surtout Timêgenidas et Attaginos. Voyant sa demande repoussée, il commença à battre les murs en brèche, et à adopter la mesure encore plus efficace de dévaster leur territoire, en faisant savoir aux Thèbains que l'œuvre de destruction continuerait jusqu'à ce que ces chefs fussent livrés.

(1) Plntarque (De Màlign. Herodot.

p. 873; cf. Plut. Aristeid. c. 19) blâme sévërement Hérodote pour dire qu^aucun des Grecs n^avait pris aucune part à la bataille de Platée, excepté les Lacédœmoniens, les Tégéens et les Athéniens. L'orateur Lysias répète la même chose (Orat. Funeb. c. 9). Si cela était vrai (demande Plntarque), d'où vient que les inscriptions et les poésies du temps reconnaissent Vexploit comme accompli par toute Tarmée grecque, Corinthiens et autres compris? Mais ces inscriptions ne contredisent pas réellement ce qui est affirmé par Hérodote. La bataille réelle ne fut livrée que par ime partie de Tannée grecque collective ; mais ce fut dans une grande mesure Teffet d'un hasard. Les autres étaient à im peu plus d'un mille de distance, et n'avaient que pendant un petit nombre d'heures occupé une par-

tie de la même ligne continue de position. De plus, si la bataiUe avait duré un peu plus longtemps, ils seraient venus à temps pour prêter un secours réel. Aussi étaient-ils naturellenient considérés comme ayant droit à partager la gloire du résultat entier.

Toutefois, quand dans la suite nii étranger visitait Platée et voyait les tombeaux lacédœmoniens, tégéens et athéniens, mais pas une tombe de Corinthiens, ni d'JSginètes, etc., il demandait natureUement comment il se faisait qu'aucun de ces derniers ne fût tombé dans la bataille, et il apprenait alors qu'ils n'y assistaient pas en réalité. De là le motif pour ces cités d'ériger des cénotaphes à l'endroit, comme Hérodote nous apprend que plus tard elles le firent ou le firent faire par des Platœens individuellement.

(2) Hérodote, IX, 77.

Après vingt jours de peines et de résistance, les chefs finirent par faire la proposition suivante : dans le cas où Pausanias réclamerait péremptoirement leurs personnes et ne voudrait pas accepter une somme d'argent en échange, ils se livreraient volontairement comme le prix de la délivrance de leur pays. En conséquence, on entama une négociation avec Pausanias, et les personnes demandées lui furent remises, à l'exception d'Attaginos, qui trouva moyen de s'échapper au dernier moment. Ses fils, qu'il laissa derrière lui, furent livrés à sa place ; mais Pausanias refusa d'y toucher, avec la juste remarque, qui dans ces temps était même généreuse (1) , qu'ils n'étaient impliqués nullement dans le mêdisme de leur père. Timègenidas et les autres prisonniers furent amenés à Corinthe et immédiatement mis à mort, sans la moindre discussion ni forme de procès : Pausanias craignait que si l'on accordait quelque délai ou quelque délibération, leurs richesses et celles de leurs amis ne parvinssent à acheter des voix pour leur acquittement ; — dans le fait, les prisonniers eux-mêmes avaient été amenés à se livrer en partie dans cette perspective (2). Il est à remarquer que Pausanias lui-même, quelques années après seulement, quand il fut condamné pour trahison, revint et se livra à Sparte avec le même espoir de pouvoir se racheter à prix d'argent (3). En réalité, son espérance se trouva déçue, comme l'avait été auparavant celle de Timègenidas; mais le fait n'en mérite pas moins d'être signalé, comme indiquant l'impression générale, que les hommes principaux d'une cité grecque étaient ordinairement accessibles aux

(1) Voir, on peu plus haut dans ce chapitre, le traitement de Tépouse et des enfants du sénateur athénien Lykidas (Hérodote, IX, 5). Cf. aussi Hérod. ni, 116 î IX, 120.

(2) Hérodote, IX, 87, 88.

(3) Thucydide, I, 131. Kaî icwrceucov XpVJitaffi ÔiaXuaeiv ti^v Sia6oXYiv. Cf.

Thucydide, VIII, 45, où il dit que les triérarques et les générant de la flotte

lacédœmonienne et de la flotte alliée (tous excepté Hermokratês de Sjracuse) reçurent des présents de Tissaphemôs, pour trahir les intérêts et de leurs marins et de leur pays ; et c. 49 du même livre, au sujet du général lacédœmonien Astyochos. Les présents reçus par les rois Spartiates Leotychidês et Pleistoanaz sont consignés (Hérod.

VI,72;Thucyd. n,21).

présents dans les affaires judiciaires, et que les individus supérieurs à cette tentation étaient de rares exceptions. J'aurai l'occasion d*insister sur ce peu de confiance reconnue . que méritaient les principaux Grecs, quand j'en viendrai à expliquer le caractère extrêmement populaire de la justice athénienne.

Y eut-il un vote positif rendu parmi les Grecs relativement au prix de la valeur à la bataille de Platée? On peut bien en douter, et le silence d'Hérodote va jusqu'à démentir un renseignement important de Plutarque, que les Athéniens et les Lacédaemoniens furent sur le point d'en venir à une rupture ouverte, chacun d'eux se croyant des droits au prix, — qu'Aristeidês apaisa les Athéniens et les détermina à se soumettre à la décision générale des alliés, — et que les chefs mégariens et corinthiens s'arrangèrent pour éviter l'écueil dangereux en accordant le prix aux Plataeens, proposition à laquelle accédèrent Aristeidês et Pausanias (1). Mais il paraît que l'opinion générale reconnaissait les Lacédaemoniens et Pausanias comme les plus braves parmi les braves, en voyant qu'ils avaient vaincu les meilleures troupes del'ennemiet tué le général. En ensevelissant leurs guerriers morts, les Lacédaemoniens signalèrent pour une distinction particulière Philokyon, Poseidonios et Amompharetos le lochagos, dont la conduite dans le combat rachetait sa désobéissance aux ordres. Toutefois, il y avait un Spartiate qui les avait surpassés tous, — Aristodèmos, le seul survivant de la troupe de Léonidas aux Thermopylse. N'ayant toujours depuis reçu que du mépris et des insultes de la part de ses concitoyens, cet homme infortuné avait pris la vie en dégoût; et à Platée il s'avança seul de sa place dans les rangs, accomplissant des actes de la valeur la plus héroïque et déterminé à regagner par sa mort l'estime de ses compatriotes. Mais les Spartiates refusèrent de lui accorder les mêmes honneurs funéraires que ceux que l'on rendait aux autres guerriers distingués qui

(1) Plutarque, Aristeidês, c. 20; De Herodot. Maligu. p. 873.

avaient manifesté une hardiesse et une habileté exemplaires, toutefois sans témérité désespérée et sans tache antérieure telle qu'elle eût rendu la vie un fardeau pour eux. Une valeur subséquente pouvait être acceptée comme effaçant cette tache, mais elle ne pouvait suffire pour élever Aristodêmos <iu niveau des citoyens les plus honorés (1).

Bien que nous ne puissions croire l'assertion de Plutarque, que les Plataeens reçurent en vertu d'un vote général le prix de la valeur, il est certain qu'ils furent largement honorés et récompensés, comme étant les propriétaires de ce terrain sur lequel s'était accomplie la délivrance de la Grèce. La place du marché, centre de leur ville, fut choisie comme théâtre pour le sacrifice solennel d'actions de grâces, offert par Pausanias après la bataille à Zeus Eleutherios, au nom et en présence de tous les alliés assemblés. Les dieux et les héros locaux du territoire plataeen, qui avaient été invoqués dans la prière avant la bataille et qui avaient accordé leur sol comme champ favorable aux armes grecques, furent appelés à participer à la cérémonie et à être les témoins aussi bien que les garants des engagements dont elle fut accompagnée (2). Les Plataeens, rentrant dans leur ville que l'invasion persane les avait forcés d'abandonner, furent investis de l'honorable devoir de célébrer le sacrifice périodique en commémoration de cette grande victoire, aussi bien que de rendre des soins et d'accomplir un service religieux aux tombes des guerriers tués dans le combat. Comme aide qui les mit en état de remplir cette obligation, qui probablement aurait lourdement pesé sur eux à ime époque où leur ville était à demi ruinée et leurs champs non ensemencés, ils reçurent sur l'argent du butin la part considérable de quatre-vingts talents, qui fut employée en partie à construire et à orner un beau temple d'Athènê, — proba-

(1) Hérodote, IX, 71, 72. cum, où ses troupes avaient été récom-

(2) Thucydide, II, 71, 72. C'est ainsi ment victorieuses, i instaurabat sacrum que l'empereur romain Yitellius, en Diis loci » (Tacite, Hist. II, 70). Tiflîtant le champ de bataille de Bebria-

blement le symbole de relations renouvelées avec Athènes. Ils se chargèrent de rendre chaque année des honneurs religieux aux tombeaux des guerriers, et de célébrer tous les cinq ans la grande solennité publique des Eleutheria avec des luttes gymnastiques, analogues aux autres grands jeux de la Grèce (1). En considération de Taccomplissement de ces devoirs, et en outre de la sainteté du sol, Pausanias et tout le corps des alliés s'engagèrent par serment à garantir l'autonomie de Platée et l'inviolabilité de son territoire. C'était une émancipation de la ville délivrée du lien de la fédération bœôtienne et de la suprématie imposante de Thèbes comme chef.

Mais l'engagement des alliés parait avoir eu encore d'autres objets plus considérables que celui de protéger Platée ou d'établir des cérémonies commémoratives. La ligne défensive contre les Perses fut de nouveau jurée par eux tous, et rendue permanente. Une année collective de 10,000 hoplites, de 1,000 hommes de cavalerie et de 100 trirèmes, en vue de faire la guerre, fut convenue et promise, le contingent de chaque allié étant spécifié. De plus, on désigna la ville de Platée comme lieu annuel d'assemblée où devaient se réunir chaque année des députés de tous les alliés (2)*

Cette résolution fut adoptée, dit-on, sur la proposition d'Aristeidês, dont il n'est pas difficile de reconnaître les motifs. Bien que l'armée persane eût essuyé une défaite si*gnalée, personne ne savait à quelle époque elle pourrait de nouveau être rassemblée ou renforcée. En effet, même plus tard, après que la défaite de Mykale eût été connue, une nouvelle invasion des Perses était encore regardée comme

(1) Thucydide, II, 71; Plutarque, Aristeidês, c. 19-21; Strabon, IX, p. 412; Pausanias, IX, 2, 4.

La fête des Eleutheria était célébrée le quatrième jour du mois attique Boëdromiou, jour dans lequel la bataille eUe-même avait été livrée ; tandis que la décoration annuelle des tombeaux.

et les cérémonies en Phonneur des morts s'accomplissaient le 16 du mois attique Mœmaktêrion. K. F. Hermann (Gottesdienstliche Alterthiimer der Griechen, ch. 63, note 9) a oonsidéré ces deux célébrations comme si èUes n*en faisaient qu'une.

2) Platatque, Aristeidês, o. 21.

non improbable (1); et personne ne prévoyait alors cette fortune et cette activité extraordinaires à Taide desquelles les Athéniens organisèrent plus tara une alliance capable de réduire les Perses à la défensiTe. De plus, la moitié septentrionale de la Grèce était encore médisante, soit en réalité, soit en apparence, et de nouveaux efforts de la part de Xerxès pouvaient probablement maintenir son ascendant sur ces régions. Or, en admettant que la guerre recommençât, Aristeidès et les Athéniens avaient le plus grand intérêt à se pourvoir d'une ligne de défense qui couvrirait TAttique aussi bien que le Péloponèse, et à empêcher les Péloponésiens de se renfermer dans leur isthme, comme ils l'avaient fait auparavant. Profiter dans ce dessein du respect et de la reconnaissance de fraîche date qui liaient maintenant les Lacédaemoniens à Platée était une idée éminemment appropriée au moment, bien que l'élan subséquent et imprévu d'Athènes, combiné avec d'autres événements, empêchât à la fois l'alliance étendue et l'inviolabilité de Platée, projetées par Aristeidès» de s'effiectuer (2).

(1) Thucydide, I, 90.

(2) Cest à cette assemblée générale et solennelle, tenue à Platée après la victoire, que nous pourrions probablement rapporter un autre vœu que mentionnent les historiens et les orateurs du siècle suivant, si œ yœu n*était pas d*une authenticité suspecte. Les Grecs, en promettant un attachement fidèle, et une conduite pacifique continue entre eux, et s*engageant en même temps à frapper d'une dSme les biens de ceux qui avaient médiséy firei^t vœu, dit-on, de ne réparer ni de rebâtir les temples que Fenvahisseur persan avait incendiés ; mais de les laisser dans leur état à demi ruiné, comme monument de son sacrilège. Le voyageur Pausanias (IX, 35^ 2) vit même à son époque quelquesuns des temples outragés et à demi brûlés près d'Athènes. Periklês, quarante ans après la bataille, essaya de convoquer une assemblée panhellénique

à Athènes, dans le dessein de délibérer sur ce qu'on ferait de ces temples (Plutarque, Periklês, c. 17). Cependant Théopompe déclara que ce prétendu serment était une invention, bien que l'orateur Lykurgue et Diodore prétendent le rapporter mot à mot. Nous pouvons assurer sans crainte que le ser^ ment, tel qu'ils le donnent, n'est pas authentique ; mais il se peut que le vœu de dlmer ceux qui s'étaient joints vo*lonturement à Xerxês, vœu qu'Héror dote rapporte à une époque antérieure, lorsque le succès était douteux, ait été alors renouvelé au moment de la yio>toire : V. Diodore, IX, 29 ; Lykurg.

Cont. Leokrat. c. 19, p. 193 ; Polybe, IX, 33; Isokrate, Or. IV; Panegyr.

o. 41, p. 74; Théopompe, Fragm. 167, éd. Didot ; Suidas, v. AexaTelSeiv ; Cir céron, De Rep. III, 9, et le commencement du premier chapitre de ce volume.

Le même jour que Pausanias et l'armée de terre des Grecs triomphaient à Platée, l'armement naval, sous Leotychidês et Xanthippos, était engagé dans des opérations à peine moins importantes à Mykale, sur la côte asiatique. Les commandants grecs de la flotte (où Ton comptait ceiit dix trirèmes), s'étant avancés aussi loin que Dêlos, craignirent de pousser plus à l'est, ou d'entreprendre des opérations ofiensives contre les Perses à Samos, pour délivrer riônia, — bien que des envoyés ioniens, particulièrement de Chios et de Samos, eussent sollicité avec instance du secours tant à Sparte qu'à Dêlos. Trois Samiens, dont l'un se nommait Hegesistratos , vinrent assurer Leotychidês que leurs compatriotes étaient prêts à se révolter contre le despote Theomêstor, que les Perses y avaient installé, aussitôt que la flotte grecque paraîtrait à la hauteur de l'île. Malgré d'expressifs appels à la communauté de religion et de race, Leotychidês fut longtemps sourd à la prière ; niais sa résistance céda graduellement devant les pressantes instances de l'orateur. Il n'était pas encore complètement déterminé, quand il demanda par hasard au Samien quel était son nom. A cette question, ce dernier répondit : « Hegesistratos, i. e,, chef d'armée. *> « J'accepte Hegesistratos comme présage (répliqua Leotychidês, frappé du sens du mot), engage nous ta foi de nous accompagner, < — que tes compagnons préparent les Samiens à nous recevoir, et nous irons sur-lechamp. » On échangea aussitôt des engagements, et tandis que les deux autres députés furent envoyés en avant pour disposer les afiaires dans l'île, Hegesistratos resta pour conduire la flotte, qui fut, en outre, encouragée par des sacrifices favorables et par les assurances du prophète Deïphonos, pris à gages dans la colonie corinthienne d'ApoUonia (1).

(1) Hérodote, IX, 91, 92, 95 ; VIII, Piodore dit que la flotte comprenait

132, 133. Le prophète de Mardonios à deux cent cinquante trirèmes (XI, 34).

Platée se nommait Hegesistratos ; et il On trouvera curieuses et iutéres-

li*en était probablement que plus es- Santés les anecdotes relatives à Papol-

timé (Hérod. IX, 37). loniate Ëuenios, père de Deïphonos

Quand ils atteignirent le Herseon, près de Kalami, dans Samos (1), et qu'ils se furent préparés à un engagement naval, ils découvrirent que la flotte ennemie s'était déjà retirée de l'île pour se rendre au continent voisin. Car les commandants perses avaient été si découragés par la défaite de Salamis qu'ils n'étaient pas disposés à combattre de nouveau sur mer : nous ne connaissons pas le nombre de leurs vaisseaux, mais il se peut qu'une partie considérable de cette flotte consistât en Grecs ioniens, dont la fidélité était alors très-douteuse. Ayant abandonné l'idée d'un combat naval, ils permirent à leur escadre phénicienne de partir, et firent voile avec le reste de leur flotte vers le promontoire de Mykale, près de Milêtos (2). Là ils étaient sous la protection d'une armée de terre de soixante mille hommes, commandée par Tigranès, — la principale espérance de Xerxês pour la défense de l'Iônia. On tira les vaisseaux sur le rivage, et on éleva pour les protéger un rempart de pierres et de pieux, tandis que l'armée de défense borda la côte et parut bien suffisante pour repousser une attaque du côté de la mer (3).

(Hérod. IX, 93, 94). Enenios, comme récompense du traitement injuste que lui avaient infligé ses concitoyens en lui ôtant la vue, avait reçu des dieux le don dé prophétie transmissiblo à ses descendants. Ainsi était créée une nouvelle famille prophétique, à côté des Lamides, des Telliades, des Klytiftdes, etc.

(I) Hérodote, IX, 96. 'Eirei ds iyévovTO T^; £a|i.ÎYic v^àç KaXdpLoiO'i, 01 (làv aÙTOû ôp{t(ffà{&evoi xaxà xà *Hpa7ov TÔ TauTip, icapsffxeuàCovro è^ vav|AaxCr,v.

n n^est nullement certain que le Heneon désigné ici soit le temple célèbre qui était près de la ville de Samos (III, 80) : les mots d'Hérodote semblent plutôt indiquer qu'il s'agit d^un autre temple de Hêrd, dans quelque autre partie de Die.

T. VII

(2) Hérodote décrit la position des Perses par des indications topographiques connues de ses lecteurs, mais qu'il ne nous est pas facile de déterminer : — Gœson, Skolopoeis, la chapelle de Dêmêtêr, bâtie par Philistos, un des premiers colons de Milêtos, etc. (IX, 96). D'après le langage d'Hérodote, nous pouvons supposer que Gœson était le nom d'une viUe aussi bien que d'une rivière (Ephore ap. Àthenœ. YI, p. 311 ) .

Le promontoire oriental (cap Poseidion) de Samos était séparé de Mykale seulement par sept sûules (Strabon, XIY, p. 637), près de l'endroit où se trouvait Glaukô flhucyd. VIII, 79).

— Selon des observateurs modernes, la distance est un peu plus d'un mille (1 kil. 600 met.) (Poppo, Proleg. ad Thucyd. vol. II,p.465).

(3) Hérodote, IX, 96, 97.

146 BISSOIBE 3Xa hk GRECS

.U ne se passa pas longtemps ayaiut que la flotte grecque arriyât. Désappointés dans leur intention de oombattre par la fuite de rennejoai qui avait al^andonné Samos» les cheÊi ayaLent d'abord proposé soit de retourna chez eux, soit de se «détourner pour se rendre à rHellespont.; ihais enfin ils furent persuadés par les envoyés ioniens de poursuivre la flotte ennemie et d'o£*ir tde nouveau bataille à Mykale. En atteignant ce point, ils s'aperçurent que les Pteirses uvaient abandonné la mer, dans Tintention 4e oombattre seuiemenlt sur terre. Les Grecs étaient devenus alors si hardis, qu'ils osèrent débarquer et attaquer l'armée de terre et l'armée navale combinées qu'ils avaient devant eux. Mais comme une grande partie de leurs chances de succès dépendait de la désertion des Ioniens, la première démarche de Leotychidês fut de copier la manœuvre employée antérieurement par Themistoklês, lors de la retraite d'Artemision, auxaiguades de l'Eubœa. Faisant voile tout près de la côte, il adressa, au moyen d'un héraut à la voix retentissante, des appels véhéments aux Ioniens au milieu de l'ennemi pour les engager à la révolte ; il comptait que, même s'ils ne l'écoutaient pas, il les rendrait du moins suspects aux Perses. Ensuite il débarqua ses troupes et les rangea, dans le dessein d'attaquer par terre le camp des Perses ; tandis que les généraux persans, surpris par cette manifestation hardie, et soupçonnant, soit par cette manœuvre, soit par des preuves antérieures, que les Ioniens étaient en collusion secrète avec le général ennemi, firent désarmer le contingent samien., et ordonnèrent que les Milésiens se retirassent à l'arrière de l'armée, afin d'occuper les diverses routes dans la montagne menant au sommet de Mykale, — avec lesquelles ces derniers étaient familiers, vu qu'elles faisaient partie de leur propre territoire (1).

Servant, comme le faisaient ces Grecs de la flotte, loin de leurs foyers, et ayant laissé une puissante armée de Perses et de Grecs sous Mardoaios en Bœôtia, Us avaient naturel-

Ci) Hérodote, IX, 98, 9ft, 104.

BATAILLES XOZ PLAIDE KT CB IfYKALE

lemmt la plus griande crainte que ses armes ne fussent viotorienses et ne détruisissent la liberté de leur pays. Ce fat -dans ces sentiments de sollicitude pour leurs frères absents qu'ils débarquèrent et se préparèrent à l'attaque de l'aprèsmidi. Mais c'était l'après-midi d'un jour à jamais mémorable, — le quatrième du mois boëdromion (à peu près notre septembre), 479 ai^miit J.-€. Par une remarquable coïncidence, la victoire de Platée, en Bœôtia, avait été gagnée par Pausanias ce matin même. Au moment où les Grecs avançaient pour charger, une Phêmê, ou messagère divine, vola dans le camp. Pendant qu'on voyait flotter un caducée de héraut, poussé au rivage par la vague occidentale^ symbole de la transmission électrique à travers la mer ^Ègée, — la révélation soudaine, simultanée, irrésistible, frappa immédiatement les esprits de tous, comme si la multitude n'avait qu'une seule àme et un seul sentiment communs ; elle leur apprit que, le matin même, leurs compatriotes, en Bœôtia, avaient remporté sur Mardonios une victoire complète. Aussitôt l'anxiété antérieure fut dissipée, et toute l'armée, pleine de joie et de confiance, chargea avec un redoublement d'énergie. Tel est le récit fait par Hérodote (1), et sans doute

(l)H^odote, IX, 100, 101. 'loûm •âé açt fEXXTicn) 9if)(i.T) xe âtriicTaxo iç

x-^tov èfdcvT] irù -^ç xupwnAYYÎC xeCjie- VDV * 1^ Se 9iQ(j.)] 6t^X8i 4t^i âSe, (â>C «t *'£XX7]VEt T^ MocpÔoviou orptCTti^ vtxâsv èv Bouâxixi (iaxo(ievot. Afika. t^ 97oXXotffi Texp,Yip£oi(r( èau rà *6eîa xmv 97pi7Ytii.dToov • £i xal tote tîÎç aÙTSjc ^{iépy)c ov{i.ictnTO<)vir}C ^ov te iv IIX«* TOft^ «Kt Tov èy MvxéXiQ {jiXXovTOç

ToT(Tt «K6tig àooucCxETO, &axt 0«f oîfaaa xe xi\s oxpaxii^v noX>4^ {ib&XXov, xod lAÉ- Xetv irpaOv|ftoxepov xtvduve^etv .... T^T^' vévat U, vtXTiv xï5v (texà HowntMSt»

*£X>nQViiiv àp6(3c vipi f) f 1^(119 «v- -yiéaivc IXOodfc - ;rà (ùb 'y^ •^ IIXaxa(^(rt icpcdt ixfttcîSc ^(n)C éftwaib * i:À £è év Muxii^kç, seç SeOyiv .^ ^v Sa

à^^fioSiT) vft Trplv x^v 9V)(j.t)v êoooctxév- Ofltt, oOxe -sep) açécov aùxûv oOxu, «Sic xûv '£XX;]^v«iiv, (ii^ TCEpl MapSovti)) srxaicng V) *ïlXXaç. ^Ûç {xévxoi ^ xXir]6«)v «UTi} ffçi èffiicxaxo, ji«X- Xov xe Koti T«x^^P<^ "^v icpoaoSov énofcevvro. Of. Plutarque, Paul. £mi~ liiu, CL 24, 25, sur U bataille de Pydsa. — La jpv)(ui qui circula danfi rarmée aésembiée de Mardonios en Bœôtia, reiativementà son intention de tuer les Pliokiens, se trcmya inexacte (Hérod. IX, 17).

Deux passages d'^schine (Cont Timaxdbi. e. 27, p. 57, et De Fais.

JLegfltL -o. 45, p. 290) sont paxticulièrenient impoitants, o(»]Qne servant à «Kpilifiittr l^ciflBiw idée de 4»a^, — wix diviae tm •déesse de la -voîk, con- #id< h [ ^ flénéraloineiit comme instrui-

universellement admis de son temps, quand les combattants de Mykale vivaient pour conter leur propre histoire.

sant nne multitude de personnes à la fois, ou les mettant toutes en mouvement par un seul et même sentiment unanime, — la Vox Dei devenant la Vox populi. Il y avait à Athènes un autel consacré à 4>i^(i.y) (Pausan. I, 17, l) ; cf. Hésiode, Op. Di. 761 ; et la '0(T(Ta d'Homère, qui est essentiellement la même idée que 4>ifi(iY] : Iliade, n, 93, Mexà ôé (tçwtiv "Offda Ôeô^ei 'Orpvvovç' l^ai, Atô; àYTe^o«î d® même, Odyssée, I, 282, — opposée à un orateur humain distinct ou quelqu'un qui instruit : — "Hv tCç toi eîicçffi ppOTÔv, ^ "Offaav àxou<ri(ic *Ex Aiôc, iixe ftàiiara çépei yCkéoç àvOpwicoKJi ; et Odyss. XXIV, 412 : 'Odaa 5' àp' vn^- Xoç wxa xaxà wxoXtv ^x^'^o «àvTT|, MvYioTifipwv crrvyepôv ôàvaxov xai xijp' ivéïrouaa. Le mot xXT(l8à)v est employé dans le même sens par Sophokle, Philokt. 255 ; KX^ôwv à Smyme avait des autels en qualité de déesse. Aristide, Or. XL, p. 507, éd. Dindorf, p. 754 (V. Andokide, De My steriis, c. 22, p. 64) .

Hérodote, dans le passage qui nous occupe, les considère toutes deux comme identiques. — Cf. aussi Hérodote, y, 72. Les deux mots sont employés aussi pour signifier un présage communiqué par quelque mot ou discours humain prononcé sans intention, qui dans ce cas particulier est considéré comme déterminé par l'intervention spéciale des dieux, pour l'instruction de quelque personne qui l'entend.

V. Homère, Odyss. XX, 100; cf. aussi Aristoph. Aves, 719 ; Sophokle, Œdip.

Tyr. 43-472 ; Xénoph. Sympos. c. 14, s. 48.

Les descriptions de Fama par Virgile, jEneid. IV, 176 êeq,, et d'Ovide, Metamorph. XII, 40 seq,, sont plus diffuses et surchargées, s'éloignant de la simplicité de la conception grecque.

Nous pouvons mentionner, comme

explications partielles de ce dont il s'agit ici, ces impressions soudaines, inexplicables, de terreur panique, qui par occasion couraient dans les anciennes armées ou multitudes réunies, et que l'on supposait produites par Pan ou par les Nymphes, — dans le fait impressions soudaines, violentes et contagieuses de toute sorte, non simplement de peur. Tito-Live, X, 28:

t Viotorem equitatum velut lymphaticw terror dissipât. » IX, 27 : « Milites, incertum ob quam causam, lymphoUis similes ad arma discurrunt, * en grec v\i[i9ÔXT)7CTOi ; cf. Polyen, IV, 3, 26, et une note instructive de Mutzel, ad Quintum Curt. IV, 46, I (IV, 12, 14).

Mais je ne puis mieux expliquer cette idée que les Grecs déifiaient sous le nom de ^i^(ay), qu'en transcrivant un passage frappant de VHistoirê de la Révolution française, de M. Miohelet.

L'explication est d'autant plus instructive que le point de vue religieux, qui dans Hérodote est prédominant, — et qui, pour Pesprit croyant, fournit un commentaire extrêmement satisfaisant, — • a disparu dans l'historien du dixneuvième siècle, et fait place à une description pittoresque du phénomène réel, d'une haute importance dans les afi^res humaines; la sensibilité commune, l'inspiration commune et l'impulsion spontanée commune, dans une multitude, effaçant pour le moment l'individualité distincte de chaque homme.

M. Michelet se dispose à décrire cet événement à jamais mémorable, — la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789 (oh. 7, vol. I, p. 105).

« Versailles, avec un gouvernement organisé, un roi, des ministres, un général, une armée, n'était qu'hésitation, doute, incertitude, dans la plus complète anarchie morale.

« Paris, bouleversé, délaissé de toute

De plus, il mentionne une autre de "bes coïncidences que l'esprit grec saisissait toujours avec tant d'avidité : il y avait une chapelle de Dômêtêr éleusienne, tout près du champ de bataille à Mykale, aussi bien qu'à Platée. Diodore et d'autres auteurs plus récents (1), qui écrivaient alors que les impressions du moment s'étaient effacées, et qu'on admettait moins facilement et moins littéralement les interventions divines, considèrent toute la chose comme si c'était

autorité légale, dans un désordre apparent, atteignit, le 14 juillet, ce qui moralement est Tordre le plus profond, Tunanimité des esprits.

« Le 13 juillet, Paris ne songeait qu'à se défendre. Le 14, il attaqua.

c Le 13 au soir, il y avait encore des doutes, il n'y en eut plus le matin. Le soir était plein de troubles, de fureur désordonnée. Le matin fut lumineux et d'une sérénité terrible.

■ Une idée se leva svt Paris avec le jour, et tous virent la même lumière. Une lumière dans les esprits et dans chaque cœur une voix : Ya, et tu prendras la BastiUe!

< Cela était impossible, insensé, étrange à dire... Et tous le crurent néanmoins. Et cela se fît.

« La Bastille, pour être une vieille fbrteresse, n'en était pas moins imprenable, à moins d*y mettre plusieurs jours et beaucoup d'artillerie. Le peuple n'avait en cette crise ni le temps ni les moyens de faire un siég^ régulier.

L'eût-il fait, la Bastille n'avait pas à cnûiidre, ayant assez de vivres pour attendre un secours si proche, et d'immenses munitions de guerre. Ses murs de dix pieds d'épaisseur au sonomet des tours, de trente et quarante à la base, pouvaient ririe longtemps des boulets; et ses batteries, à elle, dont le feu plongeait sur Paris, auraient pu en attendant démolir tout le Marais, tout le faubourg Saint-Antoine.

« L'attaque de la Bastille ne fut un

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