‹ Histoire de la Gréce depuis les temps les plus reculés jusqu'a la fin de la géneration contemporaine d'Anglais (volume 4)Chapitre 7 sur 31 · acte nullement raisonnable. Ce fut un acte de foi · texte numérisé non relu

acte nullement raisonnable. Ce fut un acte de foi

« Personne ne proposa. Mais tous crurent et tous agirent. Le long des rues, des quais, des ponts, des boulevards, la foule criait à la foule : — A la Bastille ! à la Bastille. Et dans le tocsin qui sonnait, tous entendaient : — A la Bastille.

■ Personne, je le répète, ne donna l'impulsion. Les parleurs du Palais- Royal passèrent le temps à dresser une liste de proscription, à juger à mort la reine, la Polignac, Artois, le prévôt Flesselles, d'autres encore. Les noms des vainqueurs de la Bastille n'offrent pas un seul des faiseurs de motions. Le Palais-Royal ne fut pas le point de départ, et ce n'est pas non plus au Palais-Royal que les vainqueurs ramenèrent les dépouiUes et les prisonniers.

« Encore moins les électeurs qui siégeaient à PH6tel-de- Ville eurent-ils l'idée de l'attaque. Loin de là, pour l'empêcher, pour prévenir le carnage que la BastiUe pouvait faire si aisément, ils allèrent jusqu'à promettre au gouverneur que, s'il retirait ses canons^ on ne l'attaquerait pas. Les électeurs ne trahissaient pas, comme ils en furent accusés ; mais ils n'avaient pas la foi.

« Qui l'eut ? Celui qui eut aussi le dévouement, la force, pour accomplir sa foi. Qui? Le peuple, tout le monde.»

(1) Diodore, XI, 35; Polyen, 1, 33.

Justin (II, 14) est étonné en rapportant « tantam famie velocitatem. »

150 maroiUB: se la omÈcs

une noiiTeDe mise à dessein en circulation par les généraux en vue d'encourager leur armée.

Les Lacédsemoniens, à Taile droite, et la partie de Tarmée qui était à leur côté avaient devant eux un sentier difficile, traversant un terrain montueux et un ravin : tandis que les Athéniens, les Corinthiens, les Sikyoniens et les Trœzéniens, et la gauche de l'armée, marchant seulement le long de la plage, entrèrent beaucoup plus tôt en lutte avec l'ennemi. Les Perses, comme à Platée, employèrent leurs gerrha ou boucliers d'osier, plantés dans le sol au moyen de piques, comme parapet, et de derrière ils déchargeaient leurs flèches ; ils firent une vigoureuse résistance pour empêcher que ce rempart ne fût renversé. Finalement, les Grecs réussirent à le démolir ; ils refoulèrent l'ennemi dans l'intérieur de la fortification, où il s'efforça en vain de se maintenir contre l'ardeur de ceux qui le poursuivaient et qui s'ouvrirent un chemin presque avec les défenseurs. Même quand ce dernier boulevard fut emporté, et que les alliés persans eurent fui, les Perses indigènes continuèrent la lutte avec une bravoure encore entière. Sans expérience de la ligne et de la manœuvre et n'agissant qu'en petites troupes (1), avec les désavantages de l'armure tels qu'on les avait cruellement sentis à Platée, ils soutinrent une lutte inégale avec les hoplites grecs, et ce ne fut que quand les Lacéd^emoniens avec l'autre moitié de l'armée arrivèrent pour se réunir à l'attaque , qu'ils renoncèrent à la défense comme désespérée. La révolte des Ioniens dans le camp donna le dernier coup à cette défaite ruineuse. D'abord les Samiens désarmés, ensuite d'autres Ioniens et iEoliens, enfla les Milésiens, qui avaient été postés pour garder les défllés sur les derrières^ — non-seulement désertèrent, mais encore prirent une part active à l'attaque. ljd& MLLésiens. particulièrement, auxquels les Perses avaient confié le soin de les conduire sur les hauteurs de Mykale» le& menèrent par de

(1) Hérodote, IX, 108; 103. OStoi 31 x^^to TOÎdt «îe? èç td tsîxoç èoicftctwoi

faussés rootes, les jetèrent dans les mains de cenx qui les poursuivaient, et finirent par les assaillir eux-mêmes. Un nombre considérable de Persans indigènes, ayec les deux généraux de l'armée de terre, Tigranês et Mardontês, périrent dans cette désastreuse bataille : les deux amiraux persans, Artayntês et Itamithrês, échappèrent, mais l'armée fut dispersée sans retour, tandis que tous les vaisseaux qui avaient été tirés sur le rivage tombèrent entre les mains des assaillants, et furent brûlés. Mais là victoire des Grecs ne fut pas remportée sans une grande effusion de sang. A l'aile gauche, sur laquelle était tombé le' fojrt de l'action, un nombre considérable d'hommes furent tués, particulièrement des Sikyoniens, avec leur commandant Perilaos(l). Les honneurs de la bataille furent décernés, d'abord aux Athéniens, ensuite aux Corinthiens, aux Sikyoniens et aux Trœzéniens, les Lacédaemoniens ayant fait relativement peu de chose. Hermolykos l'Athénien, célèbre pankratiaste, fut le guerrier le plus distingué pour des faits d'armes individuels (2).

L'armée persane dispersée, la partie du moins qui avait d'abord trouvé abri sur les hauteurs de Mykale, fut emmenée de la côte sur-le-champ et dirigée sur Sardes, sous le commandement d'Artayntès, auquel Masystôs, le frère de Xerxês, fit d'amers reproches pour cause de lâcheté dans la récente défaite. Le général fut enfin rendu si furieux par une répétition de ces insultes, qu'il tira son cimeterre et aurait tué Masystôs, s'il n'en avait été empêché par un Grec d'Halikarnassos nommé Xenagoras (3), que Xerxês récompensa en lui donnant le gouvernement de Kilikia. Xerxês était encore à Sardes, où il était toujours resté depuis son

ÇL) Hérodote, !X, 104, 105^ Diodore mais ce dernier dit qtie quarante mille

ÇSÎ, 3B) senible smyre d'antres antori- Perses alliés furent taés.

tés qn^érodotet son exposé vatie dans (3) Hérodiote, IX, 195,

bi«t des détails, mais â est moins pro^ (3) Hérodote, IX, 107. Je ne sois si

htible. nous pouvons snpposeiL qn*Hérodote ait

Hérodote ne spécifie les pertes e^an^ appris ee tait de son ctHwitojeii Xena-

cnn côté, ni Diodore celles des Grecs ; goras.

retour, et où il s'éprit de Tépoase de son frère Masystê's. Les conséquences de sa passion léguèrent à cette femme infortunée des souflFrances trop tragiques pour être décrites, infligées par ordre de sa propre reine, la jalouse et sauvage Amêstris (1). Mais il n'avait pas d'autre armée prête à être envoyée à la côte, de sorte que les cités gi-ecques, même sur le continent, furent pour le moment délivrées de fait de la suprématie des Perses, tandis que les Grecs insulaires étaient dans un état de sécurité plus grande encore.

Les commandaiits de la flotte grecque victorieuse, ayant pleine confiance dans leur pouvoir de défendre les îles, admirent volontiers les Samiens, les Lesbiens, les habitants de Chio et les autres insulaires, jusque-là sujets de la Perse, à la protection et aux engagements réciproques de leur alliance. Nous pouvons présumer que les despotes Strattis et Theomêstor furent chassés de Chios et de Samos (2). Mais les commandants péloponésiens hésitèrent à garantir la même autonomie assurée aux cités continentales, que l'on ne pouvait soutenir contre la grande puissance de l'intérieur sans des efibrts incessants aussi bien que ruineux. Néanmoins, ne supportant pas l'idée d'abandonner ces Ioniens continentaux à la merci de Xerxôs, ils firent l'ofire de les transporter dans la Grèce européenne et de leur faire place en chassant les Grecs médisant de leurs ports maritimes; Mais cette proposition fut aussitôt rejetée par les Athéniens, qui ne permettaient pas que des colonies établies dans l'origine par eux-mêmes fussent abandonnées, ce qui porterait atteinte à la dignité d'Athènes comme métropole (3). Les Lacédsemoniens s'empressèrent de se rendre à

(1) Hérodote, IX, 108-113. Il rapporte l'histoire dans tous ses détails :

elle fait connaître d'une manière frappante et pénible Tintérieur d'un palais royal en Perse.

(2) Hérodote, VIII, 132.

(3) Hérodote, IX, 106 ; Diodore, XI, 37. Ce dernier représente les loniers

et les iEoliens comme ayant réellement consenti à passer dans la Grèce européenne ; et dïms le fait, les Athéniens eux-mêmes comme ayant d'abord consenti, bien que ceux-ci s'en repentissent dans la suite et s'opposassent au projet.

cette objection et furent contents, selon toute probabilité, de trouver des raisons honorables pour renoncer à un projet de dépossession en masse éminemment difficile à exécuter (1), — d'être toutefois en même temps délivrés d'obligations onéreuses à l'égard des Ioniens, et de charger Athènes soit de les défendre, soit de la honte de les abandonner. Ainsi fut prise la première mesure, que nous verrons bientôt suivie d'autres, qui devait donner à Athènes un ascendant séparé et des devoirs séparés à l'égard des Grecs asiatiques, et introduire d'abord la confédération de Dèlos, — puis l'empire maritime athénien.

De la côte de l'Iônia, la flotte grecque fit voile vers le nord de l'Hellespont, surtout à la prière des Athéniens, et dans le dessein de détruire le pont de Xerxês. Car les renseignements des Grecs étaient si imparfaits qu'ils croyaient ce pont encore solide et en état passable (en septembre 479 avant J.-C.,) bien qu'il eût été détruit et rendu inutile à l'époque où Xerxês franchit le détroit dans sa retraite, dix mois auparavant (vers novembre 480 av. J.-C.) (2). Informés, à leur arrivée à Abydos, de la destruction de ce pont, Leotychidês et les Péloponésiens retournèrent chez eux sur-le-champ ; mais.Xanthippos, avec l'escadre athénienne, résolut de rester et de chasser les Perses de la Chersonèse de Thrace. Cette péninsule avait été en grande partie une possession athénienne pendant l'espace de plus de quarante ans, depuis l'établissement primitif du premier Miltiadês (3) jusqu'à la répression de la révolte ionienne, bien que pendant une partie de ce temps elle eût été tributaire de la Perse. Depuis

(1) Ces transplantations de populations en masse d^un continent à un autre' ont toujours été plus ou moins dans les habitudes des despotes orientaux, des Perses dans l'antiquité, et des Turcs dans des temps plus, modernes. Pour une réunion d'États libres comme les Grecs, elles doivent avoir été impraticables.

Voir von Hammer, Geschicbte des

Osmannîschen Reichs, v. I, liv. VT, p. 251, pour les migrations forcées de populations d'Asie en Europe ordonnées par le sultan turc Bajazet (1390-1400 de l'ère chrétienne).

(2) Hérodote, VIII, 115, 117 ; IX, 106. 114.

(3) V. tome V, ch. 12; tome VI, ch. 3 et 4 de cette Histoire.

154 HISTOIBE CE LA GBÈCS

la fuite da second Miltiadès jnâqu'au moment oùXerxès fat chassé de la Grèce (493-480 av. J.-C), période pendant laquelle on ne put résister au monarque persan rempli de haine contre Athènes, aucun citoyen athénien ne trouya sûr Ay vivre. Mais maintenant l'escadre athénienne de Mykale était naturellement impatiente de rétablir l'ascendant d'Athènes et de reprendre les biens des citoyens athéniens de la Chersonèse. Probablement un grand nombre des principaux personnages, et en particulier Kimôn, fils de Miltiadês, avaient là des possessions étendues à recouvrer, comme Alkibiadôs en eut dans la suite, avec des forts particuliers à lui appartenant (1). A ce motif pour attaquer la Chersonèse, on en peut ajouter un autre, — l'importance de son produit en blé, aussi bien que d'un passage libre par l'Hellespont pour les vaisseaux de blé se rendant de la Propontis à Athènes et à ^gina (2). Telles furent les raisons qui engagèrent Xanthippos et les principaux Athéniens, même sans la coopération des Lacédsemoniens , à entreprendre le siège de Sestos, — la place la plus forte de la péninsule, la clef du détroit et le centre dans lequel toutes les garnisons persanes du voisinage, de Kardia et d'ailleurs, s'étaient réunies sous Œobazos et Artayktês (3).

Les habitants grecs de la Chersonèse se joignirent avec empressement aux Athéniens pour chasser les Perses qui, pris complètement à l'improviste, avaient été forcés de se jeter dans Sestos sans fonds de provisions ni moyens de se défendre longtemps. Mais de tous les habitants de la Chersonèse, les plus ardents et les plus exaspérés furent ceux d'Elseos, — la ville la plus méridionale de la péninsule, célèbre par son tombeau, son temple et son bois sacré du héros Protesilaos, qui figurait dans la légende troyenne comme le

(1) Xénophon, Helleii. 1, 5, 17. Ta pont, V. Démoathène, DfrFak. Li^jut.

(2) Hérodote, Vn, 147. SeîioL ad (3) Hérodote, IX, 114, 115. 2*îwtôv Axistophan. Equités, 262. — ^ f poOpiov xai* çuXonii^ toû mcvrdc

Pour expliquer rimpoTtanee' qu*A- *EXXe(rjT6vTou. — Thucyrf. Vlil, 62 r

thënes attachait à commander l'Helles- cf. Xénophon, Hdlen. II, 1, 25.

guerrier de l'armée d'Agamemnôn le plus empressé de s'élancer sur le rivage, et comme la première victime de la lance d'Hektôr. Le temple de Protesilaos, placé en vue sur le rivage de la mer (1), était un théâtre de culte et un but de pèlerinage non-seulement pour les habitants d'^Eleos, mais encore pour les Grecs voisins en général, au point qu'il avait été enrichi d'abondantes offrandes votives et probablement de dépôts placés comme en un lieu sûr, — argent, coupes d'argent et d'or, objets d'airain, robes et divers autres présents. Le bruit courait que, quand Xerxês franchissait l'Hellespont pour se rendre en Grèce, ArtayktÔs, avide de toutes ces richesses et sachant que le monarque ne permettrait pas sciemment que le sanctuaire fut dépouillé, lui présenta une requête artificieuse : « Maître, il y a ici la maison d*un Grec qui, en envahissant ton territoire, a trouvé sa juste récompense et a péri : donne-moi, je te prie, sa maison, afin que l'on apprenne dans l'avenir à ne pas envahir ta terre, >» — tout le sol de l'Asie étant regardé par les monarques persans comme leur possession légitime, et Protesilaos ayant été dans ce sens leur agresseur. Xerrès interpréta la requête littéralement, et, sans songer à demander qui était l'envahisseur, il consentit; alors Artayktês, pendant que Tannée était engagée dans sa marche vers la Grèce, dépouilla le bois sacré de Protesilaos et emporta tous les trésors à Sestos. Il ne fut pas content qu'il n'eût outragé encore plus le sentiment grec : il fit entrer du bétail dans le bois, le laboura et l'ensemença, et profana même, dit-on, le sanctuaire en le visitant avec ses concubines (2). De tels actes étaient plus que suffisants pour soulever la plus forte antipathie contre lui parmi les Grecs de la Chersonèse, qui arrivèrent alors en foule pour renforcer les Athéniens et le bloquèrent dans Sestos. Après un sîége d'une certaine longueur, le fonds de provisions de la ville vint à manquer, et

^1) Thuçyd. VTII, 102. iic' 'Aôi^va; è&riTràTtidd, xà npcoreatXeco

(2) Hérodote, DC, 116 ; cf. I, 4. \p- tov *hçixkoxt xp^tJurra l| "EXaioSwoç

TaàxTyi;, àvi^p népoYic, Seivôc ôè xa? Of^âfLevoc. Cf. Hérad. H, 64.

Ârà^OaXoç * 5c %oà flicusùia, éXa^vovra

la famine commença à se faire sentir parmi la garnison qui néanmoins tint encore, au prix d'expédients et de souffrances pénibles, jusqu'à une époque avancée de l'automne, où la patience même des assiégeants athéniens était tout près d'être épuisée. Ce fut avec difficulté que les chefs réprimèrent le désir de retourner à Athènes qui se manifesta dans leur camp avec des cris.

L'impatience ayant été apaisée, et les marins retenus ensemble, le siège fut poussé sans relâche, et les privations de la garnison ne tardèrent pas à devenir intolérables; de sorte qu'Artayktês et Œobazos furent à la fin réduits à la nécessité de se faire descendre avec un petit nombre de compagnons d'un point du mur qui était imparfaitement bloqué. Œobazos arriva jusqu'en Thrace, où cependant il fut pris par les indigènes Absinthiens et ofiert en sacrifice à leur dieu Pleistôros. Artayktês s'enfuit vers le nord, le long des rivages de l'Hellespont ; mais il fut poursuivi par les Grecs, et fait prisonnier près d'iEgospotami, après une vigoureuse résistance. Il fut amené chargé de chaînes avec son fils à Sestos qui, immédiatement après son départ, avait été livrée avec empressement par ses habitants aux Athéniens. Ce fut en vain qu'il offrit une somme de cent talents comme compensation au trésor de Protesilaos, et une autre somme de deux cents talents aux Athéniens comme rançon personnelle pour lui-même et son fils. Si profonde était la colère inspirée par ses insultes faites au terrain sacré, que le commandant athénien Xanthippos et les citoyens d'Elseos dédaignèrent tout ce qui n'était pas une expiation personnelle, sévère et même cruelle pour l'outrage fait à Protesilaos. Artayktês, après avoir vu d'abord son fils lapidé sous ses yeux, fut suspendu à une planche élevée, dressée dans ce dessein, et laissé jusqu'à ce que mort s'ensuivît à l'endroit où avait été établi le pont de Xerxês (1). Il y a dans cette

(1) Hérodote, IX, 118, 119, 120. 01 aÙToû tou «irpaTTjYoO Taung à vooç yàp ^Xatouffioi Ti(Aa>{>éovTecT({)npa>T£- Eçepe. aCketù èSéovTO jiiv xaTOXpridOrivat xal

conduite quelque chose d'un caractère plutôt oriental que grec : il n'est pas dans la nature grecque d'aggraver la mort par des préliminaires artificiels et prolongés.

Après la prise de Sestos, la flotte athénienne retourna chez elle avec son butin, vers le commencement de l'hiver, sans omettre d'emporter les vastes câbles du pont de Xerxôs, qu'on avait pris dans la ville, comme trophée pour orner l'akropolis d'Athènes (1).

(1) Hérodote, IX, 121. Ce doit être soit à rarmement greo combiné de cette année, soit à celni de l'année précédente, que Plntarque doit vouloir appliquer sa célèbre histoire relative à la proposition avancée par Themistoklês et condamnée par Aristeidês (Plutarqne, Themistoklês, c. 20; Aristeidês, c. 22). Il nous dit que la flotte grecque était rassemblée entière pour passer rhiver dans le port thessalien de Pagasœ, quand Themistoklês forma le projet de brûler tous les autres vaisseaux grecs, excepté ceux des Athéniens, afin qu'aucune ville, si ce n'est Athènes, n^eût d'armée navale. Themistoklês (nous dît-il) donna à entendre au peuple qu*il avait à communiquer une proposition très-avantageuse à l'État, mais qu^elle ne pouvait être annoncée ni discutée publiquement; qu'alors le peuple le pria de la faire connaître en particulier à Aristeidês.

Themistoklês le fit; et Aristeidês dit aux Athéniens que le profit était à la fois éminemment avantageux, et non moins éminemment injuste. A ces mots, le peuple y renonça sur-lechamp, sans demander ce que c'était.

En considérant la grande célébrité qu'a obtenue cette histoire, il était nécessaire d*y faire quelque aJlusi(»i} bien qu'elle ait cessé d'être admise comme fait historique. Elle est tout à fait incompatible avec le récit d'Hérodote, aussi bien qu'avec toutes les conditions du temps. Pagasse était Thessalienne, et comme telle, hostile à la flotte grecque plutôt que favorable. La flotte paraît n'y avoir jamais été; de plus, nous pouvons f^outer qu'à prendre les choses telles qu'elles étaient alors, quand la crainte inspirée par la Perse durait encore, les Athéniens auraient perdu plus qu'ils n'auraient gagné à brûler les vaisseaux des autres Grecs, de sorte qu'il n'était pas très-vraisemblable que Themistoklês conçût le projet, ni qu' Aristeidês le présentât dans lés termes qu'on lui prête.

L'histoire est probablement l'invention de quelque Greo de l'école platonique qui désirait opposer la justice à l'esprit de ruse, et Aristeidês à Themistoklês, — aussi bien qu'accorder en* même temps un éloge à Athènes dans les jours de sa gloire.

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